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L'abbé Boudet et ses écrits

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

Pendant ses 42 années de ministère à Rennes-les-Bains, l’abbé Henri Boudet écrivit 4 livres des plus étranges et des plus énigmatiques qui puissent être :

 

   Du Nom de Narbonne  (Circa 1880)

 

   La Vraie Langue Celtique ou le
      Cromleck de Rennes-Les-Bains (1886)

 

  Remarques sur le Dialecte
      Languedocien
(1894)

 

   Le Livre d'Axat (1896)

 

 

L'histoire de Boudet est composée de 3 volets :

 

   Sa vie et son histoire

   Ses écrits

   Le petit livre de pierre

 

La vraie langue celtique et le Cromleck de Rennes-Les-Bains

 

   Parmi les 4 écrits, l'un d'eux va  particulièrement attirer les chercheurs par son côté hermétique et absurde. D'autant qu'il est publié à une date clé de l'affaire, 1886...

 

Henri Boudet semble avoir été obsédé depuis son enfance par l’idée que dans les noms des villes, des villages et des hameaux, les noms géographiques et les mots d’usage quotidien, se trouvent dissimulés les racines d’une langue cachée ou perdue, connue seulement de nos ancêtres. Il pensait que cette langue perdue était en fait la racine de toutes les langues parlées par tous les humains de la planète et que, de ce fait, tous les hommes sans exception, la partageaient.

 

   Afin de mettre sa théorie en pratique, il rassembla des concepts de base et il étudia les traditions et les légendes locales. Il bâtit des scénarios qu’il  utilisa pour procéder à des comparaisons et des illustrations des mondes de jadis et du présent. Il étudia également l’étymologie des mots et procéda à des études et à des comparaisons détaillées en phonétique.

 

   Nous savons aujourd'hui que ce livre renferme bien autre chose avec plusieurs degrés de lecture différents. Les innombrables exemples que l'on connaît maintenant, montrent que sa démarche de codage est essentiellement basée sur les allégories, les erreurs volontaires, les omissions et les jeux de mots.

 

Un ouvrage peu vendu

 

   Durant les 42 ans où Henri Boudet fut curé à Rennes-Les-Bains, il écrivit «La Vrai Langue Celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains». Le livre fut terminé en 1880 et il décida de le publier en 1886 après 6 ans de nombreuses modifications et annotations. Cet ouvrage majeur fut imprimé en 500 exemplaires par l'Éditeur François Pomiès (imprimeur de Carcassonne) pour un coût de 5382 Francs or.

 

   Le livre de 310 pages est déconcertant et plein de paradoxes. Il contient aussi une carte dont 2 versions existent : "Rennes celtique" (petit et grand format). La 2ème version fut signée Edmond Boudet (1840-1907), notaire à Axat et frère de Henri Boudet.

 

   Sur les 500 exemplaires, 98 furent vendus, 100 furent déposés dans des librairies ou donnés à des institutions et 200 furent offerts à des amis ou à des personnes voulant visiter les cures de Rennes-Les-Bains. 102 furent détruits par Boudet lui-même en 1914, année de sa démission.

Une chose est certaine, il ne fit pas fortune sur la vente de cette ouvrage. Son objectif était autre. C'est évident.

 

La Vraie Langue Celtique est accessible ici

 

 

 

 

Une thèse surprenante

 

   Le thème de son livre est au départ simple : toutes les langues se déclinent de la langue anglaise ! Voici donc que tout au long de son livre le curé de Rennes-Les-Bains nous démontre sa thèse. Pour lui, les langues les plus anciennes, comme l'hébreu, le latin et bien d'autres ont comme seule et unique racine commune l'anglais. S'appuyant sur des jeux de sons et des jeux de mots, il étaye sa conviction au fil des pages.

 

   La lecture est parfois lourde et fastidieuse et il faut attendre l'avant dernier chapitre pour que l'auteur nous parle enfin du Cromlech de Rennes-Les-Bains. D'ailleurs ce chapitre est un véritable tour de force puisqu'il nous démontre et nous explique l'existence de quelque chose qui n'existe pas.

 

   A ce jour, aucun Cromlech n'a été découvert dans la région de Rennes-Les-Bains. Pour Henri Boudet, ce Cromlech semble être crée par l'ensemble des pierres issues de l'érosion naturelle qui se dressent un peu partout dans la région.

   Ce livre, en son temps, déchaîna les passions. Les critiques de ses confrères des Sociétés Savantes, l'assassinèrent littéralement et nos critiques littéraires modernes firent de même. Personne ne comprit pourquoi cet homme, prêtre reconnu et respecté, se lança dans une étude aussi loufoque et saugrenue. Cependant, malgré les critiques féroces, ses travaux furent toujours étudiés entre 1898 et 1902 par les sociétés savantes.

 

   "La vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes-Les-Bains" reste aujourd'hui l'ouvrage de référence pour les chercheurs et les passionnés de Rennes-Le-Château. Il est vrai que certains passages sont étonnants, soit par leur description, soit par leurs omissions. Comment comprendre que lorsque Henri Boudet parle des "Rennes" de France, il oublie de citer Rennes-Le-Château, si proche de lui. Comment expliquer son oubli de citer le menhir des Peyrolles dans sa description du Cromlech imaginaire, alors que ce menhir est bien réel ! Les non-dits de cet ouvrage sont des incitations à une lecture plus approfondie, à une lecture à double sens. Toutes ces erreurs sont en fait là pour attirer notre attention...

 

   "La Vraie langue celtique" comporte aussi deux dessins également signés de la main d'Edmond Boudet, montrant quelques types de menhirs et une pierre levée. Ces pierres existent réellement dans les environs de Rennes-Les-Bains.

 

 

 

La Vraie Langue Celtique est accessible ici

 

   Le livre "La vraie langue celtique" a été analysé par de très gros ordinateurs, qui ont essayé de détecter une clé ou un algorithme de codage mais le résultat fut négatif. En fait la méthode de codage est très peu basée sur la cryptologie et la numérologie, mais plutôt sur les allégories, les jeux de mots, les doubles sens, les allusions, la langue des oiseaux, les métaphores et les paraboles. Aucun ordinateur ne peut lutter contre ce type de cryptage, car décoder c'est prendre en compte un contexte extérieur que bien sûr une machine ne connaît pas à priori...

 

   Voici toute la difficulté de ce livre qui fut dans un premier temps un échec. On ne peut décoder son message que si l'on connaît déjà la solution, tout comme les quatrains de Nostradamus que l'on ne peut traduire que si on les assimile à une période historique connue.

 

   Enfin la difficulté ultime du chercheur initié est que même s'il est persuadé de la présence d'un sens caché, le fait de ne pas savoir ce que l'on cherche complique énormément la tâche. C'est sans doute aussi pour cela que l'histoire de Rennes-Le-Château est passionnante

 

La carte de Boudet

 

   L'ouvrage est également accompagné d'une carte surprenante, mais il faut savoir que le livre comporte plusieurs versions correspondant à des éditions différentes, ce qui explique que certaines cartes différent. Il semble aujourd'hui que la version la plus fidèle soit celle parue aux éditions Bélisane (dépôt juin 1984).

 

Ce fut son frère Edmond Boudet l'auteur de cette carte dite «Rennes Celtique». Celle-ci comporte plusieurs anomalies criantes, sans doute pour attirer la curiosité du lecteur comme par exemple :

   La carte ne comporte pas d'échelle

   Certaines altitudes sont fausses

   Le contraste est exagéré entre la sévérité de la carte et les caractères
      fantaisistes  du titre

   Une tête de diable est suggérée en bas à gauche

   De nombreux auteurs ont tenté un décryptage et beaucoup de curiosités troublantes ont été révélées. Mais il manque incontestablement une clé qui permettrait d'établir un lien indiscutable entre cette carte, ses écrits, et le reste de l'affaire...

 

La seconde version de la carte "Rennes celtique" élaborée par Edmond Boudet, frère de l'abbé Boudet, et notaire à Axat.
 

 

 

Cette version reproduite par les éditions Bélisane est considérée comme la plus fidèle

 

 

 

2 agrandissements de la carte sont proposés :

 

Affichage grand format

 

Affichage très grand format

Équivalent carte IGN 1/25000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La carte est reproduite ici avec l'aimable autorisation des éditions Bélisane

 

Son échelle

 

   La carte de Boudet ne comporte pas d'échelle mais en la comparant de manière précise à une carte actuelle 1/25000, on peut facilement la retrouver ...

 


La carte de Boudet et la carte de Quillan 1/25000 - Document J. Brunelin

 

Un diable veille

 

Il est très discret, mais une fois repéré on ne voit que lui. Cette tête de diable assimilé à Asmodée, gardien des trésors, est situé au sud de Rennes-Les-Bains, près de l'Haum-moor.

 

Le graphisme de la carte fait à la plume renforce le contraste et visiblement Edmond Boudet put en tirer le meilleur parti.

 

De nombreux auteurs ont d'ailleurs pu y voir d'autres symboles comme les signes zodiacales, mais il est difficile de dire s'il s'agit ou non d'un simple hasard du tracé.


La tête de diable sur la carte de Boudet

 

Toute le monde connaît la fameuse expérience de la tâche d'encre chez le psychanalyste. Chacun est convaincu d'y voir un personnage ou une forme bien connue, mais personne ne reconnaîtra y voir qu'une tâche... Notre cerveau nous pousse à imaginer, même s'il n'y a rien à déduire...

 

Un point singulier - La Kaïrolo

 

   Voici un exemple très significatif des allusions, des jeux de mots et des métaphores que Boudet s'amusa à écrire pour notre plus grande joie et qui dénotent l'esprit ingénieux de son concepteur. La Vraie Langue Celtique est accessible ici

A la page 166 on peut lire :

 

Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, – main (mén), principal, – ear (ir), épi de blé.– Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, – key, clef, – ear (ir), épi de blé, – hole, petite maison des champs.– Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides,

(La vraie langue celtique - Boudet - Page 166)

 

Traduction possible :

 

Le menhir dressé représente l'argent (le blé). Dans un seul village (Toujours prendre le contre pied chez Boudet ou l'inverse) du Languedoc on trouve un terrain du nom de Kaïrolo. Dans cette cachette était entreposée de l'argent (grenier à blé). La répartition se faisait à la main.

 

Et il continue page 295 :

 

On peut affirmer avec certitude qu'ils cultivaient le blé, puisque cet aliment était l'objet d'une distribution impartiale et la kaïrolo – key (ki) clef, – ear (ir), épi de blé. – hole, creux, petite maison –, le grenier et peut-être le silo ou souterrain renfermant la précieuse céréale, existait toujours auprès des centres d'habitations celtiques. Il n'y a guère, en effet, de village qui ne possède un terrain de ce nom : la kaïrolo des Redones était située au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues. La production du blé étant même fort abondante dans certaines régions privilégiées, on avait recours à des mains étrangères à ces contrées, afin de moissonner avec plus de célérité. Les Redones n'hésitaient point à louer ainsi leurs bras pour les travaux importants de la moisson, et le nom de Montferrand atteste leurs périodiques voyages à cet effet – to mow (), moissonner, – to own (ôn), prétendre à, – to fare (fère), voyager, – hand, main –.

(La vraie langue celtique - Boudet - Page 295)

 

Traduction possible :

 

L'argent (le blé ) faisait l 'objet d'une distribution impartiale, et la Kaïrolo, souterrain, était situé au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues. La production d'argent était abondante et il fallait recourir à des mains étrangères pour aller plus vite. Des voyages périodiques étaient nécessaires.

 

   Dans ce passage on peut facilement imaginer que cette cachette (grenier à blé ou silo) était en fait une escale technique pour le stockage et le déplacement du trésor. Celui-ci devait être ensuite acheminé à la seconde cache de Notre Dame de Marceille. Une telle précision sur la situation de ce grenier par Boudet montre en tout cas qu'il ne s'agit pas de l'emplacement de la première cache ...
Ce serait trop simple... 

 

Boudet est très précis dans sa description et la Kaïrolo peut être située sur la carte:

 


Situation du Kairolo sur la carte de Boudet (Document J. Brunelin)

 

   Et curieusement lorsque l'on fait le parallèle avec la carte IGN 1/25000 on trouve dans les environs un lieu-dit "Le Soula" qu'il faut peut être rapprocher du "Silo" de Boudet ...

 


La Kaïrolo (Silo ou grenier à blé) de Boudet sur la carte IGN 1/25000

 

Le petit et le grand Cromleck

 

   La carte de Boudet recèle beaucoup d'autres surprises. Voici un document fournit par J. Brunelin, que je remercie vivement, et qui montre les tracés du petit et du grand Cromleck. Tout y est symbole et subtilité. Remarquez le méridien de midi aligné avec la lettre U du mot CELTIQUE

 

En rouge: le cromleck

En bleu: le petit cromleck

En jaune: les croix gravées signalées par BOUDET

Le méridien de midi en rouge

 


Le petit et le grand Cromleck - Document J. Brunelin

 

La carte Boudet en relief

 

   Les techniques d'aujourd'hui permettent d'obtenir des résultats inconcevables du temps de Boudet... La preuve en image Google Map...

 

La carte de Boudet perdue dans le Languedoc
La mer est finalement pas très loin...

Sa superposition sur le relief montre
un paysage tout à fait étonnant

 

Nous voici plongé dans la vallée de Rennes-Les-Bains. Vue plein Nord depuis le Goundhill

Vue depuis le pla de las Brugos. Au premier plan le cap de l'homme. Sur la gauche le Bazel et Montferrand. Sous Montferrand, la bergerie Paris

 

Vue depuis le mont Cardou
En bas, Rennes-Les-Bains

Le Cromlech vue sud-ouest
 

 

La carte de Boudet vue depuis
Rennes-Le-Château

Vue plongeante. On ne s'en lasse pas...
 

 

   Henri Boudet fut initié par Henri Gasc, aumônier à Notre Dame de Marceille, qui lui légua des informations très précieuses et l'état de ses recherches. Ceci permit à Boudet, après de longues investigations, de trouver finalement la cache originelle en juin 1885.

 

   Mais son livre était déjà en chantier bien avant, dans les années 1880 et il dut certainement le corriger de nombreuses fois en fonction de l'avancé de ses travaux. Sa découverte en 1885 le décida certainement à publier une version finalisée en 1886.

 

   Henri Boudet utilise dans son ouvrage un langage extrêmement lourd et complexe dans l’intention de transmettre un message au lecteur préparé à cette lecture. Il faut le lire plusieurs fois pour entrevoir un sens caché, mais surtout il faut au préalable avoir compris de quoi il veut nous parler. La ressemblance avec une étude linguistique sérieuse est bien lointaine. En revanche, ses travaux représentent un véritable tour de force pour avoir fait passer autant d'idées complexes dans 310 pages...

 

         

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