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Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret |
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Voici le livre le plus connu et certainement le plus contreversé de l'affaire Rennes-Le-Château :
"La vraie langue Celtique
Beaucoup d'auteurs, d'historiens et d'intellectuels n'ont vu dans cet ouvrage qu'une suite farfelue de paragraphes sans logiques, le tout défendant une thèse linguistique sans fondement et particulièrement déroutante. Mais depuis quelques années, les avis changent et nous profitons aujourd'hui d'une totale relecture appuyée par des recherches menées en parallèles et qui trouvent de nombreux points communs avec l'ouvrage. |
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En fait son montage, ses allégories et son récit cache un réel secret. Sa codification est très subtile et les exemples prouvant l'habileté de l'auteur à faire passer des messages par des allégories, des paraboles, ou par des jeux de mot de toute sorte, ne manquent pas. Il suffit pour s'en convaincre de suivre par exemple l'analyse du Saint Antoine à Notre Dame de Marceille... |
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L'ouvrage fut édité en 1886 et comporte 310 pages. Il fut très mal vendu, ce qui représenta certainement pour Henri Boudet un échec. Toutefois il aura fallu attendre 120 ans pour avoir des soupçons à propos de son contenu et entamer un long processus de décodage... (Pour en savoir plus)
Le livre est accompagné d'une carte en couleur qui fut réalisée par son frère Edmont Boudet, notaire à Axat. Elle comporte un petite tête de diable cachée dans les hachures du dessin, prouvant ainsi son caractère très particulier...
Quelque-soit l'investissement personnel que l'on décide de consacrer à la découverte de l'affaire de Rennes-Le-Château, la lecture de cet ouvrage et une tape obligatoire, aussi déconcertante qu'elle soit. |
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Il est d'ailleurs très fréquent de rencontrer des chercheurs l'ayant lu au moins 20 fois complètement tant son contenu est riche en découverte et en jeu linguistique. N'oublions pas également que les découvertes importantes faites en 2005 démontrent l'importance de l'œuvre de Boudet... |
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Le texte qui suit est une parfaite recopie du livre dont le meilleur exemplaire est celui publié par les éditions Bélisane. Les quelques fautes d'orthographe ou de typographie sont respectées afin de ne pas polluer la version originale avec des corrections peut-être non voulues par l'auteur...
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LA VRAIE LANGUE CELTIQUE ET Le Cromleck de Rennes-les-Bains PAR l’Abbé H. BOUDET CURÉ DE RENNES-LES-BAINS (AUDE)
CARCASSONNE I MPRIMERIE FRANCOIS POMIÈS, RUE DE LA MAIRIE , 50. Droits de traduction et de reproduction réservés.
AVANT-PROPOS
Le titre donné à cet ouvrage semble, au premier abord, trop prétentieux pour être rigoureusement exact. Il est facile , toutefois, d'en démontrer la vérité, puisque la langue celtique n'est point une langue morte, disparue, mais une LANGUE VIVANTE, parlée dans l'univers par des millions d'hommes. Le langage d'une nation aussi puissante que l'était la nation Gauloise , aurait-il pu se perdre ainsi sans laisser aucune trace ? Est-il bien surprenant qu'un peuple de notre Europe se serve encore, pour exprimer ses pensées, des termes sortis de la bouche des hommes aux temps les plus reculés du monde? Sans doute, ce peuple, qui cherche aujourd'hui avec ardeur à renouer le fil de ses traditions interrompues , ignore les diverses migrations de ses valeureux ancêtres, mais avec le secours de sa langue nationale, il peut se livrer à des recherches, qui, certainement, seront couronnées du plus heureux succès La langue vivante, à laquelle nous faisons allusion, nous a puissamment aidé à découvrir le magnifique monument celtique existant à Rennes-les-Bains, et, de son côté, l'étude de ce monument nous a conduit avec sûreté à des déductions étymologiques qui nous semblent difficiles à réfuter. C'est ainsi que le Cromleck de Rennes-les-Bains se trouve intimement lié à la résurrection, ou, Si l'on veut, au réveil inattendu de la langue celtique.
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES
Préoccupé de mettre par écrit quelques remarques sur la station thermale de Rennes-les-Bains, où Dieu nous avait appelé à exercer le ministère paroissial, désireux de faire revivre d'antiques souvenirs, nous pensions, à tort ou à raison, que le nom de Rennes, renfermant sans doute en lui-même l'histoire du pays dans les temps celtiques , nous découvrirait, par une interprétation exacte, bien des choses intéressantes au sujet des roches aiguës qui couronnent nos montagnes. Deux pierres branlantes, placées sur une arête de colline, nous invitaient aussi à interroger avec persévérance un passé, d'ailleurs, fort ténébreux. Mais comment II pénétrer le secret d'une histoire locale par l'interprétation d'un nom composé dans une langue inconnue, lorsque l'histoire de la Gaule ancienne est encore plongée dans une obscurité désolante? La plupart des peuples de l'antiquité ont laissé des écrits : ils ont eu des historiens , des poëtes, et de leurs récits, ou fabuleux ou fortement empreints de ce patriotisme orgueilleux qui les exagère, défaut commun à toutes les nations, on peut dégager les certitudes de leur origine et les phases diverses de leur développement. Chez les Celtes, rien de pareil : de toutes parts une nuit profonde. Des chercheurs intrépides , des historiens illustres ont poussé le plus loin possible leurs investigations passionnées. Tous les écrivains de l'antiquité ont été interrogés. La somme des connaissances acquises reste toujours fort incomplète. Où trouver le " flambeau " qui dissipera ces ténèbres? N'est-ce pas dans le vieux langage que nos pères nous ont légué? " Les dialectes , dit J. de Maistre, les noms propres d'hommes et de lieux me semblent des III mines presque intactes et dont il est possible de tirer de grandes richesses historiques et philosophiques. " (I). Le dialecte languedocien parlé dans nos contrées, ne paraît pas une voie bien sûre pour que l'on puisse en la suivant, conserver l'espoir d'arriver à un résultat important. Néanmoins, cette voie, nous l'avons parcourue avec patience, dans la ferme persuasion que la Providence Divine dirigerait nos pas et nous permettrait d'atteindre au but de nos efforts. Lorsque le flambeau que nous cherchions avec anxiété, s'est montré à nos yeux, son premier rayon est tombé sur le nom des Tectosages, et ce rayon nous a ébloui. Il était nécessaire toutefois de ne pas se livrer pleinement à l'imagination, et dans l'intention de nous convaincre nous-même de la réalité de cette lumière, propre à éclairer les temps gaulois, nous avons tenté de la faire réfléchir par les miroirs des langues hébraïque, punique, basque et celtique. Le résultat nous a paru sérieux, et avant de nous servir du langage des Tectosages pour expliquer la signification des monu-
IV ments mégalithiques de Rennes-les-Bains, objet premier de nos recherches, nous l'avons appliqué à l'interprétation des noms propres pris dans ces langues diverses. C'est pourquoi on trouvera, en premier lieu, dans ce travail ces essais d'interprétation; car ils sont destinés à servir de preuve décisive.
CHAPITRE PREMIER.
LANGUE CELTIQUE I PRÉCIS DE L'OCCUPATION PREMIÈRE DES GAULES.
Il n'est pas sans utilité, croyons nous, de faire précéder cette étude d'un rapide résumé des connaissances actuelles sur la célèbre nation Gauloise. La Gaule a été le point central de l'établissement définitif de la famille Celtique dans les contrées occidentales de l'Europe, et le nom même de gaule qu'elle a conservé, témoigne de la domination persistante, dans ce pays, de son peuple valeureux. Elle était comprise entre l'Océan, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et le Rhin. La partie méridionale, depuis le golfe de gascogne jusqu'a la Méditerranée, a été occupée d'abord par les – 2 – Ibères et les Ligures venus de la péninsule espagnole. Les gals, descendans de gomer, fils de Japheth, partirent de l'Asie Mineure à une époque que l'on ne peut préciser, se répandirent dans la Gaule en refoulant les Ibères vers le sud, les ligures vers l'Est, et envahissant l'Espagne, se mêlèrent aux Ibères. Les Aquitains, tribu ibérienne, résistèrent aux envahissements des Gals et conservèrent leur position entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne. Vers le seizième siècle avant Jésus Christ, les Gals étaient les maîtres incontestés de la Gaule. La conquête de l'Espagne par les Gals força les Ligures à se déplacer, et, vers l'an 1400 avant Jésus-Christ, après avoir franchi les Alpes, ces derniers fondèrent en Italie la domination des Ambras ou Ombres, 647 ans avant la fondation de Rome. C'est à cette première branche de la famille gauloise, que, d'après Am. Thierry, les anciens historiens appliquent plus particulièrement le nom de Celtes. Les Kimris formaient la seconde branche de la famille gauloise Les Grecs les nommaient Kimmerioi et les Romains les appelaient Cimbri. En l'an 631 avant Jésus-Christ, les peuples – 3 – scythiques, au rapport d'Hérodote, fondirent sur les bords du Palus-Méotide et poussèrent devant eux les Kimris qui se dirigèrent vers le soleil couchant sous la conduite de Hu-ar-Bras, remontèrent le cours du Danube et envahirent la Gaule par le Rhin. Suivant les traditions Kimriques, Hu-ar-Bras ne s'établit point dans la gaule, mais il traversa l'Océan brumeux et conquit sur les Gals l'île d'Albion. Pendant ces émigrations et ces conquêtes des Kimris, ancus roi de Rome, victorieux de ses voisins, Batit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. Cependant de nouvelles tribus de Kimris inondaient successivement les Gaules, et " après une immense mêlée, la Gaule apparaît partagée entre les Kimris et les Gaels. " (1) Les Kimris, à l'ouest, occupent les cotes de la mer ainsi que les plaines du nord et du Nord-Est, et les Gaels retiennent l'Est et le centre de la Gaule. C'est à la suite de ces mouvements des populations que les historiens placent les deux émigrations de Sigovèse et de Bellovèse neveux d'Ambigat, roi ou chef des Bituriges, en l'an 587 avant Jésus-Christ. Bellovèse prit le chemin de l'Italie ; Sigovèse se dirigea vers le Nord-est, (1) Histoire de france par H. Martin. – 4 – franchit le Rhin, et traversant la forêt Hercynienne, vint s'établir sur les bords du Danube. Environ 300 ans avant Jésus Christ, une puissante confédération de Kimris, celle des Belges, envahit le nord de la Gaule et s'en empara. Deux tribus belges, les volkes Tectosages et, les Volkes Arécomiques traversèrent la Gaule, les armes à la main, et s'arrêtèrent dans le Midi, les Volkes Tectosages sur les bords de la Garonne, à Toulouse, dont ils firent leur capitale, et les Volkes Arécomiques, à l'Est des Cévennes, avec leur centre à Nimes. Les Volkes Tectosages ne restèrent pas longtemps en repos dans le pays qu'ils venaient de conquérir. Vers 281 avant Jésus-Christ, une forte émigration alla rejoindre, sur les bords du Danube, les tribus gauloises qui descendaient des compagnons de Sigovèses. Emportés par leur humeur guerrière, tous ces Gaulois se divisèrent en trois corps et s'abattirent comme un ouragan dans la Macédoine, l'Epire et la Thrace. Une partie de ces Tectosages, insatiables d'aventures, traversèrent l'Asie Mineure, et, près de leur patrie primitive, fondèrent une nouvelle Gaule, la Galatie. " Les Gaulois remplissaient ainsi du fracas de leurs armes le monde ancien tout entier. L'étendue – 5 – de leurs possessions directes, le territoire occupé en corps de nation par les Gallo-Kimris, était immense. Si l'on jette un regard sur la carte du monde ancien vers la première moitié du troisième siècle avant notre ère, on voit la race gauloise déployée depuis Erin, (Irlande) jusqu'à l'Estonie (à quelques marches de Saint Pétersbourg), depuis la pointe septentrionale de la presqu'île Cimbrique (Danemark) jusqu'aux Apennins, depuis les trois Finisterre de Bretagne, de Gaule et d'Espagne jusqu'aux frontières du pont et de la Cappadoce, en passant par le Danube qu'ils tiennent jusqu'au delà de son confluent avec la Save, par les Carpathes, les Alpes Illyriennes, l'Hémus et la Thrace. Les Gaulois planent sur l'Europe, des extrémités " de l'Espagne au Pont-Euxin. "(1)
II LANGUE CELTIQUE. D'après ce rapide exposé, on voit que les historiens font intervenir dans la possession des Gaules, d'abord les Gals, puis les Kimris et (1) Histoire de france par H. Martin. – 6 – enfin les Belges, dont ils font descendre, sans aucune certitude, les Volkes Tectosages et Arécomiques. On pourrait se demander pourquoi les historiens modernes nomment Gals ou Gaels les premiers habitants de la Gaule, lorsque Jules César (1) nous avertit que les Gaulois, dans leur propre langue, s'appelaient Celtae et dans la langue latine Galli. Ces deux appellations sembleraient donc être synonymes et posséder une signification unique, et c'est bien là ce que prouve d'une manière péremptoire M. l'abbé Bouisset, dans son mémoire sur les trois collèges druidiques de Lacaune. Le terme Celtae – Kell – avait pour ces peuples un sens très positif désignant l'homme fait, et l'expression Galli, d'après les explications lumineuses de M. l'abbé Bouisset, renfermerait la même idée. Dans la mythologie grecque, les Gaulois étaient les sujets de Galatès, fils d'Hercule. La réputation guerrière de Galatès fut immense, ainsi que celle de sa force et de ses vertus. Nous ne dédaignerons pas de recueillir, au milieu des allégories de la mythologie, ces détails en apparence fort secondaires, mais en réalité d'une utilité considérable.
– 7 – A l'époque où César porta la guerre dans les Gaules, il nous la montre occupée par trois peuples : les Belges, les Aquitains et les Celtes. " Ils diffèrent tous, dit-il, par le langage. Cependant cette différence ne devaient pas être bien profonde. Dans un mémoire sur l'origine des langues celtique et française, Duclos, né à Dinan en 1704, secrétaire perpétuel de l'académie Française, s'exprime ainsi : " A défaut de monuments, c'est-à-dire d'ouvrages écrits, nous n'avons d'autre lumières sur la langue celtique que le témoignage de quelques historiens, desquels il ressort que la langue celtique était commune à toutes les Gaules. Les Gaules étaient divisées en plusieurs états (civitates), les états en pays (pagi) qui tous se gouvernaient par des lois particulières, et ces états formaient ensemble un corps de république, qui n'avait qu'un même intérêt dans les affaires générales. Ils formaient les assemblées civiles ou militaires ; celles-ci appelées comitia armata, ressemblaient à l'arrière-ban. Donc, nécessité d'une langue commune pour que les députés pussent conférer, délibérer et former sur le champ des résolutions qui devaient être connues des assistants ; et nous ne voyons dans aucun auteur qu'ils eussent besoin d'interprètes. Nous voyons, d'ailleurs, que les Druides, faisant à la fois fonction de prêtres et de juges, avaient coutume – 8 – de s'assembler, une fois l'année, auprès de Chartres, pour rendre la justice aux particuliers, qui venaient de toutes parts les consulter. Il fallait donc qu'il y eut une langue générale et que celle des Druides fut familière à tous les Gaulois... Il y avait aussi plusieurs nations, dont la langue devait avoir beaucoup de rapports avec la Gaulois. Il y a apparence que les Gaulois et les Germains ne devaient point différer beaucoup ces peuples ayant la même origine celtique ; des Germains étaient venus s'établir dans les Gaules et des Gaulois étaient réciproquement passé dans le Germanie, où ils avaient occupé de vastes contrées... " Ces pensées judicieuses conduisent l'auteur du mémoire à affirmer que les différences de langage observées par Cesar étaient seulement des différences dialectiques. Nous ne le suivrons pas dans ces considérations fort justes sur l'altération considérable produite dans la langue celtique par l'établissement en Gaule de la famille latine. Nous faisons remarquer néanmoins, que s'il avait tiré de ses prémices une conséquence rigoureuse, il aurait été amené à conclure, que la langue celtique a dû conserver une intégrité parfaite dans une contrée, dont les Romains n'auront jamais foulé le sol. Il est bien avéré que les Gaulois n'ont point – 9 – laissé de monuments écrits, parce qu'ils avaient peut-être plus de confiance dans les traditions, et il n'y a pas lieu d'être étonnés de cette manière d'agir, si l'on fait attention à la tenacité des traditions chez un certain peuple de l'Europe, que nous désignerons plus loin avec clarté. Cependant, il n'est pas admissible, que la nation celte n'ait point laissé aux siècles futurs le souvenir de ses moeurs, de sa religion et de son industrie. Cette histoire des Gaulois n'est point écrite dans les livres ; elle est gravée sur le sol même qu'ils occupaient. Ils ont donné aux tribus, aux terrains, aux montagnes, aux fleuves de la Gaule des noms que le temps lui-même n'a pu effacer. Là est renfermée leur véritable histoire. Ces appellations possèdent certainement un sens précis, plein de révélations intéressantes, quoique toutes les langues semblent impuissantes à expliquer ces énigmes. La décomposition de ces noms propres de lieux, d'hommes, de tribus, a préoccupé sérieusement bon nombre d'esprits : on s'est efforcé de rechercher cette langue, qui a rempli notre sol de dénominations indélébiles, dont la signification inconnue jette à notre légitime curiosité un défi incessant. Sir William Jones, fondateur de la société asiatique de Calcutta, avait remarqué tout d'abord une certaine affinité entre le sanscrit, le grec et – 10 – le latin. Ils devaient donc avoir une origine commune et, sans oser l'affirmer, il a soupçonné que le celtique et le gothique provenaient de la même source que le sanscrit. La grammaire comparée des langues européennes de François Bopp a expliqué ensuite, comment les lois grammaticales permettent de découvrir dans le sanscrit, le persan, le grec, le latin et le gothique, non plus une simple affinité, mais une réelle communauté d'origine. Tout récemment encore, " M.Tregear a lu devant la société philosophique de Wellington, une étude sur les Maori en Asie. Il a cité la langue Hindostani moderne et la persane en regard de la langue Maori, faisant voir nombre d'accords remarquables entre elles. Les mots cités étaient en eux-mêmes pleins d'histoire et ont fourni la preuve du grand espace de temps écoulé, depuis que les Maori ont habité l'inde. Partant des langues de l'Europe, l'orateur a fait voir que des centaines de mots semblables à ceux de la langue Maori se trouvent dans les langues grecque, latine, lithuanienne, celte, etc, etc. Mais la partie la plus intéressante de son étude était celle qui constatait l'identité du Maori et de l'anglais, en ne tenant pas compte des mots Anglo-Maori, mots fabriqués – 11 – des deux langues, depuis la conquête du pays par l'Angleterre. "(1). Toutes ces observations successives ont conduit à penser que la langue sanscrite donnera peut-être la clef de langue celtique, et on l'a cru avec d'autant plus de raison, que les Celtes sont venus de l'Asie, berceau du genre humain. Nous pouvons observer que les dialectes parlés dans la France, l'Irlande et l'Ecosse devraient nous donner cette clef plus facilement encore que le sanscrit ; car l'altération du langage n'empêche pas, même aujourd'hui de retrouver les mêmes termes celtiques dans les dialectes irlandais, écossais, gallois breton et languedocien. On pourrait faire des citations nombreuses ; mais nous nous bornerons à quelques-unes. La pellicule du blé moulu et passé au blutoir se nomme, en dialecte languedocien, brén ; en breton bren ; en gallois bran ; en irlandais et écossais bran. La bruyère, si commune dans les landes de la Gaule, s'appelle, en languedocien brugo ; en breton bruk et brug ; en gallois grug et brwg. Le verbe français nettoyer se traduit en languedocien par scura ; en écossais par sguradh ; en irlandais par sguradh. Le nom français de l'aune,
tralie. – 12 – essence d'arbres, se dit en languedocien bergné ; en breton et en gallois gwern ; en écossais et irlandais fearn. (1)
III DIALECTE LANGUEDOCIEN ET LES TECTOSAGES Il est donc certain, par quelques exemples, que des mots celtiques se retrouvent dans le langage des descendans des Celtes en Bretagne et en languedoc ; aussi nous n'hésiterons pas à faire l'épreuve du dialecte languedocien, pour tacher de découvrir la vraie langue celtique parlée par nos ancêtres. Néanmoins, il doit paraître bizarre que nous choisissions le dialecte languedocien plutôt que le breton pour nous mettre sur la voie ; nous invoquerons pour cela une sérieuse raison historique, et en examinant de près les émigrations des Volkes Tectosages, on se convaincra pleinement de la justesse de ce choix. A une époque fort indécise et que les historiens croient pouvoir déterminer, cependant, comme étant le quatrième siècle avant Jésus Christ, deux tribus que l'on dit appartenir aux Belges, les Volkes Tectosages et les Volkes Aré- (1) Les noms bretons, irlandais, écossais et gallois sont pris de l'ouvrage de M. A. de Chevallet : origine et formation de la langue française. Ier Vol – 13 – comiques traversèrent la Gaule et vinrent s'établir dans le midi Gaulois entre la Garonne, les Pyrénées et le Rhône. Les Tectosages firent de Toulouse leur capitale et les Arécomiques se placèrent à l'est des Cévennes avec Nimes comme point central de leur domination. Vers l'année 281 avant Jésus-Christ, une forte émigration de Tectosages se dirigea vers le Danube pour rejoindre leurs frères, aussi Tectosages, qui possédaient les rives du fleuve. Mettons maintenant en regard de ces faits les indications fournies par Jules César. " Bien avant, il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en valeur guerrière et ils leur ont fait la guerre jusque chez eux : les champs ne suffisaient plus à nourrir une population trop nombreuse. Ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. C'est donc dans les terres de la Germanie les plus fertiles, autour de la forêt Hercynie, que les Volkes Tectosages se sont établis après les avoir conquises. Ce peuple jusqu'à présent occupe ce même territoire. " (1) Au temps où Cesar écrivait ces lignes, les Volkes Tectosages étaient donc établis en maîtres (1) Lib. VI. 24. de bello gallico. – 14 – incontestés sur la rive droite du Rhin et autour de la forêt Hercynie, c'est-à-dire, au nord de cette immense forêt, depuis le Rhin jusqu'à l'Oder et peut-être même au delà ; et de plus, ils possédaient la rive gauche du Danube qui coule au sud de la même forêt. César ne fixe point l'époque des conquêtes des Tectosages ; mais la chose la plus importante à observer, c'est que les pays situés sur le rive droite du Rhin et conquis sur les Germains, leur ont toujours appartenu. Après Jules César, les auteurs ne font plus mention des Tectosages. Il semblent disparaître du monde, tant le silence s'est fait profond autour de leur nom. Nous les retrouverons cependant bientôt, en prenant pour guide l'étymologie de Volkes Tectosages et nous pourrons suivre encore la longue trace de leurs expéditions guerrières. Volkes (Volcae) dérive des verbes to vault (vâult), voltiger, faire des sauts et to cow (kaou), intimider ; Tectosages est produit par les deux autres verbes to take to (téke to), se plaire à..., et to sack, piller, saccager. En réunissant les quatre verbes constituant les deux appellations, nous constatons dans leurs significations diverses, que les Volkes Tectosages effrayaient les ennemis par la rapidité de leurs évolutions dans le combat et se plaisaient à dévaster et à piller. – 15 – Ne laissons point passer inaperçue cette allure bondissante, traditionnelle parmi les voltigeurs des anciennes armée Françaises, et conservée encore dans nos régiments de Zouaves et chasseurs à pied, car les Volkes sont ancêtres des Franks, comme on pourra s'en assurer lorsque nous parlerons des tribus Frankes. Les mouvements guerriers des Volkes se distinguaient donc par une célérité portant avec elle l'effroi, ordinairement couronnée par la victoire et suivie de la dévastation et du pillage. En résumant le nom des Volkes Tectosages, nous voyons en eux de rapides et effrayants pillards. Cette appellation n'avait rien que de glorieux pour ce peuple ; car le pillage, c'était la guerre, et on sait que les cimmériens l'aimaient avec passion. Aussi cette signification honorable du terme pillard s'est-elle conservée intacte dans le pays occupé par eux au Midi de la France. Lorsqu'un enfant montre une intelligence vive, une âme pleine d'énergie, et lorsque cet esprit énergique est servi par un corps dont les membres sont agiles et nerveux, les parents en parlent avec orgueil et l'appellent " un Pillard ". Ils vont même plus loin dans la signification de ce mot ; si on les interroge sur le nombre de leurs enfants, ils répondent, sans hésitation, qu'ils ont " un, deux ou trois Pillards ". – 16 – L'histoire, avons-nous dit, après César, ne parle plus des Volkes Tectosages, et ce silence est d'autant plus extraordinaire que le peuple qui avait envoyé des colonies au delà du Rhin, autour de la forêt Hercynie, sur les bords du Danube et jusqu'en Asie ne pouvait perdre si rapidement les traditions de son génie aventureux. Toujours avides d'expéditions guerrières, ils reparaissaient avec éclat sous le nom de Saxons. Ils déclaraient ainsi ouvertement et à la face des nations, qu'ils étaient bien les fils, les descendans directs des Tectosages, – to sack, piller, – son, fils descendant. Ils est remarquable que les historiens les appellent toujours les Saxons pillards. Ce qualificatif était en réalité leur véritable nom, et, d'une manière inconsciente, ces historiens expliquent, par le terme de pillards, le sens exact de Saxons. Vers l'année 446 après Jésus-christ, le chef des Bretons de l'île de Bretagne, Wor-Tigern, demanda du secours aux Saxons pour le délivrer des Pictes et des Scots qui cherchaient à l'opprimer. Les Saxons se hâtèrent de voler dans l'île de Bretagne sous la conduite des deux frères Hengis et Horsa, et, après avoir battu les Pictes et s'être rendus les maîtres de l'île, ils exterminèrent les Bretons leurs alliés. Les Angles, – to angle, pêcher à la ligne, – qui vivaient sur les bords de la mer Baltique, vinrent prendre avec – 17 – leurs frères Saxons leur part du pillage et, après avoir forcé la plus grande partie des Bretons échappés au massacre de se réfugier en Armorique, ils fondèrent le royaume AngloSaxon connu sous le nom d'Angleterre. Les Tectosages, suivant les historiens, étaient de race Kimrique, et les Cimbres – Kimbo, fourchu, – to harry, dévaster – les dévastateurs fourchus, allusion aux cornes d'urus dont les guerriers ornaient leur tête, – les Cimbres disons nous, appartenaient à la famille celtique : ils devaient donc, Cimbres et Tectosages, parler le langage de leur famille. La possession de l'île de Bretagne par les Tectosages a exercé sur eux une influence favorable à la conservation de leur langage et de leurs moeurs. L'isolement les a préservés des altérations profondes subies par les langues des autres peuples de l'Europe, tout en leur laissant la liberté la plus entière pour les colonisations lointaines, qui sont un trait spécial de leur caractère.
IV DIALECTE LANGUEDOCIEN ET LA VRAIE LANGUE CELTIQUE. La généalogie des Anglo-Saxons telle que nous présentons, pourrait encore, malgré – 18 – tout, paraître à quelques uns purement hypothétique, mais il est facile de l'appuyer d'une preuve convaincante, puisque la langue des Tectosages a laissé des traces profondes dans l'idiome languedocien. Une simple comparaison entre quelques termes languedociens et leurs correspondants Anglo-Saxons suffira à démontrer la complète analogie des deux langues. Désirant cependant éviter l'ennui de comparaisons trop multipliées, nous donnerons seulement les expressions les plus connues et les plus usitées.
(1) Les mots saxons sont empruntés au dictionnaire anglais-français de Percy Sadler. Nous tenons ce dictionnaire de l'obligeance de M. William O'Farrel. M. William O'Farrell est auteur d'une grammaire anglaise, admirable d'ordre et de clarté. – 19 –
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– 22 – Cette parenté indiscutable entre les termes languedociens et leurs correspondants Anglo-Saxons, démontre mieux que tous les raisonnements que les Tectosages du midi Gaulois, émigrés au delà du Rhin, et les Anglo-Saxons sont bien le même peuple, et elle conduit à cette conséquence absolue que la langue Anglo-Saxonne est bien la langue parlée par la famille Cimmérienne. L'explication d'une tradition soi-disant druidique rapportée par César fait ressortir encore cette conséquence. " Les Gaulois, dit il, se glorifient de descendre tous de pluton et ils assurent tenir cette croyance de l'enseignement des Druides : c'est pourquoi ils comptent le temps, non par les jours, mais par les nuits et ils sont attentifs à indiquer les jours de naissances, les commencements de mois et d'années, de telle sorte que le jour suive la nuit. "(1) César se trompe évidemment en disant que les Gaulois se glorifiaient de descendre de pluton, dont les druides se souciaient aussi peu que de Proserpine : les Cimmériens, enfants de Gomer, avaient apporté de l'Orient cette coutume de compter les jours par le soir et le matin, et les juifs l'ont conservée jusqu'à leur dispersion comme corps de nation : (1) lib. VI. 18, de bello gallico. – 23 – l'origine de cette coutume nous est dévoilée dans ces paroles de la Genèse : " et du soir et du matin se fit le premier jour. " (1) Cependant, César ne se trompe pas en avançant que les Gaulois comptaient le temps, non par les jours, mais par les nuits ; les descendans des Tectosages disent encore fortnight (fortnaït) quatorze nuits, pour exprimer le temps écoulé en deux semaines, et se'nnight (sennit) sept nuits, pour compter les jours d'une seule semaine. V LE NEIMHEID. L'identité de la langue celtique avec celle des Tectosages devient tout à fait évidente par la décomposition des appellations données aux diverses parties du sol Gaulois et surtout par la décomposition des noms de tribus transmis par l'histoire ; ces noms renferment, en effet, en les interprétant par la langue Anglo-Saxonne, des indications justes, précises et confirmées par l'histoire. Ces dénominations, qui affectent tout le pays celtique, ne sont pas certainement l'oeuvre du peuple ; on ne pouvait point livrer, abandonner la composition sérieuse, exacte et fidèle de ces (1) Genèse. chap. I. v. 5. – 24 – noms essentiels, à des caprices sans nombre et sans fondement. Il y avait assurément un corps savant chargé de ce soin ; et ce qui le rend manifeste, ce sont les appellations semblables imposées à des pays placés aux deux extrémités de la Gaule. Pour en donner quelques exemples assez frappants, pourquoi un Aleth existait-il anciennement dans la tribu des Curiosolites, et un autre Aleth existe-t-il encore dans le Languedoc ? Ou ces deux localités exerçaient la même industrie, ou encore elles possédaient un sol bien ressemblant. Pourquoi la ville de Rennes en Bretagne et la station Thermale de Rennes-les-Bains du département de l'aude portent-elles le même nom ? C'est évidemment à cause de la similitude qu'offraient les deux pays par leurs ménirs et leurs pierres branlantes. Pourquoi encore la ville de Rennes, portant, d'après Strabon, le nom de Condate, trouvait-on un autre Condate dans la tribu des Allobroges, et un troisième chez les Santones, si ce n'est qu'on devait enseigner dans ces villes les mêmes traditions ? Cela ne démontre-t-il pas qu'un corps savant et fortement constitué était chargé de donner à chaque cité et à toutes les parties du terrains celtique des dominations, justifiées par la vérité et l'exactitude des objets signifiés ? – 25 – " Selon les traditions irlandaises, dit H.Martin, Gadhel ou Gaël, personnification de la race, est fils de Neimheidh. Qu'est-ce que ce Neimheidh, cette mystérieuse figure qui plane sur nos origines ? L'histoire ne peut répondre. " (1) Neimheidh n'est point le nom d'un chef Gaulois ; il signifie celui qui est à la tête, commande, conduit et donne les dénominations, – to name (néme), nommer, – to head (hèd), être à la tête, conduire, – et il était matériellement impossible à un seul homme de donner à tout le pays celtique les noms que portent les cités, les tribus, les rivières et les moindres parcelles de terrain : c'était là l'oeuvre d'un corps savant et le terme de neimheidh, appliqué à ce corps d'élite composé des druides, présente une expression de vérité indéniable, puisque les druide étaient à la fois prêtres, juges, chefs incontestés des Gaulois et chargés de la transmission de toutes les sciences. Les druides du Neimheidh savaient former excellemment les noms propres d'hommes ou de lieux : ils employaient surtout les termes monosyllabiques de leur langue et les plaçaient dans un agencement tel, que les son de ces monosyllabes, (1) Histoire de france, note 1 de la page 1. – 26 – accolés les uns aux autres, ne pouvaient blesser l'oreille la plus délicate. La décomposition des mots celtique désignant les villes et les tributs gauloises fera le jour le plus complet sur la manière de faire de ces savants, ainsi que nous le verrons plus loin, lorsque nous parlerons des Armoricains et des autres peuples de la Gaule.
CHAPITRE II. _________ LANGUE HEBRAIQUE ___________ I LES NOMS DIVINS. Désirant indiquer les rapports de ressemblance entre les langues celtique et hébraïque, nous nous voyons exposé à des longueurs considérables et néanmoins nécessaires. On nous les pardonnera ; les récits bibliques sont en eux-mêmes d'un intérêt saisissant, et de nature à captiver l'attention la plus rebelle. Les commencements de l'humanité y sont racontés avec une exactitude admirable. L'historien sacré accomplit son oeuvre avec fidélité et sincérité : il n'exagère point les faits généreux, il ne jette point de voile sur les actions criminelles. Dans son langage concis et grave, les paroles divines apparaissent plaines de grandeur et de majesté ; les faits humains s'y déroulent avec la plus grande netteté, sans discours, sans digression, présentant des traits – 28 – sublimes qui ne sont point étudiés et recherchés. Nous aurions vivement souhaité de les faire remarquer ; mais nous avons dû nous borner simplement à signaler, dans notre essai d'interprétation, la concordance parfaite des récits bibliques avec la signification renfermée dans les noms propres des hommes dont ils retracent le caractère et la vie. Une pensée qui se présente tout naturellement à l'esprit est celle-ci : en supposant le langage des Tectosages comme étant la vraie langue celtique, il semble indispensable que les expressions les plus pures de ce langage se retrouvent abondantes dans les noms des chefs de cette famille dont l'expansion a presque rempli l'univers. On fait remonter à Gomer, fils aîné de Japheth, la paternité de la nation celtique et cimbrique ; il faudrait donc dans la langue anglo-saxonne, que nous appellerons désormais la langue celtique, une grande ressemblance avec l'hébreu, et dans les termes monosyllabiques des deux langues, une certaine conformité, au moins pour une grande partie des mots qui composent les noms propres, sinon pour la totalité de la langue. Cette pensée a un fondement trop assuré pour que nous n'examinions pas si la langue celtique pourra expliquer les noms des premiers hommes cités dans les livres de – 29 – Moïse, et aussi dans quelques-uns des autres livres des Hébreux. Il est ici nécessaire d'observer que le séjour prolongé des hébreux à babylone par suite de la captivité avait exercé une influence désastreuse sur leur langage. Un nombre considérable d'expressions chaldéennes s'étaient glissées dans la langue hébraïque et elle en devint grandement défigurée. Après la captivité, Esdras, le docteur habile dans la loi de Moïse, s'appliquant à instruire le peuple dans la loi du seigneur, changea les anciens caractères de l'écriture hébraïque et leur substitua les caractères chaldéens, afin de rendre la lecture de l'Ecriture Sainte plus facile aux juifs déjà accoutumés à ces caractères. Il fut donc obligé non seulement de transcrire l'Ecriture Sainte en caractères connus du peuple, mais encore de traduire l'ancien langage purement hébraïque que la plupart des juifs ne comprenaient plus, en la langue parlée en ce moment et composée d'un mélange d'hébreu et de chaldéen. Ce qui démontre la nécessité absolue de cette tradition faite par Esdras, c'est la difficulté insurmontable éprouvée par l'historien Josèphe, lorsqu'il a cherché à interpréter les noms propres hébraïques par le langage hébreu-chaldéen : aussi ont-ils résisté ordinairement à tous les efforts de sa perspicacité. – 30 – Avant de faire l'essai de la langue celtique sur ces noms d'hommes qui doivent, ce semble, renfermer l'histoire abrégée du premier âge du monde, il est juste de s'arrêter en premier lieu sur les noms différents données à Dieu, le créateur de l'univers. Elohim est le nom, par lequel les hommes ont tout d'abord désigné le Seigneur qui à créé la terre, et a daigné la bénir en la consacrant à sa gloire. L'expression hébraïque Elohim, disent les rabbins, est mise au pluriel par respect pour Dieu ; car au singulier on dirait Eloha. Les hébreux le font dériver de el, fort et puissant et de ala, obliger, astreindre, parce que Dieu s'oblige et s'astreint pour ainsi dire à faire servir sa puissance à la conservation des choses créées. (1) S'il nous est permis de parler avec franchise, nous dirons que la langue celtique explique bien mieux le sens d'Elohim. Lorsque Dieu eut créé l'homme et la femme à son image et capables, en conséquence, de béatitude, de connaissance et d'amour surnaturel, il les bénit, leur disant : " Croissez et multipliez vous et remplissez la terre. " (2) C'est donc la multiplication de la race humaine (1) Cornelius a Lapide. (2) Genèse, chap. I. 28. – 31 – que Dieu voulu bénir et le terme Elohim en langue celtique ne dit pas autre chose, – Hallow – heam, – heam (him) représentant l'enfant qui n'a pas encore vu le jour, tandis que le verbe to hallow (hallo) signifie bénir, sanctifier : c'est l'Etre par excellence qui possède le droit de bénir et de sanctifier toutes choses. Cette similitude de sens et d'expression ne nous paraît pas devoir être négligée. Dieu était encore connu sous le nom de Saddaï, qui exprimait l'idée du créateur donnant la nourriture et l'abondance des choses nécessaires à la vie corporelle par sa libéralité, car Saddaï signifie large et libéral. (1) En interprétant Saddaï par la langue celtique, nous trouvons que les hommes sont rassasiés par un Dieu soucieux de ses créatures, – to sate (séte), rassasier, – to eye (aï) avoir l'oeil sur ... Adonaï était encore une autre dénomination donnée par les hommes au Tout-Puissant : c'est le Seigneur, le Dominus de l'Ecriture Sainte. Les hébreux n'écrivant pas, par respect, le nom (1) Cornelius a lapide. – 32 – de Jehova, le remplaçaient ordinairement par Adonaï. Il n'a pas suffi à la bonté divine de veiller par sa Providence à la nourriture de ses créatures, elle leur à donné aussi le pouvoir de posséder, suivant ces paroles de la Genèse : " Croissez et multipliez-vous, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre. "(1) Le pouvoir de posséder accordé par Dieu aux hommes est renfermé dans le terme Adonaï, inexplicable par la langue hébraïque, – to add, ajouter, to own (ôn), posséder, – to eye (aï), avoir l'oeil sur. Jehova est le nom sacré, le vrai nom du seigneur, révélé par Dieu lui-même à Moïse. Les hébreux ne l'écrivaient point ; il était cependant gravé sur la lame d'or qui était attachée et retenue par un ruban d'hyacinthe à la mitre du Grand Prêtre. Josèphe rapporte que lorsque Alexandre se présenta devant le Grand Prêtre Jaddus revêtu en ce moment de tous ses ornement pontificaux, ce conquérant de l'Asie se prosterna pour adorer celui dont le nom redouté était gravé sur cette lame d'or brillant au-dessus du front du successeur d'Aaron. D'après les traditions des Hébreux, Jehova (1) Genèse, chap. I. 28. – 33 – exprimait la trinité des personnes dans l'unité divine. Mais où était la possibilité d'exprimer par le nom de Jehova la trinité dans l'Unité ? Il fallait, pour atteindre ce but, que ce nom divin renfermât dans sa composition les pronoms personnels de la langue parlée par Moïse. Le moi de la première personne, en hébreu, se traduit par ani et anci et le nous par anu, nênu ; le toi et le vous de la seconde personne par ate et atm ; le lui de la troisieme personne par eua. Les pronoms personnels de la langue hébraïque ne se rapportent donc pas aux quatre lettres i, he, u, i, qui forment le nom saint de Jehova. Cependant l'i (iod) se trouve parmi les pronoms affixes de la première personne, qui correspondent aux pronoms réfléchis et pronoms adjectifs possessifs de la langue française. Plaçons en regard des quatre lettres hébraïques i, he, u, i, qui composent le nom divin révélé à Moïse, les pronoms personnels de la langue celtique I, he, we, ye, et nous pourrons être légitimement étonnés du résultat. Observons en passant que l'alphabet hébreu ne possède pas d'y, tandis que cet y est dûment renfermé dans l'alphabet celtique. Nous avons donc en réalité dans les pronoms personnels celtiques les quatre lettres formant le nom divin, c'est-à-dire deux – 34 – i, un he et un we qui remplace le ouau de la langue hébraïque. Le premier i s'écrivant toujours par un I majuscule représente le nominatif singulier de la première personne je ou Moi et se prononce aï. Le second i, ye qui se prononce yi, correspond au nominatif pluriel de la seconde personne Vous ; le thou ou Toi du singulier, n'exprimant qu'une familiarité peu respectueuse, n'est point usité en Anglo-saxon, comme d'ailleurs, en Français, dans le langage poli. Le he, se prononçant hi, correspond au nominatif singulier de la troisième personne, Lui. Quant au we dont la prononciation est oui et qui remplace le ouau hébraïque, c'est le nominatif pluriel de la première personne, Nous. Dans ces quatre lettres se trouve donc la désignation des trois personnes divines par Moi, Vous et Lui, tandis que le Nous les rassemble, les unit pour en faire un être unique possédant une substance, une nature, une essence communes aux trois personnes distinctes. Ce Nous se retrouve plusieurs fois dans le récit de l'histoire des hommes fait par Moïse, le serviteur fidèle, qui rapportait avec intégrité les instructions divines adressées au peuple hébreu. Le premier Nous apparaît à la création – 35 – de l'homme : " Faisons, dit le Seigneur, l'homme à notre image et à notre ressemblance. "(1) Après la désobéissance et la chute d'Adam et d'Eve, le Nous est encore retracé dans ces paroles empreintes d'une ironie salutaire et vengeresse que Dieu leur adresse : " Voilà Adam devenu comme l'un de Nous, sachant le bien et le mal. " (2) Une troisième fois le Nous divin est accentué dans l'arrêt porté contre l'orgueil des hommes et suivi de la dispersion complète de la famille humaine par la confusion du langage primitif : " Venez donc, dit le Tout-Puissant, descendons en ce lieu, et confondons-y tellement leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. " (3) Nous avons écrit le nom de Jehova au moyen des lettres i, he, u, i, quoique le texte hébraïque porte i, he, u, he. Cornelius a Lapide relate à ce sujet la formule employée par les juifs quand on les force à prêter serment ; afin de ne pas prononcer le nom divin et sacré, ils s'expriment ainsi : " Je jure par i, he, u, i, et ces lettres ajoute le même Cornelius, forment le vrai nom de Jéhova. La différence accusée par la quatrième lettre paraît au premier abord fort (1) Gen. chap. I. 26. (2) Gen. chap. III. 22. (3) Gen. c. XI. 7. – 36 – importante, mais en l'examinant avec soin, elle n'offre rien d'embarrassant ; car dans le pronom celtique ye, vous, il y a en même temps un y et un e, et c'est là, croyons-nous, le noeud d'une difficulté que la langue hébraïque moderne, réduite à ses seules forces, ne saurait résoudre. En dehors d'une transmission traditionnelle, depuis longtemps interrompue, il devient à peu près impossible de reconstituer la prononciation du nom de quatre lettres contenant le mystère de la Sainte Trinité. Du reste, les juifs eux-mêmes ignorent de qu'elle manière Moïse et les prêtres juifs le prononçaient devant le peuple assemblé pour les cérémonies religieuses. La facilité avec laquelle les pronoms personnels de la langue Anglo-Saxonne expliquent le nom divin de Jehova, nous amène à croire que les Celtes étaient loin d'ignorer et ce nom et sa véritable signification, puisque les relations de la Gaule avec l’Asie étaient incessantes par les émigrations vers l'Occident de nouvelles peuplades celtiques. L'année 1491 avant Jésus-Christ avait vu la révélation du nom de Jehova faite à Moïse. Quarante années plus tard, à la suite de la conquête de la Palestine faite par Josué dans l'espace de six ans, de 1451 à 1445 avant Jésus-Christ, les brillants faits d'armes des Hébreux – 37 – avaient porté au loin leur réputation guerrière et frappé d'étonnement les peuples asiatiques, qui comprenaient bien la protection divine, dont la force invincible éclatait dans les secours surnaturels prodigués aux descendans de Jacob. Les diverses peuplades celtiques, dans leur marche lente et continue vers l'Europe, pouvaient donc connaître, non seulement les exploits hébreux, mais encore leur organisation en tribus et le nom de leur puissant protecteur, Jehova. On ne doit pas être surpris que, possédant le sens de ce nom sacré, les Celtes aient professé une vénération extrême pour le nombre trois, qui représentait à leur esprit la Trinité sainte dans l'unité divine. Le nom sous lequel les Celtes désignaient le peuple hébreu affirme clairement leur connaissance certaine du nom de Jehova. Pour les enfants de Gomer, un hébreu s'appelait jew (djiou) c'est-à-dire, un homme devant lequel était prononcé le nom de quatre lettres, et qui se servait de ce nom divin dans ses adorations et les hommages de sa prière. En réalité, les enfants de Gomer avaient appliqué au peuple protégé le nom du protecteur, et il nous paraît très vraisemblable que l'expression jew est bien le nom saint de jehova contenant les quatre lettres révélées à Moïse. – 38 – II LES PREMIERS HOMMES – ADAM JUSQU'A NOÉ. Après avoir tenté d'interpréter les noms divins par la langue celtique, nous essaierons aussi cette même langue dans la décomposition des noms propres d'hommes et de lieux. La souche du genre humain, le premier être possédant une âme raisonnable, unie à une substance corporelle, porte le nom d'Adam. Sous ce nom, il faut entendre l'homme et la femme, " car Dieu les créa mâle et femelle ; il les bénit et il leur donna le nom d'Adam au jour qu'ils furent créés. " (1) Ce nom était donc commun à Adam et à Eve, et Dieu lui-même l'avait imposé. Les hébraïsants veulent qu'Adam dérive de adama, terrestre, parce que Dieu l'avait formé du limon de la terre. Interprété par la langue celtique le terme Adam, composé de deux mots, présente pour ainsi dire, un résumé de la création de nos premiers parents. Parmi les êtres créés, Adam n'en avait point trouvé qui lui fût semblable. " Et (1) Bible de Carrières, Gen. c. v. 2. Nous donnons ordinairement la traduction de l'Ecriture Sainte d'après cette bible, parce qu'elle est fort exacte et très appréciée. Nous faisons ici cette remarque afin de n'avoir pas à y revenir dans toutes nos citations. – 39 – " le seigneur dit : il n'est pas bon que l'homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui "(1) Dieu fit donc la femme et l'amena à Adam. D'après l'écriture sainte, la femme était une créature ajoutée à l'homme, semblable à lui et son aide pour la multiplication du genre humain, c'est à dire, la mère ajoutée au père, et c'est là l'idée offerte par la décomposition du nom d’Adam, – to add, ajouter, dam, la mère. L'Ecriture Sainte donne au premier des enfants d'Adam, le nom de Caïn. A sa naissance, Eve, sa mère, s'écria : " je possède un homme par la grâce de Dieu. " Caïn, en hébreu, implique l'idée de possession, et il vient de la racine Kana, posséder. Adam et Eve regardaient donc leur fils comme leur bien et leur acquisition particulière ; au reste, la puissance du père sur son enfant n'est-elle pas de droit naturel ? Eve a eu grandement raison d'appeler son premier fils, Caïn, sa possession. La langue celtique retient, non pas le verbe Kana, posséder, mais le verbe Can, pouvoir. La signification du nom de Caïn serait alors le pouvoir, la faculté de posséder un homme par la grâce de Dieu, et cette différence n'est point (1) Gen. C. II. 18. – 40 – sensible dans la pensée qu'Eve a dû attacher aux paroles prononcées par elle à la naissance de son fils. Dans le texte hébraïque, Caïn est écrit Qin : en langue Celtique to coin (coïn) se traduit par battre monnaie, inventer. Ne serait-ce pas là le sens véritable de Caïn qui aurait imaginé, inventé la valeur conventionnelle des monnaies ? L'amour trop vif de l'or et de l'argent étouffe sûrement les sentiments généreux, et arme ordinairement du fer meurtrier la main des assassins. Caïn avait cent seize ans lorsqu'il commit le crime affreux qui le fit maudire. On peut croire avec juste raison que les hommes étaient déjà nombreux, puisque Caïn répondant à la menace divine, disait : " Quiconque donc me trouvera, me tuera. " La multiplication rapide du genre humain a dû faire naître, dans l'esprit de Caïn, la pensée de remplacer les échanges par une valeur conventionnelle attachée aux métaux précieux, or et argent. Abel est le second fils d'Adam et d'Eve, mais sa mère ne lui a point donné ce nom. Josèphe le fait dériver du mot hébreu ebel deuil ; car, par la mort d'Abel, le deuil a fait sa première apparition sur la terre. Pour bien saisir le sens du mot Abel, tel que l'indique Josèphe, il ne faut point perdre de vue une – 41 – expression très fréquente dans les livres saints désignant la mort et le tombeau ; c'est l'expression inferi, les enfers, tandis que le lieu du supplice des réprouvés et des maudit est l'infernus ; et c'est dans le premier sens que David, étant près de mourir, recommanda à Salomon, son fils de punir Joab de se crimes : " Vous ferez, dit-il, à son égard, selon votre sagesse ; et vous ne permettrez pas qu'après avoir vieilli dans l'impunité de son crime, il descende en paix dans le tombeau ; et non deduces canitiem eju ad inferos. " (1) Abel présente la première image de la mort par le crime affreux de son frère aîné, – to ape (épe), imiter, présenter, l'image de..., hell, enfers.–Le terme ebel ou épel serait ainsi appliqué au second fils d'Adam seulement après le fratricide de Caïn, et la désignation de leur fils par une telle expression a dû, pendant de longues années, raviver dans l'âme de ses malheureux parents la douleur de sa perte. Nous nous sommes attaché dans cette interprétation à suivre le sens donné par Josèphe : toutefois, comme les premiers hommes étaient souvent connus sous plusieurs noms présentant des significations différentes, nous croyons pouvoir (1) Troisième liv. des Rois, c. II. 6. – 42 – voir expliquer d'une autre manière le nom d'Abel, en conservant avec rigueur la prononciation donnée par l'Ecriture Sainte. Il est indubitable pour tout esprit sérieux qu'Adam avait reçu de Dieu les communications les plus précieuses, non seulement sur les vérités religieuses, mais encore sur les industries humaines nécessaires à l'état social, et Adam transmettait à ses enfants et la science religieuse et en même temps les principes des arts industriels. " Le monde disait Origène à Celse, ayant été créé par la Providence, il faut nécessairement que le genre humain ait été mis, dans les commencements, sous la tutelle de certains esprits supérieurs, et qu'alors Dieu se soit manifesté aux hommes. C'est aussi ce que l'Ecriture Sainte atteste... et il convenait, en effet, que dans l'enfance du monde, l'espèce humaine reçut des secours extraordinaires, jusqu'à ce que l'invention des arts l'eût mise en état de se défendre elle-même et de n'avoir plus besoin de l'intervention divine. " (1) Abel était pasteur ; il offrait à Dieu des sacrifices, choisissant à cet effet les agneaux les plus beaux et les plus gras de son troupeau, et le Seigneur regardait favorablement ses présents. (2) (1) Soirées de Saint-Petersbourg, 2e entretient, note VI (2) Gen. c. IV. 2-4. – 43 – L'Ecriture Sainte, en marquant avec soin la profession pastorale d'Abel, semble indiquer la provenance de son nom. Abel recueillait les belles toisons de son magnifique troupeau ; sa main filait la laine soyeuse, et ces fils entrelacés, formant et la chaîne et la trame, lui donnaient un excellent tissu dont il se pouvait vêtir, – abb, trame de laine, – to ell, mesurer. Un châtiment juste et sévère suivit de près le crime horrible de Caïn. Le Seigneur avait dit au fratricide : " Vous serez fugitif et vagabond sur la terre ", et le coupable avait répondu : " Vous me chassez aujourd'hui de dessus la terre et j'irai me cacher de devant votre face, et je serai fugitif et vagabond sur la terre. Donc quiconque me rencontrera, me tuera. " Le Seigneur lui répondit : " Non, cela ne sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn sera puni sept fois plus. " Et le Seigneur " mit un signe sur Caïn, afin que ceux qui le trouveraient ne le Tuassent point. " Caïn, s'étant retiré de devant la face du Seigneur, habita en fugitif sur la terre vers la région orientale d'Eden. (1) Le texte hébraïque, au lieu de ces paroles : Caïn habita en fugitif sur la terre, porte : Caïn (1) Gen. c. IV. 14-16. – 44 – habita dans la terre Nod. Josèphe fait de nod un nom propre de lieu, parce qu'il n'a pu arriver à découvrir le sens exact de cette expression de la langue primitive. Le terme nod existe dans l'anglo-saxon et il donne la connaissance du signe de la malédiction divine attaché à Caïn ; to nod signifie, faire un signe de tête, saluer en baissant la tête. La note d'infamie, marquée sur la personne du fratricide, devait donc consister en un mouvement nerveux et convulsif de la tête, obligeant Caïn à la baisser honteusement devant tous ceux qu'il rencontrerait. D'après la tradition, le signe de malédiction porté par Caïn était un tremblement continuel du corps, tremblement révélateur de son forfait. Abel, l'enfant pieux et pur fut remplacé par Seth, et Eve disait : " Le Seigneur m'a donné un autre fils au lieu d'Abel que Caïn a tué. " (1) En hébreu suth signifie mettre et placer : dans la langue des Tectosages, le verbe to set retient le même sens de mettre et placer. Seth était le remplaçant d'Abel et destiné à devenir le père des hommes fidèles à leur Créateur. Les tissus de laine fabriqués par Abel ne reparaissent plus dans le nom des premiers hommes et cèdent la place à la mention des ouvrages de (1) Gen. c. IV. 25. – 45 – fer et de bronze. Il ne faut pas descendre fort longuement dans la généalogie des enfants d'Adam pour y rencontrer la science des métaux, car Malaleel, – to mall frapper avec un maillet, – to allay (allé) mélanger les métaux, – to ell, mesurer, – était l'arrière petit-fils de Seth. Suivant la chronologie ordinaire, lorsqu'à l'âge de soixante-dix ans Malaleel est devenu père de Jared, les hommes habitaient le monde depuis seulement trois cent quatre-vingt-quinze ans. Adam était encore au milieu de ses descendans pour les aider de ses conseils et les initier aux travaux industriels. Parce que la science des métaux est inscrite dans Malaleel, est-ce à dire que ceux qui l'avaient précédé ignoraient l'usage du fer et les alliages de cuivre et d'étain constituant le bronze ? Nous sommes bien loin de le croire ; Adam assistait aux travaux de ses enfants, et sa présence indique suffisamment d'où venaient les connaissances acquises et d'où partait l'impulsion donnée aux diverses industries. Il n'était pas possible d'écrire dans le nom d'un seul homme la somme des sciences possédées à l'origine du monde et on les a gravées peu à peu dans le nom des chefs de famille. Malaleel nous dénote les ouvrages de fer et de bronze, et afin que les générations futures ne se méprennent pas et ne voient pas en lui un artisan unique, il – 46 – appelle son fils Jared, – to jar (djar), tinter, cliqueter, – to head (hèd) être à la tête de, commander, – prouvant ainsi qu'il était à la tête de nombreux ouvriers en métaux. Ces noms propres d'hommes, renfermant la mention des connaissances matérielles des premiers temps du monde créé, indiquent ainsi que la marche de la civilisation humaine n'a point été ascendante et que l'âge de pierre et de bronze n'ont aucunement précédé l'âge de fer au berceau de l'humanité. Le petit-fils de Jared, Mathusalem dont la longévité a surpassé celle des autres hommes, nous initie à une autre branche d'industrie : les lits moelleux n'étaient guère alors en usage, te ces produits d'une civilisation trop avancée étaient remplacés par des nattes sur lesquelles on prenait un repos nécessaire dans sa demeure, – to mat, couvrir de nattes, – to use (iouse) se servir de, – hall, salle, maison. Les enfants de Seth ne sont point seuls à dévoiler les secrets des arts parmi les premiers hommes, et en parcourant la brève lignée des descendans de Caïn, nous remarquons Tubalcaïn " qui fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer. " (1) Néanmoins cette habileté (1) Gen. c. IV. 22. – 47 – à travailler le fer et le bronze n'est point écrite dans son nom ; elle y est remplacée par la mention d'une autre connaissance, celle de l'art nautique. Les hommes étaient en état de construire de bons vaisseaux et on comprend ainsi comment ils ont prêté une médiocre attention à l'arche destinée à Noé et faite suivant la forme et les dimensions données par Dieu lui-même. Peut-être même ont-ils compté sur eux pour tenter de se soustraire aux effets des menaces divines. Il y avait cependant une différence bien sensible entre la construction de leurs vaisseaux et celle de l'arche dont disposerait Noé. Celle-ci était un vrai navire ponté, protégé contre la pluie du ciel et les grandes lames de la mer, tandis que les vaisseaux ordinaires, complètement découverts, n'étaient point défendus contre les grandes pluies ni contre les hautes lames. Le premier mot qui entre dans la composition du nom de Tubalcaïn retrace la forme de ces premiers bâtiments, – tub, vaisseaux découvert, cuve, baquet, – hall, maison, – to coin (coïn), inventer. – 48 –
III NOÉ ET SES ENFANTS. Les sciences possédées parles hommes les entraînèrent à la révolte la plus audacieuse contre Dieu. Les crimes contre nature s'accumulèrent, et, fatigué de cette obstination dans le mal, le Seigneur dit à Noé : " J'ai résolu de faire périr tous les hommes : ils ont rempli toute la terre d'iniquités, et je les exterminerai avec tout ce qui vit sur la terre. " (1) Noé était juste, et ayant trouvé grâce devant Dieu, il était devenu comme le confident de ses desseins vengeurs. Il construisit l'arche sur l'ordre donné par le seigneur, et s'enfermant avec sa famille et les animaux qui devaient être conservés sur la terre dans ce vaisseau placé sous la protection divine, il fut sauvé du déluge dans lequel périrent tous les hommes criminels. Noé proclame qu'il avait la connaissance du châtiment futur des hommes, de la manière dont il serait infligé et aussi la connaissance de sa propre conservation et de celle de sa famille, – to know (nô), connaître, savoir, – how (haou), comment, de quelle manière. (1) Gen. c. VI. 13. – 49 – Après la destruction violente du genre humain par le déluge, Dieu bénit Noé et ses enfants et leur dit : " Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. Noé avait donc trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Or cham est le père de Chanaan. Ce sont là les trois fils de Noé ; et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. " (1) Le déluge et le salut miraculeux de Noé et de ses enfants étaient des événements trop considérables dans l'histoire de l'humanité pour que le nom d'un des fils de Noé n'en reproduisit point quelque trait essentiel. L'arche ayant flotté sur l'eau pendant sept mois avant de toucher le sommet des montagnes d'Arménie, Noé a voulu écrire ce souvenir intéressant dans le nom de son fils aîné, Sem, – to swim (Souim) flotter sur l'eau. Le second de ses enfants, grossier et impudent, attira sur sa postérité la malédiction paternelle par une faute lamentable demeurée à jamais sa honte et son opprobre ; aussi son nom Cham – to shame, couvrir de honte, – redit son acte infâme et la malédiction qui l'a suivi. L'Ecriture Sainte dit fort clairement que de (1) Gen. c. IX. I. 18. 19. – 50 – Sem, Cham et japheth est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. On a cru pouvoir abandonner ce point de départ tout à fait historique pour s'attacher à un autre ordre d'idées, permettant de distinguer les variétés humaines d'après la couleur de la peau et les degré de l'angle facial. Il serait bien long d'énumérer toutes les classifications mises en avant, et il nous paraît préférable de s'arrêter à la division de Cuvier distinguant le variétés suivantes : 1° La blanche ou Caucasique ; 2° la Jaune ou Mongolique ; 3° la Nègre ou Ethiopique. " La variété blanche, Caucasienne, Arabe Européenne se reconnaît principalement à la forme ovale de la tête, à la couleur de la peau plus ou moins blanche, aux lèvres petites, aux traits réguliers. Son centre principal serait en Europe et dans l'Asie Mineure, l'Arabie, la Perse et l'Inde jusqu'au Gange, et l'Afrique jusques et y compris le Sahara. " " La variété Jaune ou Mongolique se reconnaît à la face carrée, aplatie, au nez plus enfoncé, aux yeux placés obliquement, à la peau olivâtre et basanée. Elle aurait en quelque sorte son foyer sur le plateau de la grande Tartarie et du Thibet. " " La variété Nègre ou Ethiopique a le teint noir ou noirâtre, le crâne déprimé, le nez épaté – 51 – et les lèvres grosses. Elle couvre la plus grande partie de l'Afrique et quelques îles de l'Océanie. "(1) Nous ne rechercherons pas les inconvénients d'une classification renfermant dans une même variété les Arabes, les Abyssins, les Egyptiens et les nombreux rameaux celtiques ; il nous suffit de retrouver en Japheth, troisième fils de Noé, la souche réelle et incontestable de la variété humaine la plus blanche. Les enfants de Sem dont le type le mieux conservé est retracé dans les Arabes, ont le teint plus ou moins basané, mais le trait particulier de la famille se montre dans les yeux et les cheveux noirs. Ce ne peut être toutefois qu'un caractère général ; et, parmi les Hébreux, descendans directs de Sem, l'Ecriture Sainte constate une exception en la personne de David dont les cheveux étaient roux. Dans la famille de Japheth, à la peau blanche et aux cheveux ordinairement peu foncés se joignent les yeux bleus ou quelque peu décolorés. Cette couleur plus claire des yeux était tellement sensible dans le troisième fils de Noé qu'il en a gardé le nom d'oeil décoloré ou Japheth, Iphth, dans le texte hébraïque, – eye (aï) oeil, to fade (féde) se décolorer. (1) Géographie par Maltebrun. – 52 – Gomer, fils aîné de Japheth, devait présenter cette marque distinctive de l'oeil décoloré, puisqu'il en a été proclamé le véritable héritier, – to come (keume) devenir, – heir (ér) héritier. Il ne s'agissait point ici des faveurs essentielles conférées par le droit d'aînesse et permettant à l'héritier ordinaire, au fils aîné, d'offrir à Dieu les sacrifices, de commander à ses frères et de conserver les biens paternels ; car ces droits appartenaient aux aînés de toutes les familles. Ce terme d'héritier s'appliquait plutôt aux qualités corporelles remarquées dans gomer et transmises à sa postérité formant l'immense famille celtique. Les hommes s'étaient fort multipliés après le déluge : " Il n'y avait alors qu'une langue et une même manière de parler pour tous les hommes. " Obligés qu'ils étaient de s'étendre par suite de leur rapide accroissement, ils dirent : " Venez, faisons-nous une ville et une tour dont le sommet arrive jusqu'au ciel : et rendons notre nom célèbre, avant de nous disperser sur la terre. " (1) Ils tenaient cet orgueilleux langage dans les plaines de Sennaar, et ils se mirent à l'oeuvre, se servant de briques à la place de pierres et de bitume en guise de ciment. (1) Gen. c. XI. 4. – 53 – Or le Seigneur fut irrité de ce travail insensé ; et il dit : " Ils ne sont tous maintenant qu'un seul peuple et ils ont un même langage : ils ont commencé cet ouvrage et n'abandonneront point leur dessein qu'ils ne l'aient entièrement terminé. Venez donc, descendons en ce lieu, et confondons-y leur langage, de telle sorte qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. " C'est de cette manière que le Seigneur les dispersa de ce lieu dans tous les pays du monde, et qu'ils cessèrent de bâtir la ville. " C'est aussi pour cette raison que cette ville fut appelée Babel, parce que là fut confondu le langage de toute la terre : et le seigneur les a dispersés ensuite dans toutes les parties du monde. " (1) Babel, d'après les termes de l'Ecriture Sainte, porte en soi l'idée de la confusion, et les Hébreux, en recherchant soigneusement Babel dans leur langue, n'ont pu retrouver que balal, confusion, pour expliquer ce Babel qu'ils ne possèdent plus. Mais balal est bien loin d'avoir la valeur du verbe celtique to babble, babiller, jaser : babil incohérent, confus, remplissant de honte les hommes qui n'entendent plus le langage qu'ils comprenaient très bien la veille. (1) Gen. c. XI. 6-9. – 54 – La langue primitive est-elle disparue au milieu de cette confusion ? Nous pouvons dire avec assurance, qu'elle est demeurée en usage dans la bouche d'une partie des enfants de Sem et aussi d'une partie des enfants de japheth ; et cette langue primitive est comme le point de départ des autres langues parlées dans le monde, comme une source donnant naissance à des ruisseaux sans nombre qui vont décrire au loin des méandres capricieux. Ce langage s'est perpétué dans un état parfait parmi les hébreux jusqu'à ce que le séjour du peuple de Dieu dans la Chaldée l'ait fait modifier d'une manière très sensible. Les enfants de Gomer l'ont-ils transmis intact, au moins dans ses parties essentielles ? Nous essaierons de démontrer que l'intégrité de la langue primitive s'est conservée dans la famille de Japheth plus sûrement que dans la famille de Sem, peut-être à cause de la domination universelle promise par Dieu à la postérité de Japheteh. Cette démonstration peut se faire en interprétant par la langue celtique les noms propres des hommes les plus célèbres, conservés dans l'histoire du peuple hébreu ; toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le nom propre d'un homme, après la confusion des langues comme au premier âge du monde, retient ordinairement la mémoire d'une action remarquable de sa vie, – 55 – ou bien le pouvoir d'une qualité, d'un défaut corporels, et quelquefois aussi représente l'état des moeurs de l'époque. Nous avons vu par le récit de la Genèse les hommes abandonnant la construction de ville et de la tour de Babel. Dans cette ville inachevée, le farouche Nemrod, petit-fils de Cham, établit sa demeure et fonda le royaume de babylone. Ce violent chasseur devant le Seigneur n'attaquait point les bêtes fauves ; il était chasseur d'hommes, opprimant ses semblables, semant partout l'épouvante et méritant bien le nom sous lequel il était connu, car Nemrod signifie un épouvantail renommé, – name (néme) réputation, – rawhead (râuhèd) épouvantail. La dispersion des hommes est déterminée et fixée par Phaleg dont la traduction, en hébreu, est division, " parce que la terre fut divisée de son temps " entre les peuple parlant des langues différentes. (1) La langue des Tectosages nous représente dans Phaleg, les hommes poussés à diminuer leur trop grande concentration dans une seule contrée du monde, – to fall, diminuer, – to egg, pousser, exciter. Phaleg était le fils aîné d'Héber et celui-ci (1) Gen. c. X. 25. – 56 – leur a laissé son nom, pour témoigner que ses enfants possédaient par lui l'héritage des bénédictions divines promises à Sem et à sa postérité directe, – Heber se décompose ainsi : to ebb, descendre, – heir (ér) héritier.
IV ABRAHAM ET LES PATRIARCHES.
Le grand Abraham appartenait à la lignée d’Heber et l'Ecriture Sainte a soin de l'appeler Abram hébreu, accusant par là l'importance attachée à ce titre. Abram, premier nom de ce patriarche, est le précis exact et fidèle des ordres reçus de Dieu. Le Seigneur lui avait dit : " Sortez de votre pays, de votre parenté et de la maison de votre père et venez en la terre que je vous montrerai. " Je ferai sortir de vous un grand peuple, je vous bénirai, je rendrai votre nom célèbre et vous serez béni. " Je bénirai ceux qui vous béniront, et je maudirai ceux qui vous maudiront ; et tous les peuples de la terre seront bénis en vous. Abram – 57 – sortit donc comme le Seigneur le lui avait ordonné, et Loth le suivit. " (1) Les hébraïsants traduisent Abram par le père illustre ab-ram, et Abraham par le père illustre d'une multitude ab-ram-a-mon. Cette explication paraît un peu obscure quoique déterminée par un fait de tous points conforme à la vérité. Abram, d'après les ordres divins, devait porter ses pas dans une terre étrangère qui lui serait montrée par Dieu. Abandonnant le sol natal, sa parenté et la maison de son père, il devenait en réalité un étranger pour les habitants des pays qu'il traversait, il imitait le voyageur errant, allant çà et là, en attendant que le lieu de son séjour fut fixé avec certitude, – to ape (épe) imiter, to err, errer, aller çà et là, ham, jambe – aperrham. L'expression arabe berrani, étranger et le terme Kabyle aberrani, signifiant aussi étranger, viennent confirmer cette interprétation du premier nom d'Abram. Obéissant à la parole du Seigneur, Abram parcourut le pays de Chanaan ; il dut le quitter bientôt à cause de la famine qui sévissait dans la contrée : il se retira en Egypte, toujours protégé d'une manière visible, et, après y être demeuré (1) Gen. c. XII. 1-4. – 58 – quelque temps, il revint dans le pays de Chanaan, avec sa femme et tout ce qu'il possédait. Il était fort riche ; l'or et l'argent abondaient dans sa tente. Lot accompagnait Abram, et lui aussi avait des troupeaux de brebis et des troupeaux de boeufs. Une querelle s'étant élevée entre les pasteurs de Lot et d'Abram, celui-ci dit à son neveu : " Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute entre vous et moi, entre vos pasteurs et les miens, parce que nous sommes frères. Vous avez devant vous toute la terre : retirez-vous, je vous prie, d'auprès de moi ; si vous allez à la gauche, je prendrai la droite ; et si vous choisissez la droite, j'irai à la gauche. " (1) Cette circonstance de la vie d'Abram valut à son neveu le nom de Lot – to lot, diviser en lots, en portions.–Lot choisit le pays qui lui parut le plus fertile et vint s'établir dans Sodome. Les habitants de cette ville et des cités voisines, livrés aux excès de la débauche la plus éhontée, avaient irrité contre eux la justice divine. Par un jugement d'une équité redoutable, le seigneur avait condamné à la destruction par le feu et les habitants de Sodome et le sol lui-même qu'ils avaient souillé – Sod, le sol, – to doom (doum) juger, condamner. (1) Gen. c. XIII. 1-9. – 59 – Cependant Lot était juste et Dieu ne voulait pas l'envelopper dans la punition des coupables. Deux anges lui furent envoyés pour l'entraîner hors de ce lieu maudit. Le récit des Livres Saints nous donnera la raison pour laquelle la petite cité où Lot trouva refuge, a porté dans la suite le nom de Segor. " A la pointe du jour, les anges pressaient Lot de quitter la ville en lui disant : levez-vous, emmenez votre femme et vos deux filles, de crainte que vous ne périssiez vous-même dans la ruine de la cité. " Voyant qu'il différait toujours, ils le prirent par la main et emmenèrent aussi sa femme et ses deux filles, car le Seigneur voulait le sauver. Ils le conduisirent ainsi hors de la ville et lui dirent : sauvez votre vie, ne regardez point derrière vous et ne vous arrêtez point dans le pays alentour, mais sauvez-vous sur la montagne, de peur que vous ne soyez enveloppé dans la destruction. " Lot leur répondit : Seigneur, puisque votre serviteur a trouvé grâce devant vous, et que vous avez montré envers lui votre grande miséricorde en sauvant ma vie, voyez, je vous prie, que je ne puis me sauver sur la montagne, car le danger peut me surprendre auparavant et me faire périr. – 60 – " Mais il y a là, tout près, une ville dans laquelle je puis me réfugier ; elle est petite et je m'y sauverai ; vous savez qu'elle n'est pas grande ; et elle me sauvera la vie. " L'ange lui répondit : j'accorde encore cette grâce à la prière que vous me faites de ne pas détruire la ville pour laquelle vous me parlez. Hâtez-vous et sauvez-vous parce que je ne pourrai rien faire jusqu'à ce que vous y soyez entré. C'est pour cela qu'on a donné à cette ville le nom de Segor. Le soleil s'élevait sur la terre, lorsque Lot entra dans Segor. " (1) La pensée essentielle se dégageant de ce récit peut se traduire ainsi : les anges pressaient Lot de quitter Sodome, car approchait l'heure fixée pour le châtiment, et Lot, de son côté, alléguant sa faiblesse, cherchait à retarder cette heure de l'expiation suprême. Il a fallu qu'un ange le prit par la main, le forçant ainsi à le suivre, et alors Lot, voulant à tout prix sauver une partie des habitants de la région, demanda à se réfugier dans la petite ville nommée Segor : sa prière fut écoutée ; mais, dit encore l'ange, hâtez vous ! Cette insistance de l'ange à répéter que l'heure était pressante est parfaitement reproduite dans Ségor – to say (sé) répéter, to egg, pousser, exciter, – hour (haour) heure, moment. (1) Gen. c. XIX – 61 – Lot était en sûreté dans Segor, " et le Seigneur fit descendre du ciel une pluie de souffre et de feu sur Sodome et Gomorrhe. (1) " Gomorrhe nous dévoile la transformation de la belle vallée en un marais aux eaux stagnantes to come (keume) devenir, – moor (mour) un marais. Les eaux de ce lac semblent empoisonnées : elles ont une telle densité que le corps humain ne peut s'y enfoncer complètement ; leur amertume est extrême et le sel dont elles sont saturées les rend pesantes à ce point que le vent le plus impétueux semble impuissant à leur communiquer quelque mouvement. Les rives présentent une affreuse aridité ; le regard n'y rencontre point le vert feuillage des arbres pour s'y reposer. l'image de la désolation y est peinte partout ; la malédiction divine est passée dans la vallée. " Plusieurs voyageurs, entre autres Troïlo et d'Arvieux, disent avoir remarqué des débris de murailles et de palais dans les eaux de la mer Morte. Ce rapport semble confirmé par Maundrell et le père Nau. Les anciens sont plu positifs à ce sujet ; Josèphe, qui se sert d'une expression poétique, dit qu'on aperçoit au bord du lac les ombres des cités détruites. Strabon donne soixante stades de tour aux (1) Gen. c. XIX. – 62 – " ruines de Sodome. Tacite parle de ces débris : comme le lac s'élève ou se retire selon les saisons, il peut cacher ou découvrir tour à tour les squelettes des villes réprouvées. "(1) Quelques années avant ces événements redoutables, Abram qui était sans postérité, fut prié par Saraï d'épouser Agar sa servante, afin d'accomplir les promesses divines. Mais Agar, peu reconnaissante, commença à mépriser sa maîtresse : celle-ci indignée de son insolence, se plaignit d'abord à Abram et châtia Agar avec tant de sévérité, qu'elle la contraignit de prendre la fuite. Cet accident de la vie de Saraï a produit ce premier nom – to say (sé), raconter, – row (raou) bruit, querelle, high (haï), violent. Agar, – to hag, tourmenter, harasser – to hare (hère), courir çà et là, – se rendait en Egypte par la voie du désert lorsqu'un ange lui apparut et lui ordonna de retourner à sa maîtresse et de s'humilier sous sa main. Il ajouta : " Je multiplierai votre postérité de telle sorte qu'elle sera innombrable... Vous enfanterez un fils ; et vous l'appellerez Ismaël parce que le seigneur a entendu votre affliction. " (2) (1) Itinéraire de paris à jérusalem par le vicomte de château briand. (2) Gen. c. XVI. 9-11. – 63 – Ismaël marque la fin des froissements produits enter Saraï et Agar ; la servante a été délivrée des mauvais traitements par sa docilité à s'humilier sous la main de sa maîtresse – to ease (ise) délivrer, to maule (mâule) froisser. En annonçant la naissance d'Ismaël, l'ange du Seigneur avait dit à Agar : " Ce sera un homme fier et sauvage : il lèvera la main contre tous et tous lèveront la main contre lui ; et il dressera ses tentes vis-à-vis de tous ses frères. " (1) C'est la peinture fidèle du caractère des Arabes, descendans d'Ismaël. D'une nature fougueuse et ardente, aimant avec passion la liberté et l'indépendance, ils ont toujours recherché le pillage et les aventures. Leurs tentes de peaux de chèvres les abritent à peine quelques instants et bientôt, dégageant des entraves leurs chevaux toujours sellés, ils dévorent dans une course rapide les sables brûlants du désert. Leur couverture de laine blanche jetée sur leur tête comme un voile vient les désigner au loin aux regards inquiets des voyageurs qui se hasardent à traverser leur pays aride et sans arbres – to hare (hère), courir çà et là – abb, trame de laine. Durs à la fatigue, supportant facilement la faim et la soif, dédaignant le (1) Gen. c. XVI. 12. – 64 – repos sur un lit moelleux, ils ont mériter le nom de bédouins sous lequel ils sont aussi connus – bed, lit, – to wean (ouin) priver de. Treize ans s'étaient écoulés depuis la naissance d'Ismaël ; Dieu apparut à Abram et lui dit : " Je suis le Dieu tout puissant, marchez en ma présence et soyez parfait. " Je ferez alliance avec vous et je multiplierai votre race jusqu'à l'infini... " Vous ne vous appellerez plus Abram, mais Abraham, parce que je vous ai établi pour être le père d'une multitude de nations. " (1) Le changement opéré par Dieu même dans le nom du grand patriarche porte en entier sur la dernière syllabe d'Abram : c'est dans la composition celtique de ce nom, ham, jambe, qui est transformée en heam (him) l'enfant qui n'a pas encore vue le jour, et cet heam renferme en lui-même l'assurance de la multiplication de sa famille. Ainsi, Abram, l'étranger est devenu Abraham – to ape, imiter, – to err, aller çà et là, – heam (him), l'enfant qui n'a pas encore vu le jour, – c'est à dire l'étranger à la nombreuse descendance. Cette interprétation par la langue celtique fait aisément comprendre pourquoi les Arabes appellent (1) Gen. c. XVII. 1-5. – 65 = Ibrahim ce patriarche père d'Ismaël et souche de leur famille. Après avoir prescrit à Abraham la circoncision comme signe de son alliance, Dieu, renouvelant la promesse déjà faite d'une magnifique postérité, lui dit : " Vous n'appellerez plus votre femme Saraï, mais Sara. Je la bénirai et je vous donnerai d'elle un fils que je bénirai aussi. Il sera le père de plusieurs nations, et des roi de peuples sortiront de lui. "(1) Après cet ordre donné par Dieu à Abraham d'appeler sa femme Sara, l'écriture Sainte la nomme désormais Sara, qu'elle écrit Saré – to say (sé), dire, – to ray (ré) rayonner. Ce rayonnement autour de Sara devait provenir de la belle postérité annoncée par le seigneur. Abraham était alors âgé de cent ans et Sara de quatre-vingt-dix. Le Saint patriarche était fort tourmenté à la pensée que son âge et celui de sa femme seraient sans doute un bien grand obstacle à l'accomplissement de la parole divine : il croyait cependant à cette parole dans la persuasion intime que Dieu opérerait pour lui un prodige. Pendant qu'il était livré à ces anxiétés, Dieu lui dit encore : " Sara votre femme vous donnera (1) Gen. c. XVII. 15, 16. – 66 – un fils que vous nommerez Isaac. Je ferai un pacte avec lui et ses descendans afin que mon alliance avec eux soit éternelle. " (1) " Sara conçut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu lui avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac à son fils qui était né de Sara. Et il le circoncit le huitième jour selon le commandement qu'il en avait reçu de Dieu... Et Sara dit : Dieu m'a donné de sourire de joie : quiconque le saura, prendra part à mon sourire de bonheur. " (2) En hébreu-chaldéen, Isaac dérive du verbe tsachak, sourire de satisfaction, être félicité, et le sens est en rapport parfait avec le texte sacré. En examinant le terme Isaac dans sa composition celtique, on y découvre l'assurance infaillible de l'accomplissement des promesses divines, assurance qui doit délivrer Abraham de tous les tourments d'esprit causés par la vue d'une impossibilité naturelle – to ease (ise) délivrer, to hag, tourmenter. Isaac hérita, non seulement des grandes richesses de son père, mais aussi de sa foi et de son obéissance au seigneur. Avant leur naissance, ses deux fils Esaü et Jacob, – to jog, (1) Gen. c. XVII. 19. (2) Gen. c. XXI. 2-6. – 67 – pousser, remuer, – up (eup) en haut, par-dessus, – s'entrechoquaient dans le sein de leur mère Rebecca, et celle-ci effrayée, consulta le seigneur qui lui dit : " Deux nations sont dans votre sein, deux peuples divisés l'un contre l'autre en sortiront ; l'un de ces peuples surmontera l'autre peuple et l'aîné sera assujetti au plus jeune. " L'aîné des deux enfants était velu et il fut nommé Esaü ; son frère fut appelé Jacob. Esaü portait aussi le nom de Seir – to say (sé) raconter – hair (hér) poil – confirmant la remarque contenue dans les livres saints sur le poil étrange dont son corps était couvert. L'appellation d'Esaü – to Haze (hèze) effrayer, – how (haou) comment de quelle manière se rapporte à la fureur dont il fut saisi lorsque son frère Jacob après lui avoir d'abord acheté son droit d'aînesse, lui ravit la bénédiction paternelle. La haine d'Esaü devint si violente que Jacob, plein d'effroi, se vit contraint de fuir la maison paternelle et de se réfugier quelque temps chez Laban. C'est poussé, excité par l'insistance et les conseils de sa mère Rebecca – rape (rèpe) l'action de ravir, de transporter, – to egg, pousser, exciter – que Jacob avait consenti à se servir (1) Gen. c. XXV. 23. – 68 – de la ruse maternelle pour enlever la bénédiction destinée à son frère Esaü. Jacob passa quatorze années auprès de son oncle Laban – to lap, envelopper, entortiller, – to hand, se saisir de – avant d'épouser Rachel. Ce temps avait été pour lui un véritable temps de vexations douloureuses qu'il a voulu marquer dans le nom de Rachel – to rack, harasser, tourmenter – to ail (él) causer de la douleur. Les tourments multipliés subis dans la maison de Laban permettaient à Jacob de dire avec vérité à lia et à Rachel : " Vous savez que j'ai servi votre père de toutes mes forces. Il a même usé de tromperie envers moi, et a changé dix fois ce que je devais avoir pour récompense : et cependant Dieu ne lui a pas permis de me nuire. " (1) On sait par qu'elle suite particulière d’événements Dieu conduisit en Egypte le patriarche Jacob et ses nombreux enfants. Joseph, la joie de sa mère Rachel et l'espoir de sa fécondité, (2) to joy (djoï) se réjouir, se féliciter, safe (séfe) sauf, hors péril – avait fait donner à ses frère la partie orientale de l'Egypte, et les (1) Gen. c. XXXI. 6-7. (2) Gen. c. XXX. 23. 24. – 69 – Hébreux s'étaient multipliés à tel point que le Pharaon qui gouverna plus tard le pays, ignorant les immenses services rendus par Joseph à son royaume, résolut d'arrêter par tous les moyens cette propagation, inquiétante pour sa politique ombrageuse. Les mesures les plus iniques furent décrétées contre les enfants mâles des hébreux qui venaient au monde, et ordre fut donné de les jeter dans les eaux du Nil. Pendant que les jeunes enfants étaient ainsi exterminés, les officiers publics accablaient les hébreux sous le poids de travaux écrasants et rendaient leur vie tout à fait amère.
V MOISE ET LES HEBREUX DANS LE DESERT.
Moïse naquit au milieu de ces circonstances déplorables, et sa mère, après l'avoir tenu caché durant trois mois, l'exposa sur le bord du fleuve où Dieu, par une disposition miséricordieuse de sa providence, attira la fille de Pharaon. Touchée de la beauté de l'enfant, " elle l'adopta pour son fils et le nomma Moïse, parce que, disait-elle, je l'ai retiré de l'eau. " (1) (1) Exode, c. II. 10. – 70 – Le nom de Moïse se refuse à une interprétation rigoureuse par l'hébreu-chaldéen ; du reste, ce nom est une allusion à la position particulière de l'enfant élevé à la cour de Pharaon et à l'action de la fille du roi retirant cet enfant des bords du fleuve où il était exposé. L'adoption de Moïse par la fille de Pharaon l'avait délivré des travaux des champs et aussi de l'oppression effroyable sous laquelle gémissaient ses frères. Il n'était plus, par conséquent, obligé de moissonner, de transporter les fruits récoltés dans les granges disposées à cet effet, et c'est là l'explication fort simple et très claire du nom de Moïse par la langue celtique – to mow (mô), moissonner, faucher, to ease (ise), délivrer. – Josèphe fait remarquer que le nom de Moïse, le délivré des eaux, était de composition égyptienne, car dit-il, mo indique l'eau et ise se traduit par délivrer. Il est bien probable que l'appellation égyptienne donnée à Moïse par la fille de Pharaon signifiait qu'elle l'avait sauvé des eaux du Nil, tandis que celle par laquelle les Hébreux ses frères le connaissaient, se rapportait surtout à son éducation à la cour du roi. Nous n'insisterons pas sur les événement miraculeux par lesquels Dieu conduisit le peuple Hébreu à travers le désert pour le mettre en possession de la terre de Chanaan à l'heure – 71 – voulus par la providence ; nous nous contenterons d'ajouter quelques termes qui sont une démonstration bien sensible du langage parlé à cette époque par les descendans de Jacob. Engagé dans le désert, le peuple après trois jours de marche dans cette aride contrée, parvint auprès d'une fontaine dont les eaux étaient impropres à la boisson à cause de leur mauvais goût, et il se prit à murmurer. Moïse se mit en prières et le Seigneur lui montra un arbuste dont il jeta le bois dans les eaux et elle devinrent fort douces. Les eaux de cette fontaine nommée Mara n'étaient pas seulement amères ; elles étaient encore corrompues, et cette altération repoussante est bien indiquée par le verbe celtique to mar, gâter. En arrivant dans le désert de Sin peu éloigné du Sinaï, les hébreux ayant consommé les provisions apportées d'Egypte, se livrèrent à de violents murmures contre leur chef, et alors Moïse leur dit : " Ce soir, vous saurez que c'est le seigneur qui vous a tirés de l'Egypte, et demain matin vous verrez éclater la gloire du Seigneur... Moïse ajouta : le Seigneur vous donnera ce soir de la chair à manger et, au matin, il vous rassasiera de pains. " (1) (1) Exod. c. XVI. 6-8. – 72 – Le soir étant venu, un grand nombre de cailles couvrit le camp, et le matin on vit paraître dans le désert quelque chose de grenu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à la gelée blanche dont se couvre le sol pendant l'hiver. Ainsi le seigneur faisait éclater sa puissance aux regards des hébreux et cet éclat de pouvoir divin a valu à cette partie du désert le nom de Sin – shine (shaïne), éclat. – Le peuple, à la vue de cette nourriture extraordinaire destinée à remplacer le pain, l'aliment essentiel, s'écria : " Man hu ? C'est-à-dire, qu'est-ce que cela ? Car ils ignoraient ce que c'était. Moïse leur dit : " C'est là le pain que Dieu vous donne à manger. " (1) Les deux mots man hu sont tout à fait dignes d'être remarqué ; man, en celtique, signifie essentiel, important, main (mén), et hu correspond à l'adverbe celtique how (haou), comment de qu'elle manière. Les hébreux ont dû s'exprimer ainsi : " Est-ce donc là l'aliment principal, main how ? " Et ils appelèrent man cette nourriture que Dieu leur distribua pendant tout le temps de leur séjour au désert. Ils la nommèrent ainsi parce que c'était en vérité le fondement essentiel de leur alimentation quotidienne, tenant (1) Exod. c. XVI. 15. – 73 – lieu du blé qu'ils ne pouvaient point récolter dans leur voyage. Nous insistons sur cette expression d'une manière spéciale, parce que l'adjectif celtique main (mén) principal, essentiel, est entré dans la composition des mots ménir, dolmen, désignant des monuments celtiques, des pierres levées, et elle devient d'un secours précieux pour l'explication de ces expressions couvertes jusqu'à ce moment d'un voile impénétrable. Moïse se trouvait encore dans le désert de Sin quand Jethro son beau-père vint lui ramener sa femme et ses enfants. Le nom de Jethro, prince et prêtre de Madian, est intéressant ; il résume le conseil donné à Moïse pour l'établissement de juges inférieurs destinés à rendre la justice au peuple dans les affaires les plus aisées et les plus communes. Jethro ayant vu Moïse assidu à rendre justice au peuple qui se présentait à lui depuis le matin jusqu'au soir, lui dit : " Pourquoi agissez-vous ainsi à l'égard du peuple ? Pourquoi êtes-vous seul assis pour le juger, de telle sorte que tout ce peuple attend depuis le matin jusqu'au soir ? Vous ne faites pas là une bonne chose. " Vous vous fatiguez ainsi imprudemment, vous et votre peuple, par un travail inutile : cette occupation surpasse vos forces et vous ne pourrez la soutenir seul. – 74 – " Mais écoutez le conseil que j'ai à vous donner, et Dieu sera avec vous. Soyez assidu au peuple pour les choses qui regardent Dieu... et pour lui apprendre ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur. " Choisissez parmi le peuple des hommes fermes et craignant Dieu, pleins de vérité et ennemis de l'avarice, et donnez la conduite aux uns de mille hommes, aux autres de cent, aux autres de cinquante, et aux autres de dix. " Qu'ils réservent pour vous les grandes affaires et qu'ils jugent seulement les plus petites : ainsi le fardeau de la justice étant partagé avec d'autres, vous deviendra plus léger. "(1) Moïse suivit ces avis dont la sagesse était évidente et distribuant la lourde charge de rendre la justice, il se trouva ainsi protégé contre une occupation tout à fait écrasante, qu'il avait pensé pouvoir mener à bonne fin sans succomber. Le nom de Jethro reproduit avec exactitude le fond du judicieux conseil donné à l'inexpérience de Moïse – to Shade (chède), protéger, mettre à l'abri, – raw (râu) nouveau, sans expérience. Il ne faudrait pas s'étonner de voir Moïse tout nouveau dans le gouvernement du peuple hébreu, (1) Exod. c. XVIII. 13-22. – 75 – puisque Dieu lui avait imposé ce pénible fardeau depuis six semaines seulement. Quarante-huit jours après la sortie d'Egypte, les hébreux atteignirent le Sinaï. Dans ce lieu, le peuple reçut du Seigneur les préceptes religieux, politiques et judiciaires qui le devaient régir. La loi y fut proclamée au milieu des clartés fulgurantes, au bruit des éclats d'un tonnerre incessant, et dans la splendeur immense d'une montagne en feu. Ce brillant appareil dans la proclamation de la loi a fait donner à cette montagne le nom de Sinaï – to Shine (Shaïne) briller, étinceler, éclater – to eye (aï) regarder, avoir l'oeil sur.–Au sommet du Sinaï où Dieu l'avait appelé, Moïse reçu l'ordre de construire le tabernacle et l'arche d'alliance, et le seigneur désigna nommément à son serviteur les deux hommes qu'il avait remplis d'intelligence, de sagesse et de science pour inventer tout ce que l'art peut faire avec l'or, l'argent et l'airain. L'interprétation de Bézeléel – bezel (bèzel), chaton d'une bague, – to lay (lé), mettre, projeter, – to ell, mesurer, – et celle de Ooliab, – wool (ououl) laine, – to eye (aï) avoir l'oeil sur, – abb, trame de laine, – nous apprennent que Bèzeléel dut faire en or battu les deux chérubins – share (shére) partage – up (eup) en haut - placés de chaque côté du propitiatoire, tandis – 76 – que Ooliab fut chargé d'exécuter les riches broderies des rideaux du tabernacle et les vêtements destinés au ministère du Grand Prêtre. (1) Après plus d'une année de séjour au pied du Sinaï, le peuple Hébreu, conduit par la main divine, fut amené dans la grande solitude de Pharan – to fare (fère) passer, voyager, – to hand, conduire par la main – où ses tentes demeurèrent dressées jusqu'à ce qu'il reçut l'ordre de se diriger vers la terre promise pour en prendre possession. Moïse y avait envoyé des explorateurs, et les hébreux connaissaient le pays de Chanaan par leurs rapports Josué était au nombre de ces explorateurs, et probablement aussi leur chef, puisqu'à cette occasion Moïse changea le nom qu'il portait précédemment en celui de Josué. La conduite de la nation fut, plus tard, confié à Josué, lorsque Moïse, peu de temps avant de mourir, lui adressa ces paroles devant tout le peuple assemblé : " Soyez ferme et courageux, car c'est vous qui ferez entrer ce peuple dans la terre que Dieu a juré à leurs pères de leur donner, et vous aussi qui la partagerez au sort. " (2) (1) Exod. c. XXXI. (2) Deut. c. XXXI. 7. – 77 –
VI
JOSUÉ – JÉSUS SAUVEUR. – GOLIATH ET DAVID. La mission de Josué était bien déterminée par ces paroles. Il était établi chef de guerre des Hébreux, devait conquérir la terre de Chanaan et la partager au sort entre les tribus, mais l'autorité qu'il recevait ne devenait point héréditaire dans sa famille : il avait simplement à remplir la fonction de lieutenant du Seigneur, et Dieu s'était réservé d'une manière absolue le commandement de son peuple. Le gouvernement direct de Dieu sur les Hébreux a duré depuis la sortie d'Egypte jusqu'au jour où le peuple a demandé un roi possédant les mêmes droits que les rois des nations voisines. Samuel, à qui le peuple s'était adressé pour obtenir le gouvernement monarchique, reçut cette proposition avec déplaisir et offrit sa prière à Dieu pour connaître sa volonté, et le Seigneur lui dit : " Ecoutez la voix de ce peuple dans tout ce qu'ils vous disent ; car ce n'est pas vous, mais c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne point sur eux... mais auparavant, faites-leur bien comprendre et déclarez-leur le droit du roi qui leur commandera. " Samuel exposa aux Hébreux ce – 78 – que serait pour eux l'autorité royale qu'ils sollicitaient avec tant d'insistance ; mais " le peuple se refusa à écouter ces explications : Non, lui dirent-ils, nous voulons un roi qui nous gouverne. " (1) La résistance de Samuel à l'insulte que le peuple adressait à Dieu par sa demande, la réponse du Seigneur et l'obstination du peuple démontrent avec évidence l'exercice direct de l'autorité divine sur les Hébreux. Ce gouvernement théocratique est gravé dans le nom de Josué, ou Iehosuah, comme porte le texte hébraïque. La première partie de ce nom se compose des lettres, i, he, u, i, renfermés dans Jehova, et la deuxième partie comprend le verbe to sway (soué), gouverner, commander ; ces deux parties, dans leur réunion, produisent Iosoué, c'est-à-dire, gouvernement de Jehova. La langue hébraïque-chaléenne est impuissante à traduire littéralement Josué. La seule expression qu'elle ait pu avancer pour son interprétation est iehoscua, sauveur, et elle est encore fort loin de la composition exacte de Josué. Aussi la traduction hébraïque de Josué par iehoscua, sauveur, a-t-elle fait supposer que le nom de jésus, sauveur et rédempteur du genre (1) Premier liv. Rois. c. VIII. – 79 – humain, devait dériver de la même racine ; car l'ange apparaissant à saint Joseph lui adressa ces paroles : " Joseph fils de David, ne craignez point de prendre avec vous Marie votre épouse, car ce qui est né en elle, est l'ouvrage du Saint-Esprit : et elle enfantera un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus : en effet, il sauvera lui-même son peuple en le délivrant de ses péchés. " (1) Le sens de sauveur et libérateur doit donc être renfermé dans le nom du Seigneur Jésus, d'après l'explication de l'ange, et l'expression de ce sens est parfaitement rendue par les deux verbes celtiques to ease (ise), délivrer, to sway (soué) commander, gouverner, qui correspondent parfaitement aux caractères hébraïques reproduits dans issâ, Jésus, et constituent une notable différence entre le nom de Josué et celui de Jésus. La langue arabe confirme cette différence entre les deux noms ; on sait que les Arabes traduisent, Jésus fils de Marie, par Aïssa ben Mariam. Ces interprétations si faciles des noms hébreux par la langue des Tectosages nous prouvent que ce dernier langage était bien celui des premiers temps. Pour terminer la preuve et la (1) Saint Math. c. I. 21. – 80 – rendre, pour ainsi dire, tangible, nous pouvons tenter encore de décomposer les deux noms de Goliath et David. Personne n'ignore les incidents du combat singulier entre Goliath et David. Il est cependant nécessaire de rappeler certains détails qui expliquent parfaitement le nom donné par les Hébreux au géant philistin. L'armée des philistins et les soldats de Saül étaient en présence lorsque Goliath se plaçant devant les bataillons d'Israël leur criait : " Pourquoi venez-vous livrer bataille ? Ne suis-je pas Philistin, et vous serviteurs de Saül ? choisissez un homme parmi vous, et qu'il vienne se battre seul à seul. S'il peut me combattre et me frapper, nous serons vos esclaves ; mais si je suis moi-même vainqueur et que je le tue, vous serez nos esclaves et vous servirez. " Et le Philistin disait : " J'ai défié aujourd'hui tous les bataillons d'Israël et je leur ai dit : Donnez moi un homme, et qu'il vienne se battre contre moi. Cependant ce Philistin se présentait au combat le matin et le soir, et il agit ainsi durant quarante jours. " (1) (1) Premier liv. des Rois. c. XVII. 8-16. – 81 – Le but la fin du combat proposé par le philistin était l'assujettissement du vaincu au vainqueur ; en regardant la stature du géant, les Hébreux furent saisis d'effroi, et l'audacieux Philistin put jeter quarante fois son défi aux plus valeureux des soldats de Saül, sans que personne osât le relever, – goal (gol), but, fin, to eye (aï) voir, regarder, – to add, additionner. – Cependant un beau jeune homme, indigné de ces outrages, s'armant seulement d'une fronde et d'un bâton, s'offrit à vaincre Goliath au nom du Seigneur des armées. Le géant s'avança d'un air méprisant ; mais " David se hâta et courut au combat. Il mit la main dans sa panetière, il en prit une pierre, la lança avec sa fronde – davit (dévit) moulinet – et en frappa le Philistin au front. La pierre s'enfonça dans le front du Philistin, et il tomba le visage contre terre, (1) – to dive (daïve), – s'enfoncer, – to hit, frapper. " Ces exemples nous paraissent devoir suffire pour offrir un appui solide à cette assertion que la langue celtique et en réalité la langue primitive, et nous ne poursuivrons pas plus loin ce commencement d'études étymologiques sur la postérité de Sem. (1) 1er Liv. des Rois. c. XVII. 48, 49.
CHAPITRE III ________ LANGUE PUNIQUE _____________ I AFRIQUE – PHUTH – NUMIDES ET MAURES Parmi les descendans de Cham nous retiendrons seulement Phuth, son troisième fils, que les commentateurs de l'Ecriture Sainte pensent être la souche des premiers habitants du nord de l'Afrique. Le continent africain présente un contraste des plus frappants. Dans les partie traversées par des cours d'eau considérables, la chaleur s'unissant à l'humidité du sol produit dans les arbres et les plantes une végétation d'une vigueur et d'une puissance admirables, mais dans les régions où les rivières ont un faibles volume d'eau, la fraîcheur et la fertilité disparaissent – 83 – sous l'action d'un soleil ardent, et le désert apparaît avec son effrayante aridité. Dans le plus étendu de ces désert, le Sahara, des plaines immenses de sable brûlant se déroulent aux regards. Les dangers y sont extrêmes, car au souffle impétueux du simoun, les sables agités roulent comme les vagues d'une mer furieuse. Malheur aux voyageurs que le simoun, dans sa course rapide, rencontre engagés dans ces parages funeste ! Le sable soulevé les environne, les saisit, les ensevelit sous le poids de ses masses amoncelées – afer (éfeur) vent du sud-ouest, rick (rik) un monceau. Quoiqu'il paraisse indispensable, en parlant de l'Afrique, de s'occuper des Egyptiens, cependant nous laisserons de côté et leurs monuments et la longue liste de leurs rois. Le labyrinthe égyptien et Mesraïm, premier roi du pays, nous arrêterons à peine un instant. Mesraïm, second fils de Cham, nous offre une preuve de la sûreté et de la véracité des affirmations qui sont une base scientifique inébranlable. Mesraïm est célèbre comme premier roi d'Egypte : il mérite néanmoins d'être autrement signalé à cause d'une fantaisie architecturale léguée par lui aux siècles – 84 – futurs et dont ceux-ci, dans leur ingratitude, ont oublié l'auteur. Les anciens avaient bâti en différentes contrées certains monuments appelés labyrinthes, et les plus renommés étaient celui de Crète attribué à Dédale, et celui d'Egypte, dont le savant architecte était demeuré inconnu. Hérodote fait du labyrinthe égyptien l'oeuvre de douze rois, tandis que Pline pense que Tithoès seul doit en revendiquer la gloire. D'après la description faite par Hérodote de cet édifice, douze palais étaient enfermés dans une seule enceinte. Quinze cents appartements, mêlés de terrasses, étaient disposés autour de douze salles principales, et les communications étaient ménagées de telle sorte, que ceux qui s'engageaient dans le palais étaient impuissants à en retrouver la sortie. Il y avait encore quinze cents appartements souterrains. Cette construction était-elle un monument consacré au soleil, comme Pline semble le croire, ou bien était-elle destinée à la sépulture des rois ? N'était-ce pas plutôt un caprice, une fantaisie d'un architecte habile dont les hommes avaient perdu le souvenir ? Mesraïm seul peut nous mettre sur la voie et nous montrer l'issue de ce labyrinthe d'hypothèses, en avouant qu'il est bien l'auteur de cet édifice étrange, formé de longues rangées d'appartements, et dû à une fantaisie, – 85 – à un caprice de son esprit – maze (mèze) labyrinthe, ou bien encore to maze (mèze) égarer, embarrasser, – row (rô) rangée file, – whim (houim), caprice, fantaisie. Si Mesraïm livre son secret sans difficulté, il n'en est pas de même de Phuth, troisième fils de Cham. Ce nom bizarre ne présente en lui-même, dans sa forme monosyllabique, aucun sens dont l'esprit puisse se déclarer satisfait. Il doit être divisé en deux syllabes, et alors il offre une signification raisonnable se rapportant fidèlement au caractère et aux vêtements des peuplades Libyes et Gaetules dont Puth est le père. Ennemis déclarés des Egyptiens, dont ils différaient d'une manière fort sensible, les Libyes et les Gaetules menaient la vie nomade, errant à travers les prairies – lea (li), prairie, – by (baï), à travers, – et se faisaient remarquer par la forme particulière de leurs manteaux, – to get (guet) avoir, – hull, une couverture extérieure, un manteau. – Le signe distinctif du manteau des Gaetules consistait dans le capuchon, et le burnous algérien nous paraît être une partie traditionnelle des vêtements portés par Puth et ses descendans. Les Gaetules nous ont seuls permis, par la vue de leurs manteaux à capuchon, de saisir la composition du nom de Puth leur aïeul – foe (fô) ennemi, – to hood (houd), mettre un capuchon. – 86 – Dans son écrit sur la guerre soutenue par Jugurtha contre les Romains, Salluste donne sur les premiers habitants du nord de l'Afrique certains détails fort intéressants. D'après cet auteur, l'Afrique aurait été d'abord occupée par les Gaetules et les Libyes. Ils étaient, dit-il, d'une nature rude et intraitable, se nourrissaient des fruits spontanés du sol et de la chair des bêtes fauves. Les lois, les chefs, la civilisation leur étaient inconnus ; errant de çà de là, ils s'arrêtaient dans le lieu où la nuit venait les surprendre. Mais, continue Salluste, après la mort d'Hercule, arrivée en Espagne suivant la croyance des Africains, son armée composée de divers peuples et privée de son chef, se répandit de tous côtés. Les mèdes, les Perses et les Arméniens qui faisaient partie de son armée, traversèrent la mer sur des vaisseaux et s'emparèrent du littoral de notre mer. Les Perses se dirigèrent surtout du côté de l'Océan : ne trouvant point dans les champs les matériaux nécessaires à la construction de leurs maisons, ils se servirent des carènes renversées de leurs vaisseaux en guise d'habitation. Ils se mêlèrent peu à peu aux Gaetules par des alliances, et comme ils changeaient souvent de lieu suivant la fertilité des campagnes qu'ils rencontraient, ils se donnèrent à eux mêmes le nom de Numides. Au reste, – 87 – les constructions des Numides de la campagne, oblongues et couvertes de briques arquées (tuiles à canal) sont appelées par eux mapalia. Les libyes s'allièrent avec les Mèdes et les Arméniens : ils occupaient la contrée baignée par la mer africaine, tandis que les Gaetules vivaient plus au loin dans les terres, dans le pays brûlé par un ardent soleil. Les libyes possédèrent des villes de bonne heure, et, séparés de l'Espagne par un simple détroit, ils y faisaient des échanges. Peu à peu les Libyes altérèrent leur nom et s'appelèrent, dans leur langue barbare, Maures au lieu de Mèdes. Les affaires des Perse étaient bientôt devenues prospères ; et peu après, s'éloignant de leurs pères à cause de leur nombre trop considérable, ils occupèrent, sous le nom de Numides, le pays situé autour de Carthage et que l'on a nommé la Numidie. Subjuguant peu à peu leurs voisins, ils se firent un nom plein de gloire ; car les Gaetules étaient plus guerriers que les libyes : enfin, la partie inférieure de l'Afrique tomba sous la domination des Numides, et tous ceux qu'ils avaient vaincus, se joignirent à eux et prirent leur nom. Tous ces renseignements donnés par Salluste sont fort précieux et répandent quelque lumière sur les origines de ces africains, mais nous – 88 – sommes surpris qu'il les prive gratuitement de lois, de chefs et de civilisation. Ils pouvaient bien ne pas avoir de lois écrites ; cependant il est difficile de leur refuser des traditions formant certainement la base de leur législation. On ne voit guère, d'ailleurs, quelle notable différence s'est introduite dans la vie de ces peuples depuis qu'ils habitent la terre africaine. Toujours couvert de leurs manteaux à capuchon, sans cesse à la recherche de prairies nouvelles pouvant fournir à leurs troupeaux une abondante nourriture, conservant à travers les siècles leurs habitudes nomades, nous les retrouvons encore, à peu de chose près, tels que Salluste les décrit. Les maisons construites que l'auteur latin désigne par mapalia – to map, tracer, – hall, habitation, – n'ont pu faire renoncer la plus grande partie de la population à parcourir en tout sens le pays pour conduire les troupeaux dans des prairies nouvelles et plus fraîches – new (niou) nouveau, – mead (mid) prairie. Les Numides étaient possesseurs de magnifiques chevaux, et on sait avec quels soins minutieux les Africains les élèvent afin de leur communiquer toute l'énergie nerveuse et l'ardeur qu'ils désirent voir en eux. Néanmoins, malgré la vigueur de ces excellentes bêtes, les Numides étaient impuissants à traverser les immenses – 89 – désert de l'Afrique ; le chameau seul était propre à parcourir ces vastes solitudes, à cause de son extrême sobriété et de la disposition singulière de son estomac qui renferme un poche remplie d'eau, (1) constituant un admirable réserve qui lui permet de passer plusieurs jours sans boire, les chameaux sont fort nombreux dans l'Ouest africain et les Maures les regardent avec raison comme la richesse principale d'une famille. Les anciens libyes et Gaetules connaissaient fort bien la raison de la sobriété du chameau et de la facilité avec laquelle il voyage de longs jours, sans s'arrêter à une source afin d'apaiser la soif ; aussi l'employaient-ils de préférence au cheval pour s'aventurer au milieu des déserts. Cet emploi ordinaire du chameau dans les voyages, et la connaissance certaine de la poche pleine d'eau contenue dans l'estomac de cet utile animal sont la cause du nom de Maures, donné aux Libyes mêlés d'Arméniens et de Mèdes de l'Ouest de l'Afrique, – maw (mâu) panse, jabot, – to wear (ouér), employer, avoir sur soi pour l'usage.–L'expression maw (mâu) désigne bien le chameau, puisque dans la langue des Tectosages, une étoffe faite de poil de chameau s'appelle mohair. Salluste, adoptant la croyance des africains, fait mourir Hercule en Espagne, et prétend que ses guerriers (1) Daubenton. Cuvier. – 90 – abandonnant l'Ibérie passèrent sur la terre d'Afrique. Pour nous, nous tâcherons de nous appuyer sur certains faits racontés par la mythologie, et malgré ses accès de démence, elle laissera échapper quelque lueur sur ce point historique. La Mauritanie était pour elle le jardin des Hespérides renfermant les arbres aux pommes d'or. Un dragon à cent têtes était préposé à leur garde, et, les yeux sans cesse ouverts sur les fruits précieux, il poussait d'horribles sifflements. Hercule avait promis à Eurysthée, roi de Mycènes, de lui apporter les pommes d'or du jardin des Hespérides. Il se transporta dans la Mauritanie, au milieu des Atlantides, tua le dragon et, s'emparant des pommes d'or, il revint triomphant les offrir à Eurysthée. En changeant le nom du héros de cette histoire, le récit de Salluste apparaît tout éclairé par la lumière de la fidèle vérité. La nation Gauloise est ici représentée par Hercule, et la mythologie elle-même nous livre le fil conducteur, en disant que Galatès, guerrier renommé pour ses exploits et ses vertus, et aussi roi des Gaulois, était fils d'Hercule. Elle nous insinue donc qu'hercule, c'est-à-dire l'héroïque famille gauloise, semblable à une marée montante et envahissante, après avoir inondé l'Europe, a atteint le coeur de l'Espagne, et y a vu son flot démesuré expirer – 91 – par la longue et opiniâtre résistance des Ibères. Une partie seulement de l'immense armée a traversé la mer et s'est emparée des magnifiques vallons situés au pied de l'Atlas, où croissent en abondance les orangers et les citronniers portant leurs splendides pommes d'or. Les Atlantides, Libyes et Gaetules ont vécu avec les conquérants et sont devenus les Maures et les puissants Numides dont la cavalerie était si redoutée des Romains. II LES GÉNÉRAUX DE CARTHAGE – LES ROIS NUMIDES. Les Numides virent plus tard une colonie de Phéniciens aborder sur leurs côtes et y fonder des établissements. La ville de Carthage y fut bâtie, 888 ans avant Jésus-Christ, par Didon, princesse tyrienne. Adonnée au commerce, Carthage s'enrichit, s'accrut avec rapidité et étendit ses possessions sur le littoral africain et sur les côtes de l'Espagne, attrayante surtout par ses mines d'or et d'argent. Devenue guerrière par l'obligation qui s'imposait à elle de soutenir son commerce, elle levait des armées composées de soldats mercenaires auxquels elle ne pouvait – 92 – guère se fier. Les Numides, les Ibères, les Gaulois y abondaient, mais ces guerriers d'emprunt restaient seulement à son service, lorsqu'un habile général savait les mener à une victoire et à un pillage. Une bataille perdue mettait en fureur ces soldats étrangers, et ils massacraient les généraux malheureux qui n'avaient pas su conduire leur impétueux élan. Cette nécessité de vaincre renferme peut-être en elle-même tout le secret de l'habileté des brillant et intrépides généraux Carthaginois. Les Phéniciens, fondateurs de Carthage, parlaient la langue cananéenne, et ce langage, malgré de nombreuses dissemblances devait accuser une étroite parenté avec celui des Numides. Mais est-ce bien à la langue des Carthaginois qu'il faut attribuer le nom de punique, et ce nom n'appartiendrait-il pas plutôt à celle des Numides et des Maures ? Nous croyons que la langue Numide peut aisément le revendiquer, et, en examinant de près le langage actuel des Kabyles, on s'assurera qu'il est fait de jeux de mots et par conséquent le seul punique – to pun (peun) faire des jeux de mots. Cette assertion ne paraîtra pas sans fondement, si nous comparons les noms des plus illustres généraux Carthaginois cités par l'histoire avec ceux des rois Numides, et on pourra sentir dans les noms – 93 – propres Carthaginois une certaine résistance à l'interprétation, tandis que les noms propres numides cèderont très volontiers les monosyllabes qui les forment. Amilcar, père du célèbre Annibal, avait donné en Sicile contre les Romains des preuves incontestables d'habileté militaire. Poursuivant avec une ardeur opiniâtre la prospérité et l'extension de l'empire Carthaginois – to aim (ém), diriger – weal (ouil), prospérité, – to care (kère), se mettre en peine de, – il soumit le littoral de l'Afrique jusqu'au Grand Océan, et en passant en Espagne, il s'empara de la côte occidentale de ce pays. Il avait, sur ses instances réitérées, amené avec lui le jeune Annibal, pour l'initier à la direction d'une armée et à la science guerrière. Amilcar avait aussi avec lui, dit Cornélius Nepos, un beau jeune homme, Hasdrubal, qu'on lui reprochait d'aimer beaucoup plus qu'il n'aurait fallu. De là il advint, que l'inquisiteur des moeurs lui défendit de garder Hasdrubal dans sa maison. Amilcar prit alors le parti de donner sa fille en mariage à ce jeune homme ; il était dans leur moeurs, qu'on ne pouvait défendre à un gendre d'habiter avec son beau-père. Nous rapportons ce fait, ajoute Cornélius Nepos, parce que, après la mort d'Amilcar tué dans un combat, Hasdrubal devint le – 94 – chef de l'armée. Annibal ne prit le commandement qu'après la mort d'Hastrubal assassiné par l'esclave d'un chef Lusitanien. Le fait raconté par Cornélius Nepos donne l'intelligence de la formation du nom d'Hastrubal. Pressé qu'il était par l'inquisiteur des moeurs, Amilcar voulant faire cesser des bruits fâcheux et désirant toutefois garder Hastrubal avec lui, se hâta de lui donner sa fille en mariage – to haste (heste), se hâter, – row (raou) bruit, – to pall (pâul), abattre, affaiblir. La présence d'Hastrubal dans la maison de son père et son élévation à la tête de l'armée après la mort d'Amilcar durent être pour Annibal une source d'ennuis ; en effet, soumis au commandement se son beau-frère, l'essor de son génie militaire se trouvait continuellement comprimé. Aussi l'avait-on appelé avec raison Annibal, c'est-à-dire, ennuyé de mener la vie insipide d'un officier subalterne, – to annoy (annoï), ennuyer, – to pall (pâul) devenir insipide. Nous n'avons pas à rapporter les exploits de ce grand capitaine ; ils sont assez connus et ne sont point d'ailleurs utiles à notre dessein. La difficulté d'interprétation présentée par ces noms propres de généraux Carthaginois n'existe plus dans ceux des rois Numides et les expressions celtiques s'y déroulent avec la plus grande facilité. – 95 – Après la guerre punique, Carthage avait tout perdu, son empire, ses richesses, son commerce : il lui restait à peine la vie, que Massinissa, chef de la Numidie et allié des Romains, cherchait à lui enlever. Ce numide, qui a vécu un siècle, se tenait encore nuit et jour à cheval, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, harcelant les malheureux Carthaginois sans trève ni merci. Cavalier indomptable, Massinissa ne connaissait point le repos dans une maison ou dans les hôtelleries dont il faisait profession de se moquer, – mass, amas – to inn, loger dans une auberge, – to hiss, se moquer. " Après les victoires remportées sur les Carthaginois et la prise des Syphax – to see (si), penser, – to face (fèce) affronter, braver, – dont l'empire s'étendait au loin dans l'Afrique, le peuple romain donna au roi Massinissa toutes les villes et terres qu'il avait prises de sa main. " (1) Le vieux Numide demeura toujours l'allié fidèle des Romains et laissa son royaume à son fils Micipsa ; ses deux autres fils, Mastanabal et Gulussa, avaient été enlevés par la maladie. Salluste garde le silence sur leur vie, se contentant de les nommer et établissant seulement (1) Salluste, bell. jug. – 96 – que Mastanabal était père de Jugurtha. Mastanabal ne possédait pas sans doute la sauvage énergie de son père Massinissa, puisque son nom le déclare épouvanté de devenir le chef d'une nation si considérable, – mass, amas, assemblée, – thane (théne) chef, – to appal, effrayer.– Quant à Gulussa, son nom dénotait clairement ses habitudes de tromperie – to gull (gueull) tromper, duper, to use (iouse) habituer, se servir de –. Macipsa, devenu chef des numides ne se fit connaître que par la faiblesse de son caractère, laissant perdre et manquant toutes les occasions favorables pour agrandir encore l'immense territoire légué par son père, – to miss, manquer, perdre, – to heap (hip) entasser, – to say (sé), dire, raconter–. Ce prince avait adopté son neveu Jugurtha et l'avait fait entrer en partage du royaume avec ses deux fils Adherbal et Hiempasl. Chéri des Romains à cause des qualité guerrières dont il avait fait preuve au siège de Numance, où Micipsa l'avait envoyé avec l'espoir secret de l'y voir périr, admiré comme le plus ardent chasseur de lions et le plus hardi cavalier de toute l'Afrique, Jugurtha était dévoré de l'ambition de posséder seul la Numidie. Comptant sur la vénalité des Romains, il fit d'abord assassiner – 97 – Hiempsal – to eye (aï) examiner, – to aim (ém) diriger, – sale (séle), vente, marché, – le plus jeune de ses rivaux. Adherbal le gênait encore ; car le sénat avait partagé la Numidie entre lui et Adherbal. Jugurtha ajoute un autre crime, assiège, malgré l'opposition des Romains, Adherbal, dans une ville où il s'était réfugié, s'empare de ce dernier héritier de Micipsa et le fait périr dans les tourments, – to add, ajouter, – heir (hér), héritier, – to pall (pâul), abattre –. Jugurtha s'est donc élevé, par deux crimes affreux, jusqu'au trône de Numidie, et il était bien juste que son nom le rapportât aux générations futures – to juke (djiouke), s'élever, – to hurt (heurt), nuire, faire tort – Livré aux Romains par la trahison de Bocchus – to balk (Bâuk), tromper – son beau-père, roi de Mauritanie – maw (mâu) panse, – to wear (ouér) porter, avoir sur soi pour l'usage, – to hit, frapper, – hand, main, – Jugurtha fut jeté dans un sombre cachot où on le fit périr par les tortures de la faim. Après la conquête de la Numidie par les Romains, des collèges furent établies dans les grandes villes africaines pour l'étude des lettres latines et grecques : néanmoins, la langue punique ne cessa point d'être parlée dans son intégrité ; et – 98 – ce qui le prouve, c'est le nom punique donné vers la fin du quatrième siècle après Jésus-Christ, au plus grand génie que l'Afrique ait produit, Saint Augustin. A peine âgé de vingt-huit ans, possédant toutes les connaissances humaines enseignées à cette époque, il professait avec éclat la rhétorique à Carthage et quelques années après à Milan où il fut baptisé par saint Abroise en 387. Intelligence élevée, avide de toute science et surtout de vérité, esprit subtil et pénétrant, ayant une parole entraînante et un raisonnement d'une logique inébranlable, saint Augustin méritait certainement le nom d'Aigle des assemblées, qu'on lui a donné avec justice et bonheur – hawk (hâuk), faucon, – hustings (heusstings), salle d'assemblée. III LANGUE KABYLE Il est admis dans l'histoire que les Carthaginois se distinguaient des autres peuples par la finesse et la ruse. Mis au service de leur commerce, cet esprit de ruse avait produit une noire fourberie, et ce dernier vice était si bien connu que, pour exprimer la plus insigne mauvaise foi, on disait une foi punique ou carthaginoise. Cependant la – 99 – mauvaise foi n'appartenait point aux seuls Carthaginois et Gulussa, fils de Massinissa, nous a suffisamment édifiés sur la tromperie habituelle de ses moeurs et aussi de celles des Numides. Les Kabyles sont les descendans incontestés des Numides et sous une dénomination affectant une forme différente, les moeurs chicanières de ce peuple se montrent au grand jour s'accusant de la formation du nom de Kabyle – to cavil, chicaner.– Les Maures, relativement à la chicane, n'ont rien à envier aux habitants de la Grande Kabylie du Sud de l'Atlas. Les uns et les autres ne manquent aucune occasion de prouver combien sont grandes leur mauvaise foi et leur perfidie. Les Kabyles des montagnes algériennes méritent plutôt le nom de Berbers, qui leur est, du reste, attribué avec raison. D'une sobriété étonnante, quelques figues sèches et un peu de pain suffisent à leur alimentation, et leurs habitations, d'un dénûment extrême, marquent dans les moeurs de ce peuple l'habitude de la pauvreté et l'énergie à supporter la privation de tout bien-être – to bear (bér) supporter, – to bare (bére) dépouiller. Les Berbers montrent une grande honnêteté dans leurs relations. Elle provient sans – 100 = doute de ce que, pendant plusieurs siècles, le christianisme a été florissant dans leur pays ; et cette cause est plus que suffisante pour que les moeurs d'un peuple accusent le changement profond opéré par la pratique exacte des préceptes évangéliques. Malgré le despotisme musulman qui les a saturés de mahométisme, les Berbers n'ont point perdu le souvenir de la religion chrétienne, et ils montrent avec orgueil la croix tatouée qu'ils portent sur leur main ou sur leur bras. Les traditions tiennent une grande place dans les moeurs des Kabiles algériens ; ce trait de ressemblance avec la famille celtique témoigne hautement de la vérité des assertions de Salluste. On peut voir fleurir encore au milieu d'eux la constitution qui régissait autrefois la Gaule et telle que César la décrite. " On a dit plusieurs fois, dit le général Daumas dans son écrit La kabylie, que la Kabilie était la Suisse de l'Algérie. Si cette comparaison est juste au point de vue topographique, elle ne l'est pas moins au point de vue de la constitution politique. Considérée dans son ensemble, la Kabylie est une agglomération de tribus qui se gouvernent elles mêmes, d'après des principes que la tradition et l'usage ont introduits dans les moeurs. – 101 – " Mais ce qui distingue principalement l'organisation fédérative de la Suisse de celle de la Kabylie, c'est, chez la première, le caractère de permanence. La fédération, n'étant chez la seconde qu'accidentelle, est réduite aux proportions d'une alliance née des nécessités du moment et qui cesse avec elles. Le caractère dominant de la constitution Kabyle est donc l'indépendance absolue de la tribu vis-à-vis des autres tribus ; chaque tribu, en un mot forme un état séparé. " Cette organisation singulière des Kabyles algériens décèle évidemment l'influence gauloise s'exerçant au milieu des anciens Gaetules et Libyes, et il n'y a pas jusqu'aux traits de leur visage qui ne viennent confirmer la présence des Celtes dans le Nord de l'Afrique, puisque, dit encore le général Daumas, " beaucoup de Kabyles ont les yeux bleus et les cheveux roux. " On pourrait attribuer ces caractères naturels au mélange des envahisseurs Vandales : mais comme ce dernier peuple appartenait aussi à la famille de Gomer, il a dû reproduire plus fortement les caractères imprimés dans les Berbers par le premier mélange de sang Gaulois. On a remarqué avec quelle facilité la langue punique, par ses jeux de mots, savait créer les noms propres d'hommes. Les noms communs – 102 – offrent aussi des combinaisons semblables et représentent en plusieurs monosyllabes associés, des phrases entières avec un sens rigoureux et précis. Nous choisirons dans la langue Kabyles quelques-unes de ces expressions pour que l'on puisse remarquer avec quel soin admirable les mots, substantifs ou verbes, sont composés. Les anciens habitant de l'Afrique du nord n'élevaient point probablement les abeilles, dont les essaims se propageaient en liberté dans le creux des troncs d'arbres ou les fentes des rochers. Ces abeilles, peu accoutumées au voisinage des hommes et des animaux, tourmentaient cruellement les voyageurs qui passaient près de leur demeure et troublaient par leurs piqûres cuisantes la tranquillité de leur marche. Tel est le sens du mot abeille, en Kabyle, thizizouith, au pluriel thizizoua – to tease (tize), tourmenter – ease (ize) tranquillité, – way (oué) chemin –. Nous employons pour cette interprétation le pluriel thizizoua ; toutefois en nous affranchissant des terminaisons propres au singulier ou au pluriel, le sens de thizizouith devient encore plus facile et plus clair, puisque c'est alors le bourdonnement de l'insecte qui importune et trouble le repos – to tease (tize) importuner, – ease (ize), repos – to whiz (houiz), bourdonner. – 103 – Le mot miel, en Kabyle tament, reproduit cette pensée que la douceur finit toujours par apprivoiser et dompter – to tame (tème), dompter, apprivoiser, to end, finir. Les termes puniques sont certainement l'expression exacte des habitudes de ces peuples, et cette vérité se manifeste avec puissance dans le verbe ramper, en Kab. mour'edh. Pour nous, ramper c'est avancer à la manière du serpent, mais pour un Numide, c'est s'engager dans les hautes herbes d'un marécage et aller de l'avant sans être aperçu – moor (mour), marécage, – to head (héd), conduire –. Le verbe accabler, en Kab. r'ot, nous dit ce que pense ce peuple d'un homme qui se laisse surprendre par la chaleur, raw (râu), neuf, sans expérience, – hot, chaud, brûlant ; – il faut être, en effet, sans expérience de leur soleil brûlant pour s'exposer à ses ardeurs à certaines heures du jour. Lorsque Salluste nous transmet que les libyes et les Gaetules vivaient comme des nomades, il oublie de nous dire que la terre nue ne leur plaisait guère pour y prendre leur repos ; c'était vraiment une couche trop douloureuse ; aussi avaient-ils soin d'y remédier en étendant leurs membres fatigués sur une bonne " natte " en Kab. aguerthil, – to ake (éke), faire mal, – 104 – être douloureux, – earth (erth), terre, – to heal (hil), remédier à. Nous pourrions croire que les Numides, à cause de leur nature fougueuse, se plaisaient au bruit et aux querelles ; mais leur langage dément cette pensée ; car un homme se livrant au vacarme est un homme " abject " amekrouth, – to make (méke), faire, – row (raou), bruit vacarme –. Il y a, dans la langue Kabyle, bien des expressions monosyllabiques ; dans ces mots et leurs correspondants celtiques, il y a toujours une corrélation d'idées frappante. Ainsi moudre, en Kab. zed, se rapporte à to sate (séte), rassasier : embraser, en Kab. serr', dérive de to sear (sir), brûler : nuit, en Kab. idh, vient de to heed (hid), prendre garde : vilipender, en Kab. simes, isames, correspond à to shame (chème) faire honte. Ce peuple belliqueux connaissait la bonne épée de combat, et, retenue dans la main vigoureuse de ses guerriers, cette épée affilée retombait sur la tête de l'ennemi avec un sifflement aigu ; épée en Kab. se traduit par iskim, – to hiss, siffler, – keen (kin) aigu, affilé.– Le verbe abdiquer retient dans la langue numide un sens parfait : nous donnons, nous, à cette expression prise en soi, la signification – 105 – d'une renonciation volontaire au souverain pouvoir : les numides y voient un héritier du trône, choisi parfois en toute liberté, et dans bien des circonstances reçu par force, c'est-à-dire imposé : abdiquer en Kab. se traduit par tekher, – to take (téke), prendre, recevoir, – heir (hér), héritier. Il n'est pas jusqu'à notre vulgaire salière, en Kab. thaqsoult, qui n'ait les honneurs d'un mot composé, – to take (tèke), prendre, – to salt (sâult), assaisonner de sel, saler. Nous pourrions ajouter d'autres mots Kabyles avec leur décomposition et leur signification en regard ; mais les exemples cités sont assez nombreux pour montrer dans la langue punique une dérivation parfaite du langage qui a précédé Babel. Nous ne devons point cependant terminer ce court aperçu, sans interpréter le terme aroumi appliqué par le Kabyle au français. Pris collectivement, les français sont connus, en Kabylie, sous le nom de Afransis ; mais le Français pris en soi est, pour le Berber, l'homme qui l'a dompté, qui l'a surpassé en valeur guerrière, devant qui il doit s'incliner comme on s'incline devant la supériorité, et pour renfermer dans un seul mot toute son admiration, le français, c'est " le Grand " – aroumi, – roomy (roumi), grand –.
CHAPITRE IV. ________ FAMILLE DE JAPHETH. ______________ I GOMER ET SES FILS.
Nous avons déjà fait observer que Gomer, fils aîné de Japheth, était l'héritier des qualités corporelles distinguant Japheth de ses frères Sem et Cham. Gomer est la souche de la grande famille celtique, et saint Jérôme ainsi que Josèphe n'hésitent pas à appeler ses descendans Gomériens et Cimmériens. Les Galates établis en Asie appartiennent, d'après saint Jérôme, à la même famille Cimmérienne ou Cimbrique. La plus grande partie de ces Galates étaient des Tectosages, venus du midi de la Gaule à la poursuite d'aventures guerrières. – 107 – Les trois fils de Gomer, Askenez, Riphath et Thogorma sont nommés par l'Ecriture Sainte parce qu'ils étaient chefs de peuples. Quelques descendans d'Askenez – to ask, réclamer, – keen (kine), très froid, pénétrant, – haze (hèze), brouillard, brume, – se dirigeant vers le nord de l'Europe, ne craignirent pas de se fixer dans un pays aux brumes intenses, tandis que les autres s'établissaient en Asie tout près des Mèdes. Ils devinrent leurs alliés dans la guerre entreprise contre Babylone, et avec ces paroles de Jérémie : " Appelez contre Babylone les rois d'Ararat, de Menni et d'Askenez. " (1) Josèphe croit que Riphath et ses enfants occupèrent la Paphlagonie, sur les bords méridionaux du Pont-Euxin, et cela paraît bien admissible ; car le nom de Riphath indique un marin très versé dans les manoeuvres se rapportant à la voilure des navires, – to reef (rif), prendre des riz, carguer les voiles, – to add, ajouter –. Quant à Thogorma que même Josèphe pense avoir habité la Phrygie, son nom (1) Jer. c. 51. v. 27. – 108 – dévoilerait l'inventeur des tissus de soie – tow (tô), filasse, étoupe, – to hawk (hâuk), colporter, – worm (oueurm), ver. Les autres enfants de Gomer que la Genèse ne nomme pas, demeurèrent sans doute avec lui et constituèrent l'immense famille celtique, qui vint établir le centre de sa domination dans la Gaule, après avoir traversé, en suivant le cours du Danube, l'Europe – to err, aller çà et là, – to hope (hôpe) espérer – encore inhabitée. Si nous pouvions connaître les anciennes dénominations que les enfants de Gomer ont laissées après eux dans leurs lentes migrations vers l'occident, il nous paraît croyable que ces dénominations seraient aisément expliquées par la langue des Tectosages et fourniraient des renseignements précieux sur leur marche et leurs diverses étapes à travers l'Europe. II TUBAL ET LES IBERES. Parmi les frères de Gomer, Tubal est le seul qui nous intéresse en ce moment. Il s'était fixé avec sa famille ou son peuple au pied des montagnes du Caucase entre le Pont-Euxin et la mer – 109 – Caspienne. Cette position fit de Tubal et de ses enfants de hardis marins, et son nom justifie cette pensée, puisque Tubal signifie une maison, une habitation en forme de baquet, – tub (teub) baquet, cuve, – hall (hâul) habitation, salle –. Ptolémée désigne les descendans de Tubal par le nom de Tobéliens, tandis que Josèphe les connaît sous celui d'Ibériens. Une partie de ces Ibères abandonna le pays où ils s'étaient d'abord propagés, et se mettant, au dire des traditions basques, sous la conduite de Tharsis, neveu de Thubal, ils affrontèrent les périls de la navigation, à la recherche d'une nouvelle contrée dans laquelle ils pourraient s'établir, en conservant leurs habitudes et leurs moeurs particulières. Il est tout à fait curieux de constater que le nom de Tharsis, chef des Ibères émigrants, s'explique par la langue celtique aussi bien que celui de Tubal. Il nous révèle que les vaisseaux des Ibères, quelque forme qu'ils eussent d'ailleurs, étaient parfaitement goudronnés et en état de tenir la mer – tar, goudron, marin, – to size (saïze), enduire d'une matière visqueuse –. Les Ibères portaient-ils déjà ce nom avant de se diriger vers l'Espagne, ou bien l'ont-ils reçu des Celtes lorsque les deux peuples se sont heurtés au midi de la Gaule ? Il serait bien difficile de l'affirmer d'une manière absolue ; d'ailleurs, – 110 – la solution de cette question ne nous paraît point nécessaire. La seule chose que nous tenions à faire remarquer, c'est que les Ibères formaient une population bien clair-semée, lorsque les Celtes les ont rencontrés et noyés, pour ainsi dire, dans le flot de leur nation immense. Transportés par leurs vaisseaux sur les côtes de la Péninsules Hispanique, pendant que les Celtes suivaient lentement le cours du Danube, il n'est pas étonnant que les Ibères aient occupé l'Espagne avec tranquillité, et se soient répandus sur le terrain Gaulois encore désert, jusqu'à ce que l'arrivée des Celtes les ait peu à peu refoulés au delà des Pyrénées. Les Basques se considèrent avec raison comme les véritables descendans des Ibères, ayant pleinement conservé leurs traditions et une langue particulière. Quelques esprits audacieux auraient voulu faire de ces Basques des hommes primitifs, n'ayant aucun rapport, aucune liaison avec les autres variétés humaines qu'ils auraient précédées dans le monde. Cette pensée est en contradiction complète avec ce que nous dit la Genèse : " Noé avait donc trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth. Ce sont là les trois fils de Noé : et c'est d'eux qu'est sortie – 111 – toute la race des hommes qui sont sur la terre. " (1) L'Ecriture-Sainte contenant l'inaltérable vérité, il faut de toute nécessité que la langue basque, que l'on voudrait considérer comme ne se rattachant à aucune autre, ne soit, en réalité, qu'un des nombreux rameaux de langue primitive. Ce langage, conservé au milieu des montagnes par des hommes de fer, d'une opiniâtreté et d'un courage indomptables, s'est perpétué dans une remarquable pureté et montre dans sa formation une dérivation certaine de la langue parlée par Noé et Japheth, puisque c'est un composé dont les éléments sont pris dans la langue primitive. La langue basque se trouve par ce fait impuissante à donner aucune dénomination raisonnable, puisque chacun de ses termes forme déjà une phrase complète ; et de la sorte, elle ne possède plus les mots élémentaires, pour les associer et arriver à former des expressions nouvelles énonçant les qualités diverses des hommes ou de la nature dont elle voudrait présenter une idée exacte. Ce fait important explique comment les Ibères ont dû subir les (1) Gen. c. IX. v. 18. 19. – 112 – dénominations imposées par le Neimheid Gaulois et qui exprimaient, par l'association des monosyllabes celtiques, ce qu'ils étaient eux-mêmes impuissants à traduire. Du reste, les noms de Cantabres, Gascons, Vardulles et Ibères qui leur furent donnés, sont pris avec tant de vérité dans le vif de leurs moeurs, qu'il leur était impossible, soit de les changer, soit de les rejeter. Avant d'expliquer les noms particuliers de ces tribus Ibériennes, nous essaierons d'interpréter quelques mots de la langue basque afin que sa filiation avec la langue primitive reste indubitable. III LANGUE BASQUE. Il n'est pas sans intérêt de remarquer, par la formation des mots basques, comment s'est faite à Babel la confusion du langage. Les mots nouveaux n'ont plus la même simplicité, ils expriment par l'association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans – 113 – la langue Kabyle que dans la langue basque : néanmoins, celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire, au passage, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de moeurs qui ne laissent rien à désirer. Dans la langue des descendans de Tubal, " les hommes, ghizônac ", sont des êtres possédant des coutumes, c'est-à-dire, des lois non écrites, et comme la coutume, ou loi non écrite, est la manifestation de la volonté réglée par la raison, cette définition de l'homme par le terme " ghizônac " se rapporte parfaitement aux définitions les plus exactes qui en aient été faites, – guise (guaïse), coutume, – to own (ôn), posséder. – La syllabe ac n'est dans ce mot que la terminaison du pluriel. Ces êtres à coutumes conservaient précieusement le souvenir des actions hardies, courageuses et les confiaient à la mémoire de leurs enfants pour les transmettre à la postérité, et c'est là le sens de " histoire, kondera " – to con, apprendre par coeur, – to dare (dére), oser avoir la hardiesse –. L'habitude d'apprendre par coeur les actions d'éclat faites par les guerriers, ne prouve pas cependant que l'écriture fut alors inconnue. Le basque possède le verbe " écrire, ichkiribatzia. " – 114 – L'existence de ce verbe dans la langue suppose évidemment l'emploi de caractères propres à fixer et à transmettre la parole. Nous ignorons sans doute la forme des caractères dont les Basques faisaient usage ; mais cette forme importe peu, puisqu'elle varie avec chaque nation. Nous ignorons encore sur quel papier ils traçaient les caractères de leur écriture ; toutefois, il serait injuste de leur refuser la connaissance et l'emploi d'une substance solide et légère telle qu'étaient les minces lames fournies par le papyrus d'Egypte. Les lames ou tuniques formant la tige du papyrus étaient au nombre de vingt environ. Chaque tunique faisant une feuille, on conçoit qu'une seule tige d'un arbuste de dix pieds de hauteur devait fournir de nombreuses feuilles de toute longueur. Ces feuilles pressées, battues, collées, et polies étaient l'objet d'un commerce important dans le monde ancien, et tous les peuples avaient la faculté d'user de papyrus pour écrire les contrats de vente et d'achat, les lettres et les conventions entre particuliers. Nous donnons ces détails à cause de l'expression fort curieuse " quire " renfermée dans le verbe basque écrire, " ichkiribatzia. " Quire se traduit en celtique par " une main de papier " et les mots réunis dans ichkiribatzia affirme qu'écrire, c'est avoir la – 115 – démangeaisons d'ajouter, d'accumuler, d'entasser les mains de papier, – to itch, démanger, – quire (qouaïre), une main de papier, – to heap (hip), entasser, accumuler, – to add, ajouter –. Le teint brun qui fait distinguer avec tant de facilité les Ibères des Celtes, est rappelé dans le mot " visage, bisaiya " ; – bice (baïce), vert pâle, – high (haï), fort foncé en parlant d'une couleur. Parmi les Celtes on comptait trois classes distinctes de personnes : les prêtres, les nobles et le peuple. Cette constitution se retrouve aussi dans la nation Tubalienne, puisque, à la mort d'un Ibère, l'héritier vassal payait une redevance au seigneur du fief : cette particularité est dévoilée par le terme " heriotzea, la mort ", car heriot en langue celtique, signifie la redevance payée par l'héritier au seigneur du fief à la mort du vassal. Au reste, les usages des celtes semblent revivre dans la langue basque ; ainsi un mort s'exprime par " hilbat ", c'est-à-dire une éminence, hill, un tumulus : la syllabe bat dans hilbat est un article indéfini répondant en français à un et une. L'expression hilbat annonce que les Ibère confiaient leurs morts à la terre, et cependant il est certain que, au moins pendant quelque temps, ils les ont livrés aux flammes. – 116 – L'usage de brûler les morts sur un bûcher a bien pu s'introduire parmi les Ibères d'Espagne, tandis que à l'époque de la formation de leur langue ils suivaient la pratique des autres peuples qui les ensevelissaient. On sait combien ce peuple se plaisait aux combats : le bruit des armes le faisait sourire, et mourir sur le champ de bataille était la seule ambition d'un guerrier : aussi il n'y a rien de surprenant à ce que le terme mourir " hiltzia ou hiltzea " présente l'image de l'épée, – hilt, poignée d'une épée. Le " fer, burdina ", ce métal pesant, – to burden, charger embarrasser, – redoutables dans leurs mains guerrières, n'était lourd qu'au bras du lâche ; pour celui-là seul c'était un fardeau, une charge et un embarras. Soldat invincibles, ils ne pouvaient supporter le déshonneur d'une défaite ; être vaincus, c'était pour eux avoir à subir, honteusement assis sur un banc de leur demeure, les huées outrageantes de l'ennemi : telle est la signification pittoresque de " vaincu, benzutua " – to bench, asseoir sur un banc, – hut, cabane – hue (hiou), huée –. Quelle ignominie pour des hommes valeureux de se voir exposés, impuissants, aux insultes et à la dérision, pendant que passe légèrement et fièrement au milieu d'eux le triomphant – 117 – " vainqueur, benzutzaïla " – to bench, asseoir sur un banc, – hut, cabane, – to sail (sél), passer légèrement –. Aussi bien les vainqueurs devaient-ils être sans grande pitié, puisque le " massacre, sackaïla " n'était pour eux qu'un orgueilleux saccagement, – to sack, saccager, piller, – highly (haïli), avec orgueil –. La langue basque présente dans la composition de ses mots des connaissances matérielles qu'on n'oserait même soupçonner ; ainsi elle assure que la partie des ports où ils amarraient les vaisseaux était fermée par une écluse : c'est là la signification de la " mer, itxasoa " – to hitch, amarrer, – sasse, écluse, – to oowe (ô), être obligé de –. Hardis marins, les Basques étaient exposés à des naufrages désastreux et ils avaient renfermé dans l'expression elle-même de " naufrage, urigaldua ", ce fait certain ; se hâter de courir directement devant le vent, – to hurry, se hâter, – to gale, courrir devant le vent, – due (diou), directement –. Les Ibères avaient leurs jours de travail et aussi leurs jours de fête : travailler, c'était exciter à prendre les armes en toute hâte ; tel était le " jour ouvrable, haste eguna ", – to haste, se hâter, – to egg, exciter, – – 118 – gun, arme –. Mais lorsque arrivait le " jour de fête, besta eguna ", malheur à celui qui courait aux armes, car il était violemment maltraité par le bâton – to baste (béste) bâtonner, maltraiter, – to egg, exciter, – gun, arme. " L'obscurité, ilhuntasuna " seule interrompait les fatigues de la chasse journalière – to heal (hil), apaiser, – to hunt, chasser –, et lorsque, dans leurs courses vagabondes, la lassitude les obligeait à prendre un repos momentané dans l'ombreuse profondeur des bois, cette " ombre, itzala " dévorait l'excès de leur chaleureuse ardeur – to eat (it) dévorer, – zeal, ardeur, – et plaçant sous leur tête une pierre ou un tronc d'arbre, ils appelaient à eux le " sommeil, loghitea " – log, bûche, billot, – to hit, toucher, atteindre –. Les demeures des Ibères étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui, du moins pour la partie de la population la plus indigente. Ils habitaient des cavernes qu'ils perçaient pendant les jour de pluie et de " mauvais temps, dembora tcharra " – den, caverne, to bore, percer, – shower (chaoueur) ondée, giboulée –. Ils les garnissaient de branches d'arbres lorsque revenait le " beau temps, d'embora ederra " – den, caverne, – to bore, percer, – to edder, garnir de fagots –. – 119 – Qu'on ne soit point surpris de ces affirmations de la langue basque, puisque dans notre siècle encore, en Espagne, les familles les plus pauvres vivent dans les cavernes ou grottes creusées de leurs mains. La correspondance suivante insérée dans le journal l'Eclair, numéro du 7 juin 1885, donne à ce sujet quelques détails qui ne sont pas sans importance. Le correspondant se rendant à Burjasot, à la suite de la commission officielle envoyée pour étudier les mesures à prendre contre le terrible fléau du choléra, écrit à la date du 6 juin : " En arrivant, nous avons appris que dans les dernières vingt-quatre heures, il y avait eu dix cas et six décès. Vous savez que ce village compte à peine 2,500 habitants. Nous allâmes visiter quelques cholériques. " Nous avons trouvé un vieillard dans une de ces grottes qui servent de demeure à une partie de la population pauvre. C'est là une particularité fâcheuse dans les circonstances actuelles. On se sert d'abord des excavations qui se trouvent déjà faites au-dessus du sol ; puis on les agrandit suivant les besoins et l'augmentation de la famille..etc " On peut voir là qu'il n'est point nécessaire de recourir aux siècles passés pour rencontrer des troglodytes, et qu'il est bien inutile d'imaginer – 120 – à grand frais des systèmes de civilisation progressive pour l'humanité. Il ne faudrait pas croire que les Basques fussent exclusivement chasseurs. L'agriculture était certainement en honneur parmi eux, et le terme " hildua " qui désigne la terre que soulève la charrue en creusant le sillon – hill, éminence, – due (diou), convenable, – montre que le labour soigné et profond ne leur était pas inconnu. Ils préféraient d'ailleurs les productions du sol aux métaux précieux existant abondamment dans leur pays, puisqu'ils fermaient les yeux au lieu de les ouvrir avidement, lorsque en hersant les champs, leurs regard étaient frappés par l'éclat de " l'argent, cilharra " que leur travail amenait à la surface de la terre cultivée, – to seel (sil), fermer les yeux, – to harrow, herser –. Les noms de quelques mois de l'année se rapportent aussi aux productions du sol et aux travaux essentiels qu'on devait exécuter. Nous pouvons examiner brièvement la composition et le sens de ces noms. " Janvier, Urtharrilla. " Le mauvais temps du mois de janvier arrête les travaux de ceux qui voudraient passer la herse dans leurs champs, – to hurt, nuire, – to harrow, herser, – to will (ouil) désirer, vouloir –. – 121 – " Février, Otsaïla. " La chaleur est suffisante pour déterminer la débâcle des glaces des côtes du Pont-Euxin et permet de mettre à la voile – hot, chaud, – to sail (séle), mettre à la voile –. " Mars, Martchoa. " Les pluies continuelles de mars changent forcément les terrains en marécages – marsh, marais, un lieu marécageux, – to owe (ô), devoir –. " Avril, Aphirila. " Désirer que les céréales présentent bientôt l'image de l'épi – to ape, présenter l'image, – ear (ir) épi de blé, – to will (ouill), désirer. " Mai, Maiyatza. " Aux épis souhaités viennent s'adjoindre, en mai, les brillantes fleurs des champs – to may (mé), cueillir des fleurs, – to add, ajouter –. " Juin, Erearoa. " S'agiter pour passer la herse dans les champs – to hare (hère), s'agiter, – to harrow, passer la herse –. " Juillet, Uztaïla. " Différer les grandes réunions, les assemblées, sans doute à cause de la chaleur – to hustle, remuer ensemble, – to while (houaïle), différer –. " Août, Agorilla. " Les ruisseaux cessent de couler – ago, passé – to rill, couler, ruisseler –. " Septembre, Bûruïla. " Désirer de se terrer, de s'enfermer dans les cavernes affectées à – 122 – l'habitation, – to burrow (beurrô), se terrer, se retirer sous terre – to will (ouill) vouloir, souhaiter – " Octobre, Urria. " Se hâter dans les travaux des champs – to hurry (heurri), se presser. " Novembre, Hazila. " La brume se traîne sur les collines – to haze, faire un temps brumeux, – hill, colline –. " Décembre, Abendoa. " Se couvrir de vêtements de laine – abb, trame de laine, – to endue (endiou), se revêtir. Les périphrases employées dans la langue basque sont plus sensibles encore dans l'expression de certains faits naturels comme le lever et le coucher du soleil, le lever et le coucher de la lune. " Le lever du soleil, iruzki atheratzea " présente le sens suivant : celui qui est fatigué, déteste d'entendre bourdonner dans l'air – to hear (hir), entendre, – to huzz (heuzz), bourdonner, – sky (skaï) air, – to hatter, harasser, – to hate, détester –. " Le coucher du soleil, iruzki sartzea " accuse une formation semblable : le cultivateur arrivé au soir, déteste d'entendre bourdonner dans l'air, – to hear (hir) entendre, – to huzz, bourdonner, – sky, air – sart, terrain cultivé –. – 123 – " Le lever de la lune, ilhargi atheratzea. " L'homme harassé de fatigue déteste de vouloir prêter l'oreille aux cris, – to will (ouill), vouloir, – to harck, prêter l'oreille, – hue (hiou), cri, – to hatter, harasser, – to hate, détester –. " Le coucher de la lune, ilhargi sartzea. " Le cultivateur désire de prêter l'oreille aux cris, – to will (ouill) désirer, – to harck, prêter l'oreille, – hue (hiou), cri, – sart, terrain cultivé –. Examinons encore d'autres expressions dont l'explication servira à placer la langue basque dans tout son jour, c'est à dire, comme dérivant pleinement de la langue primitive. " Le matin, goïza " ; marcher avec facilité – to go, marcher, – ease (ize) ; aise, facilité – " Midi, eghuerdi " ; moment où cesse la croissance de la lumière solaire et où commence sa décroissance – to egg, pousser, – hour (haour), moment, heure, – day (dé), jour –. " Le soir, arratxa " ; courir en hâte vers le logis – to hare, courir – rath, en hâte –. " Minuit, gaûherdi " ; aller vers l'heure, le moment du jour – to go, aller, – hour (haour), heure, – day (dé), jour –. " Un champ, landa bat. " – Land, terre, – bat correspond à un. " Une source, ithurri beghi bat. " Commencer – 124 – à hâter sa course – heat (hit), course, – to hurry, hâter, – to begin (biguin), commencer. " Une fontaine, ithurri bat. " Précipiter sa course, – heat (hit), course, – to hurry, précipiter. " Cabane, etchôla. " Une foules de têtes sous le même toit, – head (hèd), tête, – shoal (chôl), une foule, une troupe. " Epingle, ichkilin. " L'extrême propreté était bien loin de briller dans les hôtelleries où s'arrêtaient d'infortunés voyageurs consciencieusement armés d'une épingle : on comprend aisément de quels insectes dégoûtants et agaçants il est ici question, – to itch, démanger, – to kil, tuer, – to inn, loger dans une auberge. " Maison, etchea. " Une tête qui médite, – head (hèd), tête, – to chew (tchou), méditer. " Cave, sotua. " Partie de la maison où l'on pourrait devenir hébété à force de boire, – to sot, devenir hébété à force de boire, – how (haou), de quelle manière. " Le tonnerre, ihurtzuria. " Voir en haut l'éclair qui est sûr de faire du mal, – sure (choure) sûr, – to eye (aï), voir. " Les ténèbres, ilhumbeak. " Apaiser les bourdonnements, les aboiements et les bêlements, – 125 – – to heal (hil), apaiser, – hum, bourdonnement, – to bay (bé), aboyer, bêler –. " S'aveugler, itxutzea. " L'oeil se referme par l'effet d'un coup, – to hit, donner un coup, to shut (cheut) se refermer –. " Se casser l'os de la jambe, zango bat aûstea. " Gâter l'os de la jambe, – shank, l'os de la jambe, – bat, une – to waste (oueste), gâter –. " Pleurs, nigarrac. " Refuser le nécessaire, – to niggard, refuser le nécessaire –. " Rival, yelosstarria. " Pousser des cris d'horreur à la vue de l'ennemi et l'attaquer pour le piller, – to yell, pousser des cris d'horreur, – to host, attaquer, to harry, piller –. " Famille, maïnada. " Ajouter l'essentiel, c'est-à-dire les enfants, – main, essentiel, – to add, ajouter –. " L'honneur, ohorea. " Etre obligé d'avoir les cheveux blancs, – to owe (ô), être obligé, – hoar (hôre), qui a les cheveux blancs –. Nous pourrions ainsi interpréter une foule d'autres termes pris dans la langue basque, mais comme ils sont moins intéressants que ceux que nous avons cités, nous les passerons sous silence, et nous terminerons cette série déjà assez longue par une expression prouvant que de tout temps la grande instruction et la – 126 – doctrine élevée ont conduit les hommes à la " gloire, loria, – lore, doctrine, instruction, – to eye (aï), avoir l'oeil sur –. IV LES CANTABRES. – LES IBERES. LES KJOEKKEN-MOEDDINGS DU DANEMARK. Le langage des Ibères était de nature à surprendre vivement les Celtes : aussi, tout étonnés de n'en point saisir le sens, ils décorèrent les descendans de Tubal du nom de Cantabres, – to cant, parler un certain jargon, – abroad (abraud), à l'extérieur, – enveloppant ainsi dans une expression parfaite le langage fort curieux de ce peuple et son arrivée par mer dans la péninsule Hispanique. Les Ibères, en s'établissant dans le Sud-ouest de l'Europe, ont choisi pour demeure les Pyrénées en souvenir de leur séjour dans les montagnes du Caucase. Ce choix avait bien sa raison ; car en changeant de pays, ils n'entendaient point changer de manière de vivre. Placés dans la région pyrénéenne, qui était pour eux comme un point central, ils avaient, en se dirigeant du côté du Nord, un magnifique terrain de chasse – 127 – comprenant toute la terre gauloise encore déserte, où les fauves ne leur feraient point défaut. Du reste, ils possédaient tout ce qui est nécessaire pour de longues courses. Une santé de fer, un courage à toute épreuve et l'habitude de chasser toute espèce de bêtes sauvages. Ils n'avaient point à s'embarrasser de provisions ; le gibier tué à la chasse suffisait à des jours nombreux. Une seule chose était indispensable, lorsque, rencontrant une caverne propre à servir d'abri temporaire, ils désiraient préparer, à un ardent foyer, le repas nécessaire ; c'était le silex, dont le nom basque est suarria, c'est-à-dire, un trait de lumière ou étincelle courant çà et là par l'effet du choc de deux objets dont l'un, le silex, est penché de côté, et l'autre, acier ou fer, est brandi, – to sway (soué), faire pencher de côté, brandir, – to hare, courir çà et là, – ray (ré), trait de lumière. – Les armes employées dans leurs chasses lointaines ne différaient guère sans doute de celles qu'ils avaient plus tard à la main dans la lutte soutenue contre les Gaulois, et on ne peut, sans injustice, leur refuser les armes de fer, puisque ce mot existe dans leur langue. De longs mois pouvaient s'écouler entre le départ des chasseurs Ibères et le retour au foyer domestique, et ils mesuraient leur éloignement au – 128 – moyen de certains objets comme lamelles de pierre tendre, ou bien morceaux de bois de renne, sur lesquels ils marquaient par des lignes ou des encoches les jours déjà écoulés depuis qu'ils avaient quitté leur demeure habituelle. Dans la caverne de Bize (Aude) un explorateur, M. C.Cailhol, a recueilli une lamelle de pierre assez tendre portant nombre d'encoches sur les bords ; dans la grotte d'Arignac (Haute-Garonne), M. Edouard Lartet en fouillant le sol (1860), " y trouva quantité d'ossements de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du renne, du cheval, etc.. " et dans une plate forme placée au devant de la grotte, au milieu de débris très intéressants, " une lame de bois de renne accidentellement coupée aux deux bouts, dont l'une des faces, parfaitement polie, offre deux séries de lignes transversales également distancées entre elles, et dont les bords latéraux sont marqués d'encoches plus profondes, assez régulièrement espacées. M. Lartet voit dans ces lignes et ces entailles des signes de numération, et M. Steinhauer a émis l'idée que ce sont des marques de chasse. " (1) Des accidents multipliés survenaient sans doute aux Ibères dans la poursuite des fauves, plusieurs (1)L'homme primitif, par M. Louis Figuier. – 129 – n'ont point revu le foyer et ont été ensevelis dans les cavernes bien connues des chasseurs. Dans la grotte d'Aurignac fermée par une dalle, " le terrassier Bonnemaison découvrit, en 1852, les restes de dix-sept squelettes humains. " (1) L'abris de Cro-Magnon (Dordogne), fouillé par M. Louis Lartet en 1868, lui a livré plusieurs squelettes humains. " Cet abri, dit M. Louis Figuier, aurait servi, suivant M. Louis Lartet, de rendez-vous de chasse, d'habitation et enfin de lieu de sépulture. Sept morts y avaient été inhumés ; on a pu recueillir les restes de ces squelettes, mais trois crânes seulement sont à peu près intacts. " Est-il permis, ajoute M. Louis Figuier, de savoir à qu'elle race appartenaient les hommes de la sépulture de Cro-Magnon et de se faire, par conséquent, une idée de la race humaine qui a vécu dans nos contrées aux temps du grand ours et du mammouth ? La race de Cro-Magnon n'est pas aussi différente de toutes les races anciennes ou modernes que le pense M. Broca. Selon M. Pruner-Bey, tous les crânes décrits jusqu'ici, et se rapportant à l'époque du grand ours et du mammouth, sont (1) L'homme primitif, par M. louis Figuier. – 130 – " analogues à ceux des esquimaux et des lapons de nos jours. M. Pruner-Bey appelle race mongoloïde primitive ces premiers habitants de notre sol. Nous verrons plus loin que des crânes et d'autres débris retrouvés en Belgique, par M. Dupont, à solutré, dans le Mâconnais, par M. de Ferry, et à Bruniquel par M.Brun, enfin les mâchoires provenant d'Aurignac et d'Arcy-sur-cure, confirment cette conclusion. " Les hommes appartenant à la race mongoloïde primitive avaient la tête généralement arrondie, le visage taillé en losange, les mâchoires et les dents un peu dirigés en avant, enfin, selon toute probabilité, le teint brun et les cheveux noirs et durs... Il existe encore des restes de cette race mongoloïde primitive : ce sont les Basques... " (1) Les Ibères ont donc laissé des traces non équivoques de leurs habitudes de chasseurs et les restes de grand ours et de mammouth retrouvés abondamment dans les cavernes attestent que la chair de ces animaux entrait dans leur alimentation. Le nom porté par les Ibères confirme pleinement toutes ces appréciations, en déclarant qu'ils étaient chasseurs d'ours et que la chair des ours étaient leur nourriture habituelle – to eat (it), manger, – bear (bér), ours. (1) L'homme primitif par M. Louis Figuier, page 113. – 131 – Le peuple Ibère n'est point le seul qui ait laissé dans le sol des traces sensibles de ses moeurs. Un autre peuple de notre Europe, non seulement chasseur mais encore pêcheur a abandonné la connaissance de son alimentation aux investigations patientes des savants. Les détails donnés, à ce sujet, par M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark, présentent un si grand intérêt que nous ne saurions résister au désir d'en citer la partie la plus importante. " Placée au dernier rang, dit M. Louis Figuier, par l'étendue de son territoire et le nombre de ses habitants, la nation Danoise est pourtant l'une des plus grandes de l'Europe par la place qu'elle a su conquérir dans les sciences et les arts. Ce vaillant petit peuple possède une foule d'hommes distingués qui font honneur à la science. Les patientes recherches de ses archéologues et de ses antiquaires ont fouillé la poussière des âges pour ressusciter un monde disparu. Leurs travaux, contrôlés par les observations des naturalistes, ont jeté un jour éclatant sur les premières étapes de l'humanité. " Aucune terre n'est d'ailleurs plus propre que le danemark à de pareilles investigations. Les antiquités s'y rencontrent à chaque pas : il ne s'agit que de savoir les interroger pour en tirer d'importantes révélations touchant les – 132 – " moeurs, les coutumes et l'industrie des populations antéhistoriques. Le Musée de copenhague, qui renferme des antiquités de divers états scandinaves, est sans rival dans le monde. " Parmi les objets classés dans ce riche musée, on remarque un grand nombre provenant des Kjoekken-moeddings. " Et d'abord, qu'est-ce que ces Kjoekken-moeddings, dont le nom est si rude à prononcer pour une bouche française, et qui nous apprend suffisamment qu'il s'agit ici de l'âge de la pierre ? " Sur différents points des côtes danoises, particulièrement dans la partie septentrionale, où la mer a découpé ces criques étroites et profondes connues sous le nom de fiords, on remarque d'énormes accumulations de coquilles. En général, ces dépôts ne sont élevés que d'un mètre au-dessus du niveau de la mer ; mais, dans quelques lieux escarpés, leur altitude est assez grande... " Que rencontre-t-on dans ces amas ? Une énorme quantité de coquilles marines, et surtout de coquilles d'huîtres, des ossements brisés de mammifères, des restes d'oiseaux et de poissons, enfin des silex grossièrement taillés. " On avait pensé d'abord qu'il ne s'agissait là – 133 – " que de quelque banc de coquilles fossiles, terrain autrefois submergé et qui aurait été rendu apparent par un soulèvement du sol, dû à une cause volcanique. Mais un savant danois, M. Steenstrup combattit cette opinion en se fondant sur ce fait, que les coquilles proviennent de quatre espèces qui ne vivent jamais ensemble, et qu'elles ont dù, par conséquent, être rassemblées par l'homme. M. Steenstrup faisait également remarquer que ces coquilles avaient appartenu, pour la plupart, à des individus arrivés à leur pleine croissance, qu'on n'y en voyait presque jamais de jeunes. Une telle singularité indiquait évidemment une intention raisonnée, un acte de la volonté humaine. " Lorsqu'on eut découvert dans les Kjoekken-moeddings tous les débris que nous avons énumérés, lorsqu'on y eut trouvé des restes de foyers, sortes de petites plates-formes qui conservaient encore la trace du feu, on devina l'origine de ces immenses amas coquilliers. Il y avait eu là des peuplades qui vivaient de pêche et de chasse, et qui jetaient autour de leurs cabanes les restes de leur repas, consistant surtout en coquillages. Peu à peu ces débris s'étaient accumulés, et avaient constitué les bancs considérables dont il s'agit. De là le nom de Kjoekken-moeddings, composé de deux mots : – 134 – " Kjoekken, cuisine, et moeddings, amas de rebuts. Les Kjoekken-moeddings sont donc les rebuts des repas des populations primitives du Danemark. " ... Il est bon de faire remarquer que le Danemark n'a pas le privilège des amas de coquilliers. On en a découvert en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, en Ecosse, et même en France, près d'Hyères (Bouches-du-Rhône). " Les espèces de mollusque dont les coquilles forment la masse presque entière des Kjoekken-moeddings sont l'huître, le cardium, la moule et la littorine. " Les arêtes des poissons se trouvent en grande abondance dans les amas coquilliers. Elles appartiennent au hareng, au cabillaud, à la limande et à l'anguille. On peu en inférer que les habitants primitifs du Danemark ne craignaient pas de s'aventurer sur les flots dans de frêles esquifs : le hareng et le cabillaud ne se pêchent en effet qu'à une assez grande distance des côtes. " Les ossements des mammifères sont aussi fort répandus dans les Kjoekken-moeddings. Les plus communs sont ceux du cerf, du chevreuil et du sanglier, qui, au dire de M. Steenstrup, y figurent pour les 97 centièmes. Les autres proviennent de l'urus, de l'ours brun, du loup, – 135 – " du renard, du chien, du chat sauvage, du lynx, de la martre, de la loutre, du marsouin, du phoque, du rat d'eau, du castor et du hérisson. " De quelques espèce d'oiseaux dont on recueille les restes dans les Kjoekken-moeddings, la plupart sont aquatiques, fait qui s'explique naturellement par la situation de l'homme sur les bords de la mer. " (1) L'interprétation par la langue celtique de Kjoekken-moeddings confirme et éclaire puissamment l'exposé de M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark. Ces amas sont vraiment des rebuts de repas, et le mot savamment combiné de Kjoekken-moeddings indique avec assurance, que l'on rejetait tout ce qui aurait été douloureux à la bouche, c'est-à-dire, les arêtes aiguës, les entrailles et la tête des poissons – jaw (djâu), bouche, – to ake (éke), être douloureux, – keen (kin), aigu, – maw (mâu), panse, – head (hèd), la tête, – to ding (digne), jeter avec violence, – jawakekeen-mawheadding –. Le peuple dont les rebuts de repas ont produit les amas coquilliers est-il tellement primitif que l'histoire n'en ait conservé aucun souvenir ? M. Louis Figuier signale avec juste raison des (1) L'homme primitif par M. Louis Figuier. – 136 – amas semblables en Angleterre, dans le pays de Cornouailles et le Devonshire, et cela n'est guère surprenant, puisque la tribu de pêcheurs qui a fait les kjoekken-moeddings du Danemark, a pu, du moins pendant quelque temps, conserver ses moeurs anciennes, quand elle s'est emparée de l'Angleterre d'une manière définitive. Cette tribu appartenait aux Tectosages établis entre le Rhin et l'Oder ; c'était celle des Angles, – to angle, pêcher à la ligne, – et ce nom significatif dit trop haut les occupations habituelles de ce peuple, pour que l'on puisse sérieusement refuser de le reconnaître comme l'auteur des Kjoekken-moeddings. Cette digression sur les amas coquilliers du Danemark ne doit point nous faire perdre de vue les Ibères et leurs chasses dangereuses au grand ours des cavernes. L'habitude de la chasse à l'ours n'est pas encore disparue des moeurs des Basques, et, chose remarquable, dans les contrats de mariage, les pères de famille, aujourd'hui même, attribuent en dot à leurs enfants une part de possession d'ours, soit un quart, un tiers ou une moitié, suivant le nombre des enfants à doter. Les receveurs français de l'enregistrement connaissent très bien cette particularité, et ne négligent point de percevoir les droits de l'Etat sur cet apport en valeur d'ours. On ignore l'époque précise où les Ibères vinrent – 137 – aborder sur la terre d'Espagne. Quelques historiens fixent leur émigration dans l'année 523 après le déluge, c'est-à-dire, 1824 ans avant jésus-Christ. Ce serait ainsi dans le même siècle où Inachus, le plus ancien de tous les rois connus par les Grecs, fonda le royaume d'Argos, tandis qu'en Orient, Abraham laissait par sa mort (1821 avant jésus-Christ) son fils Isaac héritier de sa foi, de sa puissance et des promesses divines. V LES GASCONS. – LES OCCITANI. LES AQUITAINS ET LEURS TRIBUS. – AUCH. BORDEAUX. Les Celtes avaient imposé aux descendans de Tubal certaines dénominations dans lesquelles se révélaient des coutumes que le siècles n'ont pu effacer. Ainsi, le nom de Vardulles a été donné à une tribu ibérienne à cause de l'habitude de ces peuples de conserver sur leurs épaules, et le jour et la nuit, une espèce de manteau – to ward, garder, – hull, couverture extérieure, manteau, – et on sait que les fils des Vardulles ne dérogent point à cet usage. Il n'entre point dans notre pensée d'examiner tous les noms des tribus ibériennes ; il faut faire – 138 – néanmoins une exception bien méritée pour les Vascons ou Gascons. " D'après l'histoire, les Basques avaient le privilège de former l'avant-garde des armées carthaginoises, et de se mesurer les premiers avec l'ennemi. " Leur réputation de courage indomptable était si bien établie, que " César n'osant point traverser la Vasconie, tant il les redoutait, se rendit en Espagne, pour éviter leur rencontre, par la vallée d'Aspe, dans le Béarn. " (1) Les Gascons ont donné leur nom à notre Gascogne française. On ne peut guère dire que leur établissement dans l'Aquitaine ait été un envahissement, car les Aquitains étaient pour eux des frères, et les Gascons étaient venus à leur secours pour combattre le joug de la domination que Clovis cherchait à leur imposer. Nous les voyons d'abord sous les enfants de Clovis établis jusqu'à la rive droite de l'Adour, et plus tard, vers l'année 626 après Jésus-Christ, occupant la Novempopulanie tout entière qui désormais s'appelle Gascogne. Ils ont reçu leur nom étrange de la chaussure particulière qu'ils avaient adoptée et que leurs descendans n'ont point abandonnée. Gaskins, (1) Guide Français-basque par M. L. Fabre. – 139 – en langue celtique, signifie une large chaussure à l'antique. C'est la sandale qu'en Languedoc on nomme spardillo, en Catalogne spadrilla, et que les Basques appellent spartinac. Il est loin de manquer de sens le mot spartinac : il est composé du verbe to spar, préluder au combat, et de l'adjectif thin (thinn), délié, clair-semé, peu nombreux. Cette chaussure légère permettait aux Basques de se livrer à la guerre d'embuscades : doués d'une agilité rare, et pour ainsi dire insaisissables, ils avançaient peu nombreux, préludant au combat par des coups sûrs et isolés qui devaient singulièrement étonner leurs ennemis. Ce terme spartinac nous montre dans son vrai jour le caractère du génie guerrier des Basques : ils étaient dans ces temps reculés ce qu'ils sont encore aujourd'hui, des guerrilleros. Après nous avoir donné la signification des noms des tribus ibériennes, la langue celtique nous expliquera avec la même facilité ceux des tribus vivant dans l'Aquitaine. Dans cette partie de la Gaule, la famille celtique a laissé les traces les plus grandes et les plus fortes de son mélange avec la famille ibérienne. Tous les auteurs ont reproduit les traits différents de caractère qui séparent les Ibères et les Celtes : ceux ci étaient gais, légers, ardents, aimant les combats – 140 – et prompts à l'attaque ; les Ibères au contraire étaient graves, sérieux, presque sombres, aimant aussi la guerre et la soutenant avec une opiniâtreté invincible. Lorsque les deux peuples se sont rencontrés, le choc a dû être terrible. Après avoir combattu pour la possession du pays, rapporte Diodore de Sicile, les Celtes et les Ibères l'ont habité en commun, en vertu d'un accord pacifique, et ils se sont mêlés par des alliances. De ce mélange est sortie la nation Celtibérienne, dans laquelle le sang ibère est resté prédominant. Les Aquitains qui, d'après leurs traditions, ne seraient pas issus des Celtes, appartiennent à la famille Celtibérienne, car s'ils se rapprochent fortement des Ibères par les traits et les moeurs, ils n'en ont pas moins adopté les habitudes et les institutions des Celtes. Nous en présenterons une preuve dans l'institution des soldures, qui nous paraît être absolument celtique quoiqu'on l'attribue généralement à la nation ibérienne. " Une institution qui lui est particulière (à l'Aquitaine), et qui est étrangère aux Gaulois, dit le très estimable auteur de l'Histoire de la Gascogne, l'abbé Monlezun, est celle des solduriens, ou plutôt saldunes (de l'Escualdunal, zaldi ou saldi, cheval ; salduna, qui a un cheval, cavalier, l'eques romain) ; – 141 – on nommait ainsi des soldats qui se vouaient à un chef, partageaient à jamais sa destinée ou plutôt s'identifiaient tellement avec lui qu'il n'est pas d'exemple qu'un seul lui ait jamais survécu. (1) Dès que le chef succombait, on les voyait chercher dans la mêlée un mort glorieuse, et s'ils ne pouvaient l'y trouver, ils revenaient se percer sur le corps de celui qui avait leur foi. " On peut observer que dans le récit de la guerre contre les Aquitains, César parle seulement de l'institution des soldurii, sans affirmer d'ailleurs que les soldures n'existassent point dans les autres parties de la Gaule. Ce terme de soldures, qui dans la langue basque n'offre aucune idée à l'esprit, présente, au contraire, dans la langue des Tectosages, un sens parfaitement en rapport avec lui, et accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie, à la mort ; il vivra ou mourra avec lui, et les accidents de la guerre ne les sépareront pas ; la vie du soldure ne durera pas plus que la vie de son chef. – Soul (sôl), vie, âme. – to dure (dioure), durer.– De nos jours encore, le soldat ne se nomme-t-il pas soldier, dans l'anglo-saxon ? D'où provient ce soldier, sinon de soldure (soldioure), et comment (1) J.César, de bell. gall. lib. III, 22. – 142 – ce terme existerait-il dans l'anglo-saxon, si l'institution des soldurii eût été particulière aux Ibères ? Cette institution, qui, nous semble-t-il, est commune aux Celtes et aux Celtibères, nous indique comment, sur le sol aquitain, s'était opérée la fusion des deux familles. Le nom d'Occitania a été employé pour désigner l'Aquitaine. " Charles VII, dans l'ordonnance portant érection du Parlement de Tolose, la nomme Patria Occitania : ce qui a donné sujet au pape Innocent VI, dans son registre, d'appeler ce païs Occitania. Mais communément et le plus souvent il est nommé dans les anciens actes patria linuae Occitaniae. " (1). L'auteur des Mémoires de l'Histoire du Languedoc voudrait, à cause de la première syllabe d'Occitania, appliquer ce terme au languedoc, mais cette expression, désassemblée et interprétée par la langue celtique nous montre avec la dernière évidence que les Occitani étaient les habitants des côtes maritimes qui enserrent le golfe de Gascogne, c'est-à-dire, les Aquitains et les Cantabres. La réputation des Basques et des Cantabres comme intrépides marins n'a jamais été contestée, et ce n'est pas sans raison qu'ils s'attribuent (1) Mémoires de l'Histoire du Languedoc par G. de Catel. – 143 – l'honneur d'avoir, les premiers, donné la chasse à la baleine. Du reste, si les baleines tombaient peut-être rarement sous leurs coups, il n'en était pas de même des marsouins, et cette chasse habituelle aux marsouins leur a valu le nom d'Occitani – hog-sea (hogsi), marsouin, – to hit, frapper, – hand, la main – hogsihithand. – Le terme Occitani était donc un nom général désignant les pêcheurs du golfe de Gascogne. Les Celtibères de l'intérieur du pays compris entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne, avaient reçu une autre dénomination, générale aussi, celle d'Aquitani. Les Basque appellent dit-on, leur langue, l'Escualdunac : c'est le langage des dompteurs de chevaux, dompteurs au visage sombre et refrogné – scowl (skaoul), air sombre et refrogné, – to down (daoun), dompter, – hack, cheval.– Le titre de dompteurs de chevaux n'appartient pas aux seuls Basques, il doit être partagé par les aquitani, et cette communauté de goûts et de moeurs nous semble un trait remarquable d'affinité, qu'il ne faut point négliger. Il eut été difficile aux Aquitains d'être de mauvais cavaliers, car leur pays était fécond en chevaux renommés. Le savant Bénédictin, Dom Martin, à qui les auteurs modernes ont emprunté les détails les – 144 – plus curieux sur les moeurs, le gouvernement et la religion des celtes, comprenait que cette production de magnifiques chevaux avait eu une grande influence sur le nom donné à l'Aquitaine. Aussi avance-t-il que ce pays s'était d'abord appelé Equitaine, du latin, equus, cheval. La sagacité remarquable du docte religieux n'était guère en défaut, car c'étaient encore de hardis dompteurs de chevaux, que ces Aquitani – hack, cheval, – to cow (kaou) intimider, – to hit, frapper, – hand, main, – hackcowhithand. – La passion du cheval est-elle disparue du coeur des Aquitains modernes ? Il est certain qu'elle possède encore le même degré de vivacité, malgré les changements apportés par les siècle dans les habitudes : les exercices équestre d'un cirque quelconque suffisent, en effet, pour exciter dans l'âme des Aquitains et des Gascons un intérêt et un enthousiasme qui ne saurait être contenus. Les tribus qui vivaient dans l'Aquitaine étaient au nombre de quarante environ, parmi lesquelles neuf principales ont fait donner par les Romains à ce pays le nom de Novempopulanie. Nous examinerons les nom de quelques-unes de ces tribus avec ceux de plusieurs villes, et nous constaterons qu'ils appartiennent tous à la langue celtique. Les Tarbelli occupaient les côtes de l'Océan, et – 145 – Ausone n'hésite pas à appeler le golfe de Gascogne, l'Océan Tarbellien. Strabon prétend que leur pays était riche d'un or excellent : cependant les mines d'or de la contrée n'étaient pour rien dans le nom qu'ils portaient. Marins soigneux et prévoyants, ils savaient goudronner leurs barques légères pour lutter contre l'action destructive des eaux de la mer – to tar, goudronner, – to belly, bomber.– A l'extrémité de leur territoire, du côté de l'Espagne, les Tarbelli possédaient une ville, Lapurdum, dont le nom a servi plus tard à désigner le pays de Labour ou Labourdan. On croit que c'est Bayonne (1) Lapurdum, l'ancien Bayonne, devait être placé sur les bords de la mer, puisque les flots de l'Océan Tarbellien arrivaient jusqu'à lui, – to lap, lécher, – ord, bord, – Lapord. – Les bigerriones dont parle César, occupaient le pays dont Tarbes est aujourd'hui le chef lieu. " De bigerriones est venu le nom de bigorre qui désignait anciennement un château fort défendant la ville de Tarbes. Deux de ses premiers pasteurs, Aper, dans le concile d'Agde, et St-Julien dans le quatrième concile d'Orléans, s'intitulent, l'un, évêque de la cité de Bigorre, civatis Bigorritanae, et l'autre, évêque (1) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun. – 146 – de la cité Bigerricae. Grégoire de Tours ne la nomme jamais autrement. " (1) Quelques auteurs ont cru pouvoir faire dériver Bigorre de deux mots basques, bis, deux, gora, hauteur ; mais cette interprétation par le basque n'offre aucun sens précis. Ausone appelle ce petit peuple bigerri, et parait bien qu'il nous a transmis avec le véritable nom, la prononciation la plus exacte. Ces montagnards étaient des dévastateurs, des pillards dont l'intrépidité n'avait jamais fléchi. C'est là le trait de moeurs retracé dans Bigerri d'Ausone – big, courageux, to harry (herri), piller, dévaster –. Les Auscii formaient dans l'Aquitaine la tribu la plus puissante. Les anciens géographes donnent à leur ville principale le nom de climberris. Nous croyons bien à une erreur de leur part ; ils n'ont point saisi le sens exact de ce terme, distinctif d'une contrée entière, car Auch n'a jamais pu voir varier son nom qu'il a emprunté aux Auscii. Du reste, il nous semble qu'on peut découvrir la vérité par la signification de Climberris qui devait s'appliquer à toute la contrée comprenant aussi bien la ville d'Auch que celle d'Eluse. Tout ce pays produisait des baies et des grains – (1) Histoire de la Gascogne par l'abbé Monlezun. Notes. – 147 – clime, région, pays, – berry, baie, grain, – Climeberry –. Pourquoi aurait-on attribué à une seule ville la production des grains et des baies de raisins, dès lors que c'était là une production générale de la région ? Et qu'on ne soit pas étonné de voir les baies de la vigne, les raisins entrer dans la composition de Climberris, car la vigne existait dans les Gaules à l'état sauvage. Un temps considérable s'était écoulé peut-être sans qu'on ait songé à sa culture, et l'histoire semble faire honneur aux Grecs d'avoir enseigné aux Celtes à faire le vin, ce qui nous paraît d'ailleurs fort douteux, les Gaulois étant aussi avancés que les Grecs dans la civilisation matérielle, et supérieurs aux fils de Javan dans la sciences philosophique et religieuse. Nous avons déjà dit qu'Auch avait emprunté son nom aux Auscii et était leur ville principale. En cherchant à donner à Auch une prononciation celtique, on est forcé de dire Aouch et c'est probablement l'appellation véritable de cette ville, s'écrivant en anglo-saxon Ouch, et se prononçant Aoutch. Ouch signifie collier d'or, enchâssure d'une pierre précieuse, et Auscii désigne les ouvriers habiles, appliqués au travail des métaux précieux et fabriquant ces magnifiques colliers d'or dont les guerriers ornaient leur poitrine dans les – 148 – grands jours de joie qui, pour eux, étaient les jours de combat – ouch (aoutch), collier d'or, – hew (hiou), tailler – Les Auscii pouvaient aisément se rendre habiles dans les ouvrages d'or ; ce métal était presque à fleur de terre dans leur région, et divers historiens prétendent que les avides marchands Grecs et Phéniciens, revenant dans leur pays, donnaient pour lest à leur vaisseaux l'or recueilli dans les Pyrénées. La richesse de l'Aquitaine en chevaux avait séduit une fraction des Bituriges-Cubes (du Berry), et ils se détachèrent du gros de la tribus pour se fixer à l'embouchure de la Gironde. Les Bituriges-Cubes avaient les mêmes goûts que les Aquitains. Comme eux, ils étaient éleveurs de chevaux, prompts à bondir sur leurs coursiers et habiles à se servir du frein, – bit, frein, mors, – ure, usage, – itch, désir démangeaison, – to cub, mettre bas, produire –. Cette partie de la tribu des Bituriges-Cubes, établie sur les deux rives de la Gironde prit le nom de Bituriges-Vivisci. Le mot Vivisci, en celtique vives (vaïvz), se rapporte à une maladie des chevaux, maladie que les Bituriges traitaient sans doute avec grand succès. Ils avaient pour cité principale Burdigala (Bordeaux). Cette ville devait être alors comme de nos jours le principal – 149 – entrepôt du commerce entre l'Océan et la Méditerranée. Il est tout à fait instructif de voir Burdigala exprimer l'idée d'une marine marchande et commerçante dans ces temps si éloignés de nous, – board (bord) le pont d'un vaisseau, – to higgle, revendre. Au-dessous de la rive gauche de la gironde, et tout à côté des Bituriges-Vivisci, le littoral du golfe de Gascogne était occupé par les Boii, – bow (bô), arc, – to hew (hiou), tailler –. Ces archers, placés par des circonstances imprévues sur les bords de la mer, devinrent d'excellents marins, et c'est probablement ce qui, plus tard, les fit appeler Boates, – boat (bôte), bateau, chaloupe.
CHAPITRE V. _________ LANGUE CELTIQUE _____________ L'ARMORIQUE ET SES TRIBUS. Après avoir appliqué la langue des Tectosages à interpréter le basque, nous pouvons tenter son efficacité dans l'explication de Britanni et des noms celtiques des tribus armoricaines. La langue bretonne est, croit-on, la vraie langue celtique parlée par nos aïeux. Que les bretons aient conservé un nombre très considérable d'expressions gauloises, c'est incontestable ; mais ils n'ont point gardé cette langue dans sa pureté, et il suffit de jeter un coup d'oeil sur leurs pronoms pour juger de l'altération profonde de leur langage. Ce qui démontre au grand jour cette altération, – 151 – c'est la difficulté éprouvée par les Bretons eux-mêmes pour éclaircir les dénominations de leurs anciennes tribus, et surtout les noms les plus chers à leur patriotisme, ceux de Britanni et d'Armorique. Suivant Le Gonidec, Breton ou Bretoun ou mieux Brizard, vient de Briz, qui signifie peint de diverses couleurs. Lehuerou dit que Breton (Brython dans les traditions gauloises) dérive de Bro, pays et de thon, than, ou den, hommes, c'est-à-dire, hommes du pays, indigènes. C'est là, malheureusement, tout ce qu'a pu dévoiler le breton pour l'étymologie de Britanni. L'idiôme de Tectosages sera plus heureux, nous l'espérons du moins, tout en conservant une prononciation plus exacte. Britanni dérive de to breath (brith), vivre, et de to annoy (annoï), incommoder, ennuyer. L'île de Bretagne devait sans doute être occupée par des hommes vivant d'une manière incommode et dure. César, parlant de son expédition militaire dans cette île, rapporte que les anciens habitants en tenaient l'intérieur, tandis que les côtes étaient au pouvoir des Belges venus du continent. Ces Belges commencèrent à cultiver et à ensemencer les champs : l'île était fort peuplée, les troupeaux très nombreux ; les habitants de l'intérieur vivaient de lait et de viande, ne semaient point de blé, et étaient – 152 – vêtus de peaux. (1) La privation volontaire de blé et de pain, l'alimentation exclusive par le lait et la viande, les vêtements de peaux avaient paru aux yeux du Neimheid constituer un genre de vie assez dur et assez incommode pour faire nommer ces insulaires, Britanni. Le terme Armorique est aussi une véritable énigme dans la langue bretonne. D'après tous les auteurs, Armorique dériverait de armor, sur mer. Mor en effet, signifie mer, en breton ; mais ar, que signifie-t-il d'une manière sûre ? Et la terminaison ique est-elle donc inutile et deviendrait-elle un simple ornement ? Dans l'idiôme des Tectosages, armorique se décompose ainsi : – arm, bras, – oar (ôr), aviron, rame, – to eke (ike), allonger, perfectionner, – c'est-à-dire, un bras qui se sert de rames fort longues. Ce sens d'Armorique devient saisissant de vérité, lorsqu'on se souvient des indications données par César sur la marine Vénète, assez puissante pour rendre ce peuple indomptable. Les vaisseaux armoricains à carène plate défiaient les bas-fonds ; construits dans leur entier en coeur de chêne, ils pouvaient se jouer du choc des éperons romains ; leur proue et leur pouppe fort élevées, résistaient admirablement aux vagues (1) De bell. gall. lib. V. 12. 14. – 153 – les plus fortes : les voiles étaient faites de peaux, afin qu'elles ne fussent point déchirées et mises en pièces par la furie des ouragans et des tempêtes. (1) Il n'est dons pas étonnant, que construisant des navires à rebords si élevés, les marins de l'Armorique aient dû se servir de rames fort longues, et c'est là l'origine de leur nom, Armorici. Parcourons encore cette terre si intéressante de l'Armorique et nous y retrouverons, par les dénominations de ses tribus et de ses cités, bien des choses dignes de fixer l'attention. La tribu la plus puissante de confédération armoricaine était celle des Vénètes. Ces marins redoutés étaient fort religieux ; mais ils ne connaissaient pas de temple pour y prier : ils se réunissaient en plein air, lorsqu'ils remplissaient leurs exercices religieux, dédaignant de se mettre à l'abri des intempéries des saisons pour accomplir les actions les plus nobles de la vie. Le nom de Vénètes indique cette fière coutume, qui était d'ailleurs commune à tous les Gaulois, tout aussi religieux que les Vénètes, – vane (véne), temple, – to hate (héte), détester –. Leur ville principale était Dariorigum, aujourd'hui (1) De bell. gall. lib. III. 13. – 154 – Vannes. Nous avons déjà constaté l'habileté des Aquitains et des Bituriges à élever et dompter les chevaux, et maintenant dans une autre partie de la Gaule, nous pourrons nous convaincre de quels soins vigilants les Celtes entouraient l'espèce chevaline ; – to dare, oser, –to hew (hiou) tailler, –rig, cheval à demi châtré –. Au sud du Morbihan, près des côtes de la mer, se trouve Carbac, si remarquables par ses alignements. Les pierres levées y sont rangées en longues files régulières et figurent des allées dont la largeur varie entre quatre et huit mètres. Une distance de sept, huit et dix mètres est ménagée entre chacune des pierres levées. Les allées du centre sont plus grandes que les allées latérales, et à une extrémité, on voit un grand espace libre, semblable à une place publique. On cherche depuis bien longtemps la signification de ces alignements faits de pierres levées et mesurant plusieurs kilomètres. S'il nous était permis de hasarder une opinion sur ces alignements, nous serions porté à y voir, non pas un monument religieux, mais bien un lieu d'exercices, où les Gaulois se formaient à conduire avec habileté, au milieu d'obstacles multipliés, leurs chariots de guerre, armés de faux, leurs – 155 – cobhains, – kob, cheval, – to hem, entourer –, et on sait quelle adresse redoutable les Celtes y déployaient. César en avait été si vivement frappé qu'il n'a pu cacher son admiration. " Les exercices journaliers, dit-il, les ont rendus tellement habiles, qu'ils savent arrêter leurs chevaux dans la course la plus fougueuse, dans les pentes les plus raides, et qu'ils les font tourner de court : eux-mêmes sont accoutumés à courir sur le timon, à se tenir sur le joug, et puis d'un bond à se rejeter dans le char. " (1) Les alignements de Carnac étaient bien disposés pour former l'oeil et la main des jeunes Gaulois, obligés de conduire leurs chariots entre les pierres levées qu'ils devaient s'étudier à tourner et à éviter. Au reste, ce qui nous porte à mettre en avant cette hypothèse, c'est le nom même de Carnac, signifiant un chariot attelé d'un jeune cheval, – car, chariot, – nag, jeune cheval. – Est-il inadmissible que ces longues files de pierres levées de Carnac fussent, pour ainsi dire, un champ de courses, où les Celtes montraient leur force et leur habileté en maîtrisant, au milieu des obstacles, de jeunes et vigoureux chevaux ? (1) De bell. gall. lib. IV. 33. – 156 – Les amateurs de monuments mégalithiques peuvent voir à Locmariaguer, chez les Vénètes, une allée couverte, dite de César. Locmariaguer est placé tout près du lac de Vannes. Voici la composition de ce nom : un lac qui empêche les chasseurs, – loch, (lok) lac, – to mar, empêcher, – yager (iagueur), chasseur –. Tous les auteurs qui se sont occupés des industries celtiques nous apprennent que les tamis de crin sont d'invention gauloise ; mais ils ne disent pas où était le lieu d'invention et de fabrication. Sarzeau, dans la presqu'île de rhuis nous instruit amplement à ce sujet, sarce (sarse), tamis, tissu de crin, to sew (sô), attacher, coudre. Au nord des Vénètes, était établie la tribu des Curiosolites. Leurs mains façonnaient ces voiles de peaux, dont se servaient les marins de l'Armorique et qui avaient tant surpris César. Les Curiosolites étaient les corroyeurs, obligés de coudre et d'attacher les peaux puantes, to curry (keurri), corroyer, to owe (ô), être obligé, to sew (sô), coudre, attacher, olid, puant, fétide . Estce en souvenir des Curiosolites que la ville de SaintMalo fait encore un si grand commerce de cuirs et de peaux ? Dans cette tribu et sur les bords de la mer, existait Reginea, dont le nom seul indique l'importance pour la marine armoricaine : on – 157 – taillait les agrès des vaisseaux, rigging (rigguign), agrès, to hew (hiou), tailler . Dans le terrain limitrophe des Curiosolites, se trouvait une cité du nom d'Aleth, située à peu près à l'endroit occupé aujourd'hui par la ville de Saint Servan. La cité d'Aleth, allay (allé), mélange, alliage, to etch, graver à l'eau forte sur le cuivre , fabriquait-elle des ouvrages de cuivre et de bronze, ou bien, a-t-elle reçu ce nom à cause du sol qui aurait renfermé du minerai de cuivre ? Il est bien difficile de se prononcer. Cependant notre Aleth du département de l'Aude pourrait peut-être nous renseigner ; la similitude de nom semble devoir provenir de la similitude d'industrie ou de terrain contenant des métaux de même nature dans les deux localités. L'industrie métallurgique a toujours été nulle dans notre Aleth, et il n'existe rien dans les traditions populaires qui permette même de soupçonner l'exploitation de ses pyrites cuivreuses. Le Neimheid a dû appliquer une dénomination semblable à ces deux cités, si éloignées l'une de l'autre, probablement à cause de leur sol renfermant quantité de pyrites de cuivre mêlées à d'autres minerais. La cité bretonne d'Aleth appartenait à la tribu des Diablintes, – to dye (daï), teindre, colorer, – able, habile, – to hint, inventer, – 158 – suggérer –, les ouvriers ingénieux et habiles qui savaient donner aux tissus dont se composaient les vêtements des Celtes, ces couleurs vives et variées dont ils aimaient l'éclat. Les Diablintes possédaient une autre cité appelée Fines, – to fine, affiner, purifier, – haze (hèze), brouillard. A t-on voulu dans la dénomination de Fines faire allusion aux vapeurs semblables à des brouillards s'élevant au-dessus des foyers d'affinage ? Situé à proximité d'Aleth, Fines aurait bien pu posséder des foyers, destinés à purifier les pyrites de cuivre provenant de cette localité. En admettant cette hypothèse, qui n'est pas improbable, d'une fonderie de cuivre ou de bronze, dans la ville de Fines, les fourneaux ne devaient jamais s'éteindre, surtout si elle était dans l'obligation de fournir les timons et les roues de bronze aux habitants de Carife, dont l'industrie consistait à ajuster les différentes parties des chariots celtiques, – car, chariot, – to eye (aï), avoir l'oeil sur, – to fay (fé), ajuster –. Carife était à dix lieues au sud-est d'Aleth. A l'ouest des Vénètes, dans la partie de l'ancien comté de Cornouailles se terminant au cap ou bec du Raz, vivaient les Corisopites. Pour bien juger et apprécier cette contrée, il suffit d'en citer la description faite par Châteaubriand qui connaissait – 159 – sa chère Bretagne : " Région triste et solitaire, enveloppée de brouillards, retentissant du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers étaient battues d'un Océan sauvage. " Ces paroles sont la traduction fidèle et complète de Corisopites, – cor, coeur, – hiss, sifflement, – sob, soupir, sanglot, – to hit, frapper, toucher –. Les sifflements aigus, les gémissements incessants produits dans les rochers par la furie des ouragans, n'étaient-ils pas de nature à frapper, à attrister le coeur des Corisopites ? Les Agnotes, qui occupaient, au nord des Corisopites, la pointe armoricaine appelée le cap Finisterre, étaient, eux aussi, fatigués et tourmentés par le mauvais temps et les orages, – to hag, tourmenter, – naught (naût), mauvais –. Les Agnotes étaient compris dans la tribu des Osismiens ou Osismii. Ces derniers avaient reçu cette appellation à cause de l'abondance des marsouins et des piettes qui fréquentaient leurs côtes, – hog-sea (hog-si), marsouin, – smew (smiou), piette, oiseau aquatique –. Placée sur la rive droite de la Loire ou Ligeris, – lickerish, délicieux –, la tribu des Namnetes s'était rendue célèbre par son habileté à tendre des filets, – name, réputation, célébrité, – to net, prendre au filet –. – 160 – D'après Ptolemée, la cité principale des Namnetes était Condivicum, aujourd'hui Nantes, – to con, apprendre par coeur, – device (divaïce), invention –. Quelles inventions avaient donc fait dénommer cette ville Condivicum, inventions que l'on apprenait par coeur ? Y avait-il une école où l'on enseignait la pratique des arts manuels, ou bien était-ce une école de navigation dans laquelle les intrépides marins Vénètes venaient se former et se tenir au courant de la science et des inventions nautiques ? Il est toujours bien certain que Condivicum possédait un chantier de construction pour les vaisseaux, puisque, dans le fleuve baignant la ville, furent lancées, par ordre de César, les galères romaines destinées à combattre la flotte des Vénètes, qui comptait deux cent vingt navires. (1) II LES REDONES. – LES MONUMENTS CELTIQUES. – LES DRUIDES. – LES CARNUTES. Au nord de la tribu des Namnetes, se trouvaient les Redones. On ne peut guère parler des Redones sans rappeler à l'esprit les images des (1) De bell. gall. lib. III. 9. – 161 – grandes pierres dont les Bretons ont conservé les noms avec tant de soin. Il est intéressant de connaître la pensée de la science moderne sur ces monuments, pensée que M. Louis Figuier a parfaitement rendue et traduite dans l'Homme Primitif. Nous citerons textuellement, à ce sujet, quelques passages importants de ce livre. " Une circonstance heureuse et bizarre à la fois, écrit M. Louis Figuier, a rendu extrêmement faciles, et en même temps certaines, les notions que nous allons présenter à nos lecteurs. Ces tombeaux des hommes de l'époque de la pierre polie, ces monuments funéraires, ont été étudiés, décrits, fouillés d'une manière approfondie, par les archéologues et les antiquaires, qui en ont fait le sujet d'une foule de publications et de savants mémoires. En effet, ces tombeaux ne sont rien autre chose que les dolmens, ou les monuments celtiques ou druidiques, et ils ne se rapportent nullement, comme on l'avait toujours pensé, aux temps historiques, c'est-à-dire aux temps des Celtes ou des Gaulois, mais remontent à une antiquité beaucoup plus haute, car ils appartiennent à l'époque antéhistorique de la pierre polie. Nous étudierons, avec cette donnée explicative, les dolmens et autres monuments dits mégalithiques, restes grandioses d'une époque – 162 – ensevelie dans la nuit des temps, énigmes colossales qui s'imposent à notre raison et piquent au plus haut point la curiosité de l'érudit et du penseur. Les dolmens sont des monuments qui se composent d'un gros bloc de rocher, plus ou moins aplati, et posé horizontalement sur un certain nombre de pierres, dressées verticalement elles-mêmes pour servir de supports. La terre recouvrait ces sortes de chambres sépulcrales et formait un monticule, mais par la suite des temps, cette terre ayant souvent disparu, on voit apparaître seulement les pierres nues de la chambre sépulcrale. Ce sont ces pierres nues que l'on a prises pour des autels de pierre, et que l'on a rapportées au culte religieux des Gaulois. Les prétendus autels druidiques ne sont que des dolmens en ruine. Ce n'est donc pas, comme on l'a toujours dit, pour servir aux pratiques d'un culte cruel qu'ils ont été élevés. Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que les dolmens ne sont que des tombeaux de l'époque antéhistorique. "... Il faut donc renoncer à voir dans les dolmens de la Bretagne, qui ont été tant de fois décrits par les antiquaires, et qui figurent au nombre des monuments de notre histoire, des – 163 – symboles de la religion de nos pères. On ne peut plus les regarder que comme des chambres sépulcrales. Les dolmens sont très nombreux en France, beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense. On croit généralement qu'il n'en existe qu'en Bretagne, et les curieux admirent sous ce rapport les prétendus autels druidiques si répandus dans cette ancienne province de France. Mais la Bretagne est loin d'avoir le privilège des constructions mégalithiques. On en a trouvé dans cinquante-huit de nos départements, appartenant pour la plupart aux régions de l'ouest et du sud-ouest.. Les menhirs étaient d'énormes blocs de pierres brutes, que l'on fichait en terre aux environs des tombeaux. Ils étaient plantés isolément, ou par rangées, c'est-à-dire en cercle ou en avenue. Quand les menhirs sont rangés en cercle, uniques ou multiples, on les nomme cromlechs. Ce sont de vastes enceintes de pierres, ordinairement disposées autour d'un dolmen. Le culte dû aux morts parait avoir converti ces enceintes en lieux de pélerinage où se tenaient, à de certains jours, des assemblées publiques. Ces enceintes sont tantôt circulaires, comme en Angleterre, tantôt rectangulaires, comme en – 164 – Allemagne ; elles comprennent un ou plusieurs rangs. " ... Ces monuments de pierre, nous l'avons déjà dit, ne sont pas plus celtiques que druidiques. Les Celtes, peuples qui occupèrent une partie de la Gaule, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, sont tout à fait innocents des constructions mégalithiques. Ils les trouvèrent toutes faites lors de leur immigration, et, sans doute, ils les considérèrent avec autant d'étonnement que nous. Ils en tirèrent parti, lorsqu'ils leur parut avantageux de les utiliser. Quant aux prêtres de ces peuples anciens, quant aux druides qui cueillaient le gui sacré sur le chêne, ils accomplissaient leurs cérémonies dans le fond des forêts. Or, jamais dolmen ne fut bâti au fond des forêts ; tous les monuments de pierre qui existent aujourd'hui se dressent dans la partie découverte du pays. Il faut donc renoncer à l'antique et poétique aperçu qui fait des dolmens les autels du culte religieux de nos ancêtres. " (1) L'opinion de la science moderne touchant les dolmens, diffère étrangement des idées suscitées par l'interprétation des noms que portent les grandes pierres, si abondantes en Armorique, surtout chez les Redones (Rennes). (1) L'homme Primitif par M. Louis Figuier. – 165 – Les Redones formaient la tribu religieuse, savante, possédant le secret de l'élévation des monuments mégalithiques disséminés dans toute la Gaule ; c'était la tribu des pierres savantes,– read (red) savant,– hone, pierre taillée. – L'étude et la science étaient indispensables pour connaître le but de l'érection des mégalithes, et ceux-là seuls en possédaient l'intelligence et le sens qui l'avaient appris de la bouche même des Druides. Il est utile de remarquer que le département d'Ille-et-Vilaine comprend la plus grande partie du territoire des anciens Redones ; il reçoit son nom des deux rivières l'Ille et la Vilaine qui y prennent leurs sources. Ille, hill, signifie colline ; Vilaine – to will (ouill), vouloir, – to hem, entourer –, se rattache aux pierres levées placées sur les collines et entourant la tribu des Redones. Le rapport et la convenance entre le nom des deux rivières et celui de Redones sont-ils purement fortuits ? N'est-ce pas une confirmation frappante de l'interprétation donnée à Redones et suggérée par la langue des Tectosages ? " Les pierres isolées, dit H. Martin, se nomment men-hir, pierre longue, ou peulvan, pilier de pierre ; les grottes factices, leckh, roche, ou dolmen pierres levées, (de tol ou dol, élévation) ou table de pierre, (de taol, table) : les – 166 – cercles, crom leckh (pierres de crom ou cercles de pierres). Les fameuses tours rondes d'Irlande sont aussi des monuments gaëliques, d'un caratère religieux, comme l'atteste bien leur nom traditionnel, Feid-Neimheidh. " Neimheid, nous l'avons déjà vu, désigne le corps savant qui composait les dénominations. Ces hommes d'élite distribuaient-ils aussi au peuple le fondement principal de leur nourriture, c’est-à-dire le blé et le pain? Feid le déclare positivement, puique le verbe to feed (fid) signifie, nourrir, donner à manger. Les termes ménir, dolmen, cromleck, se rapportent encore à ce fait important, qui consistait pour les Druides, à distribuer au peuple Celte, d'abord la science religieuse, essentielle à la vie morale, et en second lieu, le blé et le pain, essentiels à la vie matérielle. Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l'aliment de première nécessité, le blé, – main (mén), principal, – ear (ir), épi de blé.– Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, – key, clef, – ear (ir), épi de blé, – hole, petite maison des champs.– Dans ce terrain, probablement, était construit le grenier à blé des villages celtiques. La répartition du blé était faite par la main des Druides, – 167 – comme les divers auteurs l'ont bien constaté et comme le témoigne avec évidence l'expression attachée au dolmen, qui était, d'ailleurs, construit comme une table de distribution, to dole, distribuer, – main (mén), essentiel –. Il est tout à fait curieux et intéressant de rapprocher des termes ménir et dolmen, le nom du dernier chef des Druides armoricains, qui vit fermer les collèges druidiques en vertu d'un décret des états généraux, présidés par l'Evêque Modéran, sous le premier roi d'Armorique, Conan Meriadech, et tenus à Rennes, en l'année 396 après Jésus-Christ. Ce chef suprême de l'ordre druidique se nommait Eal-ir-bad, – to heal (hil), rémédier à, – ear (ir), épi de blé, – bad, gâté, mauvais – : rémédier au blé gâté. Il était donc obligé, par ses fonctions d'archidruide, non-seulement de répartir le blé en temps ordinaire, mais encore, dans les années malheureuses, de rémédier aux accidents survenus aux récoltes, en distribuant, sans doute, le blé prudemment tenu en réserve dans les greniers spéciaux. Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain et de to like (laïke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes. – 168 – Les pierres branlantes sont nommées roulers par les Bretons, – ruler (rouleur), gouverneur, – Elles sont le signe des gouvernements divin et druidique. On a pu croire, par les récits de César et la forme des dolmens, que ces tables servaient d'autel où les Druides immolaient des créatures humaines ; mais l'interprétation des noms de toutes les pierres levées celtiques, interprétation facile et lumineuse par l'idiome des Tectosages, fait perdre à ces mégalithes les caractères odieux qu'on leur attribuait, et les fait rentrer dans la classe de monuments très simples, possédant néanmoins une splendide signification religieuse, que nous essaierons d'exposer avec clarté en parlant du Cromleck de Rennes-les-Bains. La plus grande indécision règne sur le peulven et le lichaven. On rapporte généralement le peulven au ménir et le lichaven au dolmen. En réalité, les peulvens et les lichavens présentent une idée semblable à celle qui est renfermée dans le nom des Vénètes, car peulven exprime un sentiment de répulsion pour les temples, – to pull (poull), arracher, – vane (véne), temple –, et lichaven représente un peuple manquant d'édifices religieux, – to lack, manquer de, – vane (véne), temple – : ce dernier devrait être écrit lackven au lieu de lichaven. – 169 – On pourrait faire observer, au sujet de lichaven, que, dans l'idiome des Tectosages, le verbe to like (laïke) signifie aimer, ce qui attribuerait au lichaven un sens contraire à celui que nous avons cru devoir lui donner ; mais il ne faut point perdre de vue que les lichavens existent dans la tribu des Vénètes aussi bien que dans la tribu des Redones, qu'il y aurait une contradiction tout à fait flagrante dans la présence de ces lichavens (aimant les temples) au milieu du territoire occupé par les Vénètes (détestant les temples), et le Neimheid était trop savant pour commettre une méprise aussi grande. D'après Strabon, la ville la plus importante des Redones était Condate. Elle devait être très fréquentée par la jeunesse studieuse des Gaules, car on y apprenait par coeur, les sciences communiquées par les Druides, – to con, apprendre par coeur, – death (dèth), la mort et ses suites ; ou bien encore – date (dète) époque –. Avant de citer les affirmations de César sur l'enseignement druidique, il sera avantageux de rechercher le sens du mot Druide, lequel a reçu des interprétations si diverses. On est persuadé communément que Druide signifie l'homme du chêne, et Pline n'a pas peu contribué à faire prévaloir cette explication ? Chêne, en dialecte languedocien, s'exprime par – 170 – garrik ; en anglo-saxon par oak (ok) ; en breton, par derò, derv ; en gallois, par derw ; en écossais et en irlandais par dair ; en latin, par quercus, et en grec par drus. Pline, après avoir remarqué l'expression grecque, croit que Druide vient de drus : " Point de sacrifice, dit-il, sans les rameaux de chêne " (1)
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