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Pierre Plantard et sa préface

Rennes-Le-Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

   Si Pierre Plantard est très célèbre dans l'affaire de Rennes-le-Château, nous avons finalement peu d'informations sur ce qu'il connaissait réellement. Or ce dernier point est crucial. Nous savons aujourd'hui que pour satisfaire ses ambitions mégalomaniaques, Plantard n'hésitait pas à falsifier certains documents et à répandre de fausses informations. Mais toute mauvaise action a aussi un côté bénéfique. Dans cette course effrénée à la recherche d'une identité royale, il dut acquérir un maximum d'éléments sur la mystérieuse affaire.  Son désir fut comblé lorsqu'il finit par obtenir de Noël Corbu un dossier sur Rennes-le-Château, un ensemble de documents à la fois bien fourni et terriblement difficile à interpréter. C'est aussi à cette époque qu'il travaillait avec Gérard de Sède. De cette collaboration, un livre  fut finalement publié en 1967, "L'or de Rennes"...

 

   C'est ainsi que les fameux parchemins nous sont parvenus. Après les avoir légèrement modifiés par son complice Philippe de Cherisey, Pierre Plantard confia les précieux documents à Gérard de Sède qui les inséra dans son livre. Ce fut un plan presque parfait puisque la manipulation sema le trouble parmi les chercheurs pendant de nombreuses années.

 

   Tout n'est pas négatif, disais-je. Pierre Plantard disposait en effet d'un dossier très important et fondateur qu'il ne sut exploiter correctement. Voici pourquoi ses analyses sont si intéressantes. Plantard ne disposait d'une analyse suffisante pour construire le puzzle, mais il possédait beaucoup de pièces.

 

   Cette préface écrite par Pierre Plantard et publiée dans une édition de "La Vraie Langue Celtique" est particulièrement pertinente. Elle montre clairement qu'il avait conscience des principales clés que nous possédons aujourd'hui. Ce document peu connu contient une somme d'information qui mérite que l'on s'y attarde, et beaucoup reconnaîtront certains passages lus par ailleurs et qui ont inspiré plusieurs auteurs... 


Pierre Plantard

 

 

PREFACE

 

DEUX CURES

 

   Mon grand-père Charles, légitime successeur des comtes de Rhedae, cédant à l’invitation que lui adressait l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-Le-Château (Aude), lui rendait visite le 6 juin 1892. Parmi les personnes présentes se trouvaient l’abbé Henri Boudet et M. Elie Bot. Dans ses notes mon aïeul retrace son passage : "... Un singe, nommé Méla, cadeau d’une grande cantatrice, jouant avec un jeune chien appelé Pomponet égayait le déjeuner. L’abbé Boudet, curé de Rennes-les-Bains, paroisse limitrophe, me semblait un homme aussi soucieux de s’éteindre que l’abbé Saunière l’était de s’allumer. Autant l’abbé Saunière, grand gaillard brun aux yeux noirs, de prés de 1,80 m, paraissait, autant l’abbé Boudet, avec ses 1,70 m, sa minceur et ses yeux bleu lavande, disparaissait. Entre les deux, M.. Elie Bot, bras droit de l’abbé Saunière, trapu et vif, était le conseiller et l’entrepreneur des travaux. Cependant que l’un dissertait sur les mérites compares du vin des Corbières et des vins de Malvoisie, l’autre tirait argument de ses intestins fragiles pour ne boire que de l’eau..." Une telle érudition émanait pourtant de l’humble curé que son confrère semblait avoir invité par charité chrétienne que mon grand-père Charles se retrouvait le soir même au presbytère de Rennes-les-Bains et y passait la nuit.

 

   L’abbé Boudet menait un train de vie conforme à ses modestes apparences. Le souper fut aussi sommaire que le déjeuner avait été somptueux. Il y avait pourtant ce que mon grand-père appelait "le mystère du poisson dans un plat d’argent sur son support d’ébène", peu à manger certes, mais des couverts d’argent massif. Le prêtre, par ailleurs, disposait des reliefs d’un musée dont il attribuait la création au marquis Urbain de Fleury et qui contenait d’inestimables pièces. Sa bibliothèque n’était pas seulement copieuse mais remplie d’ouvrages qu’on ne trouvait pas dans le commerce. A un détour de la conversation le prêtre voulut montrer à mon aïeul son laboratoire de photographie, nouvel art pour lequel il se passionnait. A en croire les écrits de mon grand-père, l’abbé Boudet donnait l’impression d’un homme assez riche pour s’offrir le luxe de vivre pauvrement et de faire beaucoup de bien, cependant que l’abbé Saunière faisait figure d’opulence dans la mesure où il craignait de retomber dans la misère. On se serait cru dans un roman de Balzac ou de Fabre.

 

   Le lendemain, 7 juin, l’abbé remettait à mon grand-père un exemplaire dédicacé:
"Hommage respectueux de l’auteur – H. Boudet"

de son livre La Vraie Langue Celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains dont le présent ouvrage est l’exacte reproduction. Sachant par avance que son texte laisserait perplexe le descendant des comtes de Rhedae, l’abbé Boudet crut bon de lui indiquer manière de le lire qui, je le rnontrerai dans les pages qui suivent, est en effet assez particulière...

 

L’ŒUVRE ET LA VIE

 

   Alors que Louis-Philippe était roi des Français, un enfant de sexe masculin naît le 16 novembre 1837 à Quillan (Aude). C’est Boudet Henri, Jean-Jacques. La famille vit pauvrement. L’abbé Émile de Cayron remarque l’intelligence précoce du petit Henri et finance ses études. Le jour de Noël 1861, Henri Boudet est ordonné prêtre. En 1872 il est promu par Mgr Billard curé à Rennes-les-Bains ou il vient vivre modestement entre sa mère et sa sœur.

 

   De 1872 à 1880, l’abbé, marcheur infatigable, profite des visites à ses ouailles pour parcourir sans arrêt le territoire d’une paroisse que ses pieds vont apprendre à connaître aussi bien que ses yeux. La contemplation est austère. "Tout en appréciant la végétation des beaux jours — écrivait-il à l’abbé Grassaud — je garde ma tendresse pour l’hiver où la verdure ne dissimule plus les pierres qui dominent le paysage." Après souper, dans de longues veilles, il consigne le résultat de ses observations.

 

   En 1880, l’abbé Boudet qui tient son livre pour terminé décide de le publier à frais d’auteur et sur des fonds dont on ignore la provenance. Quoi qu’il arrive, avec 500 exemplaires, l’affaire ne pouvait être rentable. L’imprimeur est François Pomiés, 50 rue de la Maine à Carcassonne qui prend son à-valoir. Les épreuves ne donnent pas satisfaction à l’auteur rectifications assez nombreuses pour qu’on puisse parler de refonte complète. Cela dure six ans. L’ouvrage finit par sortir en 1886 et à 500 exemplaires, comme prévu. Entre-temps, François Pomiés a disparu et l’abbé Boudet s’en est remis à M. Victor Bonnafous, libraire rue de la Mairie à Carcassonne, qui en fait achever l’impression et en assure la vente.

 

   La répartition des 500 exemplaires s’établit comme suit :
Exemplaires vendus dans l’espace de 28 ans, soit de 1886 à 1914 98

Hommage gratuit de l’auteur aux bibliothèques, aux ambassades, aux bonnes oeuvres 100
Offrande gratuite aux visiteurs ou aux curistes susceptibles d’être intéressés 200
reliquat, détruit en 1914
102

500
 

   Soit une édition qui a coûté la somme totale de 5382 francs or au prêtre de Rennes-les-Bains pour 98 ouvrages vendus !

 

   Les exemplaires des bibliothèques publiques ont presque tous disparu de la circulation. Quant à celui de la Bibliothèque nationale, un malicieux lecteur l’a subtilisé et remplacé par un roman intitulé Le Cochon d’or. Douce ironie ! Celui de la bibliothèque de Carcassonne, eu égard à son très mauvais état, n’est plus délivré. Les exemplaires offerts à des particuliers, pour la simple raison qu’ils étaient gratuits, ne se voient plus guère. Le cas des invendus, des non offerts, soit ce qu’on appelle "le bouillon", a paru assez important pour entraîner une mise au pilon. D’aucuns disent que Mgr de Beauséjour aurait fait détruire ce bouillon en 1914 dans l’instant même où il privait l’abbé malade de sa cure. Mais les écrits de ce dernier semblent prouver que c’est lui-même qui a donné l’ordre de destruction quand il a été destitué de la paroisse à laquelle il avait consacré son chef d’oeuvre. Il y a aussi ceux qui assurent qu’il y eut bien mise au pilon mais qu’elle visait un opuscule intitulé Lazare veni foras. Ayant lu ce livre de prières assez morne, je ne vois pas comment il aurait mérité les rigueurs de l’autorité cléricale de 1914, d’autant plus qu’il n’a jamais eu pour auteur l’abbé Henri Boudet et n’a été imprimé qu’en septembre 1915 à Toulouse.

 

LA TOMBE ET LE LIVRE

 

   La mère et la sœur de l’abbé Boudet, décédées en 1895 et 1896, reposent dans le cimetière de Rennes-les-Bains où le prêtre leur a édifié un tombeau qui avoisine celui du curé Jean Vié, son prédécesseur. Dix-huit années durant, l’abbé Boudet ne fréquente plus guère que ses ouailles. En 1914, alors âgé de soixante-dix-sept ans, il est destitué de sa cure par Mgr de Beauséjour et il se retire à Axat où son frère, Edmond Boudet, notaire et auteur de la carte qui est à la fin du volume, l’a précédé de huit ans dans la mort.

 

   En effet, l’état de santé de l’abbé Henri Boudet s’aggrave et il meurt d’un cancer de l’intestin le 30 mars 1915. Ses restes reposent, selon son désir, non à Rennes-les-Bains près de sa mère et de sa sœur, mais au cimetière d’Axat avec ceux de son frère Edmond, décédé le 5 mai 1907 à l’âge de soixante-sept ans.

 

   La pierre tombale exécutée selon les instructions de l’abbé retient l’attention du visiteur par un petit livre fermé que l’on a sculpté au bas de la pierre. L’usage de figurer un livre "ouvert" sur une pierre tombale est assez répandu pour que ce livre "fermé" rnarque une volonté particulière. Sur la reliure, on peut lire : I.X.O.I.S., mot d’apparence grecque dont les dictionnaires ne font pas mention. Le graphique et les points qui s’intercalent entre les lettres signalent qu’il doit s’agir d’initiales à un ensemble à découvrir. Ce livre clos reste l’ultime message que les deux frères ont laissé à l’initié qui passe saluer leurs vénérables dépouilles.

 

L’EFFET BOUDET

 

   Quiconque s’attendrait à découvrir dans La Vraie Langue celtique le le Cromlech de Rennes-les-Bains une monographie du pays serait déçu. S’il n’y avait que cela! Les réactions, lors de la publication, sont diverses. La reine Victoria d’Angleterre fait envoyer par son secrétaire ses félicitations. L’historien Louis Fédié écrit:

 

   "...L’auteur est un homme compétent qui s’est préparé à son sujet par de fortes études et de patientes recherches. " En mission à Rennes-les-Bains, le R.P. Vannier déclare:

"L’abbé Boudet détient un secret qui pourrait engendrer les plus grands bouleversements..."

La chronique nécrologique de la Semaine religieuse de 1915 fait état de la vaste érudition de l’abbé. Mais lorsqu’en 1887 l’abbé Boudet présente son œuvre en vue d’obtenir un prix de l’Académie des sciences de Toulouse, le rapporteur général du jury, M. Lapierre, dans la séance du 5 juin déclare : "Nous n’avons pas été peu surpris d’apprendre que la langue unique qui se parlait avant Babel était l’anglais moderne conservé par les Tectosages. C’est là ce que M. Boudet nous démontre par de prodigieux tours de force étymologiques. "

 

   Il n’y eut pas de médaille, et notre abbé devait s’y attendre. Toutefois, il faut sans doute sensible à l’appréciation du jury, embarrassé et hésitant, lorsque celui-ci déclara "qu’il y avait dans ce volume une somme de travail qui mérite quelque respect..."

 

   A la première lecture de La Vraie Langue celtique l’abbé nous paraît baigner en plein délire; il traite des conditions dans lesquelles Ezeliel prit part à la fondation du premier temple de Jérusalem, d’un fait divers publié dans un journal espagnol ou bien de quelle manière les Gaulois s’y prenaient pour signifier que l’estomac du chameau est toujours plein d’eau. L’ouvrage pourtant est d’une allure qui empêche de le rejeter et sème le doute dans l’esprit du lecteur. L’abbé Boudet joue sur les mots, incite celui-ci à s’interroger, à chercher un codage. Il n’y a pas de redites à proprement parler, mais une insistance sur certains thèmes comme la foudre et l’éclair, la porte qui s’ouvre le 6e jour...

 

   J’ai eu un jour la sottise de citer au hasard quelques calembours que suggérait la lecture de ce livre. Mon interlocuteur, les recueillant, en a déduit que c’étaient des mots clefs. Il les vend aujourd’hui par souscription, en faisant en plus payer sa dédicace autographe. Même en arborant sur le frontispice un "G paré des plumes de Pan", Il est difficile d’admettre que l’œuvre de l’abbé Boudet puisse apparaître telle une espèce de chambre à air entièrement faite de rustines. "La Vraie Langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains" exerce un charme, cela tient à la présence constante de l’auteur dans l’œuvre, ou bien — mais c’est pareil — à un codage permanent et sans faille. Il n’existe pas de mot clef ni de sésame à vendre pour ouvrir la porte du trésor de l’abbé Henri Boudet.

 

   Pour comprendre le secret de l’abbé Boudet, le lecteur doit se situer dans le temps où il vivait, à la fin du siècle dernier. Il n’est pas nécessaire d’être historien pour lire l’ouvrage, mais bien de rêver sur les conditions dans lesquelles il fut rédigé.

 

   Ayant récusé toute valeur aux mots clefs et insisté sur ce langage codé qui a entièrement absorbé la vie du prêtre, je vais prendre ici un exemple: la carte géographique signée Edmond Boudet qui figure en fin de volume. Les cinq anomalies que présente ladite carte auront alors leur justification, soit dans le livre même, soit dans la vie de l’auteur.

 

   De l’avis des professionnels de la cartographie, le dessin d’Edmond Boudet, notaire, est un très beau travail dont la nécessité ne se faisait pas sentir. En 1886, les techniques de l’estampe étaient bien assez développées pour qu’il suffise de reproduire la carte d’état-major dont on aurait aboli ce qu’on ne tenait pas à montrer, où l’on aurait ajouté ce que l’on désirait, l’emplacement des monolithes celtiques par exemple. C’est en comparant le travail d’Edmond Boudet avec la carte d’état-major qu’on s’aperçoit de certaines erreurs de tracé qui ne peuvent être qu’intentionnelles. Le tracé du sud aux environs du Serbaïrou, près du Pont qui enjambe le confluent de la Blanque et de la Sals, est notoirement inexact. Un lecteur qui s’avise du trucage va en conclure qu’on lui cache quelque chose et courir sur les lieux erronés. Je connais bien le langage de ce livre pour affirmer que l’auteur est beaucoup plus anxieux de révéler un secret que de le cacher: les erreurs ont en effet pour but d’attirer le lecteur vers des lieux qu’on veut absolument lui faire visiter.

 

   La seconde anomalie de la carte Boudet est l’absence d’échelle. Si l’on veut savoir à queue dimension réelle correspond 1 cm de la carte Boudet, il faut se référer à une carte échelonnée et faire une règle de trois. Un cartographe qui publie une carte composée selon une échelle de son cru, mais qu’il omet de faire figurer, rend sa carte inutilisable à bien des égards. L’énigme a une solution, encore faut-il avoir lu le livre et parvenir à en traduire le sens réel. On apprend à la page 230 que la mesure de longueur dont se servaient les Celtes était l’ell*. Cette unité aurait pour longueur 1,404 mille, soit 2,60 m. Ainsi la carte Edmond Boudet équivaut à une carte d’état-major où l’ell a été substitué au mètre. Le jeu du prêtre devient alors étrange ; ayant exhumé d’on ne sait où cet ell dont il voudrait nous faire croire qu’il était "la largeur exactement mesurée" des chemins gaulois, il le réincorpore dans une carte de sa composition.

 

   Au cours de ses "Observations préliminaires" l’abbé Boudet déclare que "par une interprétation exacte on découvrira "bien des choses intéressantes au sujet des roches aiguës qui couronnent nos montagnes". Certes, mais pourquoi faut-il que les altitudes de ces roches ne soient pas entièrement correctes? Pourquoi faire erreur quand on n’a qu’à copier une carte d’état-major? Parce que l’on va jouer sur les chiffres comme sur les mots. Voici le relevé fantaisiste des sommets livré par ordre de total arithmétique:

Serbairou 514 — 5+1+4 = 10
Fortin de Blanchefort 544 — 5+4+4 = 13
Bazei 564 — 5+6+4 = 15
Entrée de Rennes 268 — 2+6+8 = 16
Cardou 796 — 7+9+6 22

 

* L’ell est une mesure celtique très variable suivant les tribus et rien ne prouve que l’ell des Redonnes soit vraiment de 2,60 in.

 

   Plusieurs phénomènes doivent s’associer dans l’esprit du lecteur. Ainsi, qu’il devient obsédé par la répétition à diverses reprises de "la foudre et l’éclair". Et en s’arrêtant aux pages 119 et 124 il trouve une invitation à rapprocher ces manifestations des totaux précédemment cités. Il remarque que le cortège ascendant des sommets ainsi calculés permet de tracer un éclair ou, plutôt, les fragments d’un éclair. Le nombre 22 est alors placé sur le plus haut sommet de Rennes, sur le Cardou qui doit son nom à la déesse des gonds : Cardéa. Il songe alors à la page 114 du livre et avec 22 lames ou tuniques du tarot égyptien. Le résultat est encourageant : l’altitude 796 (7+9+6) donne 22, soit l’ultime arcane du tarot, le Mat ou le Fou ou encore l’Évêque dont le bonnet est la mitre "qui figure avec honneur sur les manteaux de cheminée" (p. 256). Cet arcane, ne l’oublions pas, ne possède en fait aucun nombre et le sommet correspondant peut être vu du ciel, le point de chute idéal de la foudre, ou de la vallée, l’origine même de l’éclair. Le Bateleur, début de ce tarot, est situé au "Cap de l’homme", "C’est la tête". L’abbé Boudet l’a découverte alors qu’elle servait de cible au pic d’un berger et, selon la page 234, on a "été oblige, au mois de décembre 1884, d’enlever cette belle sculpture de la place qu’elle occupait". Cette pierre, transportée à Alet, fut coupée en deux; le dos gravé d’un carré Rotas fut conservé par M. Cailhol et la face fut rapportée au presbytère de Rennes-les-Bains pour l’enchâsser dans le mur où elle peut encore être vue.

 

Une quatrième anomalie se trouve à la légende en bas de la carte, à gauche :

... Menhirs debout
- - Menhirs couches
H Dolmens
+++ Croix grecques

 

   Le petit exercice précédent avec les chiffres encourage à lire la légende en acrostiche: M M D C est la version romaine de 2600 en chiffres arabes. Curieusement, la carte mesure 26 cm de hauteur! On imagine donc qu’aux multiples valeurs de temps mentionnées dans le livre doivent correspondre des mesures de longueur sur la carte. On voit que chaque centimètre équivaut à 100 ans et que 26 cm est donc bien 2600, soit MMDC en chiffres romains. On remarque aussi que ce 2600 est un multiple du ell, la mesure du chemin celtique et que 1886, date d’édition de l’ouvrage, multiplié par un ell (2,60 m) donne 4 km 900.

 

   La cinquième et dernière anomalie est faite du contraste qui s’établit entre la sévérité toute classique de la carte et les caractères fantaisistes du titre décalé vers la gauche: RENNES CELTIQVE. Poursuivant l’interprétation numérique, il semble que les 14 lettres correspondent à un signal indiqué aux pages 23 et 68 permettant de passer du noir au blanc: 14 nuits vont de la nouvelle lune à la pleine lune et 14 jours de la pleine lune à la nouvelle lune avec cette idée latérale que Ie 6 jour ouvre toutes les portes (p. 283). Certes, les 14 stations symboliques du chemin de croix de Rennes-Le-Château qui ont pas mal défrayé la chronique sont assurément postérieures à la carte de ce livre, mais il faut se souvenir du "VAL CRUX ", Vallée des Croix, nom que l’on donnait au site de Rennes-les-Bains en 1709, au temps où l’abbé Delmas était curé et écrivait ses mémoires.

 

   La station thermale blasonnait d’ailleurs à l’époque l’écu de "gueules à croix et cercle d’or". Son répondant topographique est le lieu-dit "la Croix du Cercle" et il continue de figurer à ce titre sur le cadastre de la commune.

 

LE ZODIAQUE DE RENNES

 

   "Douze palais étaient enfermés dans une seule enceinte", avec l’allusion (en se rapportant à Pline) que ces monuments étaient dédiés au Soleil, telle est la désignation du zodiaque faite à la page 84. La page 246 détermine le centre de ce zodiaque et la page 241 donne les dimensions pour tracer sur la carte ces deux circonférences: 15 et 16 centimètres de rayon. Le génial auteur ne manque pas d’ajouter que "cette meule devait moudre le blé (l’or) d’une manière parfaite".

 

   Le signe du Bélier est désigné par Abel, gardien des troupeaux donneurs de lame, c’est-à-dire de l’N, symbole du Nord pour tous et que l’on retrouve deux fois dans le mot RENNES du titre de la carte. Page 43, l’auteur insiste sur la distinction de la chaîne avec la trame (trame de lame, trame de l’N) car la chaîne correspond aux lignes verticales ↑↓, tracées à partir des lettres N de la carte alors que la trame signifie la ligne inverse.

 

   Une information très subtilement dispensée aux pages 227 et 231 permet de situer le signe du Bélier (Abel) vers le confluent de la Sals et du Rialsès, exactement au Roc Nègre, I’Ariès de Nègre ou Bélier Noir, selon l’inscription gravée sur une pierre tombale!

Avant d’aller plus avant, résumons ce qui précède et dissipons les malentendus qui peuvent s’être glissés dans l’esprit du lecteur:

 

1) Par codage astronomique, l’abbé Boudet indique douze dépôts et leur position correspond pour chacun à un palais du Zodiaque, celui-ci débutant vers Blanchefort, à 0º du Bélier sur Roc-Nègre.

2) Par codage cartographique, une erreur détermine au confluent Blanque-Sals la mine de Jais du Serbaïrou.

3) Par codage du tarot, l’éclair par du Cap de l’Homme pour se terminer au Cardou.

 

Ce codage est parfait. Rennes-les-Bains, avec une circonférence (p. 225) de 16 à 18 km, fait figure d’une banque ayant douze coffres qui s’ouvrent chacun avec un numéro particulier. Ceci n’implique d’ailleurs pas que certains coffres détiennent encore un dépôt.

 

   Le croquis qui accompagne mon texte indique le codage des pierres tombales qui existaient au cimetière de Rennes-Le-Château avant la publication du livre Boudet et qui donnaient des indications similaires. La pierre horizontale mentionnait les douze caches par l’intermédiaire des 14 lettres de notre devise latine transcrite en lettres grecques: ET IN ARCADIA EGO. La pierre verticale marquait le lieu exact où l’UNE des douze caches se trouve. Le code était : M.D.SEPT = 1507. L’unité de mesure utilisée était le M, le mille, d’une valeur de 1852 mètres. L’abbé Boudet déclare page 84: 1500 appartements dans le labyrinthe aux multiples détours, construit par Mesraïm, dédiés au Soleil. Le lecteur désormais habitué aux jeux de mots de l’abbé Boudet a sans doute déjà déduit : M... puis :1500... et 7 (chiffre du soleil), soit le code : 1507. Curieusement, on peut lire sur cette dalle: D’ARLES DAME... "Dame d’Arles" fait penser alors à la dénomination donnée par Maurice Magre pour designer les arènes de cette ville: Qui parle d’arènes sous-entend le jeu du Taureau, dérivé de l’ancien culte du bœuf Apis. Or Apis, c’est aussi l’abeille dont le bourdonnement serait détesté, comme l’affirme l’abbé Boudet page 122 à propos du lever et du coucher du SOLEIL.

 

L’abbé Boudet a pu donner dans l’astronomie, la mythologie, la Bible et d’autres méthodes plus ou moins admises, exactement comme il traitait du "Cromlech de Rennes-les-Bains" qui demeure conjectural. Il a pu nous induire en erreur. Mais le lecteur éclairé comprend maintenant qu’une certaine imagerie ne doit être retenue que comme élément dans la construction de son œuvre.

 

LA CANNE DE L’ERMITE

 

   Si l’on trace un trait vertical depuis la lettre U écrite en V romain qui se trouve dans le titre de la carte, on tombe dans la légende des pierres celtiques. Cette ligne correspond au méridien 0 qui coupe l’hexagone français en deux parts égales. Il est très exactement dans le prolongement de la ligne dorée du gnomon de l’église Saint Sulpice de Paris dont la fête du saint patron est le 17 janvier. Celui qui visitera ce lieu aura matière à réflexion; il y trouvera notamment, de part et d’autre de la ligne du méridien, deux tableaux de Signol : la Mort de Jésus et l’Épée au fourreau. "MORT" et "ÉPÉE" sont aussi les deux mots qui apparaissent anormalement dans l’épitaphe de la pierre tombale de la marquise de Blanchefort, de Rennes-Le-Château. L’abbé Boudet à la page 255 est encore plus explicite sur la question de MORT, et à la page 217 sur L’ÉPÉE.

 

   A Rennes-les-Bains, le méridien passe entre Serres et Peyrolles, voisinant le tombeau d’Arques dit des "Bergers d’Arcadie", pour continuer sur le Serbaïrou à l’endroit où se trouve une pierre de près de 2 m de haut portant gravée l’inscription latine: "Ad Lapidem Currebat Olim Regina" (vers la pierre courait jadis la reine). Cette reine, c’est la ligne rouge du méridien, "Rose-Line" écrirait l’abbé Boudet. Peut-être aurait-il raison, car Roseline, abbesse de la "Celle aux Arcs" à sa fête le 17 janvier... et sa légende mérite lecture*.

 

   Imaginons la psychologie de l’abbé Boudet. Nous savons qu’il a passé des années à composer puis remanier son livre dont il n’était jamais satisfait. L’échec près du monde savant de L’Académie des sciences de Toulouse lui a donné l’idée de faire un complément à sa publication de 1886. Il a songé et résolu d’en laisser une illustration. Tout comme l’échelle de sa carte figure dans le livre à un endroit inattendu, les illustrations du livre allaient paraître ex libris. Nous les trouvons à Rennes-Le-Château où le jeune curé Saunière était disponible : les livres de comptes de l’abbé Boudet confirment ce raisonnement. Pendant plusieurs années Marie Dénarnaud a reçu des sommes considérables qui permirent à l’abbé Bérenger Saunière de construire et de vivre en milliardaire... Mais un jour est venu où les dons ont tari : "Le plan Boudet était achevé" L’abbé Saunière n’avait rien à lui, il était incapable de déchiffrer lui-même le chef-d'œuvre, et a dû se livrer à des expédients pour subsister !

 

   Ces illustrations, nous les trouvons dans l’église de Rennes-Le-Château. L’abbé Henri Boudet en est l’architecte.

 

   "Le centre de Rennes-les-Bains se trouve dans le lieu nommé, par les Gaulois eux-mêmes, le CERCLE." Cette citation de l’abbé Boudet à la page 246 est en effet exacte puisque la source du Cercle se trouve près du fauteuil du Diable; aussi a-t-il voulu l’illustrer très parfaitement dans l’église de Rennes-Le-Château en reproduisant près de l’entrée un diable formant de sa main droite un cercle.

 

* Dans l’église de Rennes-Le-Château, sainte Germaine de Pibrac remplace sainte Roseline. Voir le livre de Hubert Larcher, Le sang peut-il vaincre la mort. p 460.

 

   Mieux, l’auteur de La Vraie Langue celtique avait fait déposer dans une niche sous le porche de l’église de sa paroisse une croix sur un socle de pierre portant la devise de Constantin : "In hoc signo vinces" dont la traduction exacte est : "Par ce signe tu vaincras". De nouveau il fait reproduire l’inscription avec une variante au-dessus du bénitier soutenu par le diable à Rennes-Le-Château; cette fois l’on peut lire :

 

P A R C E S I G N E  T  U  L  E  V  A  I  N  C  R  A  S

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22

 

   Aux 20 lettres de la devise on a ajouté 2 lettres pour obtenir le nombre 22 du tarot, celui qui forme "l’éclair" les lettres ajoutées sont les 13 et 14, donc 1314. Cette date est celle de la disparition de l’ordre du Temple dont 11 l’étendard Beau-Céan était noir et blanc. Or, le diable fixe de ses yeux de verre l’échiquier formé par le sol noire et blanc. Là encore l’abbé Boudet redonne l’illustration de son livre où il insiste sur le Blanc et le Noir, depuis la citation de Blanchefort "cette roche blanche qui frappe les yeux, tout d’abord, est suivie d’une assise de rochers noirâtres, s’étendant jusqu’à Roko Negro" (page 231), jusqu’au jour et à la nuit.

 

   Les deux prêtres ont signé ce travail, car au-dessus du diable, soutenu par deux "basilics" (petits rois) liés d’un anneau, se trouve un cachet rouge aux lettres d’or "B.S.", initiales de Boudet-Saunière.

 

   Le lecteur comprendra que cette préface ne pourrait suffire pour décrire toute la décoration de l’église de Rennes-Le-Château qui n’est que l’illustration du livre de l’abbé Boudet et la représentation symbolique des lieux de Rennes-les-Bains.

 

   A l’extérieur même, un socle wisigoth qui soutient la Vierge de Lourdes est retourné et porte 1891; il fut placé lors de la mission de Rennes-Le-Château à laquelle assistaient Mgr Billard et l’abbé Henri Boudet. Ce dernier, profitant de l’inondation qui a atteint Rennes-les-Bains, en a marqué la hauteur et a fait placer un médaillon sur le côté de son église: "CRUE – 1891".

La providence est parfois débordante, car ce nombre a une valeur d’or. Si un visiteur avisé replaçait le socle de la Vierge dans le bon sens, il pourrait lire 1681 !

 

   Une stèle funéraire fait mourir la marquise de Blanchefort, dernière châtelaine de Rennes-Le-Château, en date du XVII JANVIER MDCOLXXXI et cette erreur délibérée prête à confusion. La marquise est morte en 1781 et l’on a substitué au C un 0 que les chiffres romains ignoraient. Il est évident qu’il faut sauter le 0 pour lire 1681 ou pour s’en servir comme pivot, ce qui donne 1891.

 

   Lors de la publication du livre en 1886, cette stèle funéraire existait, et l’abbé Boudet en donne le codage. Il utilise même la date d’édition de son ouvrage pour obtenir 1886 ells, soit, multipliés par 2,60 m, la distance de 4900 mètres à vol d’oiseau du tilleul du cimetière de Rennes-les-Bains à une vieille croix de pierre dédiée à sainte Madeleine à Rennes-Le-Château. En 1891, la Tour Magdala n’existait pas et à sa place "la croix" dominait toujours la vallée sur la pointe du roc. Par contre, les dalles de la marquise avaient été effacées par l’abbé Saunière sur l’ordre de l’abbé Boudet. C’était maintenant l’église qui illustrait le livre La Vraie Langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains.

 

   Le Grand Maître de Rennes-Le-Château est bien l’humble abbé Boudet dont le superbe abbé Saunière est le superbe second. Si une conclusion s’impose, nous la trouvons avec la tombe de Jean Vié qui, dans Ie cimetière de Rennes-les-bains, est contiguë à celle où reposent la mère et la sœur de l’abbé Boudet. Un habile sculpteur, profitant de la sonorité Jean Vié= janvier, s’est arrangé pour mettre en vedette le nombre 17 qui figure ainsi sur la pierre tombale. Il a vécu, déclare son épitaphe, soixante-quatre ans, autant que de cases sur le jeu d’échecs, dont 32 années blanches dans le civil et 32 noires dans les ordres. Étant le prédécesseur de l’abbé Boudet à la cure de Rennes-les-Bains, l’abbé Jean Vie s’intègre dans un système qui donne aux Bains la priorité sur le Château. D’où l’on revient avec la certitude que l’abbé Boudet est le Maître de l’abbé Saunière.

SOUVENIRS RECONSTITUES

 

   Les premiers sentiments sont toujours les plus vrais. Mon grand-père Charles avait saisi d’instinct en 1892 que l’abbé Boudet présentait un intérêt que l’abbé Saunière n’avait pas. Je n’ai personnellement connu l’un ni l’autre, et les anecdotes sur la vie des deux y furent racontées par Mlle Marie Dénarnaud, servante du défunt abbé Saunière.

 

   En août 1938, je me suis rendu à Rennes-Le-Château afin d’y récupérer les lettres que l’abbé Saunière avait reçues de mon grand-père. C’étaient les vacances, et je n’avais pas vingt ans. "Marinette", comme on la nommait dans le pays, m’avait très aimablement offert l’hospitalité de la villa Béthania; j’y suis resté trois jours. Nous avons fêté le soixante-dixième anniversaire de la vieille demoiselle. Au cours de ces journées mon hôtesse évoquait un portrait des deux disparus Boudet-Saunière. C’est ainsi que l’abbé Saunière m’est apparu comme un bon vivant, un homme fruste et malin, disposant d’une culture sommaire sans aucun rapport avec l’ardeur intellectuelle et la passion de savoir qui animaient son confrère de Rennes-les-Bains.

 

   Il m’a été impossible de tenir la promesse que j’avais fait à Mlle Marie Dénarnaud de revenir la voir l’année suivante. En 1939 c’était la guerre. Les événements qui l’ont suivie ne m’ont permis de revenir dans mon pays du Razès et de revoir Rennes-Le-Château qu’en 1965. Le marquis Philippe de Cherisey m’accompagnait. C’est un ami que je connais de longue date et qui s’intéresse beaucoup à l’histoire de Rennes. Mlle Dénarnaud, ayant petit à petit liquidé le mobilier qu’elle possédait et vendu ses domaines à M. Noël Corbu, était morte depuis une douzaine d’années. Le nouveau propriétaire qui avait métamorphosé la villa Béthania en hôtel nous y reçut fort bien. Il nous raconta la "nouvelle histoire du trésor de Rennes-Le-Château" avec force de détails qui nous laissèrent stupéfaits. De cette rencontre je garde le souvenir du dialogue suivant:

Cherisey — Avez-vous lu le livre de l’abbé Boudet ?
Noël Corbu — Non, il vient d’être publié...
Cherisey — Il l’a été en 1886, votre église en est l’illustration.
Noël Corbu — Vous ne croyez pas au trésor de Rennes-Le-Château ?
Moi — Il n’y a pas de trésor sur le territoire de Rennes-Le-Château.
Noël Corbu — Vous désapprouvez les fouilles ?
Moi — Je désapprouve les chercheurs de trésors qui ne cessent de saccager les propriétés. Ce n’est pas en faisant des trous à Roc-Nêgre, à Blanchefort, à la Madeleine, aux mines de Jais ou au Diable qu’ils découvriront quelque chose. Là ne se trouvent que des points de repères permettant de géométriser certains lieux.

 

   Mon interlocuteur quittait la région quelques mois plus tard, et M. Buthion, homme fort sympathique, lui succédait à Rennes-Le-Château

 

CONCLUSIONS

 

   L’on sait que l’abbé Boudet est mort à Axat, mais ce que l’on ignore c’est qu’à son chevet se trouvait l’abbé Saunière, l’assistant dans ses derniers instants. Depuis six ou sept ans les prêtres ne se causaient plus. Cette réconciliation devant la Mort, face à l’Épée de la Justice divine, a marqué un nouveau tournant de la vie de l’abbé Saunière, et Mlle Dénarnaud, qui me raconta l'épisode, me laissa entendre que son curé en 1916 formait de grands projets que le destin ne lui laissa pas le temps de mettre exécution. Lorsque l’abbé Saunière décéda le 22 janvier 1917, il connaissait le secret de l’abbé Henri Boudet, celui-ci le lui avait confié dans ces derniers instants.

L’abbé Henri Boudet comme son frère Edmond Boudet n’avait pas d’héritier direct. Ce qu’ils laissaient aboutit entre les mains de la sœur de la femme d’Edmond.

 

   Les ouvrages de la bibliothèque de l’abbé et certains ses papiers sont allés à la décharge publique d’Axat.

Les livres de comptes de l’abbé, reliés en très beau également jetés à la décharge publique, ont l’intérêt d’une personne d’Axat qui les a transmis à son fils, aujourd’hui âgé de soixante-quatorze ans, et qui a gardé un souvenir assez précis du défunt.

Trois caisses de manuscrits se trouvent à Quillan, ainsi que quelques photographies prises par lui-même, en particulier de l’abbé Saunière avec son chien Pomponet, le tout étant entre les mains d’une arrière-petite-nièce par alliance de l’abbé Boudet.

 

   Les livres de comptes ne doivent leur sauvegarde qu’à leur riche reliure, mais il manque l’intervalle de 1891 à 1894. Voici en abrégé la teneur de cet ensemble:

De 1885 à 1901, l’abbé Boudet (sauf intervalle précité) verse à Mgr Arsène Billard des sommes considérables : 7655250 francs, que l’évêque de Carcassonne affecte à la fondation religieuse de Prouille, et diverses œuvres comme les Enfants de Saint-Vincent-de-Paul.

 

   De 1887 à 1901, l’abbé Boudet verse à Mlle Dénarnaud des sommes très importantes : 3679431 francs qui financent la réfection de l’église de Rennes-Le-Château et d’autres travaux !

De 1894 à 1903, l’abbé Boudet verse encore à Mlle Dénarnaud des sommes, mais assez minimes : 837260 francs. On ne trouve pas la moindre somme pour l’abbé Bérenger Saunière; par contre on note quatre petits versements au nom d’Alfred Saunière, frère de l’abbé, soit 10000 et 15000 francs en 1901, et deux fois 15000 francs en 1903...

 

   Ma conclusion se fera au cimetière de Rennes-les Bains où reposent la mère et la sœur de l’abbé Henri Boudet. Combien de fois le prêtre, en ses dix-huit ans de solitude, est-il venu se recueillir devant cette tombe surmontée d’une croix fléchée ? Combien de fois, levant les yeux bleus vers le ciel pour implorer sa miséricorde aux "brebis égarées", son regard s’est-il arrêté au "Cap de I’Homme", où "fut sculptée une belle tête du Sauveur regardant la vallée"? Nul ne sera capable de le dire! Mais maintenant le lecteur comprendra que la pensée de l’abbé Boudet devait s’élever au-delà de cette tête, vers cette Tour Magdala de Rennes-Le-Château qui se trouve exactement dans cet axe, là où résidait l’exécuteur de ces œuvres, l’abbé Saunière, avec lequel il avait rompu toutes relations. Il imaginera l’abbé Boudet se retirant du cimetière, et esquissant un signe de croix en murmurant :

 

Jésus medèla vulnérum
Spes una poenitentium
Per magdalenae lacrymas
Peccata nostra diluas.

 

   Il le verra passer sous la potence du porche et pénétrer dans son église, s’arrêter devant un vitrail sud représentant l’évêque Sergius Paulus, enfin méditer sur l’utilité de cette décoration qu’il avait fait placer en 1886 comme première illustration de la page finale de son livre : La Vraie Langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains

24 juin 1978

 

Pierre Plantard de Saint-Clair



 

 

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