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Les Bergers d'Arcadie             2/2
Encore d'autres versions... 

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

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   Lorsque l'on veut évoquer les peintures liées à Rennes-Le-Château, le premier sujet qui vient à l'esprit est celui des Bergers d'Arcadie, traité principalement par Nicolas Poussin mais aussi par d'autres artistes. Or ce qui est moins connu, c'est qu'il existe une multitude de tableaux et de gravures inspirés de l'œuvre du Maître.

 

Le thème des Bergers d'Arcadie est récurrent : 2 ou 3 bergers et une femme assimilée à une bergère, contemplent un tombeau en pierre sur lequel on peut lire dans certains cas l'inscription latine "ET IN ARCADIA EGO". Le tombeau est parfois surmonté d'un crâne.

 

 

L'étude sur les différentes versions est composée de 2 volets :

 

   Les versions directement liées aux bergers d'Arcadie

   Les autres versions

 

Thèmes arcadiens...

"ET IN ARCADIA EGO" de Guercino (Le Guerchin)  -  1618-1620
 

   Voici sans doute la première peinture connue, datée entre 1618 et 1620, et où apparaît la devise :   ET IN ARCADIA EGO

 

   Elle fut réalisée par Giovanni Francesco Barbieri dit "il Guercino (le Guerchain)" car il louchait. Peintre italien né à Cento en 1591, il mourut à Bologne en 1666. L'œuvre est aujourd'hui exposée dans la Galleria Corsini à Rome.


ET IN ARCADIA EGO" de Guercino ou Le Guerchin (peint entre 1618 et 1620)

 

   Le peintre bolonais met en scène la découverte d'un monument funéraire situé en Arcadie par deux bergers étonnés. Le tombeau porte un crâne sur lequel on distingue une abeille. A coté, une souris et une chenille contraste avec le crane représentant la mort. La notion d'un tombeau en Arcadie nous ramène à Virgile et à la Renaissance que le poète Sannazzaro décrit dans sa pastorale "Arcadie" publiée en 1502. Le poème raconte la présence d'une tombe sur laquelle d'autres bergers viennent offrir des sacrifices, non loin du fleuve Alphée. Le mythe d'Arcadie, véritable paradis grec, est un thème qui enchante les poètes et les artistes à partir du XVIIe siècle. Officiellement, le thème représenterait la mort en Arcadie, et l'inscription ET IN ARCADIA EGO alors "Même en Arcadie, moi, la Mort, j'existe"

 

   En toute probabilité, la toile "ET IN ARCADIA EGO" du Guerchin fut commissionnée par la famille florentine Barberini, l'une des plus importantes familles protectrices des arts à Rome. D'ailleurs le cardinal Francesco Barberini lui avait déjà commandé une autre œuvre : "La mort de Germanicus". Quant à la formule "ET IN ARCADIA EGO" on suppose qu'elle fut inspirée par le prélat Giulio Rospigliosi, grand amateur et protecteur des arts et qui deviendra le pape Clément IX.

 

   Le Guerchin est le premier peintre connu à avoir illustré ce thème arcadien.

 


Détail - Le crâne, la souris, la chenille, l'abeille,
et "ET IN ARCADIA EGO"


L'abeille symbolise la connaissance mais aussi la résurrection et le Christ.

 

   La souris symbolise le temps qui dévore toute chose. La chenille est un symbole repris dans toutes les traditions spirituelles. La métamorphose de la chenille en papillon représente l’âme humaine appelée à renaître des épreuves et à s’éveiller à la sagesse. Mais que symbolise l'abeille?

 

   Depuis nos origines, l'abeille possède une très riche symbolique. Dans l'ancienne Égypte et en France, elle représente le pouvoir royal et impérial.  300 abeilles d'or furent découvertes dans le tombeau de Childéric 1er en l'an 481 et Napoléon 1er prit l'abeille comme motif sur ses tapis et son manteau de sacre.

 

   Dans la religion grecque, elle matérialise l'âme, mais aussi la résurrection. Pour les Celtes, elle symbolise la sagesse et l'immortalité. Pour les Hébreux, elle symbolise la parole, l'éloquence, et l'intelligence. Son miel est le symbole de la connaissance, du savoir et de la sagesse. Enfin, pour son miel et son dard, l'abeille est aussi le symbole du Christ, douceur et miséricorde contre justice en tant que Christ juge. L'abeille fait aussi référence aux mérovingiens qui utilisaient cet insecte pour représenter l'immortalité de l'âme.

 

   Si l'on suppose que l'abeille sur le crâne symbolise le Christ, la résurrection et la connaissance. La souris ronge le crâne, ce qui rend la mort inéluctable mais la résurrection de l'esprit symbolisée par l'abeille permet de faire vivre l'arbre des générations et donc la descendance christique...

 

   La présence des trois symboles : les bergers, un crâne, et la formule "ET IN ARCADIA EGO" préfigure le thème qui sera repris par Nicolas Poussin dans "Les bergers d'Arcadie" (versions I et II) ...

 

   Une autre œuvre de Guerchin est étonnante puisque l'on retrouve nos deux bergers exactement dans la même position. La scène représente Apollon écorchant Marsyas. Ce mythe est celui des conquêtes helléniques par Apollon de la Phrygie et de l'Arcadie (Marsyas) et qui auraient remplacé les instruments à vent symbolisé par Marsyas, par des instruments à corde symbolisé par Apollon.


Appolon écorchant Masyas par le Guerchin (1618)
On retrouve les deux bergers ET IN ARCADIA EGO à gauche

 

L'Arcadie vue par un inconnu du XVIIIe siècle

  

   C'est lors d'une rencontre avec une passionnée que j'ai découvert cette toile méconnue et que je livre ici.

 

   Le tableau présenté au musée de Brive est un très bel exemple arcadien puisqu'il rassemble tous les thèmes classiques du genre. Elle fut peinte par un anonyme de la fin du XVIIIe siècle probablement issue de l'Ecole française. Autrefois attribué à Vallin, l'œuvre se rapproche plus de Bidault ou de J-V Bertin jeune. Mais je dois reconnaître qu'à force de l'examiner il y a quelque chose de Poussin. Sans doute l'artiste s'est-il également inspiré du maître des Andelys, ajoutant ainsi une certaine profondeur. La maîtrise est en tout cas au rendez vous et il est étonnant que cette scène ne soit pas plus connue.

 

Un grand merci à Minathéa, chercheuse, qui permit de mettre à la lumière de Rennes ce chef d'œuvre du XVIIIe siècle.


Paysage aux bergers d'Arcadie - Fin du XVIIIe siècle - Anonyme
Huile sur toile 84cm x 95cm - Musées Nationaux

 

   On y voit un berger montrant une inscription à l'une des danseuses. L'inscription discrète permet de découvrir la célèbre devise "ET IN ARCADIA EGO". 

De la même manière que Poussin, le texte est gravé sur une importante pierre parallépipédique symbolisant un tombeau. Le geste du berger est toujours le même. L'index touche la pierre en montrant sans ambigüité la formule latine.

 

   A droite et en bas, de l'eau bouillonne comme si nous étions près d'une rivière ou d'une source, allusion au fleuve souterrain Alphée qui traversait l'Arcadie. De manière allégorique le fleuve souterrain symbolise le flot de la connaissance cachée.

 

 


ET IN ARCADIA EGO est légèrement lisible...

 

   Au milieu de la toile et de façon très discrète, 3 pierres taillées sont alignées. Leurs formes rappellent évidemment les pierres celtiques du Cromlech cher à Boudet.

 

L'artiste a pris également un grand soin à nous présenter le profil montagneux, preuve qu'il connaissait parfaitement l'importance de celui des bergers d'Arcadie de Poussin.


Détail profil gauche

 


S'agit-il du Bugarach au loin ?


Le Bugarach

 

   L'allusion au Bugarach, la célèbre montagne dominante de l'Aude, est évidemment tentante. L'artiste peintre a certainement vu les bergers d'Arcadie de Poussin. Mais si l'on suppose que l'artiste a intentionnellement dessiné le Bugarach, il est clair que le peintre était initié.

 

 

   Enfin, la présence des bergers peut être aussi une allégorie au célèbre berger Paris qui retrouva sa jeune brebis au fond d'un trou.

 

Le monument des bergers de Shugborough Hall

 

   La scène inversée et en bas relief présente quelques différences avec la seconde version de Nicolas Poussin. Le profil montagneux de Rennes-Le-Château n'est plus visible et le tombeau parallépipédique est remplacé par un monumental cercueil de forme pyramidale. Les positions des personnages, des mains, et l'angle des bâtons sont toutefois respectées.

 

   Le marbre se trouve à Shugborough Hall dans les jardins d'une superbe demeure au milieu de la campagne anglaise. Ce site magique est d'ailleurs entouré de mystères...

 

 

 

Les Bergers d'Arcadie de Castiglione

 

   Cette peinture a été réalisée par Giovanni Benedetto CASTIGLIONE (Gênes, 1609 - Mantoue, 1664), dit "Il Benedetto" en France.

 

   Bien qu'assez différente du thème de Poussin, la toile rappelle les Bergers d'Arcadie mais en utilisant d'autres symboles. La bergère et l'inscription "ET IN ARCADIA EGO" ont disparu. En revanche, une autre inscription latine est pointée du doigt : Temporalis (qui désigne ce qui est temporaire comme le temps) et Aeternitas (éternité).

 

L'inscription cache une allégorie du temps et de la connaissance.

 

 

De nouveaux Bergers d'Arcadie par Hubert Robert

 

   La consultation des acquisitions faites régulièrement par les musées d'Art réserve parfois des surprises étonnantes aux chercheurs. Cette toile a pourtant été découverte par le public en 2004 mais à ma connaissance aucun auteur n'avait fait la relation avec la collection arcadienne de Rennes-Le-Château... Voici donc une nouvelle pièce à conviction que j'apporte à la série des bergers.

 


Huile sur toile aux angles supérieurs coupés 208 x 168 cm
Inscription sur le tombeau, signé et daté :
D.M. / ET EGO PASTOR / IN ARCADIA / H. ROBERT 1789.

 

   Cette peinture a été acquise par le Musée des Beaux Arts de Valence le 26 juin 2004 lors d'une vente publique. Elle a été peinte par Hubert Robert en 1789.

 

   On y découvre des bergers dans un paysage arcadien avec une cascade. Un temple grec au sommet d'une colline signe l'Arcadie. Les bergers commentent un tombeau de forme différente de celle de Poussin et lisent une inscription :

 

D.M.

ET  EGO  PASTOR

IN  ARCADIA

H. ROBERT 1789.

 

et qui peut se traduire par "Je fus berger en Arcadie"  

 

   Cette toile est étonnante de la part de Hubert Robert car elle ne correspond pas à son style beaucoup plus sobre et moins allégorique. Il faut noter également l'abréviation D.M. qui rappelle étrangement l'inscription sous les bergers d'Arcadie de Shugborough :

 


L'inscription non résolue de Shugborough sous les Bergers d'Arcadie de marbre

 

Hubert Robert (1733 - 1808)

 

   Il naquit à Paris le 22 mai 1733. Il reçut une éducation classique et il se forma auprès de Michel-Ange Slodz, fervent admirateur de la culture italienne. En 1754, il partit pour Rome avec la suite du comte de Stainville, nommé ambassadeur de France. Mais ceci ne l'empêche pas de suivre des cours de l'Académie de France au palais Mancini dont il devint pensionnaire en 1759.

 

De 1754 à 1765 à Rome, il travailla toutes les facettes de son art et il étudia les grands maîtres italiens (Pannini et Piranèse). Il redécouvrit également avec ses contemporains les grands sites archéologiques de Pompéi, Paestum, Herculanum. Passionné par Rome, il visita les architectures monumentales de la Rome antique, les villas Tivoli et Ronciglione. Il accumula croquis et esquisses qui feront de lui un des maîtres du "Paysage de ruines" et qui lui vaudront le surnom de "Robert des Ruines".

   De retour à Paris en 1765, il connut un succès très rapide. Il fut nommé Dessinateur des jardins du roi en 1784 et devint Garde du Muséum chargé de l'acquisition et de la présentation des œuvres de la galerie du Louvre en 1793. Arrêté sous la Terreur, il continua à peindre, devenant ainsi un précieux témoin des événements révolutionnaires. Il mourut à Paris en 1808.

 

   Hubert Robert sut en tant que passionné de l'art antique romain, rendre l''ambiance qui régnait à Rome à son époque.

 

   En effet c'était la période des découvertes archéologiques, des fouilles et des chasses au trésor.

 

 

   Sa toile des Bergers d'Arcadie faite en 1789 n'est peut être pas un hasard. Initié à un secret qui lui fut peut être confié à Rome ou déduit de ses différentes recherches archéologiques et sentant la folie révolutionnaire proche, il préféra assurer ses connaissances sur une toile.


Les découvreurs d'antiques
par Hubert Robert en 1765

 


La grotte par Hubert Robert

   N'oublions pas non plus qu'il eut le poste de  "Garde du Muséum chargé de l'acquisition et de la présentation des œuvres de la galerie du Louvre en 1793", ce qui lui donnait accès très certainement à de nombreuses archives royales dont celle de Louis XIV...

 

 

 

   Hubert Robert est en tout cas un peintre déroutant comme on peut s'en apercevoir sur cette toile "La grotte" où
trois femmes sortent d'une caverne où s'écoulent de l'eau, éclairée par une lumière mystérieuse...

 

Les Bergers d'Arcadie de Marc Arcis

   Cette sculpture bas-relief en terre cuite fut réalisée par Marc Arcis (mort en 1739)

 

Intitulé "Les Bergers d'Arcadie", la scène représentée ici est intéressante par le fait que l'on y voit un personnage couché (ou mort) sur le tombeau. La femme, une main sur la sépulture, invite le berger à regarder

Il est a noter que Marc Arcis fut l'élève de Antoine Rivalz peintre toulousain célèbre et dont le père Jean-Pierre Rivalz eut l'honneur de travailler pour Poussin

 

Dimensions :
Hauteur 21cm x Longueur 18cm
Toulouse / Musée des Augustins

 

   Marc Arcis fut un sculpteur français du XVIIe et XVIIIe siècles. Il fut l'élève du peintre Antoine Rivalz(1667-1735) et réalisa quelques bustes de la galerie des Illustres à Toulouse. À Paris il décora l'église de la Sorbonne et travailla également à Versailles. Vers 1690, il s'installa définitivement à Toulouse où il décora plusieurs chapelles et les églises Saint-Cernin et Saint-Etienne. Il mourut à Toulouse en 1739.

 

Les bergers de Bourdon

 

   Voici encore une autre représentation ancienne sur le thème arcadien. Cette gravure fut réalisée par David Herrliberger (1697-1777), d'après Sébastien Bourdon.


Paris Bibliothèque nationale

 

Un paysage au tombeau par Francisque Millet I

   Voici un autre exemple peu connu de tombeau arcadien dans un paysage.
Le dessin fut exécuté par Francisque Millet I, Jean François (1642-1679). Il fut ensuite gravé sur cuivre par Théodore, un élève de Millet et imprimé par Jean Simon (1675-1754). Sa date est estimée à 1710 et ce médaillon fait partie d'une série de 6 paysages en rond.


Dessin de Francisque Millet I - Gravure sur cuivre - Hauteur 18,8  Largeur 23 cm
Conservation à Londres au "Royal Academy of Arts"

La gravure porte également une inscription :

Francisque pinxit,  excudit cum priuilegio regis

qui peut se traduire par : Peint par Francisque Millet,  avec le privilège des rois

Encore une fois, serait-ce une nouvelle coïncidence ? Serions-nous en présence du Bugarach au loin ?

 


Le Bugarach du tableau arcadien de Brive


Le Bugarach

 

Le tombeau romain de Millet II

   Surprise. Voici que son fils peintre, Francisque Millet II (1666-1723) fit un autre tableau tout aussi étonnant. Il s'agit d'un tombeau romain en marbre, visiblement ouvert et mis en scène devant une grotte.

 

Sa taille colossale indiquée par les petits personnages, démontre l'importance de la sépulture.
 

Enfin, à la manière des bergers d'Arcadie, l'un d'eux montre le tombeau avec sa main.

 

 

 

Francisque Millet II
Personnages devant une tombe romaine en marbre dans une grotte
Musée d'Art, Senlis

 

   Jean-François Millet (1666-1723), que l'on nomme également Francisque II, naquit à Paris en 1666. Son père fut Francisque Millet I (1642-1679) et il suivit une même carrière artistique. Il fut agréé à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1708 et devint académicien le 22 juin 1709. Très probablement, comme Nicolas Poussin avant lui ou Hubert Robert, il se passionna pour l'art antique et pour Rome, très à la mode à cette époque.

 

Arcadia par un artiste inconnu

   Voici encore un autre exemple de l'influence de Poussin. Tableau exécuté par un artiste inconnu vers 1650.

 

Des bergers corses

   Une version peu connue des bergers d'Arcadie située dans une maison de notable en Corse à Piedicroce. Le médaillon est visible sur un plafond. Auteur inconnu.

 

    

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