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Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret |
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Dans l'affaire des 2 Rennes, les témoignages d’anciens chercheurs sont d’une importance capitale. Ils nous relatent non seulement le visage du Haut Razès il y a 50 ans, mais aussi tous ces petits épisodes, importants ou non et toutes ces pistes, souvent oubliées, qui ont construit au fur et à mesure la mythologie de cette énigme.
Régulièrement, la nouvelle génération de chercheurs et auteurs croient défricher des idées inédites mais souvent, c'est en relisant les premiers ouvrages qu'on s'aperçoit que les bases étaient déjà posées depuis longtemps.
Le temps efface les souvenirs comme certains acquis. D'ailleurs Boudet nous le souffle sur sa tombe : |
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C'est donc avec un
grand plaisir que je publie ici
le récit inédit d’un
ancien chercheur qui a accepté de nous
livrer non seulement son parcours étonnant,
mais aussi quelques pistes non seulement dignes d’un grand
intérêt mais également teintée de géométrie
et de numérologie. Elles
rejoignent d'ailleurs un thème
développé sur le site à propos
de
la géométrie du Domaine. Il se présentera au début sous le
nom de LEO
BOURBON
afin de ménager le suspens. Aujourd’hui âgé
de 66 ans, certains le
reconnaîtront sans doute. Son récit est rempli de nostalgie et il vous transportera quelques dizaines d’années en arrière, un temps où il fallait réfléchir avant de prendre une photo, un temps où publier était réservé à une élite, un temps ou tout était à découvrir…
Ce récit est inédit et a été confié à RLC Archive - Les illustrations sont du WM
Toute copie totale ou partielle
est interdite sans autorisation
de son auteur |
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« Pour re-mythifier un tableau, faut-il commencer par le démystifier ? » (D’un humoriste inconnu)
Chapitre I - Notre maître d’école était-il un initié ?
Ce fut en mon école de village, en Limousin, que mon premier contact avec le si célèbre tableau titré Les Bergers d’Arcadie (la seconde version de Nicolas Poussin), se produisit ce premier octobre de rentrée 1951, alors que je feuilletais négligemment un volume très usé mais qui serait pour l’année scolaire mon unique livre de lecture, quant à la page 47*, je fixais mon attention sur une gravure en noir et blanc, en laquelle on discernait quatre personnages costumés semblant mimer une mystérieuse scène à l’antique, devant un sinistre mur en pierres de taille.
Sous cette gravure, on lisait « Et in Arcadia ego » et en dessous, « Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin. Peintre français classique, etc...»
Bizarre, pensais-je, cette image depuis un long moment mobilise toute mon attention mais, peine perdue, je n’y comprends toujours rien. Qui sont ces drôles de gens habillés comme ça ? Des Grecs, comme sur les livres d’histoire ? Que font-ils, que se disent-ils ? Pourquoi ce mur qu’ils semblent nous montrer avec insistance ? En plus, ils n’ont pas l’air de s’amuser ! C’est triste comme tout. Oh, et puis celui-là, qui regarde vers nous, il me rappelle quelque chose…
Je regarderai mieux demain, on verra. Et je replaçais le livre. |
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Le lendemain matin, n’en pouvant plus de curiosité, je profitais que l’instituteur calligraphiait posément la phrase de morale du jour au tableau noir, pour re-ouvrir en douce mon livre de lecture à la bonne page et je commençais à rêvasser. C’était encore ce personnage du milieu qui m’intriguait le plus.
Eh bien, voilà, soudain je comprenais tout !
Un des personnages formant le groupe que j’imaginais être un quarteron de figurants de cinématographie surpris en pleine action, celui qui est « l’homme du milieu », peut-être le chef, pose comme chez un de ces photographes forains hantant encore aujourd’hui mes souvenirs de kermesses patronales de ma toute petite enfance… Souvenez-vous, le trou rond dans lequel il convient de poser sa bobine (ou sa pomme… bleue ?) à l’arrière d’une vaste toile peinte représentant une quelconque scène de genre… adopter la mimique de son choix et puis il nous fallait attendre sans sourciller ni éternuer, en lorgnant l’objectif, que le petit oiseau se résigne à sortir de sa chambre noire, ce qui mettait du temps et surtout ne jamais bouger la tête, si non le portrait était raté ! Enfin vous versiez une certaine somme au photographe ambulant, receviez un reçu daté, tamponné, signé et contresigné, patientiez une bonne semaine pour recevoir le cliché par la Poste, ou bien il fallait passer le réclamer au studio itinérant du photographe (hasardeuse entreprise !)
Mais encore, décidément, qui était-il encore, ce berger central qui me rappelait cet épisode de frairie patronale ? Celui qui est sur le tableau original habillé de rouge, avec la jambe gauche juchée sur une grosse pierre, qui nous montre l’ovale d’un visage gracieux, un rien interrogatif et semble songer ou marmonner quelque chose comme cela : Hein ? Qu’en pensez-vous, ne suis-je pas le plus beau, sinon peut-être le plus malin ? Tout en lançant un coup d’œil en biais vers les mirettes de la douce et monumentale belle plante de femme, laquelle tendrement saisit de la main droite, le tissu du vêtement lui passant sur l’épaule, pour le rassurer ?
Ce drôle de berger semble désigner du doigt et nous vanter un tristounet pan de maçonnerie où il ne se passe désespérément rien, que la présence d’une énorme pierre de taille scellée dans un mur de tombe massive qui nous gâche le paysage, un lourd monument parallélépipédique ! Bof… Rien de bien fameux… pensais-je tout d’abord… pas de quoi en faire un fromage… Et Dieu ce qu’ils ont l’air bizarre, ces quatre plaisantins costumés… hum, ils se sont déguisés en quoi au fait, pour se faire photographier ? Sous l’image, me raconterait-on des balivernes ?
Ils ne sont sûrement pas travestis en bergers, ou alors en quelle sorte de berger de fiction, puisque je savais, moi, à quoi ressemblait un berger. Il en existait encore de bien vaillant en mon entourage. Fallait pas m’en raconter.
Pour commencer, ce n’est jamais aussi propre que cela, un berger et ça ne vêt pas non plus de vêtements larges et sans ceinture ni poche. Avec de tels frusques bouffantes et si extravagantes, il leur serait impossible de déambuler sans dommages dans les buissons d’un maquis, ou de tracer les massifs de ronces et d’ajoncs en quête des brebis prises entre des griffes épineuses, ou de les sauver du collet noué d’une liane piégeuse.
En plus, pour se parer du soleil ou de la pluie, ça porte toujours un grand chapeau, un vrai berger, très important, le chapeau du berger. Il doit être pointu et large, comme une vraie mini toiture portative ! |
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Ils ne marchent jamais pieds nus ni en sandalettes de plage, à cause des épines, des souches des taillis coupées raz et invisibles dans l’herbe, des pelons de châtaignes, des bruyères rêches qui vous égratignent les chevilles, des caillasses coupantes, des éclats de verre produits par les bouteilles de bière éclatées, jetées négligemment par les chasseurs et les bûcherons et puis il y a les serpents mortels et des crapauds urticants.
Sans parler des traquenards à renards dissimulés, pièges d’acier redoutables et à dents rouillées qui vous mordent la cheville jusqu’à l’os et risquent de vous porter en sus, les tortures tétaniques dont on trépasse atrocement… Je ne vous parle pas du reste… métier viril et rustique, labeur des quatre saisons, dès février où il leur faut surveiller et gérer les naissances. |
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Ce sont les mises bas des mères brebis, souvent dans la neige ou sous la pluie, si ce n’est pas la rigueur d’une sévère gelée. Au contraire, en juillet, sous la canicule, il convient de faire siester le troupeau à l’ombre des châtaigniers, car elles ne peuvent quitter leur pull à col roulé de grosse laine, les pauvres bêtes ! Enfin ils ont un chien ! Pas qu’un brave chien jaune tout juste bon pour la caresse du matin, la gamelle du midi, ou à japper comme un asthmatique entre deux sommes, contre les bohémiens passant prudemment leur chemin ! Il leur faut un chien racé, très spécialisé. Un chien de berger, quoi et sans chien parfaitement dressé, un berger serait comme un paysan sans bœufs herculéens dressés à extraire la charrette embourbée hors des sentiers noueux. En tous cas c’est comme ça sur notre vieux plateau humide, frais, verdoyant, pittoresque, éternel, hanté de vide et d’absence, parfois torride.
De surcroît, l’ensemble du chef d’œuvre me parut statique, sévère, emprunté et véhiculant des symbolismes bien trop abscons pour le petiot que j’étais encore, lors de cette bizarre et somme toute, inquiétante rencontre…
En vérité, mes petits camarades et moi, nous ne comprenions rien et en revanche nous ressentions presque de l’aversion à l’encontre de ces personnages invraisemblables, fixés comme des statues en un temps improbable, inimaginable pour nous autres !
Pourtant, paradoxalement, je demeurais fasciné par ce qui me semblait être tout de même une œuvre d’art. Puisque c’était marqué dessous, j’étais donc prié de le croire ! |
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Déjà j’imaginais des couleurs et je pensais que la peau dénudée de ces bergers et bergère d’opérette devait être cuivrée comme celle des belles vacancières huilées à l’anti coup de soleil… et à peine revêtues de nouveaux maillots collants très ajustés, fleuris, deux pièces, très tendance des années cinquante, naïades sexy que j’avais zieutées l’été dernier, s’ébattant dans l’étang de la commune entre nénuphars fleuris et joncs verdoyants. On a beau être gosse, on n’est pas de liège… comme disait le prince de bois, titillant comme un bouchon de pêche aux gardons parmi les joncs. (Bluette qui m’avait été transmise par mes aînés… on sortait d’une longue période surréaliste et André Breton flânait toujours au bord du Lot dont il collectionnait patiemment les galets)
J’espérais que mon maître d’école allait tout expliquer et sans doute nous lever le voile ?
Finalement je ne garde pas de cet évènement trop espéré le souvenir d’une bienheureuse illumination. Pis ! Le mystère pour moi alla en s’épaississant.
Le maître d’école, le jour convenu de lecture de la page convoitée, en laquelle il était question d’une visite au Musée du Louvre, nous proposa le thème sinistre et compassé de la mort inéluctable et rédhibitoire et cela même en un soit-disant lieu idéal, mythique, presque un paradis terrestre, imaginé par un poète latin, un certain Virgile, prônant un retour benoît à la terre, en un lieu qu’il aurait appelé « Arcadie » comme l’antique province d’Arcadie, celle du Péloponnèse Grec.
Et pour appuyer son propos, il nous sortit la carte géographique de l’Europe. « Voyez, c’est là, au bout de ma baguette ! »
Mais il nous montra l’Italie, Mantoue en Lombardie, en nous expliquant que c’était ici ou Virgile probablement naquit, puis Naples sous le Vésuve, ou il passa le plus clair de sa vie, rêvant d’une Arcadie nouvelle imaginée en sa province natale, la Lombardie, parce que la vieille Arcadie géographique était là, en Grèce, et il pointa le centre de la péninsule du Péloponnèse. Voilà ! |
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« Et pour votre gouverne, mais vous n’êtes pas obligé de le retenir, j’ajouterais que le nom d’Arcadie vient du grec ancien arktos ou arcos (racine arkth), signifiant l’ours. »
Et il nous écrit ces noms barbares au tableau ! Nous étions sidérés. Heureusement que nous étions dispensés de retenir !
« Plus exactement c’est le Roi ARCAS (de Arcos) qui donna son nom au royaume d’ARCADIE, précisa-t-il. Le pays s’appelait avant lui, LYCANOMIE, puis PELAGIE… » |
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« Comme ma cousine Pélagie ! Lança le petit rigolo de la classe » …
Ben voila que le cours prenait l’air sérieux et austère d’une leçon de grec pour les grands ! Rasoir ! Fallait se détendre !
« M’sieur, m’sieur ! La scène du tableau, elle se passe en Italie ou en Grèce ?
- Cela pourrait être en Italie, me répondit-il, puisque Poussin, quoique Français, né en Normandie et sujet du roi de France Louis XIV, vécut et peignit plus souvent en Italie qu’en France. Mais cela pourrait, bien entendu, se passer en Grèce, car les paysages se ressemblent. En fait, dites-vous bien que cette sorte de paysage méditerranéen avec ses montagnes arides, vous pourriez l’observer aussi en quelques endroits du midi de la France.
- Ou en Espagne, m’sieur, ajoutai-je tout content ?
- Certainement. Même en Afrique du Nord, en Turquie ou sur la côte Dalmate, pourquoi pas, conclut-il.
- M’sieur ? Y’a toujours des ours, en Arcadie ?
- Non. Depuis que j’en suis parti, il n’y en a plus, se permit de plaisanter notre maître d’école »
Inutile de décrire le bon rire de la classe des chenapans. Faut bien avouer que notre maître ne ratait que rarement une occasion de nous faire rire… Quoiqu’il se montrât souvent coléreux et redoutable pour ses paires de gifles ou ses rapides coups de règles qu’on ne voyait pas venir. Il alternait le chaud et le froid, le doux et le violent. C’est ainsi qu’il se faisait aimer autant que craindre. Nous connaissions les limites et tout baignait dans l’huile.
Et le bon instituteur (histoire de casser l’ambiance) de nous raconter que l’on mourrait malgré tout en Arcadie, pays de tous les délices et félicités.
Ah oui ? Même entourés des délices arcadiens, l’on meurt ?
Voilà que nos Bergers soudain se retrouvaient face à leurs angoisses métaphysiques et existentielles ! Bigre … ? De plus en plus obscure pour nous pauvres gosses…
Je suis convaincu aujourd’hui que notre bon maître, comme eut pu le faire n’importe quel amateur de peinture classique française du XVIIe siècle, commis une certaine confusion. |
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C’est un trio d’Arcadici* dans la fleur de l’âge, incrédule mais bouleversé par la découverte d’un tombeau baroque, déjà gravé, comme l’énorme tombe du second Poussin que nous connaissions déjà, d’une obscure inscription latine privée de verbe, mais qui signifierait idem que l’on meurt aussi en Arcadie ! Et in Arcadia ego ! Et sur le tombeau est posé un crâne humain, une tête de mort !
Le maître avait porté pour argumenter son cours, une photo en noir et blanc de ce premier tableau, provenant de sa collection personnelle et la fit circuler dans la classe. « Voici la première version sur le thème de l’Arcadie, peint par Nicolas Poussin … Vous avez la seconde version reproduite sur votre livre, page 47. Comparez les deux versions et faites passer l’image. Des questions ? »
Sans blague, pensions-nous, ces jeunes hommes là, s’imaginaient-ils sérieusement être immortels ? Mais nous n’osions formuler notre interrogation.
La grande nouvelle, la belle histoire, pensais-je. N’est-ce pas là un grand benêt, cet Arcadicus barbu qui semblerait être le chef (car portant la longue crosse de berger servant à crocheter une patte des animaux rétifs afin de les maîtriser au sol, ou à tirer les brebis enlisées de la fange du ruisseau et qui ressemblait diablement à la crosse de Monseigneur l’évêque le jour de notre Confirmation !), lequel Arcadicus ne sait pas encore à son âge que l’on meurt partout, sauf en paradis, le seul, le vrai, celui qu’on m’avait enseigné en famille être au ciel et dont un peu plus tard on m’avait réaffirmé l’existence au petit catéchisme et enfin qu’avait proclamé définitivement et solennellement Monseigneur dans son tonitruant prêche de Confirmation en lequel il invectivait Satan.
Voilà ce que je j’en disais.
Mais les personnages de la seconde version de Poussin, celle du Louvre, que nous avions découverte précédemment, étaient-ils toujours ces Arcadici naïfs présentés sur la première toile ? Pas sûr…
D’abord, les voici maintenant quatre, nos soi-disant bergers, et le dieu couronné s’est envolé, tout comme l’eau qu’il versait. Evaporée ? Il n’y a qu’à voir la rigole de la source asséchée, laquelle sourdait de sous la tombe, à droite, ou bien venait-elle de nulle part ? D’un autre monde ? Serait-ce de celui des morts ?
Ou encore, le flux lancé par le Dieu depuis le premier tableau, ne se serait pas écoulé suffisamment pour alimenter la source ?
Et le dieu Alphée a donc cédé la place à un nouvel arrivant, un grand jeune homme aux cheveux châtains frisottés sur les tempes, portant une couronne de laurier, comme portait le dieu Alphée disparu, mais en plus discrète. C’est un nouveau pasteur, un gardien de brebis, le personnage debout à gauche, tenant comme son compère le barbu, une houlette terminée en une palette recourbée, servant à projeter des boules d’excréments secs d’animaux ou de terre sur les troupeaux afin de les faire fuir en une direction choisie… ce qui me prouvait que ces amateurs-là ne possédaient pas de chien capable de s’en charger !
Autre différence : le crâne a disparu ! Donc, ce n’est plus ce que l’on nomme traditionnellement une vanité, un tableau de genre sur lequel cet inéluctable symbole de la mort nous nargue en nous rappelant à des sentiments plus humbles ! Beaucoup de différences !
Quant à notre instit. (La dénomination de prof. leur étant interdite à l’époque), qui semblait connaître les deux tableaux par cœur, je lui sais gré aujourd’hui de nous avoir inscrit au tableau noir, en lettres capitales, à la craie rouge et en respectant l’ordre de la composition originelle de la grosse tombe, la célébrissime devise (mais encore au jour d’aujourd’hui, imparfaitement traduite), peinte sur les deux toiles des Bergers de Poussin :
Remarque : Sur la première version, le berger barbu pose l’index sur la lettre D de ARCADIA, et sur la seconde, son compère le berger barbu pose l’index sur le R de ARCADIA. (C’est bien connu.)
Pour les amateurs d’insolite, une question de test jeu : S’il y avait eu une troisième version des Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin, sur quelle lettre croyez-vous que le nouveau berger eut posé son index ?
Cela a-t-il un sens ? Question saugrenue !
Oui ! Certes, mais ce n’est pas pour autant une plaisanterie d’écolier.
Réponse : Le nouveau berger aurait posé l’index sur la troisième consonne, le C.
Parce qu’il s’agit de la dernière consonne disponible du texte ? Ouais, mais ce n’est pas une raison suffisante vous en doutez ! Nous serions ridicules de nous en tenir là.
Que constatons-nous en analysant ce mot ARCADIA ? Il est fait de trois consonnes et de quatre voyelles. La belle affaire ?
Mais qu’ont de si particulier ces lettres somme toute banales ? Vraiment rien ?
Ah mais si ! Présentez ce texte devant un miroir. Vous vous rendez compte aussitôt que quatre de ces lettres ne bougent pas, sont toujours lisibles et conservent leurs dessins originels immuables. Ce sont les quatre voyelles, A A I A, mais quatre voyelles aux dessins symétriques, lisibles dans les deux sens. OK ?
Trois autres lettres, par contre, s’inversent radicalement au miroir et ne veulent plus rien dire de fixe ni de reconnu dans le sens convenu de lecture… Avec elles nous entrons discrètement dans l’inconnu et la création pure… dans le domaine du fini et de l’infini, du contenu et du discontinu, de la création ou de la répétition, donc dans la vie et la pensée évolutive, dans l’éternel inachevé, au contraire des voyelles invariables. Ce sont les trois consonnes R C D.
Ces consonnes là, sont dites de forme chirale. Regardez vos mains face au miroir, la droite devient la gauche et vice versa. La chiralité dans la nature est remarquable. On présume aujourd’hui que les molécules qui ont dû créer la vie sur terre (avec l’aide du Verbe ?) étaient de forme chirale. C’est un grand principe que les alchimistes, bien que ne connaissant pas les structures atomiques des corps simples et moléculaires, avaient pressenti ! Saluons leurs intuitions de génie.
Il existe plus de lettres chirales que de symétriques dans l’alphabet, et les lettres chirales sont plus usuellement employées que les symétriques. C’est pour cela qu’il est fort rare de rencontrer des gisements de lettres chirales et de lettres symétriques rigoureusement identiques, dans une expression française ou latine.
Rendez vous compte, vous-même :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
11 lettres symétriques, dont les lettres Y X W H qui sont peu utilisées, contre 15 lettres chirales avec parmi elles les lettres les plus utilisées, tel E N C L R S etc. (amusante, la phonétique de ce dernier groupe de lettres lues en texto… En clairs !)
Mais convenez que cela aurait pu tomber autrement, pourquoi pas l’inverse, ou bien alors les lettres auraient pu se retrouver mélangées dans les genres, n’importe quel mélange est possible… ce qui n’aurait semblé vouloir ne plus rien dire du tout, en tous cas, rien d’évident.
Le mot ARCADIA est donc un mot assez intéressant, puisque les consonnes sont toutes chirales et les voyelles, toutes symétriques !
Curieux, on dirait que Poussin nous souligne cette disposition très particulièrement… Début de piste ?
Souvenez vous des N inversés systématiquement existant à RLC ou à Saint Sulpice de Paris, les mêmes N, ceux de la signature du peintre Emile SIGNOL, inversés en une croix de saint André écrasée dessinée de par les ailes du transept, centrées sur le chœur du maître autel de l’église, devant le tabernacle, le saint des Saints, entre les quatre fresques géantes représentant l’Arrestation de Jésus, la Mort de Jésus, la Résurrection et l’Ascension… et le texte de la croix entièrement inversé en ses trois langues sur la Mort de Jésus… Alors serait-ce là un indice supplémentaire, ou bien le début du cryptage de la solution ? Il est judicieux de constater que les N inversés dans les signatures du peintre sont sous les fresques ou Jésus est vivant. Ce détail n’a rien d’insignifiant ! Qu’on se le dise. La chiralité est bien synonyme de vie et d’évolution, même à Saint Sulpice de Paris. |
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Mais je ne suis pas venu aujourd’hui pour vous débrouiller tout cela. Le décryptage est très complexe, long, passionnant, palpitant, mais exige la connaissance d’entités que nous sommes encore loin de saisir puisque ne sommes nous pas sensés de ne pas même en soupçonner l’existence, ni l’utilité ! Eh bien oui, nous ne sommes qu’au début de notre histoire. Patience. Et nous reviendrons fatalement à saint Sulpice car entre les bêtises romanesques et policières qu’on en a dites et les négationnistes qui vous disent qu’il ne s’y passe rien, il y a un boulevard de sublimes révélations nous concernant ! Y’a qu’à piocher !
Ceci étant dit, seulement pour vous confier encore une fois que les réflexions mystérieuses de mon "instit", auront avec le temps porté leurs fruits à maturité, d’autant que j’eus la chance de rencontrer une autre personne qui me confirma la validité de ces débuts de piste.
Soit, alors je continuerai un petit peu quand même. Mais étais-je obligé de croire en ces oracles ? Longtemps j’en ai douté, jusqu‘au jour où…
… Mais pendant que nous causons, les plus perspicaces d’entre vous auront déjà jeté un coup d’œil aux quatre mots et quatorze lettres de la locution gravée sur les deux tombes de Poussin :
ETINARCADIAEGO. Est-ce ainsi qu’il faut l’écrire ? Bien sûr que non, mais c’est ainsi qu’il vaut mieux la lire : E T I N A R C A D I A E G O
Que constatez-vous ?
Le nombre des lettres chirales est égal au nombre des lettres symétriques et elles sont respectivement de 7 unités en chaque genre. Serait-ce tout ?
Non ! Les lettres apparaissent en couples. Chaque couple, naturellement est mixte, une lettre chirale et une lettre symétrique ! Magnifique ! Bravo !
Ce système de couples, quasiment prodigieux en-soi, nous en reparlerons bientôt et concernant ce même tableau des Bergers. Mais poursuivons :
ET IN AR CA DI AE GO
Les lettres chirales étant en rouge et les lettres symétriques en noir, admirez les 7 couples ! Or si l'on fait le total ordinal de chaque famille on a :
7 lettres chirales valant en tout : 56 (14 ×4)= 5 + 14 + 18 + 3 + 4 + 5 + 7 7 lettres symétriques valant en tout : 56 (14 ×4) = 20 + 9 + 1 + 1 + 9 + 1 + 15
Pour rappel : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26
Vous avez bien lu. Impressionnant !
Le total ordinal alphabétique des 7 lettres chirales est identique au total des 7 lettres symétriques. Nouveau prodige ! Et il y en aura d’autres, de plus révélateurs encore, des miracles, que personne en mon entourage n’aura jamais soupçonné…
Essayons donc de trouver une autre expression latine qui déjà va cumuler ces mêmes toutes premières coïncidences. Nous n’y arriverons pas, d’autant qu’il existe d’autres divines coïncidences plus stupéfiantes encore, qui font de ET IN ARCADIA EGO, une expression mieux que rare puisque unique en son genre, une locution divinement orpheline, crée par des gens bien plus forts et intelligents que nous et qui n’avaient pas même de logiciels, ou bien par Dieu soi-même qui est au logis cieux ? (Pardonnez-moi le jeu de mots mais le calembour comme le pensait Hugo, de manière déguisée, ne choque que les fats et n’instruit que les sages qui comprennent la langue des oiseaux …oiseaux incontinents ! Tel l’Esprit qui fientent à tous les vents la graine enrobée de l’engrais de guano, engrais nécessaire à l’épanouissement de la pensée … Pigé ?) Allez savoir ? Et… oserais-je le dire, elle est une des sublimes serrures du décryptage, une des divines surprises !
Et si vous êtes curieux et vous l’êtes, recommencez le même calcul en isolant cette fois les lettres paires d’un côté et de l’autre les lettres impaires, respectivement en leurs valeurs ordinales et comparez. Vous n’avez pas fini de vous étonner… Et ce ne sera pas tout ! A ce niveau, le phénomène est supérieur au meilleur des tours de magie de music-hall. Cette expression n’est plus une curiosité, mais un petit miracle permanent. Je veux dire qu’ici rien n’est truqué, ni pipé. Cela nous change.
Paires : T (20) + N (14) + R (18) + D (4) = 56
Impaires : E (5) + I (9) + A (1) + C (3) + A (1) + I (9) +A (1) + E (5) + G (7) + O (15) = 56
Alors ? Les multiples de 7 semblent favorables !
7 14 28 56 112 224 sont des repères boudétiens en La Vraie Langue Celtique. Les expressions de quatorze lettres sont toutes des clefs.
La lettre N (trame de l’) est aussi une clef et n’oublions pas que l’azote, gaz si important à notre subsistance est N = 14. Et qu’un N à l’envers, en sa chiralité, est le symbole très fort de l’élément vivant évolutif et créatif.
Quant à 5 + 6 = 11, nous avons la clef de base récupérée par Boudet. (Les choses sérieuses débutent chez Boudet page 11) 6 / 5 = 1, 2 le rapport d’Osiris, si indispensable en nos décryptages.
Mais tout cela, ça se prouve ! Facile à dire, à recopier et à répéter. Qui l’a prouvé ? Seules les preuves comptent.
Et dire qu’il y en avait tant pour vouloir changer l’expression, sous prétexte que Poussin aurait pu se tromper, le nigaud ? Quelle dérision ! Ou as-t-on vu qu’il fallait changer la serrure pour qu’une quelconque clef y puisse fonctionner ? Absurde. On ne change pas la serrure à moins qu’elle ne soit cassée. Celle-ci est la merveille technologique du millénaire et n’est pas prête de tomber. Le seul gros souci est de trouver la bonne clef dans notre trousseau de geôlier des enfers. Pas commode ! Ou alors si la clef manque vraiment, faudra-t-il la forger ou la couler dans l’empreinte aménagée sur le sable de l’arène, avec le bon laitier de minerais ?
Enfin des prémices de vrais scoops promis sur cette vieille chose de tableau, qui pour moi (et bientôt sur vous) agira, vous le verrez, tel un élixir de jeunesse tel l’effet de la Pierre Philosophale … mais je plaisante… à peine…
Pour l’instant, retenez ceci : (56, le père du nombre !) ® 6 / 5 = 1,2 le fameux rapport d’Osiris qui sera un des guides phares en nos décryptages mathématiques de Poussin (idem de l’abbé Boudet qui grâce à ses amis intellectuels aura tout ou presque copié sur Poussin.)
1,2 = 666 / 555 = P /j². Cela vous dit-il quelque chose ? Non ? Rassurez-vous, cela viendra bien vite. Aucune difficulté !
Nous en resterons là pour aujourd’hui.
Croyiez-vous que Poussin eut été nul en arithmétique et en sciences ?
En vérité, voilà bien une question qui ne se posait pas couramment sur la Colline entre historiens. Non ? Ils s’en fichaient jusqu’à présent, les historiens et les littéraires bien au tiède dans leurs bunkers tramés et enchaînés, en pages et en lignes ! L’avenir est maintenant aux matheux, aux alchimistes et aux bricoleurs de génie informaticiens. La revanche des créateurs ? Des intellos chirales ? Je plaisante toujours… à peine.
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec cet honnête homme et immense artiste si finement cultivé et qui fut au fait des inventions, des techniques et des connaissances dites confidentielles ou bien carrément secrètes, à l’avant-garde de l’élite européenne qui avançait dix fois plus vite que les pouvoirs civils et religieux, ultra conservateurs, ceux-là et qui freinaient de leurs quatre fers les progrès intellectuels et parfois scientifiques.
Quoique Poussin n’ait pas été le Leonardo français, il n’en fut pas si éloigné que ça par l’esprit et par les connaissances !
La Renaissance italienne avec la redécouverte des précieux grimoires des savants orientaux, était passée par là et aura provoqué un élan pérenne. Les temps modernes étaient arrivés ! L’Europe entière allait redevenir, grâce aux racines orientales, la civilisation la plus brillante et inventive du monde mais la plus violente, dominatrice, impérialiste et redoutable à tous les niveaux !
La toute première piste est donc amorcée … nous n’irons pas plus avant, pourtant Dieu sait si cette voie mène à l’infini, somme toute aux confins du Paradis … !
En outre, notre maître nous fit remarquer que cette phrase de quatre mots était écrite en latin, avec 11 + 3 caractères, sur deux niveaux, avec EGO, mot les deux fois écrit sur le niveau inférieur, et en la seconde mouture, plus distancée encore qu’en la première version, mais que cette locution était une formule écrite en un latin déstructuré, puisque privé de verbe.
Bof, les amateurs de SMS, ne s’effarouchent pas pour si peu !
Pourtant se garda-t-il (et grâce à Dieu il résista), de céder à la tentation d’y ajouter ne serait-ce entre parenthèses, le verbe présumé manquant : sum, le verbe être en latin, conjugué à la première personne du présent de l’indicatif. Cet excellent homme, qui était lui aussi finement cultivé*, se contenta de nous traduire la phrase par : En outre, en Arcadie, moi ! …
Le comble de l’égotisme, ou du narcissisme, pensais-je plus tard, quoique ce pauvre Narcisse n’aura jamais su à quoi il ressemblait exactement, du moins avant l’invention de la photographie qui se moque en les maîtrisant, des problèmes de chiralité ! |
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N’est-ce pas l’inévitable Jean Cocteau, que je soupçonne, grâce à un document confidentiel, mais dont un fac-similé est toujours en ma possession, d’avoir été un heureux initié actif en notre affaire. Il s’agit d’une création graphique très étrange et énigmatique, mais qui fut éditée à tirage limité il y a deux ou trois décennies et datée de 1956, année du dépôt d’une certaine association aux apparences toutes bidons, nommée témérairement Prieuré de Sion ! (Et pourtant ce dessin n’est pas un faux Plantardien !) Lequel Jean Cocteau, le grand artiste poète, fut soupçonné d’en avoir été un temps le maître, et qui disait en outre (je cite de mémoire) :
« La poésie (et ses avatars) est (sont) un (des) mensonge(s) qui dit(sent) la vérité »
« Les miroirs feraient mieux de réfléchir avant de nous renvoyer notre image » |
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Jolie formule qui lui ressemblait tant, à cet immense créateur touche-à-tout, et soi-même si complaisamment narcissique, à savoir, sans doute que le poète pensait : (il est toujours aventureux de faire penser les morts)
« Le miroir de Narcisse auraient dû me renvoyer mon image corrigée, tel qu’un comparse la voit naturellement, c'est-à-dire, dans le bon sens, tel je me découvre enfin avec mon vrai visage, grâce au cinématographe »
Etonnez-vous après cela que cet artiste, ange aux talents polyvalents, et possédé par la dévorante curiosité, devînt le plus grand de nos cinéastes poètes !
Bref… après ces considérations sur la chiralité, revenons à nos moutons de bergers contés par notre maître d’école, qui nous affirmait qu’on ne saurait mieux faire, qu’il serait présomptueux de vouloir corriger Poussin qui avait été un honnête homme, conscient de la grandeur de son œuvre. En somme, nous fit-il comprendre que si l’artiste avait cru bon de recopier ainsi la locution latine, c’est qu’il pensait que ses inventeurs ou concepteurs avaient eu de bonnes raisons pour l’écrire de cette manière abrégée (et nous le pensons toujours car nous en possédons, chaque jour un peu plus, les meilleures preuves que nous gardons au chaud sur le coin du foyer !!!).
En attendant, l’instituteur compétent et passionné, ne nous cacha pas que cette sentence boiteuse demeurait à l’entendement général, fort mystérieuse… (il a bien dit, à l’entendement général… je me rappelle le terme comme si c’était d’hier ! … je me demande aujourd’hui s’il s’incluait personnellement ou non dans : l’entendement général ? Tout comme la date de création de l’œuvre... Personne ne la connaissait avec certitude.
Mais le cours sur Les Bergers d’Arcadie ne s’arrêta pas sans qu’il nous fasse remarquer quelques détails amusants et significatifs. |
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Chapitre II - Les trois doigts
Maurice Leblanc (tiens, encore lui ?) le père d’Arsène Lupin, à moins qu’il ne s’agisse encore de l’inverse, aura écrit un bien étrange et fantastique roman de fiction, nommé les trois Yeux.
Mais que penser de Nicolas Poussin qui dessina sur son tableau
des Bergers « les Trois Doigts » … Mais si…
souvenez-vous préalablement du rôle essentiel d’un astre,
l’étoile du
berger du roman (entendre :
et toile du berger ! … La peinture fabuleuse
contenant la montagne d’Arcadie, nous dit Boudet) en
l’occurrence, Vénus, dans
le roman les Trois Yeux… N’est-ce pas de cette planète (déesse
suprême), d’où nous provenaient, dans le roman, les images
diffusées sur l’écran du génial inventeur qui démarraient à
l’heure du berger quand son étoile se levait au ciel ? Ainsi
les premiers babils de la télévision nous parvinrent (venus)
de Vénus,
l’étoile des Bergers… ?
En effet, n’est-il pas vrai que le berger du milieu tenant son aiguillon, ne nous montre que trois doigts entiers de la main droite, l’auriculaire, l’annulaire, et le majeur, puis l’index plié par derrière le bâton aiguillon (objet dont nous découvrirons l’essence, toute sa valeur symbolique, mythologique puis topographique), comme pour indiquer peut-être qu’ici serait justement présent le pouce dissimulé ? Et le berger ne saisit-il pas son accessoire de bien inconfortable manière ?
Le pouce serait donc occulté par l’aiguillon ? |
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Il y aurait-il derrière le bâton, une affaire de mesures anciennes et modernes (le pouce, pour commencer ? … Allez savoir, sait-on jamais ?), que nous aurions à démêler ? … La ligne, le pouce, la paume, la palme, l’empan, le pied, la coudée ? Tiens, tiens ? A suivre … mais attention au retour du bâton ! Mais pourquoi racontai-je cela ? Eh bien, voilà :
Notre maître qui était un homme pragmatique, désigna un « volontaire » adulte, en l’occurrence lui-même, et s’essaya à prendre la pose du bouvier (ben oui, toujours le personnage du centre, le chef présumé, qui tient de quatre doigts un aiguillon, un aiguillon pointu du gros bout et parfaitement rectiligne, utile à piquer les bœufs et les rétifs taureaux !), le pied gauche sur la corbeille métallique à papier retournée qui devint pour la circonstance, la grosse pierre du tableau. Le manche du balai de la femme de ménage, d’un pouce environ de diamètre (=~ 3 cm), figura l’aiguillon et notre maître tenta de tenir la pose cinq minutes avec les doigts repliés à la manière du bouvier Arcadien, sans que le pouce ne dépasse… Il ne tint en fait que deux minutes tellement la douleur lui envahissait déjà la main ! Rires des enfants, mais quelle jolie leçon de choses !
Cela prouvait que cette manière de tenir l’aiguillon était possible, mais non naturelle, donc pas tenable longtemps sans un entraînement spécial.
Je demandais alors à mon instituteur si des fois Poussin ne se serait pas trompé en peignant la main tenant l’aiguillon ? Il réfuta avec dédain mon hypothèse et laconiquement termina par ceci : « Poussin n’était pas homme à se tromper et s’il a fait ça, c’est qu’il avait, soyez en tous convaincus, de bonnes raisons ».
« M’sieur ! Et si le berger avait perdu un doigt comme mon tonton Bébert, le maçon, le jour ou une pierre de taille lui a taillé le doigt ?
« M’sieur, et si le berger était né avec quatre doigts au lieu de cinq … comme les moutons à cinq pattes ?
« Ha oui … quatre doigts, comme Mickey Mouse ! … coupa le petit rigolo de la classe, le pince sans rire. Notre instit, quelquefois nous laissait jusqu’à un certain point, délirer à notre guise.
Gros rires par ailleurs, que le maître n’encouragea pas. De suite il répliqua :
« Vraiment, hé bien, Georges, si tu crois qu’il a perdu un doigt, cherche donc, essaie de nous le retrouver à sa place … ! Non ? »
Lui, interloqué, fixa d’un œil ahuri le maître. Quelques rires dubitatifs et dispersés dans la division… Puis ce ne fut qu’une brochette de vingt petites bouilles dubitatives, muettes ou perplexes… Chercher le pouce perdu ? Ben, ça alors… ? Il en a de bonnes, le monsieur ! Qu’il le cherche, lui, s’il a du temps à perdre !
Mais qu’il avait l’air malicieux, cet instituteur, à prononcer ce : essaie donc de nous le retrouver à sa place ! Je ne savais pas s’il plaisantait un tantinet, s’il se moquait franchement, ou bien s’il avait quelque chose de sérieux dans la tête. Encore est-il que je m’en souviens encore et que cette suggestion je l’ai reprise à mon compte, beaucoup plus tard et le plus sérieusement du monde, sans ambiguïté, au premier degré comme au second, et avec, je le pense sincèrement, un certain bonheur. J’en conclus finalement qu’il avait plutôt quelque chose de sérieux dans la tête …
Ainsi nous passâmes sur ce nouveau mystère, à la leçon de grammaire. Mais mon esprit, déjà accaparé par les énigmes en cascades que j’entrevoyais en ce tableau troublait mon attention et je n’écoutais plus guère. Pas plus qu’aujourd’hui je n’écoute complaisamment les mille et un commentaires proférés par mes collègues chercheurs qui ne font mieux que de répéter au sujet de ce tableau ce qui aura été déjà dit souvent à tord par des auteurs, pour quelquefois à raison, sans mieux regarder en profondeur, pendant le temps qu’il faudrait, des mois, des années, s’il le fallait, pourquoi pas ?
Il existe encore aujourd’hui une timidité (ou une paresse), en tous cas une réserve (pour moi inexpliquée) qui empêcherait d’ouvrir simplement grand les yeux sur cette œuvre du maître.
Même des intellectuels de très haut niveau ont doctement préféré écrire quelques sottises mémorables ou contre vérités flagrantes (et répétées par tout le monde), au sujet de cette composition, plutôt que de perdre leur temps à contempler, analyser, scruter, mesurer suffisamment le chef-d’œuvre, si judicieusement cependant mis en scène par le peintre, où subsiste en cache un monde particulier, ou rien n’est insignifiant. Rien ! Ah, s’il s’agissait seulement de cliquer pour en connaître le cache…
Il n’y a pas d’approximations, ni n’existe pas de part du hasard (ou de la part aléatoire de Dieu), dans la composition des Bergers d’Arcadie. C’est comme du Mozart, qui ne saurait tolérer la moindre faiblesse technique ni spirituelle des exécutants ni les moindres facilités du chef d’orchestre. Médiocrement jouée cette musique meurt et choie au vent de la mode comme feuille d'automne, car le musicien a composé avec des petits « riens ». Seule la perfection sied à Mozart comme à l’oreille des Mozartiens, et itou à celle de Dieu qui soi même, d’après la Genèse, aurait créé la matière et l’énergie infinie du cosmos avec ses « riens » à lui, portés seulement sur le souffle du Verbe ! Ce que je prétends là n’a rien de présomptueux, quoique le verbe, qui n’est pas le Verbe, soit bel et bien absent de notre pseudo phrase latine …. Seule la rigueur de l’œil et la justesse de la lecture convient à Poussin, et aux Bergers d’Arcadie. Faut nous y faire. Toute une ascèse.
La Divine Section d’Or, son arithmétique, sa géométrie, et les trois variantes triangulaires du Nombre d’Or, rectangle, isocèle flamboyant, isocèle sublime, et les suites de Fibonacci avec leurs intermédiaires, règnent en maîtresses sur cette surface (tout le monde ?) semble le reconnaître, mais personne ne l’a prouvé rigoureusement ni recherché une vraie piste à partir de ces fabuleux points de départ.
Je ne parle pas des sympathiques, mais approximatives esquisses (exquises comme les cadavres … exquis …), d’un Henry Lincoln, et que tout le monde aura hélas, recopié les yeux fermés ou presque. Cette analyse était de toute évidence profondément inexacte… vide de sens, mais pas de charme, mais ne nous aura mené qu’à une impasse et à des projections spectaculaires sans lendemains (Haï, déjà me fais-je des ennemis de mes amis … serait-ce le cruel prix à payer, je m’y attend et m’y prépare…) Enfin, pire, elles nous auront fait perdre, ces utopies, un temps fou. Deux décennies de recherches gâchées. (Pas pour tout le monde… ?)
Personne ne s’était sérieusement inquiété, à ma connaissance, de ces étranges trois doigts paraissant à tord pour certains anecdotique et entité dérisoire, à part pour l’excellent et malicieux Alain Féral, qui fut un de ceux qui regardèrent au plus près le tableau. Mais ce qu’il en déduisit, ce sur doué le garda pour lui.
Autre exemple, tout à gauche du tableau est une montagne lointaine qui ressemble comme une sœur jumelle à ERYMANTHOS la montagne culminante de l’Arcadie grecque, toute enneigée en hiver, le haut lieu d’un célèbre travail d’Hercule, Héraclès (R à clés) l’Arcadien, l’histoire de la capture par notre héros favori du sanglier géant et furieux d’Erymanthes, si curieusement contée par l’abbé Henri Boudet en son livre qu’on dit à juste titre, archi codé, nommé La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes les Bains… un titre d’une certaine complexité et cependant basé d’entrée sur une contre-vérité flagrante, car le Cromleck en question, non seulement n’existe pas à Rennes-les-Bains (une entité purement virtuelle et symbolique, mais suggérant par contre l’existence d’un authentique et indispensable cercle, avec son centre, qu’il nous faut découvrir en son intégrité arithmétique et géométrique), ni non plus cette orthographe de Cromleck qui en aucun temps ne fut correcte, ce qui laisse présager sur ce qui va suivre, puisque qu’on va s’apercevoir que le titre, sans aller plus loin, est lui aussi codé, en ses lettres, en ses mots, et en ses chiffres latents !
Erymanthos, au lointain, à gauche (au sud-est ?), simple coïncidence ? Hum … ?
Illusion, protesteront les sceptiques !
Voyons. Serait-ce le lien tant recherché (un de plus) avec le rocher de Blanchefort, indiscutablement représenté à droite ?
Savoir repérer l’ébauche du profile de la montagne qui est la plus emblématique de l’Arcadie : Erymanthos, en l’occurrence, sur le tableau d’un peintre comme Poussin, toujours bien documenté, et cela justement sur le projet d’un tableau sensé représenter un paysage arcadien hérissé de montagnes, des montagnes qui sont alors, selon toute logique et légitimité, arcadiennes, est-ce si inattendu ou si foldingue que ça ?
Personnellement cela me semble au contraire n’avoir été que la moindre des choses. Oserais-je dire, une banalité ? C’est au contraire l’absence d’une telle montagne si chargée de mythologie et de légendes poétiques qui m’eut interloqué !
Et surtout il est facile en naviguant sur le Net, de comparer les bons profils d’Erymanthos avec celui dessiné par Poussin ! |
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Quant à Blanchefort, le rocher, serait-il là pour nous dire, entre autres choses, qu’il existerait une osmose géographique et culturelle entre l’Arcadie de Virgile, ou l’Arcadie géographique grecque, avec l’Arcadie Occitane (le Languedoc), ou coururent jadis, non pas la reine … quoique ( ?) … mais les armées de Simon de Montfort, et que c’est à nous de savoir en jouer si nous voulons trouver le fil du décryptage du grand mystère. Curieuse famille et quelle saga que celle des Blanchefort que nous suivons de Normandie au Razès, en passant par le Limousin !
D'autre part, serait-il trop abusif, voire délirant, de lire en (Boudet LVLC, page 301, ligne 26) : "L'histoire du sanglier d'Erymanthe est la peinture fabuleuse... etc. " par cette simple substitution : "L'histoire du sang, lie R d'Erymanthe, Est la peinture fabuleuse... etc."... Sans ne rien changer à l'ordre des lettres, sauf que la phrase par ce biais, relue, signifiera tout à fait autre chose, puis une autre encore, et lier devient lie (verbe lier), R, la lettre montrée par Héraclès, le berger accroupi montrant le R sur le texte de la tombe (R à clés = Héraclés) et Est, l'orientation, se substitue à est, la conjugaison du verbe être !
DE ERYMANTHE EST (14 lettres) via ET IN ARCADIA EGO (14 lettres)
Après les R sont respectivement 10 lettres + 8 lettres = 18 caractères. 18 = R A vous de voir et de juger sur la toile du Maître en considérant en symétrie la montagne située au Sud-est à gauche. Erymanthe esquissée en lointain, avec le rocher de Blanchefort à droite, très net (Sud-ouest), symétrie reportée sur la ligne horizontale passant sur le bout de l'index du berger bleu "R à clés", l'index indiquant alors (entre autres choses importantes), le point de symétrie.
Ce passage, au plus que double langage (quadruple ?), aura intrigué tous les chercheurs. Pour moi, les pages 300 et 301 sont un gisement de messages de premier ordre, et des plus révélateurs, imaginés soit par l'abbé ou ses amis, qui d'autre part nous auront déjà codé les particularités géométriques (toutes relatives au nombre d'Or), du tableau des Bergers de Poussin, jusqu'à nous célébrer ses mesures officielles, longueur et largeur comprises (121 x 85), celles que nous connaissons précisément aujourd'hui (à ce propos consultez la très instructive analyse de Patrick Merle sur le site de Jean-Pierre Garcia) "Chronique Patrick Merle - Les mésaventures des Bergers d'Arcadie"
En Arcadia Virga, je révèle pourquoi Erymanthos se trouve être parfaitement située par rapport à une orientation précise codée dans ce tableau à partir de la tombe et qui ne doit rien au hasard, je vous le jure. Mais qui l’avait repérée et notée ? Bien évidemment, je présume que pas mal avaient dû la remarquer, ce n’est pas possible autrement, comme bien d’autres choses non dites et qui le resteront, mais … ? … Quelquefois, dire la vérité nue sur la colline ne vous fait pas que des alliés.
C’est ce qu’un certain Gérard de Sède (le très regretté), qui n’a pas eu que des amis sur la Colline, m’avait déjà soufflé en citant maints exemples édifiants, alors qu’il vint rencontrer, à Puivert, en tout bien tout honneur, une comédienne, celle qui devint un temps ma compagne, dans la Salle des Musiciens du château de Puivert, le château médiéval des cours d’amours et des grands troubadours, lors d’une splendide nuit étoilée de juillet de l’année 69.
69, année initiatique et… Pourquoi pas ?
Nous côtoyions les fantômes de la dame Blanche et de feu les dames de cœur des Cours d’Amour des troubadours qui défilèrent jadis en ce lieu chargé de culture et d’histoire, qui tous aimèrent et chantèrent passionnément et désespérément en cette salle qui leur aujourd’hui est dédiée, ces idéaux féminins de l’amour courtois. Alors, pourquoi ne pas, dans la foulée, qualifier cette année 69, d’année érotique ? … puisque ainsi fut elle saluée, par Gainsbourg et Jane … le couple érotique et sulfureux de l’année ?
Mais, sérieusement, que cherchait Gérard de Sède en 69 à Puivert ? |
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Il savait qu’il allait retrouver une ancienne camarade, avec qui il fit un bout de Résistance à Paris. Ils étaient bien jeunes tous deux pendant les années noires ! Lui, je ne sais pas, mais elle, elle n’avait que quinze ans, cette pétroleuse quand elle fut libérée des geôles nazies par les Américains ! Elle fit partie des plus jeunes résistants de France et fut décorée par le général qui vous savez, en personne. Cela ne nous rajeunit pas … Mais aussi était-il venu voir et féliciter l’initiée, en cette personne même. Je reviendrai sur ce sujet. D’autre part il assista précédemment à notre spectacle et en fut ravi. Nous passâmes un grand bout de la nuit ensemble, dans la salle des Musiciens à parler ardemment de tout ce qui nous passionnait devant des mètres de saucisse de Toulouse, des tourtes de pains noirs, et des pots de vin tanniques des Corbières… et plus particulièrement nous discutâmes de la tombe des Pontils qu’il connaissait secrètement depuis une petite année ! (scoop ?) C’est, je pense, dés 68 que de Sède comprit l’importance de l’info qu’il venait de recevoir au sujet de ce curieux monument, c'est-à-dire l’année ou je la découvrais aussi avec une émotion inoubliable, grâce à une de nos comédiennes, celles justement dont je parlais précédemment, et avec qui il partagea un moment le combat dans les années sombres, et moi, bien plus tard, je partageais avec elle un des plus beaux moments de ma vie, dans la paix absolue, mis à part la récré de mai 68 ! Le Razès fut pour moi, comme pour beaucoup, une histoire d’amour mouvementée et riche en émotions. L’historien Gérard de Sède, l’appréciait aussi pour sa connaissance particulière du dossier des deux Rennes, bagage spirituel hérité de son père, déjà décédé à cette époque, et qui fut quelqu’un d’important …
J’ai lu récemment un livre signé par un jeune homme ou il était écrit que les initiés en matière de secret Castel rhédaen, n’existaient pas. C’est vrai. Tant qu’il ne parle pas, un initié n’existe pas pour le commun. Mais quand il parle et qu’on ne le reconnaît pas en tant qu’initié, il n’existe pas non plus. A ce que je sais, celui qui a sorti cette perle téméraire sur la colline, existe, mais n’est certainement pas un de ces initiés en question dont il nie l’existence… !
Quant aux musiciens troubadours pétrifiés avec leurs instruments sur les chapiteaux de la salle du donjon de Puivert, je puis garantir qu’à l’époque vous aviez affaire aux originaux et non à des copies en plâtre, celles que vous admirez aujourd’hui, et qu’à l’époque ce spectacle sculpté était libre, gratuit, authentique, et que personnellement je profitais de toutes les libertés prêtées par l’air du temps, et ne me gênais pas pour profiter de cette aubaine. Par exemple, d’aller coucher seul la nuit en ce château féodal hanté de son fantôme erratique, la célèbre Dame Blanche.
Je me sentais très bien avec les ombres des rapaces nocturnes passant aux fenêtres gothiques et meurtrières, à écouter les hululements du chat huant, le frôlement des lérots traçant leur chemin sur les clématites des murailles, surveiller ses lézards verts logeant en les interstices le temps de la nuit, ses mini scorpions inoffensifs dont j’avais pourtant si peur, ses araignées géantes fascinantes tant qu’elles demeurent statiques, et ses chauves-souris rassurantes demeurant sagement suspendues dans les recoins sombres du jour. Avec également ses inquiétants rôdeurs nocturnes, randonneurs largués sans lumière, campeurs en souffrances, bergers insomniaques ou discrets amoureux du site et de simples et innocents jeunes (et vieux) amants romantiques ou nostalgiques. Jamais d’assassins ni de bourreaux malgré les oubliettes et la salle des tortures. Chaque petit matin je m’éveillais sous un imaginaire concert de bombardes, de violes, cabrettes ou orgue positif descendant des chapiteaux sculptés. Je me rendormais aux chants imaginaires des troubadours et des damoiselles … mais sursautais aux caquetages assommants des dames oiselles nichant entres les pierres descellées des voûtes.
Enfin je montais lentement savourer l’incroyable paysage aperçu du haut du donjon carré. Là haut, nu comme un ver, la tramontane me fouettait le sang devant une vue à 360°, balayant des blanches Pyrénées Ariégeoises au Canigou Roussillonnais, Bugarach, le Cardou, la Montagne Noire se dressant devant Hautpoul et par temps très clair et muni d’une paire de jumelles, vue imprenable sur Monségur, sur toutes les forteresses cathares jusqu’au château d’Opoul Périllos en Roussillon Catalan !
Qui voit le soleil levant du solstice d’été s’élever, du haut du mythique donjon, sous le ciel apercevra les anges, et un instant ne saura reconnaître la terre des hommes comme refondue au contre-jour étourdissant !
Quand Gérard de Sède nous visita, nous étions, mes camarades et moi en plein festival de Puivert, le second, en 69, et nous venions de jouer don Juan de Molière en la cour d’honneur du château, et comme dans la chanson de Pierre Péret, j’étais Sganarelle ! Je ne vous raconte pas… Don Juan dormait banalement en une chambrette, mais Sganarelle le petit malin romantique, logeait au donjon millénaire en la haute salle historique et gothique et couchait entre les décors des tragédies grecques et les masques flamands ricaneurs en écoutant le vent jouer de l’orgue dans la tour ouverte aux quatre vents.
Monsieur Gérard de Sède (déjà en grand secret sur la piste de la tombe des Pontils depuis 68), fut parfois obligé de mentir, pour protéger la Vérité, et non pas promouvoir, comme certaines mauvaises langues l’assurent, sans bien être averties, sa vérité ! Mais ce n’est pas une autre histoire… Rendez-vous aux prochains chapitres. Car, encore une fois ce que j’affirme là ne concorde pas formellement avec les versions officielles des choses répétées par les spécialistes de l’histoire de la Colline !
Ceci étant dit (et il fallait que ce soit dit), alors pourquoi ne pas remonter à la source et de recommencer à parler des choses vraies et concrètes, palpables, mesurables, en dressant l’inventaire contrôlable, visible et lisible, à fond, avant d’aller rechercher l’inexprimable seulement entrevu en filigrane sur la toile des bergers ?
Ces dernières entités, d’ordre ésotérique et symbolique (y rajouter l’invisible absolu !) viendront naturellement d’eux-mêmes pour qui sera patient et perspicace, mais pour une fois ils et elles existeront et s’épanouiront sur des bases plus crédibles, ou à défaut, mourront d’elles même, sans nos regrets. |
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Chapitre III - Des arbres et des paysages
Une chose aura touché plus tard le rural indécrottable que je suis. Nous savons tous que Poussin fut un des premiers peintres à s’intéresser concrètement aux paysages et précisément aux arbres qu’il s’est t appliqué à peindre autrement que pour un quelconque décor convenu, avec un souci de réalisme. Les essences d’arbres sont souvent identifiables chez Poussin.
Quelques auteurs* avaient judicieusement reconnu en ce tableau une espèce de chêne d’une essence méridionale*, le chêne quercus Ilex alias le Chêne Vert ou le Yeuse, mais sans aller envisager cette hypothèse :
Et si l’artiste avait caché une indication ultra précise par le biais des noms des essences d’arbres représentés… ?
Mais n’anticipons pas… Nous savons déjà que les lettres du mystérieux texte des Bergers vivent en couples… Et puis zut, ne sommes-nous pas encore en 1951 ? Et je n’avais que 8 ans… Mais, tout de même, à gauche du tableau et encadrant la tête du berger couronné de laurier apollinien (et joliment frisotté à l’anglaise sur les tempes, ce qui est assez rare chez un viril et rustique berger, convenez en !), nous reconnaissions déjà, bien que n’étant que les petiots de CM2, des silhouettes d’arbres de chez nous !
Nous connaissions tous des bûcherons et des scieurs de longs (les derniers !) et nous savions reconnaître nos arbres d’essences très diverses à leurs formes, à leurs feuilles et à leurs troncs, et nous savions que les arbres représentés sur le tableau, à gauche, ne pouvaient être que des hêtres.
Je m’aperçus des années plus tard que ce sont de grands hêtres sylvestres roussâtres comme il en poussent de magnifiques sur un certain contrefort des Pyrénées, en Corbières, et pour être plus précis, en Haut Razès ! |
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Donc, j’en déduisais que la scène représentée devait se passer en une région méridionale à cause du relief aride, de la présence indiscutable de deux spécimens de chênes verts, mais que si des hêtres y poussaient si bien (ces derniers qui ma foi préfèrent la fraîcheur septentrionale !), c’est que probablement, à l’arrière-plan de la tombe, à une altitude de 800 à 1 000 mètres (?) le micro climat rafraîchi et hydraté présentaient les conditions favorables à l’épanouissement du grand hêtre roussâtre.
Devons nous en conclure, ou seulement retenir cette première hypothèse, que ce lieu se présenterait comme une zone méditerranéenne affleurant en un pays de climat majoritairement tempéré, telle la France ? Cette dernière constatation, en vérité, je ne la saisis encore une fois que beaucoup plus tard en reprenant l’analyse systématique des noms des essences d’arbres probablement figurées sur cette toile. Mais ma première intuition de gosse était, je le reconnais aujourd’hui, tout à fait porteuse et me conduisit donc vers quelques découvertes* inédites et totalement inattendues*… Bref, rien n’interdisait non plus que nous soyons en Arcadie grecque ?
Vraiment, vraiment ? Croyez-vous ?
Mais à consulter des ouvrages spécialisés, il m’apparut que fort peu d’espèces de hêtres poussaient ou s’acclimataient en Grèce ! Pour ainsi dire, quasiment aucune !
Même sur les hauts flancs de l’Olympe ou ceux de la montagne Erymanthos, aujourd’hui plutôt couverts de conifères, on dit qu’ils n’y poussent pas naturellement. Faudrait tout de même y aller voir de plus près… Mais dites-vous bien que l’équivalence du mot hêtre n’existe pas en grec ancien, ce qui nous en dit suffisamment long sur son inexistence en tant qu’arbre indigène ! En outre, en Haut Razès, le cas existe, et il est même remarquablement spectaculaire sur les flancs de la Serre de Bec ! On y accède par les Escudiès (Racines gréco-latines ? L’ombre du jour ? Est-ce de la poésie ? Voir, nous en reparlerons, car cette hypothèse qui laisse rêveuse, peut se défendre… !) et par le Col du Vent, le bien nommé… Tout un programme. La magie des lieux commence par leurs dénominations.
La grimpette se fait à pied jusqu’à un promontoire, un colossal rocher à falaises, visible d’un point précis des propriétés de l’abbé Saunière, roc géant prolongeant l’extrémité Est de la Serre de Bec, montagne longuement étirée (caractéristique commune à toutes les montagnes nommées serre) … sauf que la Serre de Bec possède cette autre curiosité que d’épouser exactement la forme d’une tête d’oiseau munie d’un long bec, comme son nom l’indique, et que son sommet dentelé s’appelle crêt d’Al Pouil (la crête de la poule).
Voilà donc de quoi évoquer poétiquement le nom de Nicolas Poussin, le « poussin », le petit de la poule, se disant en vieux Français, le POUILLARD (prononcer pouilar)
Serre d’Al Pouil … ? Serre (de l’oiseau ?) de Bec … tout cela fonctionne si bien … trop bien, même, pour être honnête !
Mais il ne faut rien jeter !
N’aviez-vous donc pas remarqué que nos personnages représentés sur le tableau du Poussin, s’inscrivent géométriquement dans un ovale spécial, qui est précisément la forme de l’œuf de poule ? La forme de l’œuf de poule est géométriquement porteuse de la section d’or si chère à Nicolas, le Poussin. Je développe cette coïncidence dans mon livre en chantier, Arcadia Virga.
Nous accédons donc en regardant vers le Nord, au faîte d’une falaise située à l’extrême Est de la Serre de Bec, faisant face à une autre, de falaise, méchamment chaotique du Pech de Bugarach, ce géant des Corbières. N’est-ce pas magnifique ? On y découvre un des plus beaux et saisissants paysages de la région sur la vallée du Bézu à l’Ouest et en se penchant, si l’on ne souffre pas trop du vertige, nous observons également en se tordant le cou, plein Ouest, les flancs à colonnades partant à l’assaut du ciel, des autres falaises vertigineuses des Crêts d’Al Pouil de la Serre de Bec… Sublime… Une idée de paradis, quoique vous soyez suspendu au bord du précipice, debout sur l’extrémité d’une fragile languette, une mince corniche minérale calcaire, celle de la partie supérieure d’une gigantesque vague pétrifiée en son mouvement infiniment lent et qui vous embarque tout doucement vers la fin du monde. Ici, vous vous trouvez sur l’ultime débris, si ténu, du crêt de la vague géologique.
Et vous vous prenez à rêver le nez en l’air, vertical, ivre de vent, comme surfant sur l’écume de la vague déboulant sur des nuages immobiles … telle celle chantée par Charles Trenet, le citoyen Narbonnais, « O, bergère d’azur compte tes blancs moutons ?
Mais enfin, éveillez-vous ! Vous n’êtes pas ici en sécurité sur la plage. L’écume de roche peut s’abîmer dans le vide n’importe quand sans prévenir puisque c’est la loi du mouvement et le principe de Newton, dont il eut conscience selon la tradition, en regardant choir des pommes … bleues ?
C’est la vie. Et la mort aussi. Imparable. On ne surfe pas sur les crêtes des vagues de montagnes, sans son parapente ! Voila qui est plus impressionnant encore que de méditer sur la philosophie picturale poussinienne se résumant (en apparence seulement) à : ici aussi l’on meurt !
Décidément, de quoi se plaignaient nos Bergers, enfants gâtés, cocoonés et sécurisés jusqu’à leur mort naturelle, n’ayant jamais eu ni faim ni soif, chouchoutés par le climat, nourris de ses fruits, et par des dieux suzerains, si complaisants et résidants familièrement avec leurs bergers, en Arcadie, eux aussi ! Les grands dieux ? Ils sont tous nés en Arcadie ! Chez eux, en Arcadie, leur pays de lait !
Zeus, Pan, Hermès Mercure, Artémis Diane, tous d’authentiques Arcadiens, etc.
Plus ce drôle de poids lourd, le héros que tout le monde voulut récupérer au cours des époques, les dieux Olympiens, les grecs, les étrusques, les Latins, les Gaulois, comme les Chrétiens occidentaux de la Renaissance, le sympathique et tout dévoué, Héraclès Hercule !
Des tortionnaires, les dieux ? Certainement pas pour les bergers gérant leurs infinis troupeaux ! Car ne vous y trompez pas, les brebis que vous ne voyez d’ailleurs justement pas sur le tableau, sont les propriétés des dieux ! Les dieux immortels ? Des emmerdeurs, certes parfois, très irritants par leurs disputes incessantes d’adultes gâtés, capricieux, jaloux et exclusifs, peut-être, mais rien en général de franchement tuant pour les simples mortels. On ne meurt pas forcément écrasé sous l’ego monstrueux des dieux ! Mieux, un dieu a le pouvoir de vous prolonger la vie, s’il vous a à la bonne ! Et les dieux ne demandent qu’à se laisser séduire par les belles et les beaux mortels ! Mais attention au désamour et aux fatals règlements de comptes !
Enfin, au Nord exactement, derrière le flanc gauche de la bosse du mont Cardou, on aperçoit les falaises recourbées en arc, immaculées, blanches saturées, craie et kaolin, s’élevant derrière Peyrolles, à 12 km environ d’où nous sommes. Le rêve, encore. Là bas, le blanc persillé de tâches vertes des falaises, rivalise avec bonheur avec les ocres du sol. Un petit Colorado.
Mais si vous regardez au bord du vide, vous devinez sous vos pieds les canopées d’une première forêt s’élevant en très hautes futailles de hêtres, bordant le mur de la falaise grise. Si vous vous retournez, c’est une autre opulente forêt de hêtres sylvestres roussâtres attaquant en pente douce la Serre de Bec. De telles forêts de hêtres si majestueux, sûrement implantés artificiellement en ces forêts domaniales, ex domaines royaux, présentant exactement la forme des arbres dessinés par Poussin sur la toile des Bergers, sont plus que rares ailleurs sur cette latitude déjà méridionale. |
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Oui, Poussin en a bien peint quatre, et non deux.
Scrutez à l’aide d’une loupe sur une photo très nette, et vous verrez deux fois deux troncs fort proches et parallèles. Les hêtres mêlent leurs feuillages. Cela devrait signifier à mon sens, deux choses. Les arbres mêlant leurs feuillages peuvent évoquer la forêt dense. Mais ce sont aussi deux couples de hêtres. Poussin aura couplé toutes ses essences d’arbres sur la toile des Bergers ! Personne n’avait osé relever, encore, ce fichu « détail ». Males et femelles ? Je résous cette délicate énigme quelque part au début de Arcadia Virga, mon livre prochain.
Toutefois, regardez bien maintenant les personnages : un couple homme femme à gauche, et à droite, un duo d’hommes. Sept couples ou duos en tout ? Cinq couples d’arbres et deux couples d’humains. Donc, quatorze individualités appartenant à un règne supérieur du vivant, respirant un air commun. Vous savez aussi qu’il y a quatorze lettres en l’expression Et in Arcadia ego composée de quatre mots, et … de sept couples de lettes des deux genres … Ha, ah ? 14 couples en tout, 7 vivants et 7 neutres, abstraits (vraiment ? Voir …) qui sont des caractères, oui mais des caractères qui représentent soit un principe de l’achevé, de l’immuable, et les autres, le principe contraire, celui de la vie évolutive et peut-être, mais n’est-ce pas aller trop loin, le principe de l’Evolution d’un certain Darwin, qui ne fut pas le premier à y penser, mais en tous cas ne fut pas le dernier à développer cette théorie ! Vous savez, nos alchimistes eurent de ces intuitions rejoignant parfois notre science actuelle… à moins que ce ne fût, encore une fois, l’inverse ? Que signifie ?
A la limite, on pourrait aussi fantasmer, rêver que Poussin eut pu avoir l’idée de suggérer avec son duo d’hommes situé à gauche, un couple d’invertis ? J’entends déjà ricaner sous les chaumières ! Voila que Poussin nous aurait pacsé des hommes ? Elle est forte, celle-là !
Mais, dites moi, mes chers amis, c’est oublier ou méconnaître d’autres audaces de ce genre chez l’artiste qui malgré toutes apparences trompeuses était tout à fait avant-gardiste, des audaces plus incroyables encore pour une époque qui ne plaisantait pas (officiellement) avec la vertu ni avec la morale, ni l’ordre établi ! Poussin se permit de transgresser en toute impunité les tabous sexuels du grand siècle, tellement puritain qu’on risquait l’embastillement pour moins que cela ! Ne fut-il pas le seul peintre classique à avoir osé représenter un coït humain sans aucune ambiguïté (Galatée et Arcis, inspiré d’Ovide, les Métamorphoses XIII), avoir représenté ailleurs de manière réaliste le magnifique membre phallique d’un certain dieu (Priape, fils de Dionysos et d’Aphrodite, le dieu de la virilité qui favorisait la reproduction des troupeaux).
Priape, Ovide, deux personnalités qui nous rapprochent encore du mythe arcadien.
Et si vous le recherchez sur le Net, vous trouverez ce dernier, tableau, Priape, revenu fraîchement restauré du Brésil et rendu à son intégrité primitive, car en d’autres temps, on avait censuré le phallus énorme du dieu que pourtant les bigots de Louis XIV n’avaient pas cru bon de voiler, car Poussin était protégé ! Et ne manquez pas d’apprécier ce coquin de détail, une muse ne pose-t-elle pas sa jolie menotte, si douce, si experte, sur un des points des plus sensible, un point G, comme on dit, du bon mâle normalement constitué ? Rien qu’à contempler la mine extasiée, ravie, du dieu, on sait que la jouissance est proche et que sa semence sacrée va jaillir en fécondant la terre, les airs, les limbes et le Cosmos ! Réaliste et à la limite très excitante, mesdames … ou messieurs, puisque… ainsi va la vie !
Que croyiez-vous ? Poussin un refoulé, un pisse tiède ? Du tout. Il aura bousculé maints tabous et aura changé le regard de certains peintres révolutionnaires jusqu'au dix neuvième siècle, dont ce cher et pudique Paul Cézanne, notre premier grand peintre moderne.
Mais il n’y a rien de franchement choquant ni de vulgaire chez Poussin. C’est comme un autre tableau à peine pornographique et scandaleux, intitulé la naissance du monde peint par le grand Gustave Courbet soi-même. Un incompris, lui aussi, très contesté… Voici la classe, et voilà le génie ! Bel exemple. La clé ? La distance modulable avec le sujet traité.
Comme d’ailleurs chez ce gentil (et génial) Paul Cézanne qui passa de nombreuses heures au Louvre à croquer à la mine de plomb notre bouvier à l’aiguillon, le personnage du centre, sans doute à la recherche, lui aussi (?) d’un fabuleux secret ? Et je crois qu’il su le trouver malgré ses doutes affreux, Paul, le secret du génie inventif, un trésor valant infiniment mieux que celui de son papa grand bourgeois, respectable banquier en Aix.
Si vous doutez de mes descriptions, courrez contempler les tableaux en question et les croquis de Cézanne, si toutefois ils se trouvent encore visibles quelque part dans le monde, et ensuite précipitez-vous dés les beaux jours, par temps calme, aux endroits superbes que j’ai décrits précédemment, avec votre barda, non seulement une carte IGN pour retrouver les sentiers, mais aussi, n’oubliez pas votre reproduction des Bergers d’Arcadie… Plus un appareil photo… Et toujours la bonne boussole du baroudeur… Des jumelles… Tout le sinfrusquin. Mais surtout n’oubliez pas non plus vos yeux, ceux du dehors, comme ceux du dedans, avec un bon pied et une oreille interne garantie anti vertiges, c’est le principal !
Prêts ? |
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Chapitre IV - Pour une amourette
Du parfum alchimique de la comtesse de Cagliostro
Toulouse, quai de la Dorade. Une fin de matinée, autour du 15 avril 1964. Les cours à l’école des Beaux Arts s’achèvent pour moi. Roue libre. Face aux verrières de l’atelier, pointe loin au dessus de l’antique Pont-Neuf, un bout de scie immaculée appartenant aux cimes pyrénéennes… signe qu’un beau temps clair et stable s’installe. Plier couleurs, bouquins et pinceaux devant le fleuve et changer d’air, de bocal et surtout de tempo ! N’importe où.
Place Esquirol, c’est une agréable cohue parmi laquelle des quidams vous sourient !
Portes vitrées de bars béantes contre portails d’immeubles qui claquent et fenêtres ouvertes donnant sur rue. Partout des éclats de voix et de rires amicaux de voisins qui se saluent ou s’invectivent ! C’est le réveil printanier de la grand’ ville rose, l’énorme village du midi, comme on disait (mais rose pisseux et crasseux en son centre historique à l’époque !), devant le premier bon soleil. Le crieur habituel de la Dépêche hurle son éternel refrain : « Enfin ça y est ! » ... Ce jour là, je crois bien qu’il annonçait pour de bon l’arrivée du grand printemps après de nombreux faux départs, seule nouvelle intéressante depuis des mois.
Du fond des brasseries s’égosillent les juke-boxes porteurs des derniers succès anglais, ricains, mais aussi de chez nous : « ... et voila que notre vieux printemps au loin refleurissait... », nous fredonnait depuis quelque temps et avec insistance une voix nouvelle, fragile et si saisissante, celle de Lény Escudero, ici échappée d’un café, ailleurs de transistors d’ados heureux d’écouter enfin salut les copains, dehors au doux soleil enlacés avec les copines.
On s’embrassait comme dans l’autre chanson de Georges, sur les bancs publics fraîchement laqués vert, au jardin des plantes du Grand Rond, offrant ce contrepoint charmant aux pigeons roucoulants et aux merles nicheurs se volant amoureusement dans les plumes...
Midi sonnait au loin, place du Capitole comme les sirènes rugirent. Pour moi, j’en étais à sept révolutions effectuées tête baissée sur le parc, du bien nommé le Grand Rond.
Rassasié de virer ainsi en cercle parfait et de rechausser sans cesse mes pas dans le sable (de l’arène ?) dont le centre géométrique était un vénérable tulipier géant, datant du siècle de Linné, un arbre historique qui encore un coup réussissait invariablement sa floraison, et d’autre part me souvenant opportunément que j’avais moi aussi, peut-être bien un béguin (top secret, à Paris, mais pas gagné d’avance... ouais, fallait bien se motiver !)
Je décidais séance tenante de partir au galop pour la Ville lumière... Hum, non, plutôt tranquillement et en stop. Et si le voyage s’éternise, c’est tant mieux, car je restais ouvert et disponible à toutes sortes d’aventures et d’errances dont j’étais demandeur, simplement vêtu d’un imperméable couleur mastic, style commissaire de police d’une série télévisée noire et blanc, d’une chemise bleu gendarme à épaulettes, effets spéciaux négociés pour deux ronds sur le banc des surplus de la police municipale au marché dominical de St Sernin, ce qui, je pensais, mettrait les braves gens en confiance ou à l’inverse me ferait craindre des margoulins !
L’imper était décoré de vastes poches, dont l’une, la droite, contenait mon rasoir électrique, un service minimum toilette et linge de rechange, un tube d’aspirine, un « suisse » auvergnat à seize lames et à tout trancher, ouvrir, décapsuler sans risquer de se blesser, et dans l’autre, quelques pièces d’un franc qu’on disait encore nouveau, plus 75 centimes en diverses piécettes jaunes, une boite de pansements, et peut-être bien dans la poche du pantalon un paquet de Gauloises bleues entamées avec une pochette d’allumettes publicitaire, deux mouchoirs en coton et trois ou quatre billets cradingues de cent balles pliés en 8, juste ratio de mes anti économies et de tous mes (dès) espoirs... Enfin, bien planquée dans la doublure, une carte d’identité et un permis de conduire... Ah, j’oubliais le plus important, mon vrai trésor, sur le cœur, un recueil manuscrit de poèmes... Bof... On ne sait jamais... ? Si par miracle je rencontrais un éditeur complaisant... On peut rêver... ? Ce n’est pas tous les jours printemps. C’était tout.
Vous ne croyiez tout de même pas que j’allais m’encombrer d’une valise ou d’un sac à dos ou à main ? Et pourquoi pas prendre le train dont le parcours est fixé au demi-millimètre près depuis plus de cent ans ? On ne doute de rien, dés qu’on a vingt et un ans, l’âge de la majorité civile (à l’époque)et c’était le signal de la liberté absolue dans l’indépendance... Coûte que coûte, larguons les amarres ! Geste rituel ! L’air du temps et la société recommandaient cet évènement quasi initiatique.
« Pour une amourette qui passait par là, j’ai perdu la tête...
Oui, Lény ! Figure toi que ce coup-ci... mon coco (c’était le mot à la mode), je t’entends sur radio des vallées d’Andorre, le poste à Marcel, un routier (encore bien sympas, à l’époque, les routiers !), fonçant vers le Septentrion ! Chauffe la route, Marcel, ouvre tes vitres et haut ta zique ! La vie est belle !
Je ne vous raconte pas (mais si…) le voyage qui dura une paire et demie de semaines en flânant dans le Quercy, ses magnifiques forêts de chênes, ses sols de causses blancs criblés d’avens et de gouffres géants, la splendide Dordogne ou chaque ferme, même la plus modeste est une gentilhommière à pigeonnier et tout vrai château sur la vallée un pur saisissement, la Corrèze toute en contrastes et à elle seule représentant le monde, puis dans la Creuse, verte absolument, ses immenses futaies de hêtres et de conifères et ses déserts humains, l’Indre et ses blés en herbe d’un vert plus tendres où j’allais surprendre les fantômes de Beautrelet, le jeune lycéen surdoué et d’Arsène Lupin, vers Crozant, (Voir l’Aiguille Creuse), le pays aux mille peintres, puis celui de Georges Sand, le Cher et ses douceurs, le Loire et Cher, sur les pas improbables d’Alain Fournier et du grand Meaulnes, et plus sûrement pistant les petits crus de vins blancs, patrimoine exceptionnel de Menetou Salon, Reuilly à Quincy, Sancerre avec son superbe amphithéâtre naturel garni de coteaux barrés de vignobles, sautant d’une fourgonnette l’autre, de celles brinquebalantes des plombiers, puis cliquetantes des marchands de vin toujours semblant être entre deux verres (dont le troisième m’étais gentiment offert)
« Jeune homme, pensez donc, c’est la fin du métier, les gens se mettent au whisky ! Les idiots ! » ... du bon boulanger en fin de tournée, du boucher idem, tablier moucheté rouge sanguin, en harmonie avec le visage grêlé et rubicond de celui qui a idem bien arrosé, son grand couteau à désosser posé sur un linge, entre conducteur et passager, sans doute pour intimider l’autostoppeur qui aurait la tentation de lui taxer son portefeuille rebondit ?
Sous le siège, luisait la large feuille nickelée à trancher dans le vif de ce petit monde adorable et poujadiste qui disait une grosse part des vérités, mais se plaignait le bec plein, avec pour actif des actions en bourse rondelettes placées chez des sociétés toutes plus ou moins complices de la male bouffe et du mal boire organisés, et qui exultait en râleuses franchouillardises dans ces bocages sinueux et romantiques d’un Berry aux coteaux restaurés par le printemps, et que griffaient des cours d’eau nonchalants, en lesquels frayaient truites sauvages arc-en-ciel, gardons blancs entre les écrevisses indigènes, les moules de rivière pas encore décimées par la pollution, des grenouilles vertes et reinettes grises. L’opulence ! Après nous, le déluge ? Pour l’instant, le nombril de la France était au beau fixe.
C’est alors que soudain, mon indolence de randonneur errant se transforma en une frénésie romanesque aux relents sulfureux !
A force de taquiner les références romanesques comme fait le pêcheur du dimanche d’une truite un goujon, on provoque l’aventure, et celle-ci de venir vous taquiner ou de vous ferrer au vif. C’est ce qui m’arriva en ce mémorable printemps !
Elle apparut non loin de Bourges, au centre prétendument géométrique de la France, après avoir visité le matin la cathédrale aux vitraux flamboyants et m’être recueilli en la fraîche pénombre du vaisseau, bercé par la répétition du maître de chapelle s’attaquant sans trop de conviction à un routinier canon de Jean-Sébastien Bach, je fus pris en charge par une lumineuse et bien jolie dame (un autre de canon, si j’ose m’exprimer ainsi, mais d’un effet plus convainquant), se disant de la bonne aristocratie francilienne (à la trentaine plutôt flatteuse ?), élégante, intensément parfumée fleur de réséda printanier avec un petit rien de musc sauvage, les yeux doucement taillés en amandes, yeux bleus azur diaphane...Iris bleus perses comme la déesse Athéna virant parfois au violet, ou tantôt au vert selon le moment du jour, visage assez pale, lèvres minces et vermillon au dessin parfait, avec une opulente chevelure, celle de la blonde Mélisande (dans la scène près de la Fontaine, vous savez ?), mais domestiquée, doublement nattée par l’arrière jusqu’aux bas des reins, la peau délicate, laiteuse, poitrine de vierge italienne des meilleurs tableaux Renaissance, anches souples, harmonieusement arrondies et fesses rondes, bien saisies sous une taille vénusienne. Une silhouette de stradivarius et « Bonjour... », hou la, la, une voix ravissante tirant légèrement sur les graves... comme j’aime. Une grande diva, une comédienne ?! |
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Avec deux seuls bijoux, soi-même rayonnante, d’une prestance sidérante et entre un décolleté provoquant une énorme pierre d’émeraude pendue en sautoir, enchâssée en une coquille argent ciselée étincelante de mille reflets blancs et verts. Pour seul maquillage, probablement un rouge a lèvre vermillon très soutenu ? Mais non. Je m’aperçus bientôt que vermillon était leur couleur naturelle ! Vermillon absolu, c’est rare.
Elle ne me demanda pas où je voulais aller et démarra en trombe en faisant hurler les pneus. Le timide maladif que j’étais n’osait à peine la regarder... Cloué au siège, particulièrement confortable ! Je me pinçais croyant rêver et je m’aperçus que je ne sentais plus même le pincement, me trouvant comme tétanisé, mais sans douleur. Je me ressentais peu à peu gagné par un étrange bien-être et bientôt comme flottant entre deux nuages roses. Je n’avais jamais imaginé qu’une telle sorte de beauté puisse exister, en dehors des fictions les plus planantes des champions de la bande dessinée qui ne faisaient que de vous inviter à entrer en leurs propres fantasmes.
Je ne vous en dis pas plus (si ?), eh bien, soit, un jeu de jambes affolant (sous ?) une minijupe minimum, velours noir soyeux de jais et bas couleur de lait, assortis à son visage de déesse lunaire, portes jarretelles crème résilles, à peine visibles. J’arrête, vous n’en pouvez plus... pieds mignons enchaussés daim précieux, hauts talons clairs et... Je meurs... Cette simple évocation me bouleverse encore...
Pilotant à 160 à l’heure sur les départementales défoncées, une grosse guimbarde allemande, une vieille berline tout à fait originale dont aucune marque n’apparaissait, qui fut certainement splendide à l’état neuf, mais dont je n’aperçus jamais la copie, dont l’arrière était décoré et aménagé comme un coin caravane de baroudeuse gitane, plus un jeu de miroirs, une chaîne de baffles musicaux aux graves généreux qui vous cognent directement au plexus, jouant ce midi-là, une musique classique baroque Italienne tous décibels dehors, comme pour me plaire avec le printemps de Vivaldi comme jamais je ne l’ai entendu. Mais quel frisson alors que nous traversions ainsi une opulente futaie toute en verts tendres parfaitement en harmonie avec la musique, soudainement traversée par trois biches auxquelles la donzelle, semblant fraîchement sortie d’un livre de contes imaginé par un satyre, semblait sourire et leur parler doucement sans se soucier du danger, ni du fait que la voiture, s’était faufilée à une vitesse indécente entre la seconde et la troisième biche de manière quasiment miraculeuse ! Mais à ma grande surprise, je n’avais pas eu peur.
Collées aux portières sont quelques décalcomanies aux signes me paraissant vaguement ésotériques, plus trois mystérieuses lettres adhésives, K N R, collées sur une affiche, une cavalcade de chevaux sauvages, lettres que je pris d’abord pour être le sigle d’une marque célèbre de révolvers américains, une boule de cristal en sa boite transparente, callée sur la plage arrière entre deux hiboux grands-ducs, pas poussiéreux pour deux sous, comme sortant de la boutique du taxidermiste. Presque encore vifs. Sur un siège, un large coussin oriental avec un petit chien blanc la tête sous la patte, qui dormait. Je m’aperçus bientôt que le chien imitait parfaitement, comme ses cousins les grands-ducs, le monde du vivant. Quoique... ?
Une
pétroleuse de la route ? Une superbe madame Irma en tournée de
gala ? Une cool girl de luxe en partance sur la Côte, faire sa
saison ?
Ce devait être un ange ? Qui osera dire après cela que les anges sont asexués ? Faudra d’urgence revoir le dogme.
Cette belle plante me fit comprendre tout aussi précipitamment qu’à son âge (?), il n’était plus question de refuser une occasion.
Je crus d’abord, vu l’état de son char et considérant le trouble en mon cerveau, qu’elle devait gérer un négoce international de voitures automobiles d’occasion, qu’elle vendait, prospectait, ou qu’elle livrait à domicile, ou bien, qu’elle était une de ces pin-up qu’on admire se déhanchant en mini short et chinchilla contre une berline de luxe, même d’occase... ou posant prosaïquement en string pour un calendrier de garagiste de banlieue. Je répondis bêtement que je n’y connaissais rien en ce genre de négoce, que, désolé, je ne pouvais pas l’aider. Elle éclata de rire. « Toi au moins, t’es un pur, coco ! Hou, là, là, je t’adore ! Cela m’excite ! Bébé Cadum, vient qu’on fasse connaissance…humm …comme c’est mignon tout ça …»
C’était comme ça. A prendre ou à laisser. Plus fort que dans les B.D. les plus irréalistes. Parce que j’avais fini par saisir où elle voulait en venir, et rapidos, puisque déjà à l’ombre des marronniers roses en fleurs elle baissait les sièges et baissait les rideaux. Qu’auriez-vous fait à ma place ? Et c’était si aimablement emballé, comme avance, et si inattendu ! Un vrai super colis de noël qui vous embarque... destination le septième ciel ! gratos, direct... sans passeport, pas de certificat de vaccination ni de tampons sanitaires, sans accessoires latex, ni obligation de sacrifier à un douloureux mais rituel combat avec l’Ange.
C’était le printemps de mes vingt et un ans et je n’avais pas à demander la permission... Et la dame était sereine. Connaissant mon âge, la belle savait qu’elle pouvait disposer de mon corps à son aise et à sa guise, en toute légalité et comme je n’avais rien à objecter de sérieux au sujet de cette plus que séduisante O.P.A., aussitôt je signais de la bouche, des deux mains, puis du corps entier, les yeux bien ouverts et fort enthousiastes. Bon, je chercherai à comprendre demain... Pourquoi moi... Physiquement très quelconque, complexé, timide, et qui n’avait pas le don de tomber les femmes, même tristounettes, en ne levant qu’un seul pouce depuis le bas côté herbeux des pissenlits, ni ne dire mot qui vaille ?
Ainsi le voyage traîna encore quatre ou cinq, voire six ou sept jours, un week-end du premier Mai à la triple rallonge (de gigolo ?), car elle m’entraîna en un tourbillon style rallie touristique à tombeau ouvert dans un jardin d’éden, (on n’avait pas encore inventé en notre doux pays, la répression anti chauffards !), dînant, dégustant et couchant en ces délicieuses auberges de charme blotties sur le Cher alangui ou devant le Loing immobile, entre le fleuve sauvage de Loire et ses châteaux chefs-d'œuvre époustouflants conçus pour les plaisirs du beau roi François, ou d’Henri III le fol et de ses mignons champions hors catégorie de bilboquet, ses rivières aux eaux molles couleur de caramel, saules pleureurs lascifs et extrême douceur du grand Val, sa fine gastronomie, ses vins blancs aux bouquets inimitables haussés fleurs blanches, aubépines muguet et seringas sur des fromages de chèvre roulés, pyramidaux ou cylindriques, toutes positions géométriques du Kama Soutra gastronomique, produits les plus suaves de l’univers vous fondant parfois en une bouche extasiée, et pour finir en beauté, sa fine literie fleur de lin, senteur de tilleul emmiellé acacia, chanvre et lavande douce. Chaud, chaud, chaud... Les mille et une nuits de la luxure commençaient. Carré blanc pour l’action ! (Tous droits réservés). Je souhaite que ce genre d’enlèvement vous arrive un jour.
C’est à moitié fier de moi, ébloui mais vidé, que je débarquais sans discrétion à Paname, avachi en une berline Allemande, grosse cylindrée, bleu pétrole, jadis métallisé et chromes éblouissants, conduite par une amazone qui aimait passionnément les jeunes gens, à vous les dévorer en brochettes, une chauffarde diabolique de luxe, une ogresse de charme et de forme... Une fée ?
Comme je lui faisais remarquer que je me sentais un peu gigolo et que je culpabilisais (si peu... mon dieu, quel hypocrite !), elle éclata encore de rire (elle était autant coléreuse que rieuse !), et me dit d’un ton de voix qui semblait tomber du ciel :
« A quelle époque vis-tu, coco (on disait toujours coco à l’époque) ? Hé là ! Sais-tu que les femmes s’émancipent ? Et devais-je dire amen et jouer les gourdes quand mon bel amant, mon traître de Laurent, s’est tiré en douce en week-end prolongé de mai avec la Bernadette, sa jeune et jolie petite garce perverse de secrétaire... une roturière ! … vint et un ans... rougeaude, pisseuse, une pucelle ! Monseigneur très virilement désire exercer librement malgré ma haute réprobation, son droit de cuissage ?
Ah ! Ah ! (Pour les plus jeunes lecteurs, je précise qu’à cette étrange époque on pouvait trouver des filles splendides, vierges, même à l’âge paraissant aujourd’hui canonique de 21 ans ! ), il n’aime que ça, le fourbe, les vierges, ce petit salopard « de Mes Choses » (C’était sa façon de s’exprimer quand la jalousie prenait de dessus) ».
- Ah bon... 21 ans... comme moi... fis-je, rêveur. - Dis donc, doucement, coco bel œil... ! Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi ?
- Ne le prenez pas mal, Darling, je disais seulement
pour l’âge, vingt et un ans ! - La même que nous, coco. - Quoi ! Comment le saurais-tu ? - Eh, hé... ? Mon petit doigt ! - Mais on risquait de se rencontrer. C’est fou ! - On s’est rencontré, coco. - Tu plaisantes ?
- Du tout, coco. Rien de plus réel. On a dîné l’autre soir
dans la même salle - Bof... Tu me la bourres... Je ne te crois pas
- Cela t’en bouche un coin ?
Ils sont arrivés comme les fleurs de
mai, sans se douter, avec les fromages de chèvres. Tu étais trop
absorbé dans tes rêves, ta dégustation et ta contemplation de ma
personne pour t’en être aperçu.
- Non ! Tout ça, Darling, c’est du roman de gare, mais reconnais que cela aurait pu mal tourner ?
- Penses-tu ! Je connais mon petit monde, moi. Je maîtrise la situation, moi. Tous des lopes ces mâles qui veulent profiter de mes charmes sans retour et se servir de mes réels pouvoirs, et leurs petites femelles au berceau, pft... des pétassons en herbe, ou des liserons conjugaux en boutons ! Mais, c’est égal, t’aurais vu la tête de …
- Comment ? Y’avait un troisième ?
- Mais oui, coco ! Ah ! La tête du détective qu’il avait arrosé, mon Laurent, mon pauvre chéri de salopard de mes choses, pour me surveiller, t’aurais vu ! Hé bien il a fait son travail, le détective, il nous a retrouvés ! C’était ce même soir. Il est entré décontracté, à commander une conso au bar, pensant passer une soirée de patachon à draguer les servantes, et en se retournant le voilà qu'il découvre nos deux couples rivaux. Gris, il est devenu, non pas de boisson, mais de mine. Il ne savait plus quoi faire, plus quoi en déduire. Un moment de grande solitude, pour un détective.
- C’est trop fort, ça. Et alors ? Je n’ai pas fait attention à tous ces détails croustillants. Je tournais le dos au bar et certainement à l’autre couple. Et alors, elle est jolie la petite Bernadette ? Haï ! que n’avais-je pas dit ?! Furieusement elle me griffa jusqu’au sang en me montrant ses dents... adorables.
- Tais toi, petit impertinent ! Alors il est reparti sous un signe discret de Laurent, sans même consommer et nos tourtereaux ont filé, je présume, le rencontrer dehors... ou peut-être ils sont allés directement vers leur chambre, d’où ils nous on fait la belle, au milieu de la nuit, comme deux enfants honteux surpris par la bonne à jouer à touche pipi. Ils avaient du payer la chambre par avance, avant de monter, je suppose.
- Je n’ai rien vu. Ils sont arrivés à quel moment ?
- Laurent et sa petite garce, la Bernadette ? Quand tu me racontais ton histoire craquante sur Marie-Madeleine, la belle et opulente copine rousse à Jésus, comme tu disais. (Sur ce elle se refit tendre …hou la, la …). Et le détective de mon ami de mes choses a fait son entrée quand tu en étais à l’affaire d’Arsène Lupin contre Herlock Sholmès, son redoutable adversaire et pourtant comme tu disais, son maître à penser, et qu’on en rigolait comme des bien heureux, tu te souviens, les vexantes farces Lupinesques à l’endroit du pauvre détective britannique, que je m’en suis presque étouffée de rire... à ce moment j’entrevois mon Choubrenc, le détective de Laurent, commander un Baby au bar, Choubrenc de l’agence Goutrand et compagnie, Orléans, 21 quai Jeanne d’Arc, Georges Choubrenc, c’était bien lui, en personne !
- Tu le connaissais ?
- Que non, coco ! L’intuition. Et j’ai saisi son identité par déduction un peu plus tard, aidée par mon miroir de cristal.
- Que veux-tu dire… ton miroir de cristal ? …
- Laisse cela, veux-tu ? Tu ne peux pas comprendre (et son visage se ferma)
- Pardon. Très fort ! Un excellent départ de roman d’aventure Belle Epoque, à la Maurice Leblanc. Je n’en reviens pas... et le mystère avec ! Tu nous auras manipulé comme des gosses... Mais tu as été très classieuse ! (on ne disait pas encore : géniale). Cependant, un détail pourtant qui me chiffonne, comment pouvais-tu être aussi sûre que les tourtereaux allaient échouer en cette auberge paumée, sur le Loing ?
- Mais, coco, je l’ai su par le mien, par mon détective, qui n’est justement que le patron de l’agence, Serge Goutrand, soi même ! Donc par le patron de Georges Choubrenc, le détective de mon petit salopard de mec, marquis de Mes Choses. Pour qui se prend t-il ce petit hobereau... hein ? Pour le comte de Saint Germain ? C’est en tous cas ce qu’il fait croire a sa gourdasse, ce crétin, et elle c’te linotte qui fait mine de le croire, la perverse de petite pute. Serge Goutrand était, dès le début au courant de tout parce que la petite bécasse lui aurait parlé, et l’autre, Georges Choubrenc, qui est sa dernière recrue talentueuse arrivant de Paris, grassement payée par mon chéri plein aux as... avec l’argent qu’il m’a volé ! Il ne s’attendait pas à nous retrouver en cette auberge, à côté de son nouveau patron attablé, avachi devant un tourteau mayonnaise de deux livres, plus toi, coco, la part incongrue et inattendue, le même soir et sous le même toit d’auberge. Imagines-tu son malaise ?! Et...
- Et... Quoi ? Le patron était donc là, lui aussi, Serge Goutrand ? De plus en plus fort ! De plus en plus fou ! Ne me dis pas que Goutrand c’était le... l’imbécile au tourteau géant mayo ? Si ? De mieux en mieux ! C’est trop ! Hou ! hou ! hou ! Ah, ah, ah !
- Eh bien oui, coco, il était aussi dans la salle, le patron. C’était bien ce gros barbu à la table n° 3 près de la fenêtre et dont tu t’es tant moqué quand par maladresse cet abruti a laissé échapper de sous sa pince d’acier chromée à briser les crabes (elle n’en pouvait plus de rire), une autre pince, celle du tourteau mayonnaise bien huilé, qui est venu brutalement échoir sur notre table, parmi les fromages en manquant de renverser ton verre... ce qui te mis en fureur ! Et que tu lui as rendu une fois ressuyé, entre deux feuilles de chicorée frisée, sur un plateau d’argent en te payant carrément sa tête !
C’était d’un burlesque ! Avec des personnages courtelinesques en vacance chez Feydeau ! Que peut-il arriver de plus croustillant ? Du grand art ! Mais qui aurait pu virer vinaigre, Grand Guignol et compagnie !
Je ne regrettais pas ce soir là, de m’être innocemment costumé en flic avec une chemise bleue à épaulettes, ceinturon et futal noir, achetés au surplus de la police du marché saint Sernin avant de partir, pour aller vivre cette aventure invisible et rocambolesque en resto de luxe, en ajoutant, sans l’avoir voulu, par mon apparence de policier municipal, une nouvelle louchée de confusion dans l’ambiance générale ! Quand je confiais à L. cette dernière remarque, nous repartîmes en un fou rire épuisant, mais libérateur.
Difficile de bien conduire en de pareilles circonstances, d’un fou rire l’autre ! Pourtant cela ne semblait pas la gêner et la voiture enfilait les avenues de la capitale avec des feux toujours aux verts et se faufilait en douceur entre les autres véhicules aussi souplement qu’un deux roues bien piloté ! Comment faisait-elle ? Un numéro d’illusionniste, grandeur nature ? J’étais suffoqué, mais j’avais compris qu’il ne fallait pas que je pose de questions qui pourraient rompre le charme.
Ainsi nous arrivâmes en un temps record place de la Concorde ou elle stoppa sèchement à la hauteur de la grande Fontaine de la Mer ou le dieu Triton curieusement barbu comme Neptune, tient sa conque de la main droite et sa pagaie à main gauche entre deux vrais tritons statues crachouillant l’eau.
« Tu stationnes là, Darling, fis-je inquiet ? - Tu es arrivé, coco, répondit-elle comme avec un ton de regret. - Ici ? Place de la Concorde ? - Je veux dire, coco qu’il faut que nous nous quittions ici. - Je savais bien qu’il fallait se quitter, là ou ailleurs, soupirai-je sur un sourire de bois en me blottissant près d’elle. - Nulle part ailleurs, il n’y a plus d’ailleurs. Me fit-elle d’un ton mystérieux. Nous y sommes. C’est là, ici même que nos vies se séparent. »
Ces deux dernières injonctions, soulignées par un sourire, lequel, illico se referma et son visage s’endurcit.
Je remarquais subitement que nous étions tous deux en cet endroit mythique où Lupin passa et repassa des centaines de fois en ses aventures, l’axe Passy Quai des Orfèvres aller et retour ! Le carrefour de Paris, de la France, presque, l’endroit le plus Lupinien et Lupinesque de Paris et du monde ! Force était de constater qu'elle avait soigneusement choisi ce point stratégique... Etait-ce uniquement en hommage à Lupin ?
Enfin, nous nous quittâmes sans plus de pathos au pied de la grande fontaine. Puis elle a démarré en coup de canon (qu’elle était toujours !). Bye ! Bye ! Elle se fondit immédiatement dans la circulation ordinaire... de suite invisible... disparue la belle... par le boulevard du Cours la Reine, vers Passy aux demeures cossues et secrètes à doubles entrées et triples sorties de Lupin, et d’où, très au lointain, on imaginait courir le paysage supportant la route de Haute Normandie, que je rêvais, naïf, toujours hantée par Lupin et sa bande, puis Rouen, l’entrée du trigone d’or de Caux, Dieppe, Le Havre, et moi ici, qui la cherchait encore du regard, Darling, debout comme un con devant Triton, le dieu indifférent, siégeant à côté de la Méditerranée, la figuration allégorique, avec son dauphin de bronze bafouilleur d’eau, et dont une saute de vent m’amena quelque embrun aux yeux, comme je tentais de scruter encore une fois, fort loin, après le Cours la Reine et le prolongement de la Seine... la gorge nouée, les dents serrées... la vue brouillée...
Mais où avais-je planqué mon mouchoir vichy, bon sang ? Ben non, j’ne pleurais pas...
Elle ne s’était pas évaporée sans m’avoir laissé un souvenir, glissé en ma poche, un mot confidentiel... un petit compliment sur papier bleu, fortement parfumé au réséda musqué, un de mes petits grands trésors éternels. Je le conserve toujours et son parfum est toujours intact.
Sincèrement, je ne saurais jamais si cette histoire avait été purement et simplement fantasmée par cette femme superbe, mais, Dieu que le premier rôle féminin avait été exquis et à la hauteur.
Pensif et tristounet je revins à pied jusqu'au boulevard Saint Michel et me mit à flâner aux devantures des libraires avec un certain vague à l’âme... Depuis cette bizarre séparation, flottait en boucle en ma tête cette fameuse phrase énigmatique d’ALCOR, extraite du roman de Leblanc (la comtesse de Cagliostro), que Lupin sut décoder bien avant Joséphine Balsamo :
Soudain je me figeais, sidéré devant un bac à livres d’occasion de chez Gilbert Jeune. Saperlipopette !
Sur le devant, était sorti du tas un livre de poche d’occasion, un spécimen que je reconnaissais et qui illuminait à lui seul toute la pile. En première de couverture, justement, l’image de Joséphine Balsamo, comtesse de Cagliostro, la brillante et démoniaque fille du mage, le Saar Cagliostro, elle, la seule au monde, à posséder le secret de l’immortalité ! ... et dont le teint était si délicat, pale sur visage oblong, généreux cheveux blonds, les yeux mignonnement fendus, l’iris azur éthéré, femme éternellement jeune et belle mais curieusement sans âge visible, grâce à un élixir et à un miroir magique hérité de son mage de papa (fameux personnage ambigu mais historique du XVIIIe siècle qui hanta toutes les grandes Cours d’Europe, fit tourner les têtes princières, les tables, ensorcela les reines et grugea rois comme empereurs), la blonde et terrible Joséphine ressemblant tellement à son père, plus la beauté...
Dans le roman de Leblanc elle est l’amante ravageuse du jeune, tendre et orageux Arsène Lupin, presque encore un adolescent, un enfant disait-elle, au siècle naissant, héroïne du livre qui fut le plus étrangement chouchouté par Maurice Leblanc, qu’il peaufina plusieurs décennies avant d’en décider enfin l’édition, jaloux de sa merveilleuse histoire d’amour et de chasse au trésor déposé par les moines Normands, ceux des grandes abbayes, joyaux de la belle et riche province, la Normandie... un trésor fabuleux en pierres précieuses, caché dans la grande roche trouée des moines, le dolmen de la Reine, sous laquelle, la magnifique Juliette Sorel, la femme la plus resplendissante et courtisée du royaume, attendait jadis, les nuits d’été, sous la constellation de la Grande Ourse, que son royal amant lui rende hommage…
Ad
lapidem
currebat
olim
regina... |
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La Grande Ourse et l'étoile ALCOR (la seconde étoile en partant de l'extrémité du manche de la casserole). En fait il s'agit d'un couple d'étoiles Alcor et Mizar. Mais la résolution des instruments montre aujourd'hui un vrai système (Mizar se compose de 4 étoiles et Alcor est double) |
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Quel clin d’œil superbe que de m’avoir quitté à l’ombre de la pierre la plus emblématique de Paris, l’Obélisque de la Concorde, près de l’arrivée de l’avenue du Cours la Reine longeant la Seine ! Grande classe et femme exceptionnelle !
Joséphine ! Le portrait craché de la belle qui venait de me quitter pour de nouvelles aventures …
Joséphine,
la reine des manipulatrices et des escrocs en jupons !
Recherchée par toutes les polices du monde, comme Lupin !
Joséphine l’irrésistible et l’insaisissable !
Machinalement je recherchais le mot bleu qu’elle m’avait glissé avant de partir...
je m’asseyais à la terrasse du café
concomitant... lui aussi peint en bleu...
Josine ?!! Articulais-je très haut, au grand dam des consommateurs qui cherchèrent désespérément Josine du regard. (Comme en une autre chanson …)
Tonnerre ! Josine était le diminutif de Joséphine Basalmo !
Tout était incroyable. Tout, comme vous savez, les petits chevaux maigres, mais magiques, de Josine, la Cagliostro, lesquels jamais ne se fatiguaient ni ne se restauraient ni ne buvaient… ni ne s’arrêtaient... Vous m’entendez ?
Jamais, en ces six jours, je n’avais surpris Josine, stoppant en route pour faire le plein de sa voiture, pour abreuver sa grosse berline allemande, qui pourtant aurait du être très gourmande de carburant, étant donné la vitesse nettement excessive de la croisière... ah... oui, le texte maintenant me revenait : Leblanc évoquait une grosse berline (la voiture allemande ?) tirée par deux chevaux infatigables, se dirigeant seuls, ne se nourrissant jamais, et cette voiture qui filait comme le vent même dans les côtes les plus raides, et qui abritait les amours chaotiques de Lupin et de Joséphine … le texte revenait, écoutons Maurice Leblanc :
« La voiture filait avec une rapidité inconcevable, souvent par des chemins détournés qui évitaient les traversées de villages. Ni les montées, ni les descentes ne rebutaient l’ardeur endiablée des deux petits chevaux maigres. A droite et à gauche, des plaines glissaient et passaient comme des images … »
Mais comment s’est-elle débrouillée, alors, ma Josine pour créer tant d’illusions, sans que je ne soupçonne l’imposture, comment a-t-elle rusée ? C’est trop fort ! Jusqu’aux feux verts qui lui ouvraient sans cesse la voie et les automobilistes qui complaisants la laissait doubler et se faufiler de queues de poisson en zigzags tracés à toute allure ? Nul policier ne l’avait arrêtée, ni contrôlée et personne sur le chemin ne semblait s’inquiéter de cette chauffarde qui slalomait entre les piétons, ambulances, autobus et voitures de police en maraude.
De toute manière, je ne comprenais rien à cette mise en scène fantastique romanesque autant que burlesque... en laquelle tout me dépassait depuis le début. Reprochera-t-on aux artistes de music-hall de vous affoler par leurs tours les plus fins ? Cela énerve, c’est tout, et on en redemande, comme des gosses en tapant des mains. Il ne faut pas tout vouloir démystifier.
Bof... ? Etais-je tombé sur une mytho nympho épatante, une artiste, une surdouée, qui m’avait joué les Joséphine Balsamo, la digne fille du Saar Cagliostro, à la perfection... ou alors... oui ? ... ou ... heu ... Eh bien, ou alors, quoi … d’autre ?! |
| Le roman de Maurice Leblanc
"La comtesse de Cagliostro" parut en 42 feuilletons quotidiens
de décembre 1923 à fin janvier 1924 dans "Le Journal" Le récit passionna littéralement le public et le livre sera publié dès juillet 1924 C'est dans cet épisode que l'auteur dévoilera
l'enfance d'Arsène Lupin et son origine, Le WM |
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Le parfum entêtant de la belle était bien là, envahissant, et si intense et enivrant que j’osais à peine m’approcher des gens qui d’ailleurs se retournaient étonnés après m’avoir croisé. Un parfum comme ça n’est sûrement pas distillé à partir d’aromes naturels. C’est de la chimie de synthèse, ensorceleuse. Ou bien était-ce de l’alchimie ?
Oui, savait-on mieux rêver à l’époque ? ... Où était-ce l’époque rêvée qui nous berçait en nous rêvant en son sein ? Car le rêve debout allait se poursuivre, souvent pour le désenchantement, mais aussi pour le meilleur.
Et puis me voilà ! (Suite et fin de la chansonnette de Leny) J’arrivais donc flapi et parfumé à Paris...
Une heure plus tard, cinquième étage ! (Je déteste les ascenseurs), immeuble cossu du quartier de Notre Dame (Mais oui... encore une gosse de riche, ma parisienne... on l’avait oubliée, celle-là... mais ne fut-elle pas prétexte à mon départ), le cœur battant prêt à exploser, toc, toc, toc… devant la porte de son studio d’étudiante dorée aux balcons émaillés de cent cactus observables depuis le bas de l’immeuble.
Je m’imaginais déjà au balcon, détendu, en peignoir (comme au cinoche, Bebel !), Gauloise bleue au bec, restauré, douché, débarrassé du parfum embarrassant, serrant dans mes bras MC, (j’allais l’être, douché, oui, mais d’une eau plus fraîche !), en regardant vers la Seine et la cathédrale de Paris, toute pimpante et dont on avait achevé la toilette ordonnée par André Malraux...
« Ouiiiii ? Qui est-ce ? » Hou la, la... C’est sa voix.
Je respirais un grand coup, passais la main dans ma tignasse, cessais de respirer... boum... boum... boum... comment faire taire son cœur... ? Ne plus l’écouter ! ... silence... Mais je ne pouvais rien articuler... de là on percevait la sirène d’une ambulance semblant se rapprocher parmi les roulements lointains et assourdis des voitures... (m’était-elle destinée ?). Puis, soudain, toujours derrière la porte, brusquement, une voix mâle, plutôt jeune : « Qui est ce ? »
Patatras. Chute de cinq étages, sans l’ascenseur...
Une voix de jeune homme ? (Merdre, madame Ubu, merdre ! Me dis je, tout bas, histoire de refuser de prendre la situation au tragique... son cousin sans doute, ou un camarade de fac ?)
« Qui est-ce, enfin ? »
Rien... personne... j’allais courageusement effectuer un lamentable repli stratégique quand la porte s’ouvrit. Un type immense aux noirs sourcils m’apparut, comme un ours géant des Pyrénées poussant au premier jour de dégel, la pierre de sa tanière.
Je paniquais mollement et bafouillais des mensonges inutiles. J’avais le cerveau en capilotade. Lui, l’ours, était mort de rire.
« Oui, M. C. m’a parlé de toi. Bon, ben, putain con, reste pas là planté comme un poireau, entre donc ! ... M. C., ma chérie ! C’est le poteau à toi qui s’était annoncé. Il passe pour te biser, alors, bise-le. »
Elle accourut, belle, fraîche, épanouie et adorable. On se bisa intensément. J’étais grisé... Je crois bien du coup avoir perdu la boule et lui avoir mieux qu’effleuré les lèvres. Hou, la, la, quel frisson. Mais elle eut un brusque mouvement de recul et elle changea immédiatement de physionomie et s’esquiva ! Je l’avais donc perdue ?
Et l’autre, l’ours noir des Pyrénées, plus docile dans le fond qu’il ne le paraissait, qui heureusement faisait semblant de ne rien remarquer !… Ajouté à la fatigue, bouleversé, je ne savais plus qui je suis ni qui j’étais, ni surtout où j’en étais. Présent, passé, demain, tout m’était égal. Josine, la terrible Josine, m’avait ensorcelé, m’avait piqué ou fait respirer un philtre de sa création !? Mais c’est bien sûr ! Le philtre de Josine était bien cette réalité tenace et imprégnant vêtement et peau pour trois bonnes semaines au moins (il demeura beaucoup plus !). Le parfum réséda rehaussé d’une note musquée de Josine, le parfum de bête charmante éveillée au printemps qui avait violemment indisposé M. C. est ce qui expliquait sa soudaine reculade... J’étais mal. Haï, haï ! Mais Feydeau, toujours pas mort ?
Lui : « Assied-toi. D’où tu viens ? De Toulouse ? Raconte-moi. Y’avait du monde, putain con, dans ton train ? Dis, oh ! Qui c’est la nana dans ton compartiment qui t’a refilé ce parfum ? … Pas banal, hein, dis, M. (il la rappela), sent moi ça ma chérie, toi qui est un nez, une spécialiste ? Raconte-nous, elle était jolie, au moins ? C’était quoi son petit nom ? Tu connais ce parfum, toi ma chérie ? Pas possible comme ça pète (on ne disait pas encore comme ça shoot) ! Prodigieux, jamais senti ça ! C’est dément ! Chapeau, t’as pas du t’emmerder dans le train. J’ai toujours dit, un voyageur solitaire est un diable !»
Il en remettait des tonnes et des tonnes et m’enfonçait avec jubilation. Finalement il me faisait par procuration la scène que M. aurait du me faire si nous avions été seuls ! Je transpirais de plus en plus fort et une grosse goutte s’écrasa sur ma chaussure.
« Tu prendras bien un verre ? Merde, y’a plus de bière au frigo ? con ! … Alors, j’ai : Bordeaux, Cahors, Fronton, con, ou Quincy blanc du Loire et Cher ?»
Je tressaillis jusqu’aux os en entendant ces derniers mots... Je devais avoir la fièvre. Le Quincy, mon vin blanc de Loire préféré... Où avais-je planqué l’aspirine ? J’avais comme un coup de fièvre. Telle l’écrevisse d’eau douce du Cher, je rougissais à mon tour et transpirais comme faisaient les grosses jarres poreuses gardant l’eau fraîche au soleil du Mexique... Je clapotais en mon bouillon... je disjonctais sans étincelles... fermais les yeux... cherchais en vain une diversion, délirait en mon fort intérieur.
Aucun doute, ce garçon là était bien, là, chez lui. Vous l’aviez compris, la belle n’était plus libre depuis un fameux baille et n’avait pas osé m’envoyer un bristol.
Déjà je craignais ce grand diable macho à la voix de stentor et à l’accent ariégeois, loquace et roulant ses galets plus qu’un gave des Pyrénées. Mais je ne pouvais me douter que ce pseudo rival de la taille d’un Goliath, était aussi l’ange noir annonciateur qui allait dés le surlendemain me mettre en rapport (pour se débarrasser de moi et m’éloigner de la belle ! Mais dans la vie il existe des coups de pieds au cul salutaires, comme celui-ci, qui ne fut en vérité qu’un coup de pouce libérateur du Destin, un sacré coup de chance ! Car il ne pouvait me rendre meilleurs service !), avec un de ses bons amis pyrénéens à lui, prof en banlieue, un poète et comédien, qui fut élève en comédie et mise en scène du maître Jean Vilar (celui du festival d’Avignon), s’il vous plait, et je ne sais plus quoi encore, lequel en fin de compte allait devenir pour longtemps mon grand ami et protecteur.
Ce garçon, de trois ans mon aîné, trimballait des rêves et des projets qui me fascinèrent sans délai. Lui, était tout aussi grand que son ami l’ours, mais élancé, presque maigre, émacié, le teint clair et vif argent comme un chanteur de flamenco sévillan. Tantôt pale et le visage long et ovale de Joséphine Balsamo, mais avec les yeux noirs de jais... Mais pourquoi dis-je cela ? … Aurais-je remarqué malgré toute sa virilité apparente, comme un penchant plus féminin qui s’exprimait ?
« Ouais, toi un jour tu me joueras Sganarelle, Sancho Pansa, et dans trente ans, quand tu auras pris de la bedaine, l’apothéose ! Tu seras mon Falstaff dont j’ai déjà écrit la mise en scène ! Tu es ces trois personnages. Tu as une bonne voix, puissante, claire, timbrée, pas d’accent, tu articules, ce qui est rare, plusieurs registres dans la voix, ce qui est rare aussi, t’es marrant quand tu le veux, t’as de la présence quand tu ne bouges pas, mais t’es franchement mauvais dés que tu bouges. Il faudra prendre des cours pour corriger tes mouvements. Même avec les réserves, je n’en demandais pas tant ! Pour commencer, tu feras Canciano le cocu boiteux, second rôle dans les Rustres de Carlo Goldoni.
C’est G. une comédienne professionnelle sensas qui tient le rôle de dame Lucrèzia, ta femme dans la pièce. Tu la connaîtras dans quelques jours. C’est quelqu’un, tu verras. Elle dégage. Un peu folle mais avec les pieds sur terre, comme tu les aimes, sûrement, les femmes. Non ? Je me trompe ? Et puis elle est assez belle, ma foi. Où crèches-tu ? Nulle part ? Bon, si ça te dit de coucher quelque temps chez moi, j’ai encore un lit. Tu amèneras tes bagages ? Ta petite amie ? Tu n’en as plus. Ni l’un ni l’autre. Libre comme une fleur. Bien, bien, alors tu restes ?
- Ben, oui ! (Difficile d’en placer une avec un généreux bavard de cet acabit)
Ce qu’il ne pouvait encore soupçonner et moi non plus, c’est que je n’allais plus décoller de chez lui, ou si peu, pour faire des course ou plus tard aller bosser (dormir au bureau), découcher en célibataire, et que nous allions habiter ensemble et déménager trois fois ensemble, venir au centre de Paris, en repartir, y revenir, payer les loyers en commun, dîner, sortir, travailler en commun, avec un autre jeune comparse comédien (son petit ami... son coco, ben oui, et alors ? Je vous disais bien que cet homme d’aspect très viril avait cependant un côté joliment féminin), galérer pendant de longues années actives et foisonnantes, et que la fameuse G. , un sacré bout de femme de 40 ans qui en fait 28, que je vis effectivement peu de jours après (effet du parfum, toujours prégnant ?), allait doucement me conduire à vivre de plus en plus intimement avec elle, me fit découvrir tous ses trésors de femme qui a bourlingué, galéré, mais que la vie n’a pas usé et qui ne l’avait rendue que moins lisse, moins facilement jolie mais qui l’avait sculptée plus belle et toujours plus désirable, sa bibliothèque héritée de son exceptionnel papa, qui fut le dieu bienfaisant et initiateur pour sa fille chérie unique, chez laquelle je découvrais une planète et un univers totalement nouveau pour le petit merdeux que j’étais, la Kabbale, les œuvres de Papus, de Léon Bloy etc... etc... et puis aux années 68 et 69, dans l’Aude, le Razès, elle me conduisit de Puivert, château des cours d’amour, à la tombe des Pontils encore debout, celle de mes Bergers vénérés et en l’Eglise de l’abbé Saunière, puis à Montségur.
Elle me fit rencontrer un certain Gérard de Sède, historien, trotskiste, surréaliste, ex-résistant de l’ombre. C’est en Résistance qu’ils se connurent alors qu’elle était (en principe) toute minaude, jeune ado, jouant les pétroleuses et les porteuses de messages contre les occupants entre nounours blanc et poupée d’enfance ! Belle histoire aussi.
Mais une autre d’histoire, m’arrivait par De Sède qui se passionna pour la vie de nos curés monarchistes et légitimistes du Razès et pour les Templiers de Gisors... N’est-ce pas curieux, cette rencontre de deux idéologies extrêmes. Le curé Monarcho admiré par le surréaliste Gaucho, n’est ce pas, paradoxal ?… Où nous conduit parfois le surréalisme ? (Ce qui était aussi ma culture ! ... donc... Pas de limites... et les femmes inspirées, alors ? Encore plus loin ! ? ...
Parce que personnellement avec G, j’accomplis un chemin comparable. Du petit anar nihiliste et couillon que j’étais parce que l’air du temps m’y portait (et aussi parce que c’était peut-être bien ma nature ?), mais sans ne rien renier de mes vrais fondamentaux, j’allais toutefois découvrir avec passion ce qu’était une autre France et une autre culture de l’Occident. Une pensée tellement différente ! Stupéfiant ! Mais envers laquelle, greffon tardif, j’allais conserver une certaine distance utile et prudente.
Le journaliste historien Gérard de Sède était en mission d’info top secrète.
« Jeune homme, votre destin ne tient qu’à vous ! » Me confia-t-il, mi-sérieux mi-rieur, une belle nuit étoilée au château de Puivert...
« On commence les répètes quand ? Risquais-je enfin à C.
- Dès qu’on aura édité le premier numéro de notre revue littéraire en projet. T’as écris des poèmes, m’a-t-on dit ? Il y a intérêt à ce qu’ils soient superbes, si tu veux que je les édite ! Si non, tu referas ta copie jusqu’à ce que ce soit bon... Je les lirais en ma classe, demain matin. Je mettrai les gamins en interrogation écrite une heure pour avoir la paix ! »
(On peut noter en passant que l’école en ces milieux banlieusards de l’Est parisien était encore facile et gratifiante pour tout le monde) J’extrayais en tremblant mes papiers manuscrits froissés que je retrouvais à grande peine coincés, au quart déchirés et devenus presque illisibles dans la doublure de mon imper de commissaire baroudeur. Il trouvera ça horrible, pensais-je.
Hum mm !… Tiens, décidément, la liasse était, elle aussi, empreinte du parfum entêtant de Josine... zut... Je bafouillais encore de confusion.
« Je... Je... crois que c’est ça... mais... mais... désolé... ça alors, ça sent drôlement, n’est-ce pas ?
- Oh ? Eh bien, ou as-tu capté un tel magnifique parfum, me fit-il extasié ? Je ne savais quoi répondre, et puis... - Voilà. C’est le parfum d’éternité. Celui de Joséphine Balsamo, comtesse de Cagliostro, lui répliquai-je le plus benoîtement du monde. - Eh bien, tu en as de belles relations, et des plus sulfureuses ! ... me répondit-il, plutôt moqueur. - C’est elle avec son parfum qui m’a propulsé ici. - Ah, ah... bizarre... bizarre... eh bien, soit, c’est la Cagliostro qui t’envoie. Donc c’est du sérieux, je vois. »
Je ne l’étonnais pas. Il était poète. On peut tout dire à un poète, sans jamais paraître ridicule ! Il n’empêche ! ... Toute blague à part, à qui devrai-je mes meilleures années ? A quoi ? En grande partie aux effets saisissants du parfum ensorcelé de Josine. C’est vrai, ma pau’ve dame, mon pauvre monsieur, à quoi tiennent nos vies... Il en est de même pour les empires... O vanités... ? |
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Quelque temps après nous tombait une critique fort flatteuse et encourageante dans les Lettres françaises, l’hebdomadaire du célébrissime Louis Aragon, le Fou d’Elsa (Triolet) ! Nouvel effet du parfum de Joséphine ? Tous s’accordaient à trouver nos poèmes bons.
Je trouvais vite sur simple demande verbale, sans le moindre piston et sans fournir de curriculum, un job (Encore l’effet parfum ?) en une administration respectable qui m’occupa à classer, à vérifier, ordonner et à tamponner manuellement des centaines de dossiers de brevets d’invention par semaine avant de les expédier à l’Imprimerie Nationale. Travail peu fatigant, égaillé de beaucoup d’heures libres volées que je passais en douce à la bibliothèque des archives des brevets d’invention à écouter, béat, les discutions entre chercheurs loquaces, rats de bibliothèques et puissants rêveurs et prospecteurs, que d’aucuns prenaient pour des illuminés.
Ce fut donc, à l’INPI (ministère de l’Industrie, rue Amsterdam dans le IXe), que je me frottais pour la première fois à de vrais chercheurs professionnels. Personnellement je les trouvais messieurs dames distingués, posés, mais qui au moins véhiculaient des idées novatrices, originales, sommes toutes, d’authentiques créateurs en puissance ou inventeurs rompus.
Certains possédaient cet esprit si particulier du bon chercheur méthodique de trésors ou de chevalier du Graal, comme on en lisait les aventures dans des meilleures bandes dessinées ! (Aujourd’hui, ce sont les mangas nippons qui ont assimilé et orientalisé notre mythologie celto-teutonne). Beaucoup auront secrètement rêvé avoir inventé le Nautilus de Jules Verne, un autre, l’arbalète de Guillaume Tell ou pourquoi pas, la fusée de Tintin ou le caducée du dieu Mercure !?
Un inventeur ne peut couper le cordon ombilical le nourrissant de ce trésor débordant, que fut une enfance réussie. Je suis inquiet de constater qu’on fait tout aujourd’hui pour voler aux gosses leur enfance, alors que mes chercheurs et trouveurs du moment étaient tous restés de grands enfants (simples ?), tout comme moi et se demandaient pourquoi ne pas partir dés les vacances d’été, découvrir avec leurs vrais gamins, le fabuleux trésor des Cathares, celui de Blanche de Castille ou le trésor d’Alaric, que certains espèrent encore retrouver en la ville rose près de la basilique de St Sernin, voire, celui déjà célèbre des curés millionnaires de Rennes-le-Château, qu’importe, mais, allez savoir pourquoi, avec toujours en ligne de mire, la barre blanche des Pyrénées !
Mais ne perdons pas le fil.
Et en fait, malgré toutes les trompeuses apparences, je ne l’ai jamais perdu ni rompu en ce chapitre plutôt romanesque, et vous le comprendrez mieux aux chapitres prochains.
Tout se décrypte et le destin bordélique à nos yeux imparfaits se révèle être en vérité, avec le recul, dessiné en douces courbes tranquilles, comme l’univers, et vous semblera finalement n’être, que d’une logique implacable et mathématique.
Trois semaines sans aller visiter mes bergers favoris et je souffrais en état de manque comme un fumeur devant l’unique tabac du village, fermé pour congés annuels !
Le dimanche, jour de gratuité, on pouvait m’observer contemplant des heures entières comme hypnotisé, le tableau de Poussin... Le vrai, l’original, cet omphalos de l’esprit et de la modernité ; ce qui ne semble pas évident à première vue... J’en conviens... Et pourtant, mes cocos... |
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Chapitre V - La récréation des gardiens des Bergers du Louvre
Des trois petits chevaux maigres mais entiers de Joséphine
Balsamo,
Avertissement :
A ceux qui s’étonneraient que je révèle avec complaisance des arguments ressemblant à des indices de la vérité de l’Affaire, je ferais la même réponse que Joséphine, comtesse de Cagliostro : « Pourquoi pas ? Les connaître n’est pas les déchiffrer ! »
En vérité, je montre de nouvelles pistes à cueillir, ou plutôt à laisser fleurir, mûrir et grainer… Mais seul le jardinier possède les clefs de la serre où mûrissent les sésames profonds alimentés par leurs racines.
D’autre part, à ceux qui en lisant les dialogues suivants, en apparence seulement à demi farfelus, qui eurent lieu au Louvre quand j’étais jeune homme, reportés dans le chapitre qui va suivre, et m’accuseraient de ne pas suffisamment prendre au sérieux les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin, je réponds que l’esprit en est le même qu’avec un Philippe de Cherisey, sans vouloir me comparer à lui, grand initié devant l’éternel, mais poète humoriste, comédien et l’ami de l’incomparable auteur dramatique Roland Dubillard, et qui se sera bien moqué des gens trop sérieux qui n’ont rien compris en ses stratégies de diversion, qu’aujourd’hui certains perspicaces chercheurs commencent à peine à débrouiller.
Je pense sincèrement que Boudet aura mis aussi beaucoup de fantaisie et d’humour en ses meilleures pages. Ces gens-là n’étaient pas tous des « pisse-froid » ! Si la fantaisie n’est plus de mise en France (2010), en ce qui concerne nos affaires, de profundis, sachez qu’elle l’était encore ancrée en notre culture dans les années 60.
Enfin, grâce à cette légèreté, beaucoup d’intellectuels et d’auteurs ont pu exprimer des choses impossibles à dire autrement. Une autre forme de langue des oiseaux ? Qui va s’en plaindre ? Qu’est-elle devenue aujourd’hui ? Comme précédemment, dans le même but j’ai utilisé un style romanesque, toujours en vogue, avec de nombreux cryptages. Maintenant, en voici d’autres portés par un autre style. Mélange des genres ? Qui s’en plaindra, encore une fois, car c’est Boudet lui même qui nous donna l’exemple ! ?
Quant à la guerre des arbres, ce n’est pas une invention ! Elle est bien réelle et connue… et Poussin qui en fut instruit, l’aura aussi récupérée, comme toutes connaissances scientifiques accumulées en son plus grand chef d’œuvre, les Bergers d’Arcadie.
J’avais fait les frais d’une paire de jumelles de théâtre dont je me servais comme d’agrandisseur de tableaux, me permettant d’isoler les minces détails des tableaux de mon choix. C’est ainsi que je découvrais que Nicolas Poussin en d’autres toiles, avait truffé ses paysages de minces détails réalistes à peine soupçonnables à l’œil nu. Alors, s’il s’était usé la patience et les yeux à peindre tantôt de microscopiques troupeaux de moutons paissant à l’ombre d’une haie, pourquoi en ses Bergers d’Arcadie n’avait-il affiché que des espaces arides, une tombe austère et cinq bouquets d’arbres ? Ici, point de présence animale !
Semblent être représentés sur ce tableau :
Le règne humain par les bergers, le règne végétal supérieur par cinq duos d’arbres, tous identifiables et identifiés, deux duos de hêtres, un duo de chênes verts, deux troncs de pins, et un duo de petits charmes (donc les personnages, devraient l’être aussi ?) et le règne minéral par des monts arides (donc, les montagnes aussi seraient-elles également identifiables ?)
Je songeais souvent à ces hypothèses et au mystère de l’absence d’animaux, et en cherchait obstinément la raison, en bénissant celui ou celle qui eut l’idée d’accrocher le tableau à hauteur des yeux d’un individu de taille moyenne ! J’abusais de cette intimité possible avec l’œuvre et souvent les gardiens s’en inquiétaient en me surprenant le nez dessus, à frôler le vernis ! Je les rassurais.
« Savez-vous messieurs que je retiens ma respiration et que je fais bien attention de ne pas éternuer sur la peinture, pour ne pas risquer de la contaminer avec un virus ou un mauvais champignon qui détruirait la matière picturale ! Je suis conscient ! »
Mais je voulais respirer au mieux le vieux tableau, si fragile, un malade médiocrement retapé et aventureusement torturé. (Voir chronique technique de Patrick Merle). Les braves n’étaient pas rassurés pour autant et me prenaient pour ce que j’étais (et ce que je me reconnaissais volontiers d’être), un doux maniaque qu’il fallait sans cesse surveiller du coin de l’œil !
A l’un d’eux, un faux naïf, bourré d’humour, et madré comme un vieux lynx qui venait me faire parfois un brin de causette, tous deux plantés devant les Bergers, je lui posais brutalement, ce jour-là, quelques questions. Je me sentais particulièrement en forme et prêt à improviser une conférence... Mais pas de manière tout à fait habituelle, plutôt dans l’esprit de l’époque, grâce à l’esprit de mon gardien complice, comme moi facilement délirant, et avec pour lui un peu de la verve d’un Dubillard, père des Diablogues, qu’on ne cite pas assez à propos de ce duo désopilant qu’il forma longtemps à la radio, au Club d’Essai, ancêtre de France culture, avec Philippe de Cherisey, et avec qui il a écrit un livre original et non décryptable, intitulé « Livre à vendre », Grégoire, avec Amédée, oui, de Cherisey, l’exquis marquis, comédien et intellectuel à l’humour redoutable, touche à tout, et qui s’acharna, malgré sa véritable initiation, à créer une grande confusion en l’histoire des deux Rennes ! Tout l’esprit fantaisiste de l’époque qui me précédait, mais dont l’empreinte était encore bien vive. Bref, la France était un pays rayonnant et très écouté, mais qui dans la grandeur refusait de se prendre au sérieux. Quel luxe !
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Diane et Andymion - Nicolas Poussin 1630 |
« Elle s’était enduite le visage d’un masque de boue blanche », nous raconte-t-on dans la mythologie, pour que ce vieux coquin de dieu Alphée ne la reconnaisse pas ! Marrant, non ? Parce que figurez vous que le vieil Alphée, sans doute aiguillonné par le démon de midi, courrait assidûment après la belle Artémis. Le harcèlement sexuel n’est point né d’hier ! Poussin, j’en suis convaincu, s’en sera souvenu. N’avez-vous pas consulté cette croustillante affaire dans la Mythologie grecque ?
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On dirait l’Hermès Mercure de ces
modèles-là, le messager des dieux, Hermès trismégiste,
héritier du dieu Thot Egyptien ! J’ai retrouvé ça à Toulouse
dans le bordel poussiéreux et allergisant des archives des Beaux
Arts, quai de la Dorade. Les profs oublient toujours d’en
parler. Il est pile-poil ou presque ressemblant au stéréotype en
question, je vous l’assure ! Pareil pour Apollon !
Bizarre que personne ne l’ait encore clamé en quelque livre ou revue ? Ce n’est pourtant pas un secret d’état. La raison d’être de ces modèles était que le public initié pouvait ainsi identifier les véritables personnages représentés. Aurions-nous perdu en notre mémoire collective tous les codes picturaux de nos ancêtres ? Il faut le croire, presque tous. Par négligence. Hum... Parce que le barbu accroupi, pas de lézard, vous êtes naturellement aussi bien d’accord, c’est le héros Héraclès Hercule ! Qu’on dirait sortant d’une déco de vase grec de la grande époque. Y’en a certainement au Louvre, non, des vases représentant Hercule vu de profil avec sa barbe, ses cheveux en broussailles, crépus, son nez pointu... toujours avec le nez pointu, Hercule ! |
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J’étais bluffé. Ce type était vraiment trop fort. Il avait réussi à saisir le dernier mot, le bougre, et le plus drôle de l’affaire. Par ce que je n’avais pas même fait attention à ce dernier détail d’ordre symétrique, mais je ne retins plus mon fou rire. Lui non plus. Ce type, un malin, faisait merveilleusement l’idiot, le clown, l’Auguste, pour s’amuser, pour m’amuser aussi, en l’occurrence à m’inciter à lui jouer le monsieur Loyal, et sans aucun doute pour faire rigoler ses collègues qui observaient la scène, placés légèrement en retrait en se bidonnant discrètement. D’autres gardiens justement déboulèrent, et c’est entouré de surveillants bienveillants et hilares, plus une grosse poignée de badauds Allemands, Nippons, Belges et Anglais, croyant au début que je faisais une conférence spéciale de formation professionnelle pour les gardiens (ce qui était presque le cas), que conclus mon cours magistral :
H + H + C + P + C + A + H + H + A = 8 + 8 + 3 + 16 + 3 + 1 + 8 + 8 + 1 = 56
Silence respectueux des gardiens pour celui (en l’occurrence moi-même), qui en revanche eut le mot du nombre des bergers : le 56. (Se reporter au chapitre 1) Quelques remerciements polis du côté des Anglais et des Belges. Salut distingué des Nippons. Trois Teutons s’en allèrent froidement, n’ayant (eux non plus), rien compris... Nous les comprenons volontiers...
Et pourtant A H H A, ce quarteron de lettres symétriques, chacune achevée, immuable, puisque non inversables au miroir, composaient bien un ensemble, une nouvelle entité symétrique qui en tout faisait 18, un nombre lui aussi symétrique, symbolisant la chose aboutie, en compagnie de l’autre grand chiffre, le 9, chiffre le plus capé dans toutes les traditions symboliques de la planète, qui est bien là, lui aussi, imposé par la composition même des deux parties symétriques du groupe de lettres !
Et 18 = R de R à clés, (Héraclès). Entendre Héraclès, avé deux é pointus, comme dans de sud ouest et dans le midi ! Mais : (va falloir vous habituer aux chiffres ! Merci)
AH HA
®
H ×H
= 8
×8 =
64 (la symbolique de l’échiquier)
121 (longueur officielle du tableau) – 65 = 56 (le nombre ! Inverse du 65) Etonnant !
65 + 20* = 85 largeur officielle du tableau ! (20, symbole de cercle Boudétien par Boudet)... et 8/5 = ~j suite de Fibonacci. Dire que Poussin eut conscience de peindre sur une toile contenant 8 et 5 (85 cm) évoquant la suite F de Fibo, pourrait passer pour abusif, étant donné que les mesures du système métrique n’existaient pas de son temps. Alors si vous lisez un jour mon livre, je vous réserve la surprise du siècle à ce propos !
Nota. Ouvrons le livre. Pages du Boudet, la n° 56 (je resterais sur la réserve, pas facile à résumer, ce que j’y discerne, rendez vous sur mon livre), puis : 56 ×2 = 112 (énorme décryptage, idem !)
56 ×3 = 168 (1 6 8, les trois chiffres qui intriguent tant les chercheurs puisque très rémanents sur les documents clefs, ceux du message Bergère pas de tentation... Pax 681… puis les chiffres composant le nombre d’or : 1, 618 et 0, 618 enfin les chiffres indiqués dans le Codex Bezae : 186... Nous retrouverons le nombre Boudétien de 186 !
56 × 4 = 224, page vedette choisie par Boudet pour inaugurer le Livre dans le livre, l’apothéose des cryptages réussis, le Cromleck de Rennes les Bains.
56 × 5 = 280 : autre repère explosif, le dernier de cette chaîne si particulière.
Mais il existe d’autres chaînes plus révélatrices encore, à condition d’avoir digéré cette toute première ! La dernière étant la chaîne des triangles rectangles d’Or, pratiquement aux trois côtés en nombres entiers, à condition de se servir de 1, 618, une approximation usuelle du Nombre d’or, nombre irrationnel dont les décimales courent à l’infini.
Il faut les trouver, ces triangles stupéfiants. Boudet les nomme en sa « langue des oiseaux », si je puis m’exprimer ainsi, chevaux à demi châtrés, voir pages 154 (En clair, il faut lire l’inverse, mais qui est aussi le synonyme : chevaux à demi entiers ! Syndrome du verre a moitié plein ou à moitié vide). Je cite :
« Darioligum se traduit par : oser tailler un cheval ; - to dare, oser, to hew (hiou) tailler, rig, cheval à demi châtré »
Cette fantaisie de l’abbé n’était qu’une blague (mais fort drôle !), bien connue à l’époque Boudet, par les élèves vétérinaires ! D’ailleurs l’abbé connaissait toutes les définitions de rig. Rig signifie cheval, bidet, mais aussi une farce, une plaisanterie !
Il est évident qu’on ne castre (hongre... coupe... émascule) pas à demi les chevaux, à quoi bon ? Pour les calmer à demi, pour en faire des demis reproducteurs, des demi étalons, des presque entiers ? Rigolo. En réalité, oui, nos verrons (peut-être) que la solution mathématique se trouve parfaitement et rigoureusement incluse dans l’expression CHEVAL À DEMI CHÂTRÉ, expression de 17 lettres telle que À MIDI POMMES BLEUES.
Revenons aux pages 154 et 155, deux pages pittoresques et hautement pseudo cinématographiques tout juste avant l’heure... Souvenez vous de la course de chars celtiques sommairement décrite par Boudet entre les alignements de Carnac ! un celto péplum Hollywoodien à grand spectacle ! Avec les druides gérant les courses. Pas d’imagination, Boudet ? Un visionnaire, oui !
Vous savez, les trois bidets canassons : Kob, Nag et Rig, étalés sur deux pages !
Font-ils partie de la course ? Tout a fait ! La course (aux décryptages) fluide en évitant les obstacles et les impasses du labyrinthe, comme Josine conduisant à Paris. Et, en ce cas, reconnaissons que les petits chevaux maigres mais entiers de la Cagliostro, forts dégourdis et non consommateurs de carottes ni de foin, nous seront nécessaires ! (Souvenez vous des initiales K N R, dont la numérotation ordinale alphabétique donne un triangle rectangle d’Or : 11, 14, 18, inspiré d’une suite de Fibonacci, comme nous verrons plus tard, ces trois lettres inscrites en la berline automobile de Josine !)
Il a du se donner beaucoup de mal, l’abbé Boudet, pour dégotter trois petits noms de chevaux en langue Anglo-Saxonne, trois génitifs comportant chacun seulement trois lettres, et dont les initiales (et voici la grosses difficulté !), mises en ordre alphabétique forment itou le début de la série S de Fibonacci, avec un intermédiaire par la racine carrée de phi, (n Öj) !!! (Voir plus loin, je reviens sur cet extraordinaire détail, tout à fait révélateur.)
Que veut nous dire Boudet par ce petit tour de matheux lettré malin ?
Pour commencer, il nous imagine le triangle rectangle d’or pythagoricien, un de ceux qui nous seront utiles aux triangulations, plus tard, à effectuer sur la carte IGN (et carte de Boudet !).
Et, entre nous, car malgré les apparences trompeuses, je ne perds jamais le fil, même quand je vous embarque en vous lâchant quelques poussières d’or... j’espère que vous êtes bons et attentifs orpailleurs... Il me semble, que M. Leblanc les aura sublimés et transcendés, ces canassons là, en question !
Eh oui, j’en ai déjà parlé, ces bidets-là sont transcendants dans les deux sens du terme, au sens philosophique et au sens mathématique ! (Un nombre transcendant : nombre complexe qui n’est pas algébrique, vous enseigne le Petit Larousse sans aller chercher plus loin ! Ou alors les matheux préfèrent dire : Pas de polynômes non nuls à coefficients entiers dont P soit une racine... évident, mon cher W... !)
Phi (1, 618) est un nombre complexe irrationnel mais il est algébrique par sa démonstration (et ses avatars et déclinaisons mathématiques).
Alors, dans les nombres nous concernant directement il nous reste PI (3, 1416), qui est le type même du nombre complexe, irrationnel et non algébrique, donc transcendant et qui nous offre en attendant la benoîte transcendance du Cercle, des cercles à découvrir. Et si Boudet ne manque pas une occase pour nous célébrer Phi (j), il ne manque pas non plus de nous célébrer Pi (P) !
Alors quel est le cercle philosophiquement transcendant tournant autour de Pi qui nous attend en nos décryptages de la carte Boudet, des Bergers d’Arcadie et de la carte IGN qui n’est que le relevé du terrain ? Voila une belle question.
Curieusement le prénom JOSEPHINE (ah, Josine ! encore elle, ma Josine au parfum éternel) proposé par Leblanc est peut être aussi une clef ? Pourquoi pas ? Vous allez rigoler, mais Joséphine en total ordinal des lettres, chacune mise en réduction (comme en Alchimie), donne encore le 56 et Joséphine (Josine Balsamo), connaissait parfaitement l’alchimie, et pour cause, avec le papa qu’elle avait !
L’ensemble peut se calculer ainsi :
J O S E P H I N E ® 10 15 19 5 16 8 9 14 5 soit en éléments réduits :
1 6 10 5 7 8 9 5 5 soit encore, mis en ordre croissant :
5 6 7 8 9 10 reste : 5 5 1 soit (5 + 5 + 1) = 11
Donc : 5 + 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 (jolie suite au poker tricheur) = 56 Peut encore être lue : 56 ® 78 ® 91 ® 011(=11)
Voici qu’apparaissent comme par hasard les nombres guides Boudétiens passe partout : 56 78 91 11. Quatre nombres essentiels et utiles pour procéder à notre quête de décryptage et dont les pages éponymes sont très lourdement chargées en codages... à décoder !
Et l’anagramme évidente de JOSEPHINE est : Phi ? Je n’ose !
(Marrant... Elégant, n’est ce pas... un style oublié... grand siècle de Cagliostro), OK, donc cela sera Pi, le nombre transcendant. Comme nous avions déjà décidé. Rien de neuf.
Leblanc semble nous donner une piqûre de rappel dans La Barre-y-va, chapitre 11 (Penser justement que 56 + 78 + 91 + 11 ® se réduit à 11) : je cite : « Ainsi s’écoulèrent le 5, le 6, le 7, le 8, le 9 septembre … » Quelques lignes à peine plus bas nous lisons : « le 10 septembre … »
Enfin quelques lignes encore plus bas, Raoul (alias A. Lupin) dit : « Oui, demain matin 11 septembre. C’est ma récompense, ce petit voyage en Bretagne. » … nous savons déjà que Lupin a projeté de se rendre à Rennes … 5 + 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 = 56.
Et Leblanc ne manquera pas dans « Dorothée danseuse de corde » de nous mener pour la solution de l’énigme IN ROBORE FORTUNA, encore une très belle histoire de trésor en diamants cachés sous l’aubier des chênes rouvres, (rouvres –rougeâtres- comme les hêtres du peintre Poussin ?), à Sarzeau, la presqu’île, dans le département du Morbihan, qui par ordre alphabétique était bien du temps de Leblanc, déjà, si l’on comptait bien sur ses doigts par ordre alphabétique, le cinquante sixième département, toujours le 56, comme les Rennes d’Aude étaient déjà situés en n° 11.
Quant à mon histoire, celle avec Josine (JOSEPHINE), elle n’est pas un collage décalé pour frimer, pour faire le « kéké », c’est une histoire comme je les aime, qui devait m’arriver, et qui m’arriva, et qui vous arrivera, tout simplement parce que ne procédant que de la même histoire. Il n’y a pas de hasard. Ce n’est jamais du n’importe quoi, ce qui nous arrive, mes cocos … Et voilà pourquoi :
Alors voici donc venir, pages 154 et 155, les chevaux magiques de l’abbé, (ainsi dénoncés en langue des oiseaux par Leblanc qui s’en inspirera), avec leurs lettres dans l’ordre alphabétique, et comme par hasard, agencés dans l’ordre de la série d’or ! Infatigables et maigres petits chevaux, courants régulièrement et n’ayant besoin d’aucune substance, tout au moins chez Leblanc (voir le roman …même d’ordre ésotérique ?), pour filer leur train ! Les triangles entiers de l’abbé se nourrissent de l’air de l’aventure ! Quant aux demi entiers, il leur faut de la bonne avoine et de l’eau. Oui, fallait se les dégotter, morbleu, l’abbé ! (Pardon … c’est l’enthousiasme)
Il a du en passer des nuits blanches à lire par cœur son dictionnaire anglais en cette quête, lui, le licencié d’Anglais au grand séminaire, qu’on voudrait nous faire passer pour un imbécile délirant. Et ces trois mots parfaitement passés inaperçus aux yeux fermés des petits génies qui l’assassinent régulièrement sans ne l’avoir jamais lu sérieusement, (la preuve, mais nous en trouverons de plus belles), sont tous trois des bombes à retardement qui leur vont leur péter à la figure. (Langage imagé, je ne suis pas terroriste)
Kob Nag Rig
K =11 N=14 R=18
(Pour commencer, trois mots de trois lettres formant sur le papier un superbe triangle équilatéral sur ces deux pages qui se trouvent, chose remarquable, être à la mi-temps du livre, c'est-à-dire que Boudet aura consciemment choisi de caser (et de casser) son grand triangle isocèle formé de deux triangles rectangles d’or (aux mesures plus que révélatrices, mais nous n’avons pas le temps, ni l’envie de développer ici), agglomérés, sur deux pages, celles du milieu, se trouvant automatiquement sur le même plan dés qu’on ouvre le livre! Très pragmatique et élégant, Merci l’abbé ! Faudrait le mesurer, ce triangle et l’analyser de près. Il est aussi riche d’enseignements que Et in Arcadia ego, ce qui n’est pas peu dire.)
En attendant :
11 (14) 18 sont des nombres (à part le 14, l’intermédiaire, n, 11, en racine de phi), qui se trouvent vers le début de la série S de Fibonacci (la plus intéressante mais la moins citée : Sn = j puissance n), augmentée de son intermédiaire : le 14 : nÖj !
Tenez vous bien : 11 et 18 représentent, comme par enchantement les rangs 5 et 6 de la suite … ® 56. Pas de soucis, le rappel nombre est là qui valide la piste, le nombre des Bergers, encore suggéré, et ce n’est pas fini ! On est fort confortablement guidé.
Idem pour les adjectifs du titre (comme l’a fait judicieusement remarquer monsieur Alain Sipra, en se demandant si Boudet ne s’était pas servi du nombre d’or et de la série de Fibonacci pour crypter (Voir Terre de Rhedae 2009) : la vraie (5 lettres) langue celtique (8 lettres), 5 et 8 ® agglomérés, 58, inverse de 85, largeur des Bergers, et ces nombres arrivent au cinquième et au sixième [ ® (56) ] rang de la suite F de Fibonacci. Seconde suite et second 56 !
On est à combien de 56 ? Personnellement, j’ai depuis longtemps renoncé à les compter car il en existe à tous les carrefours de voies majeures ! Et les voies sont multiples.
Mais ce n’est encore rien.
Les trois canassons Boudétien forment un petit carré magique, mais seulement à ½ entier ! Ce dernier détail vous étonne ?
Le 16 est le nombre symbole de Marie de Magdala, pour Boudet …et pour Saunière.
7 × 3 = 21 21 est bien le symbole numéral (d’après Boudet) du GRAAL. Reste à connaître ce que signifie le mot GRAAL chez Boudet … !
Et le 7 est le chiffre de base de l’épitaphe des Bergers.
Pour mémoire,
Début de la série F (F comme Fibo.) de Fibonacci avec les chiffres 5 et 8 : 1 1 2 3 5 8 (8 = 5j) 13 21 34 55 89 144 233 377 610 etc.
Début de la série SL de Lucas, avec l’intermédiaire 14 entre 11 et 18 :
1 3 4 7 11 (14 = 11Öj) 18 ( = 11j) 29 47 76 123 199 322 521 843 etc...
Les matheux apprécieront ! Triangle rectangle géométrique d’Or : Base = 11 Grande cathète (La hauteur) = 14 et hypoténuse = 18.
1×1 + 1×Öj + 1×j = P = 3, 89.
OK ? P étant le périmètre. C’est quand même plus aisé quand on a la clef dans la poche (3, 89), non ?
Il ne vous manque plus que de calculer vous-même la bonne formule des triangles d’or binaires, les isocèles et d’en extraire la clef : le triangle isocèle dit Lumineux des F.M. avec deux fois 72° en base et le Flamboyant avec 108° de sommet, l’angle du pentagone régulier. Facile, vous avez le modèle avec la formule que je vous ai donnée du triangle rectangle géométrique d’Or. A vous de jouer.
Pour les cossards (vous avez le droit de l’être !), je donne la solution au prochain chapitre. Vous aurez appris au moins quelque chose, les clefs d’or arithmétiques des triangles d’Or. Ce n’est pas à l’école communale, ni au lycée ou en fac ou encore moins sur la Toile qu’on va vous les apprendre, celles ci. Personne avant moi n’avait pris soin de a calculer une chose si simple et utile à la fois et de la divulguer.
Il en existe d’autres, des séries. Il nous faut toutes les découvrir. Et, vous ne pouvez pas y couper car toutes sont concrètement utilisées par l’abbé et ses géographes de conseillers. Et chacune sera utile pour décrypter le terrain.
Rien d’ennuyeux quand on décrypte Boudet ou Leblanc qui ne manquaient ni d’humour ni de poésie. C’est du moins ma voie. Je sais pertinemment que ce n’est pas la seule voie. Mais nous avons besoin de toutes les voies, des tordues comme des autoroutes, comme nous avons besoin de tout le monde !
Une autre série, la + importante, « la miraculeuse », volontairement ignorée par Fibonacci, mais méprisée par nos matheux contemporains, à compléter également par les intermédiaires de rigueur, la plus pointue et franchement hallucinante. Don Neroman ne va pas jusqu’à oser nous l’amorcer en clair ! Pas fou. Il nous la code. Puisque Fibonacci, le maître, ni Lucas, très prudents, ne nous l’auront élucidée ! Alors, Tabou ? Peut-être ? On finirait par le croire !
Il s’agit de découvrir les vrais triangles rectangles d’Or aux trois nombres « entiers », qui sont les chevaux magiques de Josine Balsamo. La série utopique (à juste titre jugée mathématiquement impossible... mais les trucs d’illusionnistes, cela existe), série magnifique mais plus maigre que les autres quant au choix des nombres triangulés... à part ça... ils étaient tous parfaits les petits chevaux maigres de Joséphine, si l’on ne considère que l’usage courant qu’elle en fit journellement … OK ? Deux qui tirent la berline et le troisième, paisiblement resté en réserve, à l’écurie : KOB NAG et RIG.
Et si Josine nourrissait ses petits chevaux vaillants avec seulement un parfum ? N’avez-vous pas remarqué combien les chevaux ont propension à humer l’air du temps avant de travailler ?
Trouvez-les vous-même, nous suggèrent-ils ! Et Boudet, fort justement semble nous nous recommander de découvrir pour commencer les canassons triangulaires boiteux, grossièrement proches des entiers, donnés assez clairement par Don Neroman (Le nombre d’Or, clé du monde vivant, pages 118, 119, 120 de son édition de 1945, encore en vente) en ses pyramides (d’Or) aux mesures presque entières, toutes choses utiles, et comme en préalable, vous vous en doutez, puisque que c’est l’abbé et D.N. qui vous le proposent ! Le triangle père de tous, et très intelligemment crypté par D.N., un triangle à demi entier et transcendant, se trouve être repérable sur Magdala. Et comme la lettre volée, il vous attend logé à sa place. Ne vous êtes pas demandé un jour, pourquoi le facétieux Alain Féral, avait sciemment triché en deux de ses reproductions de Magdala ? Lui qui disait (merci, Jean Pierre) que seuls les murs n’avaient pas été déplacés ? Eh bien lui ne s’est pas gêné… A. Féral, comme l’ange dont Jean était le témoin, et qui tint durant de grands étés, dans les constructions de Saunière, le roseau d’or … !
Relire l’Apocalypse, ce que symbolise, d’ailleurs la Tour. Mais il ne suffit pas de le dire et de répéter comme tout le monde, faut être capable de le prouver en avançant des arguments décisifs... la Tour nommée Magdala représente le mystère de l’Apocalypse ! Quelle présence aurait Magdala en cette Apocalypse ? Quel sera son rôle en la nouvelle Jérusalem céleste ? Je cru le comprendre un beau jour en visitant la crypte de la Cathédrale de Limoges, qui n’est ouverte que deux jours par an, les journées du Patrimoine, sur une fresque datant peut être du huitième siècle, car cette crypte n’est que le vestige de la première église de Martial, l’évangélisateur de cette partie de la Gaule ! Et cela je le développe en mon livre, comme la genèse des deux cercles de « l’Arène » d’en bas, celle de l’abbé Boudet qui en eut plus de quarante ans, la responsabilité.
Mais pour être honnête, je dirai, pour ceux qui douteraient, qu’un premier cercle sur les trois effectivement indispensables au décryptage du terrain, a été découvert il y a peu et révélé par son inventeur bien connu. C’est celui du Cercle de la Rennes d’en haut !
Mais toutefois, n’oublions jamais qu’il s’agit des mystères des deux Rennes, un couple strictement indissociable ! Des trois cercles, celui de la « Rennes d’en haut » est donc connu puisque publié, grâce à la découverte que je certifie être exacte, judicieuse, de T G du Mercure de Galion, théorie que je découvrais tout d’abord plutôt dubitatif, voire sceptique, avant de réaliser que non seulement tout semblait justifier sa présence, mais ce cercle que je ne soupçonnais pas en ses limites révélées, devenait pour mon amorce de chaîne, tout bonnement le maillon manquant. Celui que je cherchais et espérait depuis tant d’années, et qui se trouvait devant mes yeux, le Cercle de « la Rennes » (l’arène au Lion !) d’en haut, le maillon s’interpénétrant si intimement aux deux autres, par moi connus, pratiqués et éprouvés, était là, pondu tout chaud comme avec le tour classique des anneaux chinois.
L’autre duo concentrique de « l’arène » révélatrice de l’autre Lion, celle d’en bas, suggéré par le faux Cromleck de Boudet, et le Grand cercle de Poussin, duo non encore dévoilé mais archi prouvé et validé mille fois, et dormant dans les profonds dossiers inédits, de l’inconnu mystérieux, que je suis.
Car les trois cercles sont unis par un lien aussi singulièrement fort et à priori inattendu que les couples de lettres formant l’épitaphe de la tombe !
Ce n’est pas peu dire ! Une subtilité extrêmement intelligente et constructive de la part des codeurs, qui à elle seule prouve radicalement qu’elle n’est pas le fruit du hasard, en les légitimant une fois de plus tous les trois, si toutefois cela avait été encore nécessaire. (Mais ne nous plaignons pas si la mariée est trop belle).
Encore un de ces miracles dont les deux Rennes gardent, avec Poussin, jusqu’à la révélation totale, le Secret ?
Hors cela, un beau matin de fin d’hivers 1967, C. me dit : « Ouvre grande tes « zoneilles » ! Je reviens du 16° arrondissement (Tiens ?), où je me suis entretenu avec la comtesse (Ah, ah ?), propriétaire du château de Puivert. Je fonce à Puivert et à Chalabre la semaine prochaine, pour négocier la jouissance gratuite du lieu pour plus d’un moi d’été avec l’autre famille des ayant droit, et avec la municipalité, et le conseiller Général. Je ne t’emmène pas. Toi tu iras avec J.C. fin avril pour effectuer les repérages nécessaires pour les éclairages de la régie et prendre la température du lieu, rendre compte de l’avancement des travaux et des préparatifs.
Nous allons créer le
premier grand festival de théâtre à Puivert dès juillet août
1968 ! Il ne nous reste que très peu de temps !
L’Histoire, (et mon histoire ?), mine de rien, tout doucement se remettait en marche avant la fabuleuse éruption énergétique de 1968 qui déjà pétillait au fond des marmites.
Paris, mai 68, Puivert, le festival, et moi tombé jusqu’au cou dans le chaudron, des deux Rennes ! Quelle belle année, (Crénom d’Hermès !) en ces lieux désignés et chouchoutés par les Dieux qui, sachez le, si vous en doutiez, ne sont pas tous morts ! Loin s’en faut, puisque je les ai tous, ou presque (virtuellement !) rencontrés.
Toujours grâce à l’effet Parfum … possible, possible … ?
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Chapitre
VI - Opération silence radio
Paris 1968, le 3 mai
Encore un week-end artificiellement prolongé du premier Mai ! Nous sommes J.C. et moi revenus de Puivert cette nuit et trouvons un Paris saisi par un début de grosse fièvre. Ce matin des rumeurs les plus folles nous arrivent depuis le Quartier Latin, certaines confirmées par les radios périphériques.
Aujourd’hui, grand meeting annoncé dans la cour de la Sorbonne ? On parle de grève illimitée des étudiants et d’occupation probable de la Sorbonne... et d’un certain Cohn-Bendit, un mystérieux diable politiquement rouge et noir, rouquin, enragé, que l’hebdomadaire Minute traite le 2 mai de juif allemand et l’Humanité, pour faire bons poids et bonne mesure, le 3 mai, d’anarchiste Allemand. Le pouvoir officiel ne dément pas ces élégants noms d’oiseaux ! Voilà l’ambiance délétère, laquelle pour les anciens rappelait de pénibles souvenirs.
Les bruits s’amplifient. Le recteur sous la pression des gouvernants vient de donner l’ordre d’évacuer la Sorbonne ! « Jamais on n’a vu ça ! Même sous l’Occupation, pestent d’anciens profs ulcérés, c’est sans précédent ! »
En fin d’après-midi des étudiants furieux sur le Boulevard Saint Germain agressent déjà les CRS, ou le contraire, je ne sais plus. Personne n’aura attendu le 6 mai, comme on pourrait le croire à en lire l’histoire sur le Net, pour que les CRS s’attroupent et cognent sans ménagement ni discernement sur tout ce qui ressemble à un étudiant. Et ceux-ci n’ont pas hésité à engager la bagarre, mangèrent tôt du CRS, dépavent dés le 3 mai un coin de boulevard, renversèrent itou quelques autos, oui mais, je crois, n’enflammèrent pour commencer, que des autos de police !!! Personne n’est tendre et à cette heure de l’après-midi, on cogne et on tire des grenades défensives
Les premières grilles des marronniers volent, quoique plus lourdes que l’air qui devient à son tour plomb feu et soufre. Peu à peu les étudiants nouent leurs mouchoirs mouillés devant le visage, chaussent des lunettes de fraiseurs, les premières grenades lacrymogènes roulent au pavé en fumaillant. On se les passe et repasse du pied, comme lors d’une chaude finale de championnat de foot qui va dégénérer à la baston, pour enfin les renvoyer claquer dans le camp adverse occupé par une armée casquée et caparaçonnée.
Remise en jeu … !
C’est une lutte inégale, vaguement moyenâgeuse, sans arbitre et sans règles… De jeunes révoltés défient à mains nues l’armée des chevaliers et des gens d’armes bien protégés du vieux roi et de ses ministres (O ironie, CRS payés et financés par les lourds impôts des géniteurs des révoltés, presque tous issus de familles patriciennes !) à coup de boulons et de projectiles hétéroclites. Leurs cartoucheries ? Les poubelles des riches parisiens et surtout les chantiers périphériques que l’on destinait sans doute aux futurs nécessiteux ?! Mais déjà on creuse carrière pour bâtir la révolte et construire les futures barricades. Les pavés sont donc sollicités, eux qui dormaient depuis la fin de la guerre sur une plage de sable... ou qui comptaient sans se lasser les ponts de voitures sans cesse défilant... Certains vont bientôt s’éveiller contre les casques noirs laqués des forces de l’ordre !
Ici, sur le pavé, on ne dort pas. On ferraille et l’on casse. Le sang pisse à droite et à ma gauche deux jeunes filles gisent pâles sur la chaussée. Les premiers éclopés... |
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Des sirènes d’ambulances couinent, des reporters radio en motos fuient oubliant leurs micros ouverts sous des pluies d’injures et de projectiles, des vitrines craquent, s’écroulent, et le kiosque à journaux fume. Voilà les pompiers qui déjà désespèrent de se frayer un passage pour maîtriser les premiers feux. Au carrefour saint Germain et boulevard Saint Michel une voiture de police semble exploser, une autre flambe, et encore une autre !… En bas, le tocsin du Bourdon de Notre Dame s’ébranle, comme il tonne au cœur de Paname, une furieuse bataille ! … Effets saisissants. Les derniers commerçants ouverts activent leur manivelle et baissent leur rideau grinçant … les voitures de la Croix Rouge foncent tous klaxons et décibels dehors et les blouses blanches distribuent des collyres pour sauver les yeux… on emporte les blessés sur des civières… une très vieille personne, sans doute une veuve, en grand deuil arpente le trottoir tenant un minuscule chien en un panier d’osier, sans accélérer ni ralentir, comme quelqu’un qui en vit tellement d’autre, des conflits violents, et de pires… Je voyais un instant en elle une allégorie de la mort. Le chien, tapis en son carré, en tous les cas, n’en mène pas large et pisse tout son saoul sur la robe de la veuve… donc ce n’est probablement pas la mort qui passe… jamais un chien n’oserait pisser contre une allégorie de la mort !
Mais enfin sont-ils tous devenus fous, me lance un touriste québécois ?
Et... d’ailleurs, qu’est ce que je fiche dans cet enfer ? Etait-ce donc la seule curiosité qui me mena ici ? Comme aujourd’hui je profitais du beau temps et de mon dernier jour de week-end prolongé, je tenais à prendre la température de l’actualité. Il faisait si beau en ce joli cœur de printemps là …et au sud, le Razès se couvrait de couleurs, le thym sauvage y fleurissait et les fenouillèdes foulées aux pieds exhalaient déjà de si vifs parfums d’anis. J’eus mieux fait de rester vautré au cœur du maquis de la colline de Puivert, dans les massifs de romarin sous la caresse du tiède vent marin, à guetter l’apparition de la Dame Blanche hantant le Château féodal des cours d’amour durant les nuits claires de pleine lune.
Hors ça, nous avions bien travaillé, et les gens du pays beaucoup mieux encore. Belle efficacité et quel enthousiasme, qui allaient être multipliés, comme ici même à Paris, sous l’effet contagieux des évènements, parce que mai 68 ne se résuma pas à une bagarre géante de polochons, une grosse récré, souvent jouée à la triche, à coups de traversins lestés de pavés. Beaucoup de projets des plus originaux naquirent en ce creuset d’enthousiasmes diversifiés. Certes, toutes n’accoucheront pas des lendemains tant attendus, ceux qu’on espérait béatement voir naître en chantant ! Si la femme accouche dans la douleur et que le petit humain naisse en pleurant et revendique le sein, il en est de même de toutes nos créations.
J’allais quitter le boulevard saint Germain et remonter sur Montparnasse ou nous habitions pour faire le point, quand derrière moi un mouvement haute pression et irrésistiblement ascendant se formait, c’étaient les étudiants qui s’étaient donnés comme mot d’ordre de remonter au galop pour en découdre avec les cerbères de la Sorbonne. Résultat des courses : de la queue du peloton ou je glandais en matant la castagne, je me retrouvais en tête de la nouvelle manif avec les meneurs, poursuivis par les CRS du St Germain, pour me retrouver face aux mêmes casqués noirs laqués et armés, pas plus aimables que les précédents, ces derniers bouclant les accès de la Sorbonne, ou je n’avais rien de spécial à faire ni à gagner. Après tout je n’avais qu’à prendre congé, et m’en aller… hein ?
Je me retournais … haï … derrière les premières lignes, une masse compacte de manifestants tenaillés par des K. noirs laqués (autre version) bouchait l’issue en scandant « Nous sommes tous des juifs Allemands !!! Libérez nos camarades !!! » Je me mis donc à l’unisson. Et soudain, une saisissante Internationale, la première d’une longue série s’éleva suivie aussitôt d’une solennelle Marseillaise, puis ce fut chant de la jeune garde. |
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D’accord, j’étais content de n’avoir pas raté ce spectacle qui menaçait de devenir historique, mais que faire maintenant, coincé en cette souricière en laquelle je n’avais rien à défendre de précis, puisque non étudiant, non syndiqué, ni assurément gauchiste, et chargé par contre de responsabilités qui m’incitaient à la prudence. Je me sentais pour commencer solidaire de la compagnie théâtrale. Fallait surtout pas que je me fasse coffrer. Et c’était pourtant ce que j’imaginais déjà m’arriver : La police : « Que faisiez-vous en première ligne avec les étudiants ? Vous qui ne l’êtes pas, et vous n’avez pas même non plus l’excuse d’être journaliste ou enseignant … Alors, garde à vue ! En attendant on va vous cogner un peu, voyez pas d’inconvénient ? ! »
Eh bien justement, à propos de spectacle, non loin de moi, tel un bateleur surdoué, le jeune Dany le Rouge (mon âge moins deux ans et deux mois), glissé en première ligne en compagnie des leaders étudiants agaçaient déjà les K. noirs-laqués, comme certains les avaient déjà baptisés, (« les cressons noirs», les nommais-je aussi personnellement), en leur offrant l’exclusivité de son dernier numéro de grimaces. Un ou deux photographes se retrouvant ici idem coincés et confus, en profitèrent pour cadrer des clichés dont certains devinrent emblématiques de Mai 68. Personne ne pouvait se douter encore que cette petite fripouille d’anar, de fils à papa et de « juif allemand », comme éructait haineusement certains, ce diable rouge, allait devenir un leader vert, un politique people, une des coqueluches du début du vingt et unième siècle, tutoyant et manipulant et déstabilisant les grands à chaque élection ! Une belle réussite d’intégration franco-allemande avant la Réconciliation officielle mitterrandienne ! Pas vieilli, le bougre ! Serait-ce nous autres qui aurions pris un méchant coup de vieux ?
Quand le 21 mai, il disparut pour mieux revenir, tout le monde le croyait en Allemagne… Services secrets compris… Mais je ne trahirai pas un secret de polichinelle. En Allemagne on ne vit que son sosie, son frère. Disons plutôt qu’il était parti se ressourcer quelque part sur le plateau de Millevaches pour se refaire la cerise, précisément sous les cerisiers tardifs en fleurs, se colorer les cheveux, se laissant pousser la barbe, comme un Arsène Lupin, en pêchant les écrevisses les pieds dans l’eau ! Il arrive aussi que les RG soient leurrés, surtout en cas de crise aiguë de société.
Alors à partir d’ici, station Sorbonne, carré noir, je ne sais plus rien et ne me demandez pas comment je sortis de là, je n’en ai aucune conscience et personne ne m’a raconté avec grande précision.
Pourtant cela fut dur et chaud puisque 600 interpellations, prétend-on aujourd’hui, auraient été opérées par les forces de l’ordre des k.noirs-laqués. (Ce jour là, les radios nationales et la télé, ne parlèrent seulement que de 45 interpellations, dont la plus part déjà libérés, un premier petit mensonge d’état, y compris pour les libérations, car ne furent libérés à minuit que les chefs … curieux … curieux ?). En vérités, d’autres, des inconnus, s’étaient obligeamment occupés de me sortir inanimé de la mêlée qui fatalement, comme au rugby des sombres jours de défaite, finit par dévisser et s’écrouler. Après, plus rien.
Je repris tranquillement connaissance à l’ombre d’une infirmerie de quartier, campée rue d’Ulm, en excellente compagnie de dadais de bonnes familles cabossés et comme moi largement sonnés. Un dur de dur m’expliqua que probablement, dés la toute première charge particulièrement ravageuse des K. noirs-laqués, j’aurais morflé sous un coup de matraque bien ajusté derrière le crâne, une de leur spécialité maison, sur lequel impacte d’ailleurs, on m’avait scotché un pansement reniflant la pharmacie. Il est vrai que j’avais encore très mal à l’arrière crâne. Si l’on avait eu la courtoisie de demander mon avis, j’aurais préféré un coup de botte au …, plus classique et civilisé, bref, un de ces gestes intégrés en notre culture et art de vivre, mais avec ces sauvages, point de délicatesses excessives ! En tous cas je m’esquivais comme un chat en compagnie du « dur de dur » sans attendre un interrogatoire de la police qui était annoncée pour un instant, l’autre.
Bon. A part ça, tout allait pour le mieux. J’étais baptisé, surtout déniaisé et tiré des pattes de la police. J’avais ma médaille. Ancien combattant, blessure, évasion (et trépanation, pourquoi pas, aurait dit un Louis Ferdinand Céline avec son exagération jubilatoire habituelle). Quelle rigolade … nous ne prenions en mon entourage, encore que fort peu au sérieux ces gesticulatoires prémices de révolution, jouée aux dés pipés et au baston sonnant, tombant en une France particulièrement injuste et cruelle envers ses travailleurs francs du collier, mais ne connaissant pas encore le chômage, une France en paix militaire, roulant des jours paisibles, prospères, sans drogués excessifs ni alcoolisme des jeunes, sans le sida, sans angoisses existentielles et surtout de nouveau rayonnante comme nous n’avons plus idée aujourd’hui, mais on se laissait griser tout de même, et c’était en outre tellement vrai qu’il y avait de vieux rouages grippés qu’il fallait urgemment sacrifier sur l’autel de la jeunesse ardente qui revendiquait à juste titre son indépendance en un monde bourré d’idéologies et de projets, en lequel, pour une fois il semblait que tout semblait possible. |
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Vendredi 17 Mai, le grand soir
Aux abords du Théâtre de la Cité Universitaire Internationale du Boulevard Jourdan. Une fourmilière … tout le monde côtoie, échange avec l’un, tutoie l’autre, et à chaque pas on est surpris de retrouver des personnes très médiatisées, des people, comme on jargonne maintenant, bref, des gueules, comme on disait en français à l’époque (et qui ne vous la faisait justement plus, la gueule).
La tendance était aux sourires et à l’enthousiasme. Les cocos interpellaient les cocos en tous les sens … en général rien avoir avec un certain parti. Tout le monde s’appelait coco, sauf justement les perroquets (du parti ?). Les affiches artisanales exaltant le combat et la révolte couvraient les murs … Mais nous sommes là pour donner un spectacle de théâtre … ici des bruits insistants de conspiration sauvages vont bon train... les nouvelles, aussi. Ce coup-là, ça y est, l’ORTF, radio et télé ont voté la grève illimitée comme bientôt les postes, les téléphones, seules les radios périphériques distillent des infos. Bref, quelques-uns sont dans le secret, ce soir, justement, au menu : l’opération silence radio.
Vous avez compris, il se tramait quelque chose. Après le spectacle, nous allons déclarer le théâtre occupé avec l’aide de tout le monde et en particulier des journalistes grévistes et personnalités des clans du spectacle, demander qu’on nous confie les clefs et le pouvoir d’en disposer au maximum. En quel but ? Faire tourner tous les jours le théâtre dont la location était honteusement excessive et dissuasive pour des étudiants et de jeunes compagnies, organiser des spectacles pour les grévistes etc. Déjà, les grands salons qui ne servaient jamais, avaient été rouverts et des dizaines d’expos y étaient présentées. Le but final, faire de la Cité Internationale un centre culturel international permanent et pérenne, ce qui avait été, je le précise, le souhait des généreux fondateurs qui financèrent sa construction. |
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Dimanche 14 juillet 1968 ! Le grand jour
Puivert (en Razès) 7 heures et demi. Couché chez l’habitant au centre village. Déjà le soleil chauffe. C’est la fête, le début du festival. L’harmonie municipale nous éveille au son de l’Internationale et de la Marseillaise ! Joli clin d’œil.
Je me suis un instant revu en mai. Ce soir spectacle au château et feu d’artifice. Les choses sérieuses commencent. Nous étions tombés à 60 individus, déterminés, planants ou exaltés, filles et garçons, plusieurs nationalités, soixante individus plus ou moins calmes ou excités en ce petit pays qui contenait 683 habitants dans la commune, et 160 seulement, peut être au village même. Le reste de la population était réparti en de nombreux gros hameaux avec leurs anciennes maisons d’écoles désaffectées ou nous logeâmes longtemps.
Soixante déjà ex-soixante-huitards en ce village creuset radical socialiste ou la république n’était pas qu’un buste creux de Marianne ! Beaucoup de chaleur au thermomètre et idem... humaine ! Discours, petit déjeuner chaotique, et tous au château pour les derniers raccords. En la salle historique des Musiciens étaient nos vestiaires et nos tables à maquillage. Rien ne manquait en ce travail de géants sur ce lieu vénérable où il fallut qu’EDF installa un transfo pour monter enfin l’électricité en ce lieu protégé loin des maisons et dont les vieilles pierres ne se doutait pas même de l’existence de ce fluide magique, aménager la tour de régie, achever l’installation du plateau presque aussi grand qu’en Avignon étalé devant le donjon et ses praticables montant sur le chemin de garde et ceinturant même le donjon permettant ainsi d’accéder aux salles par derrière, les gradins pour les spectateurs, assurer l’intendance, le parking, réparer le chemin d’accès au château, et tout à l’infini. C’est vrai que la fin du chantier avait été grandiose ces derniers jours et nous travaillâmes au parachèvement de ce projet réalisé par des cantonniers locaux épaulés par tant de bénévoles, tout un village.
Mercredi 17 Juillet 1968 ! Comment je tombais dans le chaudron de R.L.C.
Relâche et jour libre. « Partez visiter la région ! » nous recommandent les Puivertains. Les voitures ronronnent. « Je monte avec toi ? Où allons-nous ? fis-je à G. » « Secret » « Tu connais la région ? » « Mouais... comme ça... théoriquement. Je n’y étais plus revenu depuis 1950 avec mon père qui tenait à me montrer certaines choses étonnantes... » « Tu ne m’avais jamais parlé de ton père venu ici » « Je te réservais la surprise »
Quillan, oh quelle vue sur le massif des Corbières. Tout en bas à gauche, le pont sur l’Aude, route de Limoux, voici Couiza, et hop, encore à gauche, le raidillon défoncé et difficile (à l’époque) vers le sommet d’une colline, pour moi inconnue, celle de Rennes-le-Château offrant petit à petit son paysage de rêve impossible à transposer sur une carte postale : à 360°.
Très souvent nous devions y revenir !
Elle me fit visiter tout ce qui pouvait l’être. Surtout l’église (quand elle s’ouvrait) et l’Hôtel de la Tour, en la villa Béthanie et le jardin au jet d’eau de Bérenger Saunière. Nous y retournions même avec l’équipe au complet, les après-midi en nous postant au rebord du précipice face au paysage superbe, regardant le Sud, et nous gueulions nos textes pour nous faire la voix, et mettre les mots en bouche, hurlions comme des loups en chasse au massif du Canigou (Canigou = Chien !) exhibant aux plus beaux jours ses crocs aiguisés !
Ce qu’ignorent les jeunes comédiens d’aujourd’hui, c’est que le théâtre en plein air, dans le midi, souvent pratiqué avec le vent, était une performance spéciale nécessitant un travail de la voix, de la diction et de l’articulation très poussé ! Pas d’assistance micro amplis ! Les conditions étaient les mêmes qu’à Olympe, il y a 2500 ans ou pour les troubadours il y a seulement 800 ans ! Démer |