> Les indices complémentaires

  

 

Les méridiens et leurs mystères
Leurs histoires (1/2)

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

Partager    
 

 

   Il existe, parmi les sujets de recherche sur Rennes-Le-Château, des thèmes récurrents. La problématique des méridiens revient régulièrement. A la fois simple et complexe, cette notion est de manière évidente liée à l'énigme. Mais leurs histoires touchent aussi d'autres domaines comme l'alchimie, l'occultisme ou les alignements topographiques. De plus, de nombreuses erreurs perdurent de façon cyclique comme le fait de croire que le Méridien 0 traverse exactement le tombeau des Pontils, ou que la cathédrale de Bourges se trouve exactement sur le méridien de l'église Saint-Sulpice de Paris. On peut même lire parfois que la petite chapelle qui abrite la dépouille de Jean Cocteau serait placée sur ce même méridien alors qu'elle est située à plusieurs kilomètres.

 

   Ces erreurs colportées par beaucoup d'auteurs, entraînent inévitablement des confusions difficiles à corriger avec le temps. Tout ceci favorise une tradition culturelle qui se propage sous la forme de croyances année après année et sans aucune vérification élémentaire.

 

   Ce thème ne se veut pas parfait, ni exhaustif. Le sujet est bien trop complexe. Il essaie néanmoins de démystifier certains préjugés et de tordre le coup à certaines vérités tenaces. Il n'en demeure pas moins que le sujet reste rempli de mystères. Mais comme souvent dans cette affaire, les mystères ne sont pas là où on les attend. Ce serait bien trop simple...

 

L'étude des méridiens est composée de 2 volets :

 

   Les méridiens et leurs histoires
   Les méridiens et le Razès

 

Le méridien de Saint-Sulpice

 

   Le méridien de Saint Sulpice est né d'un instrument astronomique particulier, le gnomon, installé dans l'église Saint Sulpice de Paris. Il fut construit à la demande de Jean-Baptiste Languet de Gergy (1675-1750), curé saint sulpicien à partir de 1737. Son objectif officiel était de déterminer l'équinoxe de mars et ainsi la date exacte de la Pâques. En effet, cette fête chrétienne qui commémore la Résurrection du Christ, doit être célébrée le dimanche suivant la première pleine lune, après l'équinoxe de printemps, entre le 22 mars et le 25 avril. C'est entre autre pour cette raison que le méridien prit plus tard un sens ésotérique. Cette ligne particulière faite de laiton et que l'on nomme aussi "Ligne Rose" ou "Rose Line" a donc un rapport étroit avec la Résurrection de Jésus.

 

   Dans le langage des oiseaux, le Méridien de Paris, du fait de sa couleur cuivrée et rouge a donné aussi les noms : "Rousse Ligne", voire "Roux Sillon" (Languedoc Roussillon). Le nom "Rose ligne" amène aussi à Roseline qui est le prénom de Sainte Roseline, fêtée le 17 janvier en même temps que la fête de Saint-Sulpice.

 

   La particularité du gnomon de Saint Sulpice est qu'il mesure la hauteur du soleil à midi en projetant sur le sol, puis sur un obélisque, l'image du soleil.

  Chaque jour ensoleillé, un cercle de lumière apparaît donc à midi sur cette bande de laiton et s'étale au fil des jours sur toute la longueur du transept.

 

   La ligne est donc très précisément orientée nord-sud et elle symbolise le méridien de midi. Mais il est évident qu'il existe une infinité de méridien de midi.

   A ne pas confondre avec un autre ancien méridien, celui de l'Observatoire de Paris qui est lui l'ancien Méridien de Paris (Méridien 0).

 

   La Ligne Rose passe par la croisée du transept et correspond au méridien de longitude :

 

2° 20' 05.49" E


Le méridien et le gnomon au fond

 


La croisée du Transept est située à 48° 51' 03.28" N et 2° 20' 05.49" E
et définit la Ligne Rose qui est le méridien de Saint-Sulpice

 

Le méridien de Bourges

 

   Il existe un autre méridien que l'on confond souvent avec celui de Saint-Sulpice ou avec celui de l'Observatoire de Paris. C'est celui qui passe par la cathédrale de Bourges. Il est vrai que cette méridienne a aussi de quoi étonner. Non seulement elle est également matérialisée par une bande de cuivre, mais elle est proche de la Ligne Rose de Saint-Sulpice (4908 m) et donc du Méridien de Paris.

 

   Une autre particularité est que Bourges est liée à l'église Saint Sulpice puisque Saint Sulpicius, était archevêque de Bourges au VIe siècle et mourut le 17 janvier 647, jour de l'année hautement symbolique...

 

   Ajoutons aussi que Bourges, ancienne capitale, est considérée comme la ville du centre de la France et qu'elle fut réputée pour avoir hébergée un alchimiste célèbre Jacques Cœur.

 


La cathédrale de Bourges

 

   Contrairement au gnomon de Saint-Sulpice destiné à mesurer la date exacte de Pâque, le méridien de Bourges servit de cadran solaire et date de 1757.

 

   Les méridiennes présentes dans de nombreuses églises des villes ou des villages d’Europe permettaient de donner précisément l’heure locale du midi solaire. la nécessité d’une heure de midi commune ne se fit sentir qu’après l’essor des horloges mécaniques. La précision des horloges des églises se faisait alors au moyen de ces méridiennes.

 


Le méridien de Saint Sulpice (en rose) est distant de 4908m de
celui de la cathédrale de Bourges (en bleu)

 

Le méridien de Paris

 

L'Observatoire de Paris

 

     Au milieu du XVIIe siècle, après la mort de Nicolas Poussin, quelques membres de la communauté scientifique élaborèrent en 1665 le projet d'une "Compagnie des Sciences et des Arts". Le physicien astronome Auzout envoya même au Roi une dédicace : "Il y va, Sire, de la Gloire de Votre Majesté... de l'établissement d'un observatoire astronomique". 

 

   Louis XIV et Colbert profitèrent de cette demande pour lancer un projet équivalent : l'Académie royale des Sciences. Sa première séance aura lieu le 22 décembre 1666. Mais pour concrétiser cette naissance il fallait un monument d'envergure et surtout un emplacement. Décision fut prise de créer l'Observatoire royal. Ce bâtiment qui deviendra L'Observatoire de Paris, était destiné à servir de salles des séances pour les académiciens ainsi que de laboratoire et d'abri à des instruments astronomiques.  Colbert fera ensuite venir du conté de Nice un certain Jean-Dominique Cassini (1625-1712) et Louis XIV lui confiera la responsabilité de l’Observatoire. C'est le début d’une véritable aventure dynastique puisque 4 générations Cassini se succéderont à la tête de l’institution.

 


Établissement de l'Académie des sciences et fondation de l'Observatoire
Versailles, Musée National des Château de Versailles et de Trianon

par
Henri Testelin (1616-1695)  

 

     Le domaine qui accueille l'Observatoire possédait alors une superficie de 2,5 hectares. Le terrain parfaitement dégagé, était de forme pentagonale et l'axe nord-sud définissait le futur Méridien. L'emplacement fut acheté le 7 mars 1667 pour la somme de 6604 livres et sa situation était particulièrement bien choisi. Tout autour s'étendaient les jardins de religieux : au nord, l'abbaye de Port-Royal de Paris ; à l'Est, le noviciat des Capucins ; à l'Ouest, le noviciat des pères de l'Oratoire ; au Sud, la campagne avec des moulins à vent. L'horizon était parfaitement dégagé de tous cotés et donc particulièrement propice aux observations célestes.

 

     Situé en dehors de Paris au-delà de la Fausse Porte Saint-Jacques, au lieu-dit "Le Grand Regard", on construisit très vite une enceinte qui coûta trois fois le prix du terrain. A l'origine, l'entrée principale se trouvait dans le chemin du faubourg Saint-Jacques et en 1811 elle se déplaça sur l'Avenue de l'Observatoire. Deux pavillons viendront encadrer l'entrée et sont toujours visibles actuellement. 

 

      L'Observatoire fut bâti entre 1668 et 1672 sur les plans d'un architecte célèbre du Roi : Claude Perrault, qu'il ne faut pas confondre avec Charles Perrault, son frère, le célèbre écrivains de contes.

 

   Les 4 faces de l'édifice sont orientées vers les points cardinaux et la face Sud détermine la latitude de Paris. Le bâtiment fut orienté avec une grande précision le 21 juin 1667, jour du solstice d'été.

 

   Ce jour, les mathématiciens de l'Académie tracèrent sur le terrain, à l'emplacement actuel du bâtiment, le méridien et les autres directions nécessaires à l'implantation exacte de l'édifice. La ligne ainsi définie devint le Méridien de Paris et le méridien origine pour la France (Méridien 0). 

 

     Claude Perrault, membre de l'Académie dans la section Physique,  fit au préalable exécuter une maquette en bois pour présenter au Roi et aux académiciens le projet du bâtiment. La construction de l'édifice fut rapide malgré les travaux de consolidation qu'il fallut effectuer dans les sous-sols. En effet, Claude Perrault découvrit rapidement de vieilles carrières souterraines qui deviendront plus tard les catacombes. Ces vides situés à environ 28 m sous terre furent consolidés pour soutenir la construction. La profondeur de la carrière équivalait à la hauteur du bâtiment. Un puits d'une hauteur de 56 m fut même construit et un escalier en spiral fut ajouté dans sa partie inférieure.


La mire du Méridien

 

     Ce puits permit à l’astronome Cassini d’observer les étoiles au zénith ou de réaliser des études sur la chute des corps. Les anciennes carrières furent aménagées en laboratoire souterrain et devinrent « les caves de l’Observatoire ».

 

    Ces lieux très privilégiés pour les expériences du fait d'une très grande stabilité de la température, permettait d'établir toute sorte d'étalonnage dont le calibrage des thermomètres.

 


L'Observatoire presque terminé
avec son enceinte (vers 1672)

 

   L'édifice se compose d'un corps central rectangulaire, flanqué à l'Est et à l'Ouest, sur sa face méridionale, de deux tours octogonales. Une tour carrée est accolée à la façade nord de laquelle elle fait saillie. Elle deviendra la caractéristique du monument. La façade Sud est ornée de bas-reliefs représentant des globes et des instruments d'astronomie.

 

   Le gros œuvre fut terminé en 1672 et les travaux d'aménagement se poursuivirent jusqu'en 1683. Au final, l'Observatoire de Paris aura coûté 716 000 livres

 

   Mais l'Observatoire ne deviendra pas le centre de recherche national d'excellence qu'avait imaginé Colbert et Louis XIV. En dehors d'un Cabinet des machines qui servira de dépôt à l'Académie des sciences jusque vers 1740, il sera consacré entièrement à l'activité astronomique. Dès ses débuts, les académiciens ne manifestèrent aucun désir d'y travailler ou de s'y réunir, le lieu étant éloigné du centre de Paris.

  

   Contre toute attente, en 1919 l’Observatoire devint le centre mondial de l’heure. Après les pendules de précision, vint une horloge à quartz en 1946 puis des horloges atomiques. Cet observatoire est aujourd'hui le plus ancien encore en service dans le monde.

 


L'Observatoire de Paris aujourd'hui

 

Le Méridien de Paris était une référence mondiale

 

     Le Méridien de Paris fut pendant des années le zéro géographique mondial utilisé par les navigateurs. Mais surtout il permit de voir le jour à un autre projet immense : la cartographie de la France, toujours grâce à la dynastie Cassini.  C'est par le biais d’un travail de fourmi effectué par les géographes, que le rayon du globe terrestre put être mesuré très précisément. Ces mesures purent, entre autres, confirmer les théories d’Isaac Newton lors de ses travaux sur la gravitation et d’affiner la valeur de sa fameuse constante de la gravitation.

 

     La particularité de ce Méridien de Paris, tout comme celui de l'église Saint-Sulpice, est qu’il est matérialisé par une ligne de cuivre traversant l’Observatoire. Cette ligne n’a pas pour objectif de désigner l'emplacement géographique du méridien, mais plutôt de servir de gnomon.

 

   En effet, une petite ouverture placée dans une fenêtre au sud de l’Observatoire permet à un rayon de soleil de traverser la ligne méridienne à midi solaire très exactement. De plus, le rayon qui dépend de la hauteur du soleil, permet de fonctionner comme un véritable calendrier astronomique.

 

   Comme à Saint-Sulpice, on trouve des signes du zodiaque et les dates des équinoxes, sauf qu'ici ils sont gravés sur le sol.


La ligne de cuivre de l'Observatoire

 

     Le rayonnement culturel que créa dans le monde cette nouvelle référence scientifique fut tel que Paris devint la capitale de l'heure de précision et du référentiel. On associa même la ville à un nouvel omphalos, c'est à dire "le centre du monde", ce qui n'est pas rien...

 

   En 1718, le tracé de la méridienne fut achevé grâce à Jean-Dominique Cassini (1625-1712), premier directeur de l'Observatoire, à son fils Jacques Cassini (1677-1756), et à Philippe de la Hire (1640-1718).

 

   Le méridien sera remesuré de 1792 à 1798 par Jean Baptiste Delambre et Pierre Méchain, afin de déterminer la longueur exacte du mètre. Ils furent envoyés avec une lettre de mission signée de Louis XVI, l'un à Dunkerque et l'autre à Barcelone pour mesurer la longueur d'un arc du méridien. Ils utilisèrent pour cela une technique de triangulation basée sur des mesures d'angle à partir de points et de repères situés sur les hauteurs de part et d'autre de la Méridienne. Leurs travaux furent présentés le 3 juillet 1799, après 7 ans de mesures de la longueur de la Méridienne. Ce sera le mètre étalon.

 

   Les mesures en toises et en pieds furent alors abandonnées. Le mètre devint ainsi la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, ce qui permit de définir le "mètre étalon". Arago et Biot prolongeront plus tard les mesures du méridien de Delambre et Méchain jusqu'aux Baléares, au sud de l’Espagne.

 

   En 1790, il n'y a pas d'unité de mesure en France. C'est en pleine tourmente révolutionnaire que le mètre étalon universel est décidé. Et pour Condorcet, il fallait "Une mesure Universelle pour tous les temps, pour tous les hommes"...

 

   Après la dynastie des quatre Cassini de père en fils et après la Révolution, l’Observatoire fut acquit  par le Bureau des longitudes en 1795. Cette nouvelle organisation travailla à la définition du système métrique.

 

Saint-Sulpice et Paris, 2 méridiens, 2 objectifs différents...

 

   Le Méridien de Saint-Sulpice et celui de Paris sont très proches (environ 300m) et c'est sans doute la raison pour laquelle ces deux lignes sont souvent confondues. Pourtant d'un point de vue scientifique, leur fonction ont été très différente.

 

A l'église de Saint-Sulpice, l'objectif était de connaître très précisément l'heure solaire et donc l'instant du midi en un point géographique précis. D'autres églises utilisèrent d'ailleurs ce procédé.

 

Le Méridien de Paris servit par contre à tirer une ligne puis un tracé géométrique sur toute la France. Les résultats de ces travaux furent importants puisque le rayon de courbure de la Terre put être mesuré, ce qui a permis de définir le mètre étalon.

 

En résumé, le méridien (le gnomon) de Saint-Sulpice donne l'heure de Midi et le méridien de l'Observatoire de Paris offre un référentiel géographique.

 

 

Le Méridien de Saint-Sulpice n'est pas très éloigné du Méridien de l'Observatoire de Paris

 

Ils sont en fait écartés d'environ 300m

 

La splendeur du Méridien de Midi n'est plus

 

     Si pendant longtemps le Méridien origine fut celui de Paris, cette réputation finit par disparaître. Tous les systèmes de navigation qu'utilisaient les marins français, les géographes et les voyageurs, étaient calés sur cette référence. Mais en 1884, une convention internationale décida sous la forte pression des Britanniques attachés aux affaires maritimes, d'un nouveau méridien. Ce sera définitivement celui de Greenwich, non loin de Londres.

 

   C'est donc en 1891 pour les besoins de la navigation internationale que ce nouveau méridien devint la référence géodésique mondiale et servi à calculer les positions et le temps universel.

 

Sur cette base, la position GPS de l'Observatoire de Paris est donc devenue :

 

48° 50' 10.96" N   -   2° 20' 11.37" E

 

L'histoire réserve parfois des surprises puisque la ligne rousse de Paris (Roussillon) céda ainsi la place à la sorcière verte (Green wich)

 

   Jusqu'en 1884 toutes les distances Est-Ouest en France furent mesurées depuis cette ligne méridionale. En hommage a cette référence perdue, une matérialisation à Paris de cette ligne fut entreprise en 1986 par la pose de 130 petites médailles dites "Arago" du nom de l'astronome Dominique François Arago.

 

  Les médailles furent disposées à différents endroits symboliques de Paris. Malheureusement elles sont pillées et disparaissent petit à petit.

 

 

La méridienne verte

 

   C'est en novembre 2000 que l'idée d'une méridienne verte basée sur le méridien de Paris est proposée. L'idée vient de  Paul Chematov, à qui l'on doit les halles et la galerie du Muséum de Paris :

     Nous allons planter des arbres pour symboliser le tracé de la Méridienne de Paris. Ces arbres vont traverser en France 336 communes, 20 départements et 8 régions. Et le long de la méridienne, nous aurons le 14 juillet, l'incroyable pique Nique et plus tard un chemin de grande randonnée qui permettra à pied d'aller de Dunkerque à Prats de Molo dans les Pyrénées Orientales en passant par Bourges et le Subdray.

   Nous ne verrons jamais les arbres, mais en guise de compensation, quelques panneaux au bord des routes. On dénote d'ailleurs dans ce discourt une méconnaissance du tracé puisque le Méridien de Paris ne passe pas par Bourges, mais plutôt comme nous l'avons vu à 4 km de la ville...

 

    

Copyright © - Tous droits réservés - Jean-Pierre Garcia - http://www.rennes-le-chateau-archive.com

 
Partager