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L'église d'Espéraza
et l'abbé Rivière

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

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   Pour beaucoup, le mystère de Rennes-Le-Château se situe uniquement dans le petit village, voir à Rennes-Les-Bains ou  à Notre Dame de Marceille. Mais il faut savoir que toute la région du Razès est parsemée de petits mystères qui sont autant de sites à étudier. Si une part historique commence à être expliquée de façon certaine, il reste des zones d'ombres et pas des moindres qui cadrent mal avec les thèses reconnues.

   Probablement nous avons à faire à plusieurs histoires entremêlées dont seulement l'une d'entre-elles commence à nous apparaître.


L'abbé Jean Rivière

 

   L'église d'Espéraza et l'histoire de son abbé Rivière est très significative car même si aujourd'hui on peut proposer quelques explications à ce qui a pu perturber cet homme d'église en recevant les dernières confessions de Saunière, sa réaction qu'il eut ensuite dans sa paroisse et sa dépression restent pour le moins étrange et tout à fait incompréhensible...

 

Espéraza, un village comme les autres

 

Espéraza, un village réputé pour ses chapeaux

 

   Espéraza est un petit village traversée par l'Aude et situé à environ 2 km de Rennes-Le-Château.

   Son histoire commence, comme beaucoup d'autres villages de la région, à l'époque de Charlemagne vers 813 où de nombreuses abbayes virent le jour. Espéraza naquit ainsi autour d'un prieuré.

 

   Sa destinée fut similaire à Rennes-Le-Château puisque le village se retrouva wisigothique et carolingien.

 

   Bien plus tard, vers  1815, le village connu un essor économique considérable grâce aux chapeliers de Bugarach qui s'y installèrent. D'abord en 1830, puis en 1878, Espéraza connut alors une période prospère dans la chapellerie.  L'arrivée de la voie ferrée à cette époque favorisa certainement cet essor industriel.

 

   Vers 1929, Espéraza comptait 3000 ouvriers et 14 usines ce qui permit au village d'atteindre le 2ème rang mondial des chapeaux feutre (derrière Monza en Italie).

Mais la mode, phénomène inconnu à l'époque, eut un impact terrible sur l'industrie vestimentaire. Le chapeau qui se portait de moins en moins dans cette moitié du 20ème siècle, plongea Espéraza dans une déprime économique.


Fabrication de chapeaux Imperts - Usine Bourrel Frères

 

   Licenciements et dépôts de bilan devinrent fréquents et l'activité de la chapellerie faillit disparaître. Seule une usine près de Montazels résista et un musée témoigne aujourd'hui de ce savoir faire.

 

   Espéraza est aujourd'hui une petite ville d'environ 2100 habitants et elle est connue depuis 1992 pour son centre Européen de paléontologie.

 


Le vieux pont et Espéraza sur Aude

 

   Mais l'affaire de Rennes-Le-Château connaît Espéraza pour d'autres raisons et notamment par :

 

   Marie Dénarnaud qui naquit à Espéraza le 12 août 1868. Comme son frère et son père, elle travailla également comme ouvrière du chapeau à l'usine d'Espéraza.

 

   L'abbé Rivière, qui fut le confesseur des derniers jours de Saunière. Il y fit sa cure entre 1906 et 1920

 

   Espéraza et son église sont au centre d'un alignement topographique

 

 

L'église d'Espéraza

 


L'église d'Espéraza très sobre, aujourd'hui

 

   L'église d'Espéraza, de style roman, fut construite au XIIIe siècle et elle resta dans l'état jusqu'au XVIe siècle. Malheureusement elle fut ravagée par les incendies provoqués par les guerres de religions et on dut refaire certaines parties.

 

   L'entrée actuelle de l'église est sobre et inhabituelle. Son apparence très républicaine fait penser à l'entrée d'une mairie et nous remet en mémoire la loi sur la séparation de l'église et de l'état promulguée le 9 décembre 1905 et que craignait tant Bérenger Saunière...

 


L'église d'Espéraza en 1900, place Rouget de l'Isle
du temps de l'abbé Jean Rivière


Le porche de l'église

 

   Si l'entrée extérieure reste humble, l'intérieur dévoile une paroisse richement décorée. Les peintures murales et les voûtes mettent en valeur un statuaire varié qui nous rappelle un autre lieu... (Voir le statuaire de l'église de Rennes-Le-Château)

 


L'église aujourd'hui est richement décorée

 

La paroisse était d'ailleurs déjà richement décorée en 1900 comme le témoigne cette photo...

 

L'église d'Espéraza est dédiée à Saint Michel, ce qui explique les deux représentations de ce saint, l'une avec un dragon et l'autre avec Lucifer en haut relief au dessus de l'autel...


L'église d'Espéraza en 1900

 


Saint Michel contre Lucifer
et Saint Michel contre le dragon (ci-contre)

 

Le mystère Rivière

 

L'abbé Jean Rivière

 

   L'abbé Rivière devint célèbre dans l'affaire de Rennes-Le-Château grâce à Gérard de Sède qui le mit en scène pour la première fois dans son livre "L'or de Rennes".

 

   Le 17 janvier 1917, jour symbolique, Bérenger Saunière s'écroula victime d'une congestion cérébrale devant le sas de la Tour Magdala.

 

   Encore vivant mais dans le coma, Marie Dénarnaud le transporta aidée par deux villageois. On l'installa au presbytère dans sa chambre. Lentement, Saunière revint à lui mais il prit aussi conscience que sa fin était proche. Il chargea alors Marie de détruire certains papiers et surtout, il convoqua un prêtre, Jean Rivière pour écouter sa confession et administrer les derniers sacrements.


L'abbé Jean Rivière

 

   Le premier fait curieux est que Saunière ne fit pas appel à un ami prêtre, mais plutôt à un curé qu'il n'aimait pas mais qu'il respectait. Peut être voulait-il régler ses comptes avec une hiérarchie qui l'avait abandonné ou peut être voulait-il ainsi confier son secret à un homme d'église non initié. Nous ne le saurons probablement jamais. 

 

   C'est alors que les villageois assistèrent à une scène remplie de mystère. Le 21 janvier, Rivière s'entretint donc avec Saunière mourant et la rencontre dura une bonne partie de l'après-midi. Non seulement la confession fut anormalement longue, mais le prêtre sortit d'un coup sec de la chambre, le visage figé et horrifié. Certains diront qu'il vit le diable. Il n'en fallait pas plus pour faire naître une rumeur et consolider la légende du Seigneur de Rennes.

 

   L'incompréhension dominait. Alors que ces deux prêtres se respectaient, comment purent-ils pu en arriver là ? Par quel motif grave ou par quelle révélation Saunière déclencha-t-il chez Rivière une telle réaction ? 

 

   Bérenger Saunière mourut finalement le 22 janvier 1917 et la cérémonie religieuse eut lieu le 24 en présence de trois prêtres. Pourtant l'abbé Rivière revint donner les Saints Sacrements, mais après le décès, ce qui est interdit par le code religieux. Était-il pris de remords ? Ou bien tout simplement devait-il aviser sa hiérarchie avant de donner les sacrements  ?

 

   Mgr George Boyer, Archevêque de l'Évêché de Carcassonne, écrivit plus tard : "Que l'Abbé Saunière puisse avoir reçu les derniers sacrements deux jours après sa mort est absolument incroyable...".

 

Quoiqu'il en soit, après cet épisode, de nombreux témoins, y compris sa nièce, diront que l'abbé Rivière changea alors de comportement. D'un caractère habituellement gai et bon vivant, il devint dépressif, taciturne et renfermé, ne souriant plus. Mais surtout il entreprit des constructions dans son église...

 

Les transformations de son église

 

   Curieusement après la mort de Saunière, l'abbé Rivière entreprit des modifications au sein de son église, et le plus troublant est qu'il existe un étrange parallélisme avec les aménagements de Saunière dans son jardin...

 

Le statuaire

 

   Non seulement on retrouve les statues de Saint Roch et de Sainte Germaine se faisant face, mais nous retrouvons Saint Joseph et la Vierge Marie, chacun portant l'enfant Jésus. Tout comme dans l'église de Saunière, voici que l'abbé Rivière semble lui aussi insister sur cette allégorie.

 


Saint Joseph à Espéraza


La Vierge Marie à Espéraza

 


L'église de Rennes-Le-Château, Joseph et Marie au fond portant chacun l'enfant Jésus

 

La grotte de Lourde

 

   Mais Rivière ne s'arrêta pas là. Il entreprit aussi deux constructions peu courantes. Il fit d'abord une représentation réaliste de l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirou à Lourde en 1858. La petite chapelle fut transformée en une grotte très sombre recouverte de pierre.

 


L'apparition de Lourde à Espéraza

 

La grotte et les deux Christs

 

   Ensuite et certainement le plus intéressant, il éleva une seconde construction. Juste en face de la grotte de Lourde, Rivière élabora une autre grotte en guise de Station XIV puisqu'il représenta Jésus dans son tombeau...

 

Cette représentation est troublante dans une église et surtout de la part d'un prêtre conventionnel comme l'était Rivière. Selon les normes en vigueur, la station XIV doit représenter  la mise au tombeau du Christ par  Joseph d’Arimathie, Marie, Marie-Madeleine et Jean. La représentation de Jésus dans son tombeau est très rare puisque non seulement pour les évangiles c'est état est transitoire, mais ce symbole est en parfaite contradiction avec le principe de résurrection (Il ne peut y avoir de corps post mortem puisque Jésus est fils de Dieu et qu'il a ressuscité).

 


La sépulture du Christ construite par Rivière

 


Le Christ représenté mort mais les yeux entre ouverts...

 

   Mais Rivière continue dans ses symboles. Il place sur la grotte une autre représentation christique. Cette fois ci, on voit Jésus, debout sur pied, dans une position sulpicienne, une main montrant son sacré cœur.

 

   L'allégorie devient alors complexe. Que veux nous dire Rivière ? Le Christ spirituel veut-il nous indiquer qu'une partie de lui est sous ses pieds ? Ou bien sommes nous en présence de deux Jésus différents, l'un spirituel et l'autre mortel ? Il est en tout cas indéniable que Rivière n'a pas voulu mettre à l'aise ses fidèles.

 


La grotte et les 2 christs construite par l'abbé Rivière


Le Christ sur la grotte

 

    Et comme si cela ne suffisait pas, en se retournant, dos à la grotte, nous nous trouvant face à une bien curieuse sépulture dont je ne résiste pas à l'envie de publier sa décoration qui n'est pas s'en rappeler le portail du petit cimetière de Rennes-Le-Château. Décidemment on a le goût des symboles chocs dans la petite église d'Espéraza...

 

 

Analogie avec Saunière

 

   De nombreuses analogies existent entre les aménagements de Rivière et ceux de Saunière dans son jardin. La plus troublante est bien sûr la grotte de Saunière. En effet Bérenger Saunière éleva également une grotte. Ce travail lui valut d'ailleurs de nombreuses heures de marche dans la campagne afin de remonter dans sa hotte des pierres venant probablement du ruisseau des couleurs.

 

   Mais l'analogie continue puisque l'on trouve aussi à coté, la statue de Notre Dame de Lourde sur le pilier wisigothique inversé par Saunière. Décidemment ces deux prêtres ont des obsessions communes. N'oublions pas également qu'il existait non pas une mais deux grottes. La seconde était dédiée à Marie-Madeleine.

 


L'une des grottes de Saunière reconstituée
à Rennes-Le-Château


La statue de Notre Dame de Lourde posée sur son pilier inversé

 

   Mais il existe un autre détail dans la grotte de Saunière qui a été très peu étudié par les chercheurs. Au fond de celle-ci se trouve un banc cimenté sur lequel une inscription a été dessinée à l'aide de petits cailloux scellés dans le ciment. Simple décoration ou nouveau code à décrypter ? L'allégorie est en tout cas tentante car si l'on considère que le jardin et le domaine sont un immense plan codé, que représenterait un banc cimenté dans une grotte ? Serait-il la représentation d'un coffre, d'un tombeau ?

 

   J'ai toujours été frappé par l'acharnement de certains auteurs à vouloir décrypter le fameux I.X:O.I.Σ. sur la tombe de Boudet qui est en fait I.X.Θ.Υ.Σ. alors que des codes bien plus mystérieux sont très simplement visibles et n'ont suscités jusqu'à présent aucune curiosité... 

 


L'inscription en petit cailloux sur le banc

 

Que devint l'abbé Rivière ?

 

   Contrairement à certaines rumeurs, Jean Rivière ne décéda pas 6 mois après Saunière suite à une dépression. Il resta en fait à son poste d'Espéraza jusqu'en 1920, soit 3 ans après la disparition de Saunière. 3 ans pour mettre en place ce nouvel emménagement dans l'église et partir. Il partit ensuite à Coursan où il prit une nouvelle cure comme doyen jusqu'à la fin de sa vie en 1929.

 


Sa plaque commémorative dans l'église d'Espéraza


Sa stèle

 

Que peut-on en déduire ?

 

Existe-il d'autres Christs gisants semblables ?

 

   Une première réaction face à cette grotte christique est tout simplement de se poser la question si nous sommes en présence d'un cas unique ou bien si dans l'histoire religieuse chrétienne, des représentations semblables sont apparues. Il est évident que je n'ai pas la prétention ici de fournir une liste exhaustive de cas semblables, mais ma première impression est que la représentation d'un Christ gisant semble être extrêmement rare. Voici toutefois un autre cas se trouvant d'ailleurs dans la région :

 

Languedoc Roussillon à  Marquixanes
(canton de Vinça)

 

 

Église paroissiale de Sainte-Eulalie et Sainte-Julie

 

 

Christ gisant dans une châsse en bois taillé
(17e ou 18e siècle)

 

   Si ce Christ est bien gisant, il n'est en tout cas pas représenté dans une grotte. Les recherches montrent en tout cas que la représentation n'est pas banale...

 

Une confession effrayante !

 

   L'un des aspects de la dépression soudaine de l'abbé Rivière commence à être connue. Malgré le manque de preuve indiscutable, une piste prometteuse est celle du mystérieux assassinat de l'abbé Gélis. En effet si l'on prend l'hypothèse (fortement admise aujourd'hui) que les frères Saunière, Bérenger et Alfred participèrent à ce meurtre, il semble tout à fait naturel que la confession de Bérenger Saunière dut effrayer quelques peu le pauvre abbé Rivière. (Se reporter au Forum "Le meurtre de l'abbé Gélis")

 

   La conséquence de cette confession, si elle eut lieu en ces termes, a du être de créer un énorme trouble chez Rivière qui ne devait certainement pas être préparé à ce type d'annonce. Car comment gérer une telle situation ? Comment donner les Saints Sacrements à un prêtre qui avoue s'être rendu coupable de meurtre ou en tout cas complice ? D'ailleurs, Rivière avait-il la possibilité d'accorder les Saint Sacrements à Saunière sans en référer à sa hiérarchie ?

 

   Mais ce n'est pas tout. Comment expliquer le désir brutal de Rivière de construire dans son église des représentations religieuses inhabituelles. Il est évident que si le meurtre de l'abbé Gélis est un des aspects, il reste toute la vie secrète de Saunière qui pouvait être susceptible d'être confessée. L'abbé Rivière aurait-il donc entendu tout ou une partie de ses secrets ? Si le secret était incroyable, pourquoi Rivière devint perturbé au point de vaciller dans la dépression ? Une telle confession de nos jours aurait certainement diagnostiqué l'état du mourant comme proche de la folie.

   Saunière aurait-il donné des arguments si convaincants que l'abbé Rivière n'eut d'autres choix que de se sauver en laissant Saunière à son propre sort ? Aurait-il révélé à Rivière ce qu'il savait ou en tout cas un état de ses connaissances ?

 

   Voici autant de questions qui montrent combien le mystère de Rennes-Le-Château a encore de beaux jours devant lui...

 

 

   Comme Bérenger Saunière, Marie Dénarnaud ou Antoine Gélis, l'abbé Jean Rivière disparut en emportant avec lui son secret. Dommage, car quel chercheur de Rennes n'a pas rêvé un jour d'entendre cette fameuse confession du 24 janvier 1917 et qui valut à Bérenger Saunière, prêtre, de mourir sans ses derniers Saints Sacrements...

 

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