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Rennes‑le‑Château
Une histoire riche et tourmentée

Rennes‑Le‑Château ou l'histoire d'un grand secret

 

 

 

   Rennes‑le‑Château est aujourd'hui un petit village pittoresque bien connu des passionnés et des chercheurs, mais la région a été durant plusieurs siècles le théâtre de nombreux affrontements très violents et d'invasions diverses. Longtemps moitié espagnol, moitié français, le Razès, comme d'ailleurs tout le Languedoc, a subi les pires fléaux : pillages, invasions, massacres, pestes, Inquisition, tortures, terreurs, croisade albigeoise, bûchers...

 

   Ces douleurs pèsent encore sur tous les villages et se ressentent sous le poids de l'Histoire. Il est incontestable qu'une partie du mystère de Rennes‑le‑Château est intimement liée à son histoire tourmentée qui commença dans la nuit des temps.

 

   Voici un résumé des principales pages historiques du Haut‑Razès qui ont marqué le secteur de Rennes‑le‑Château jusqu'à l'arrivée d'un prêtre nommé Bérenger Saunière en 1885.

 

 

Préhistoire

Taille de pierre

Probabilité d'une présence magdalénienne (période de la fin du paléolithique supérieur) par la découverte de mobilier solutréen (traces de techniques évoluées de taille de pierre )

5000 ans
av. J.‑C.

Traces de sépultures

4000 ans
av. J.‑C.

Présence de chasseurs

Occupation chasséenne au néolithique moyen sur le plateau surplombant le ravin des couleurs, ancienne voie de passage préhistorique. Des fonds de cabanes et des éclats de silex ont été découverts.

2000 ans
av. J.‑C.

Age de bronze

Durant 1000 ans, occupation protohistorique de l'âge du bronze par campement temporaire et vraisemblablement occupation des grottes présentes dans les parois du ravin des couleurs. Des meules à céréales et des poteries non tournées ont été retrouvées sur le plateau.

300 ans
av. J.‑C.

Faible occupation des Celtes Redones

À la fin de la Tène III (apogée de la civilisation celtique continentale) Rennes semble occuper une place dominante sur la voie de commerce du ravin des couleurs. La toponymie semble attester la présence des Celtes Redones dans ces vallées. L'antique nom Rhedae ou Pagus Redensis trouvent leur origine dans cette peuplade. Rennes‑le‑Château a pu être leur capitale. Toutefois aucune trouvaille archéologique importante n'est venue confirmer cette hypothèse.

 

Les premiers habitants de l'aereda celtique semble être les Gaulois atacins, riverains du fleuve Atax (l'Aude). Seule la toponymie peut attester de leur présence : AER.RED, le serpent coureur la vouivre des anciens qui marque l'influence des forces telluriques est une divinité celtique pyrénéenne. Granes, Véraza, Camps, Parahou, etc.

 

Il est à noter que dans son mystérieux livre : La Vraie Langue Celtique, Henri Boudet, prêtre de Rennes‑les‑Bains, décrit longuement la présence de Celtes dans cette région.

121 ans
av. J.‑C.

Occupation romaine

Les Romains conquirent successivement ces territoires appelés à subir la PAX ROMANA qui s'étalera entre l'an 70 ap. J.‑C. et l'an 253.

Les mines de fer et les sources thermales des Corbières ont attiré très tôt les Romains. Des trouvailles de monnaies et de poteries attestent de leur présence. Un castrum se serait élevé au lieu dit Valent. Une voie romaine est attestée sur l'ancien chemin de Coustaussa à Rennes.

On peut également voir de nos jours les restes de thermes romains à Rennes‑les‑Bains. Alet‑les‑Bains conserve aussi de nombreuses traces romaines.

406

Les grandes invasions barbares

À partir de cette période, la tranquillité imposée par les Romains s'arrête. La chute de l'Empire provoque la ruée des barbares qui piétinaient depuis deux siècles devant les frontières romaines. En l'an 406, des hordes franchissent le Rhin et envahissent toute la Gaule. Elles brûlent et pillent tout sur leur passage. Suèves, Alains, Saxons, Vandales, Alamans et bien d'autres traversent le pays en détruisant les récoltes et en massacrant les habitants.

410

Pillage de Rome par les Wisigoths

Les Goths, un peuple venu des grands froids du Nord, s'imposent très rapidement comme de vrais barbares et envahissent trois fois l'Italie.

Le 24 août 410, Alaric I, roi des Wisigoths, entre dans Rome et se livre durant 6 jours au pillage de la ville. Le butin est considérable puisqu'en plus de leurs trésors de guerre vient s'ajouter celui du trésor de Salomon que l'empereur romain Titus ramena de Jérusalem en l'an 70.

412

Ve siècle : Le siècle des Wisigoths

Les invasions barbares voient arriver ces mêmes Wisigoths dans le sud de la Gaule et en Espagne. Ils amènent avec eux très certainement le butin considérable qu'ils ont amassé durant les différents pillages, dont celui de Rome et de Jérusalem. Le peuple nomade s'installe finalement en Septimanie. La région de Narbonne comporte alors un mélange de culture important puisque Wisigoths, Romains, Francs, Juifs, Syriens et Grecs cohabitent. Les Wisigoths sont toutefois dominants.

 

Les fondateurs de Rhedae semblent être, tout comme pour Carcassonne, les Wisigoths. À plus d'un titre, les deux villes se ressemblent dans leur structure géographique.

 

Curieusement, le site de Rennes‑le‑Château ne comporte aucun vestige visible datant de cette période, excepté une base de tour ronde et peut‑être les soubassements de l'église et du château. Certains auteurs situent la localisation de l'antique Rhedae de l'autre côté du ravin des Couleurs sur le plateau de Lauzet.

500

Rhedae est une place forte wisigoth

Au début du VIe siècle, l'oppidum wisigoth de Rhedae est une place forte. La ville s'étend alors du Lauzet à Jaffus à l'Aram.

507

Les Wisigoths écrasés par Clovis

En l'an 507, les francs de Clovis attaquent les Wisigoths, prennent Toulouse, et assiègent sans succès Carcassonne. En effet, Clovis est persuadé que le butin des Wisigoths est caché dans la ville fortifiée. Carcassonne est finalement délivrée par les hordes de Théodoric son beau-père, et aucun butin n'est retrouvé.

 

Les Wisigoths sont écrasés à la bataille de Vouillé par Clovis, nouveau roi du peuple franc. Un des derniers bastions wisigoths est d'ailleurs encore visible de nos jours, à quelques kilomètres de Carcassonne, à la Montagne d'Alaric. Alaric II est le dernier roi wisigoth qui s'opposa aux Francs dans cette région.

 

C'est après ces funestes évènements que Rhedae prend pour les Wisigoths une importance considérable. Son emplacement est tel que la cité devient un site stratégique commandant la rive droite, la haute vallée de l'Aude, et la vallée de la Sals donnant accès aux Corbières.

563

Rhedae place forte militaire wisigothe

Le Roussillon fait partie de la Septimanie et est sous le contrôle des Wisigoths espagnols.

 

 

Les Wisigoths font de Rhedae une place forte militaire. En l'an 563, à la suite de guerres politiques et stratégiques, le roi Franc Hilperic étend son royaume jusqu'à la rive gauche de l'Aude appelé en ces temps "Atax". De ce fait, les Wisigoths sont obligés de renforcer leurs lignes de défense sur toute la rive droite de l'Aude. En conséquence, Rhedae prend une importance encore plus grande.

 

Un peu à l'image de Carcassonne, la cité de Rhedae est constituée de deux parties bien distinctes : une ville installée sur le plateau au pied du village de Rennes‑le‑Château actuel, et une citadelle qui semble avoir été reliée à la ville par une forte rampe. Cette citadelle baptisée Castrum Rhédarium était à l'emplacement du village actuel.

 


 

Carcassonne avec sa citadelle et le village

 

D'après l'historien Louis Fédié, il semble qu'une seconde citadelle était implantée sur le mamelon en face de Rennes‑le‑Château que l'on nomme de nos jours "le Casteillas" voulant dire en patois : "Grand Château".

 

 

La cité de Rhédae possédait deux églises : l'une dédiée à la Sainte Vierge, l'autre à Saint Jean‑Baptiste. Le Castrum de Rhédae occupait tout le plateau sur lequel est bâti le village actuel.

 

La citadelle avait deux entrées : l'une à l'est qui s'ouvrait sur la campagne, l'autre au sud qui la mettait en communication immédiate avec la ville qui s'étendait à ses pieds. Pour ce qui est de la porte de l'est, il était encore possible au siècle dernier de voir un portique wisigoth servant encore d'entrée au village. Il fut détruit depuis.

 

La citadelle de Rhédae était divisée en trois parties dont les noms latins furent traduits en patois et semble avoir perduré. Il y avait le "Castrum Valens" qui est devenu le "Castel Balent". Au sud, il y avait le "Castrum Salassum" qui est devenu le "La Salasso", et la dernière partie s'appelait "Capella" qui ensuite s'est appelée "La Capello".

 

Le Castrum Vallens était placé à l'Est et était garni de fortifications afin de faire face à un ennemi éventuel ; La Salasso était une zone où l'on pouvait battre le grain et communiquer directement avec la ville en contrebas par la rampe d'accès. La Cappelo, comme son nom le fait penser, était un des lieux où s'élevait l'une des deux églises. D'ailleurs, les vestiges d'une ancienne église furent découverts dans ce lieu.

 

Comme toute cité importante et maîtresse, Rhédae était défendue par différents avant‑postes alentour. On peut citer : Cornanel, Roquetaillade, Antugnac et Brenac, elles‑mêmes construites par les Wisigoths.

711

Fin des Wisigoths et invasion des Sarrasins

Les Sarrasins viennent de Mauritanie (les Maures) et font des incursions aussi bien fréquentes que redoutées. L'invasion des Sarrasins vient mettre fin au règne des rois wisigoths en Septimanie vers l'an 720. Cette invasion changea complètement la destinée de Rhedae. Pendant l'occupation sarrasine, les Archevêques de Narbonne chassés de leur Siège se réfugièrent dans la cité de Rhedae.

798

Rhedae, une cité importante

Charlemagne mandate en Septimanie deux juges prélats, les missi dominicis, dont l'un se nomme Théodulphe, qui dans leur rapport sous forme de poème, indiquent une cité nommée Rhedae au même titre que Carcassonne et Narbonne. Cette citation liée aux deux autres villes permet de supposer que cette cité de Rhedae devait probablement avoir la même importance que Carcassonne et Narbonne, soit en tant que pôle religieux, soit en tant que regroupement de population.

 

Peu de temps après le passage des missi dominicis de Charlemagne, le diocèse de Rhedae devint un comté sous la dépendance des Comtes de Carcassonne.

 

À la fin du VIIIe siècle, un diocèse de Rhédésium ou "Pagus Rhedensis" est cité dans le cartulaire du Capcir. C'est la première fois qu'apparaît écrit le nom de ce qui sera bien plus tard la région de Rennes‑le‑Château.

831

Premier comte de Rhedes : Guillaume 1er

Il semble que le premier comte du Razès fut Guillaume, descendant de Théodoric, roi des Wisigoths d'Espagne, mais l'Histoire reste muette sur Guillaume 1er, comte de Rhedes. La France subit le coup de partages du royaume et de quelques invasions venues du Nord.

900

Croissance économique

 Du Xe au XIIe siècle, la région connaît une période de croissance économique. Durant cette période de notre Histoire vont se croiser dans le Languedoc les Templiers, les cathares et Blanche de Castille régente de Louis IX, futur Saint Louis.

957

Rhédae rayonne

 En l'an 957, le comté passe définitivement sous la domination de la Maison de Carcassonne. Le Rhédésium forme un apanage distinct en faveur d'Odon, fils de la princesse Ermessinde. Leurs successeurs furent pendant un siècle comtes particuliers du pays de Rhedae. Cette période marque la phase la plus éclatante de cette ville qui est la résidence permanente d'un Seigneur souverain.

 

 À cette époque, Rhedae joue un rôle presque aussi important que Carcassonne. Limoux n'est qu'une modeste bourgade que Pierre des Vaux de Cernay qualifie de "Castrum Limosun in terrtorie Redensi".

 

 Quant à Alet, elle est le siège d'une abbaye importante entourée d'une Villaria ou village. Rhedae rayonne au milieu de ces différentes agglomérations.

1062

Mort de Raymont II de Rhedae

Après la mort de Raymond II de Rhédae, le comté est de nouveau réuni à celui de Carcassonne. Rhedae, cité royale, est alors à son apogée.

1067

Vente du Rhédésium

Après 1067, la vente du Rhédésium n'en fait plus qu'un comté de Barcelone. Mais le pouvoir des Comtes de Barcelone sur le Rhédésium est de courte durée et la comtesse Ermengarde rentre bientôt en possession du grand fief qu'elle avait aliéné.

1080

Le Comté devient le Razès

En 1080, Bertrand, fils de Pons, qui commandait pour la comtesse la cité de Rhedae jure d'imiter la conduite du gouverneur de Carcassonne et de défendre fidèlement la cité de Rhédae.

Quatre ans plus tard, Bertrand Aton fils d'Ermengarde, prête serment de fidélité à sa mère pour les deux forteresses de Rhedae, "Pro ambis castris". C'est à cette époque que le nom de "Razès" fut donné au Comté.

1130

Le Comté de Rhedae de nouveau rattaché à Carcassonne

 Le Comté de Rhedae est rattaché au Comté de Carcassonne appartenant à la famille Trencavel.

1170

Rhedae est attaqué

 Attaque de Rhedae par Alphonse II d'Aragon. Les Trencavel ne conservent que la ville.

1234

Saint Louis, Roi de France

Louis IX (Saint Louis) monte sur le trône de France le 24 avril 1234. Plusieurs rumeurs courent sur d'éventuels trésors laissés par sa mère Blanche de Castille dans le Razès. Une autre rumeur lui fait rebâtir le Château de Blanchefort et y enfouir son trésor.

 

 Le catharisme venu peut‑être de Bulgarie s'installe progressivement en Occitanie. Les coutumes des cathares ne tardent pas à être déclarées hérétiques par le pape.

Les Templiers font également leur arrivée dans la vallée du Bézu et dans le Razès.

1209‑1229

La Croisade albigeoise

La guerre connue sous le nom de Croisade albigeoise oppose la France à l'Occitanie et ravage  le pays qu'on appellera plus tard Languedoc, et les terroirs avoisinants (comté de Foix, Comminges, Agenais, Quercy, Rouergue, et même une partie de la Provence). Suscitée par le pape Innocent III, la croisade fut dans son principe une « guerre sainte » visant à ramener à la foi catholique et à l'unité de l'Église romaine des principautés féodales sur lesquelles, depuis plusieurs générations, la religion cathare déclarée hérétique s'épanouissait en toute liberté.

La barbarie devient alors la seule loi et Simon de Monfort à la tête de la croisade s'empare de Rhedae. La ville est donnée à Pierre de Voisins.

1215‑1360

Pierre de Voisins récupère Rennes‑le‑Château

À la fin du XIIIe siècle, Pierre de Voisins hérite de Rennes‑le‑Château. Rhedae redevient une ville importante grâce aux efforts de Pierre de Voisins.

1233‑1321

Les terres de France s'agrandissent

La victoire catholique de 1229 ne résolut en rien la question cathare : l'Église doit inventer un nouveau moyen de répression : l'Inquisition qui met près d'un siècle (1233‑1321) à avoir raison du catharisme occitan.

 

La couronne capétienne est arrachée à la suzeraineté de celle d'Aragon‑Catalogne. Le domaine des rois de France s'agrandit jusqu'aux abords des Pyrénées et de la Méditerranée. Toulouse dépend désormais de Paris et non de Barcelone.

1360

Brigands

Rhedae est attaquée par les "Routiers", les pillards et les brigands.

1361

La peste

Rhedae est frappée par une épidémie de peste.

1362

Attaque de Rhedae

Attaque de Rhédae par le Comte de Trastamarre. La ville est détruite et rasée. Le comté s'appellera désormais le Razès, et Rhédae devient Rennes‑le‑Château.

1400

Début d'un long sommeil

La dernière fille des de Voisins épouse un seigneur de Marquefave.

À partir du XVe siècle, Rennes‑le‑Château et tout le Razès sombrent dans un long sommeil qui calme toutes les ardeurs d'un glorieux passé historique.

 

Cependant, le mystère de Rennes‑le‑Château perdure en silence avec les seigneurs successifs. Les Hautpoul gardent malgré eux un grand secret et des richesses consignées dans le testament de leurs pères.

1422

Mariage Marquefave ‑ Hautpoul

Blanche de Marquefave épouse Pierre‑Raymond d'Hautpoul. Dans sa dot se trouve la baronnie de Rennes.

1690

Hautpoul ‑ Blanchefort

Henri, Baron d'Hautpoul, reprend le titre de Seigneur de Blanchefort à la fin du XVIIe siècle.

1762

Hautpoul ‑ Blanchefort

Le dernier des Blanchefort s'éteint, et il ne reste que son épouse Marie, née de Negri D'Ables.

1780

Papiers importants

Marie de Negri d'Ables, veuve de François d'Hautpoul Blanchefort reçoit le notaire en 1780 pour lui remettre d'importants papiers et probablement le fameux document inconnu.

1781

Mort de Marie de Nègre d'Ables

Marie de Negri d'Ables meurt le 17 janvier 1781 à l'âge de 67 ans.

 

Antoine Bigou, curé de Rennes‑le‑Château et chapelain de la Marquise de Negri d'Ables, aurait fait graver son épitaphe sur une pierre appelée la stèle de Blanchefort. Il aurait également posé une dalle constituant ainsi la sépulture de la marquise. Des parchemins auraient été cachés sous l'autel de l'église de Rennes‑le‑Château.

1885

Arrivée de Saunière à Rennes‑le‑Château

Arrivée de Bérenger Saunière à Rennes‑le‑Château le 1er juin 1885.

 

 

 

D'après Jean Alain Sipra, historien

   Dans le haut Moyen-Age, Rennes-le-Château se nommait Rhedae, terme qui, en latin, signifie « les Chariots ». Un historien local du siècle dernier, Louis Fédié, émit avec quelques raisons la thèse que cette cité avait été fondée au Ve siècle par les rois wisigoths de Toulouse. Par la suite, elle apparaît dans les chartes sous les formes Redas, Redez et même, chez certains historiens ibériques qui traitent de l'expédition du roi wisigoth Wamba en Septimanie, en 673, sous celle de Rodez. D'autres sources indiquent qu'un peu plus tard, pendant l'occupation arabe de cette province (720-759), Rhedae devint momentanément un siège archiépiscopal, le métropolitain de Narbonne ayant trouvé refuge en ce lieu. Après la reconquête franque et un retour à la normalité, vers 790, la Marche d'Espagne fut placée sous l'autorité du célèbre Guilhem de Gellone, cousin germain de Charlemagne ; Rhedae devint alors la capital d'une très grande entité géographique, le Pagus Redensis, reçu des comtes particuliers, et son église devint un archidiaconé.

   C'est là que fut accueilli en 798 l'évêque Théodulf, missus dominicus de Charlemagne venu en Septimanie pour tenter d'éradiquer l'hérésie félicienne, ou adoptianisme, introduite vingt ans plus tôt dans cette province par les réfugiés hispani fuyant la contre-offensive arabe. Certains prétendent qu'il serait venu à Rhedae pour y consacrer la nouvelle église comtale. Mais ce haut personnage, wisigoth de naissance, connaissait déjà très bien les lieux puisqu'il dit, dans ses écrits « être revenu voir Rhedae ». C'était un savant lettré et bâtisseur, l'un des plus beaux esprits de son siècle, qui appartint longtemps au « premier cercle » de l'empereur Charlemagne, avant de devenir évêque d'Orléans et abbé de Saint-Benoît sur Loire. Le comte qui le reçut, dans la salassa de la forteresse de Rhedae, était son ami Guillemund, wisigoth comme lui et probable fondateur de l'abbaye d'Alet. Il était le père de ce fameux Béra qui, en 811, fut invité à cosigner le testament de l'empereur et reçut en héritage le comté de Razès, puis devint marquis de Gothie en 817. Il fut emporté par la tourmente politique au cours d'un duel mémorable qu'il livra à cheval – à la mode wisigothique - à Aix-la-Chapelle en 820 devant l'empereur Louis-le-Pieux et sa cour médusés ; et que, pour son malheur, étant alors relativement âgé, il perdit !

   L'église comtale fut probablement romanisée par modification de son chevet, sur l'initiative des comtes de Carcassonne, dont la branche cadette avait succédé en ce haut lieu à la famille de Béra, tombée en disgrâce sous Charles-le-Chauve en 870 et dont le plus éminent fut Odon (1005-1017). Ensuite, en 1067, le comté fut vendu à la famille de Barcelone. Le roi Alphonse II le Chaste d'Aragon, venu dit-on récupérer symboliquement son dû, aurait détruit la ville basse de Rhedae vers 1170.

   Mais au plan religieux, force est de constater que dans la pays l'hérésie fleurissait à l'état endémique car, après l'arianisme puis l'adoptianisme des Wisigoths, la province se jeta dans les bras du catharisme. Ce fut alors, à l'initiative du pape Innocent III, l'horrible croisade des barons du Nord. Malgré une résistance désespérée des seigneurs locaux, faidits excommuniés et pourchassés, dont les plus pugnaces furent ceux de la famille d'Aniort, qui tenaient notamment la proche forteresse d'Albedun, l'église et les envahisseurs francimans, conduits par Simon-de-Montfort, se partagèrent les dépouilles de la civilisation occitane. Rennes et une partie du comté du Razès échurent alors au sénéchal et de ce dernier, un seigneur d'Ile de France nommé Pierre de Voisins.

   Cependant, ce haut lieu de l'histoire, et son église Beata Maria de Reddas, n'étaient pas au terme de leurs vicissitudes. En effet, vers 1360, les vestiges des « Grandes Compagnies » qui suivaient le destin du prince espagnol Henri de Trastamara dévastaient le pays. Elle s'attaquèrent à la forteresse de Rhedae et, malgré les efforts de son seigneur, Pierre III de Voisins, s'en emparèrent et la mirent à sac. Enfin, la guerre de religion parachevèrent l'œuvre de destruction et, en 1578, une grande partie de l'église – notamment la voûte - s'effondra la pioche des Calvinistes. Par la suite, dans un pays très appauvri, la nef fut partiellement réédifiée et l'abside réparée tant bien que mal par des compagnons bâtisseurs à la technique assez rudimentaire ; ce qui explique les graves défauts structuraux très apparents qui grèvent aujourd'hui cet édifice.

   Lors de la Révolution, le marquis de Fleury, héritier des Hautpoul-Blanchefort, derniers seigneurs des lieux, émigra en Espagne suivi de son chapelain, l'abbé Antoine Bigou. Signe des temps, le château et les terres furent alors vendus à des particuliers. Un siècle plus tard, en 1885, un enfant du pays, l'abbé Bérenger Saunière, fut nommé à la cure de Rennes-le-Château. Avec des fonds d'origine inconnue qui allaient en partie donner naissance à la fameuse légende trésoraire, il allait rénover l'église Sainte-Marie-Madeleine et faire édifier les constructions néogothiques qui agrémentent depuis le village. Mais les tribulations de ce prêtre au comportement bizarre, sans qui la lourde chape de l'outil serait tombée définitivement sur ce haut lieu chargé d'histoire, sont désormais trop connues pour être rappelées ici. Bien que ses travaux aient malheureusement occultés en partie l'état originel de l'église, on lui doit le décor de type "art Saint-Sulpice" avec son diable insolite gardant une porte d'entrée agrémentée d'inscriptions sibyllines qui donne aujourd'hui à ce lieu son cachet inimitable. L'ensemble contiendrait aux yeux de certains les clés de l'énigme du fameux trésor, matériel ou mystique, qui a fait couler tant d'encre.

   L'art « sulpicien », né après 1850, semble inséparable d'une ultime réaction ostentatoire de l'Eglise face aux assauts laïcistes des républicains qui allaient conduire, en 1905, à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. C'était une forme d'art religieux de grande diffusion, fait de statues de plâtre réalisée au moule, quelque peu mièvres et très colorées, qui dans l'esprit de bien des gens rappelle inévitablement la Belle-Epoque.

   Cette époque fut celle d'une France rurale et paysanne dont les meilleurs des fils allaient donner leur vie pour la Patrie dans l'enfer de Verdun et la boue des tranchées. Mais aussi celle qui vit arriver le chemin de fer dans la haute vallée de l'Aude, où fumaient déjà les nombreuses cheminées des botiges de chapellerie et où, à la Saint-Michel, les vendangeuses coiffées de calines dansaient le quadrille. Celle, enfin, qui allait voir naître le monde moderne avec l'essor de la science et de l'industrie, puis avec l'apparition de l'automobile, de l'aéroplane, de la T.S.F. et du cinéma.

   Mais les croyants les plus anciens se souviendront surtout que c'était aussi le temps de l'imposante et colorée messe en latin, celle de leur jeunesse, servie les jours de fête par des enfants de chœur en surplis rouge et aube blanche, et rythmée par les commandements du claquoir et les clochettes de l'Elévation. L'époque où, dans ce pays, l'officiant congédiait encore les fidèles par un "ite missa est" dont la mélodie incantatoire, venue du fond des temps, semblait être l'ultime réminiscence de l'antique liturgie mozarabe.

   Après le Concile de Vatican II, le latin fut abandonné et, au nom de la pureté originelle, les églises furent insensiblement vidées de leur représentations statuaires et iconographiques par le clergé. Dans notre pays aujourd'hui, il existe donc peu d'églises qui, comme Rennes-le-Château, ont conservé ce type de décor religieux, fort décrié par les puristes mais qui a marqué tout un siècle.

   Le village de Rennes-le-Château est bâti sur l'emplacement d'un ancien oppidum, établi par les Ibères ou les Celtes Atacins avant la colonisation romaine. Par la suite, ce fut une forteresse qui dominait une cité légendaire, détruite probablement vers la fin du XIIᵉ siècle, dont le nom était Rhedae.

   La première mention connue de cette ville figure dans les écrits d'un savant évêque d'Orléans nommé Théodulf qui se rendit en Septimanie en 798, comme « missus dominicus » de Charlemagne. Ce prélat était un « hispanus », c'est à dire un Wisigoth d'Espagne qui avait fui les Musulmans. Réfugié très jeune en Septimanie, où il fit ses études, il devint, par la suite, l'un des proches conseillers de l'empereur.

   S'inspirant des écrits du carcassonnais Guillaume Besse (1645) , l'historien local Louis Fédié émit, en 1877, la thèse très controversée depuis, que la place forte de Rhedae était de création wisigothique. La présence précoce des Goths en ces lieux est bien attestée par l'existence d'anciens campements de barbares Alains, établis après 438 par la patrice romain Aétius dans le sproches Corbières à Lanet, pour contrer leur pénétration vers Narbonne. Tout incite donc à penser que le créateur de Rhedae fut le roi Théodoric Ier de Toulouse, ou encore Théodorère qui, d'après le chroniqueur Sidoine Apollinaire, s'empara de Carcassonne en l'an 440.

   Rhedae, considérée comme la forme canonique du toponyme, est la tournure fléchie de Rheda, terme d'origine celte ou gothique passé dans la langue latine, qui signifie Chariot. A ses débuts, cette cité fut sans doute le dernier " carrago ", camp retranché habituel des barbares germaniques orientaux, où les chariots étaient disposés en cercles concentriques, selon la coutume des steppes. Abandonnés à un stationnement définitif en ce lieu, à la topographie très favorable, ils donnèrent naissance à une très importante place forte.

   La cité, enclose de murs et dominée par sa forteresse, occupait une emprise au sol d'une quarantaine d'hectares. Son origine royale wisigothique est confortée par la présence de vestiges archéologiques enterrées, visibles sur une photographie aérienne prise par l'Institut Géographique National (I.G.N.) en 1980. Leur tracé est identifiable à celui d'un édifice de plan centré, de parti architectural constantinien et du type martyrium. L'importance de ses dimensions, et la domination des Wisigoths sur le site pendant trois siècles (440-720), portent à croire qu'il s'agissait probablement du mausolée dynastique des rois Balthes dits « de Toulouse ».

   Ces monarques, qui régnèrent de façon héréditaire, de 419 à 510, sur un immense royaume qui s'étendait d'Orléans à Gibraltar, furent les suivants :
- Théodoric Iᵉʳ, fils d'Alaric le Grand, mort à la célèbre bataille des Champs-Catalauniques, en Juin 451, Allié au patrice Aétius, ils avaient vaincu Attila, le « Fléau de dieu »
- Thorismund (451-453), Théodoric II (453-466) et Euric le Grand (466-484), ses fils
- Alaric II, son petit-fils (484-507)

   Après le désastre de Vouillé, en 507, où le roi Alaric II fut tué par Clovis, les Wisigoths en déroute se réfugièrent dans les contreforts pyrénéens en Septimanie. La très vulnérable cité de Carcassonne ayant été assiégée par Clovis en 508, le Trésor Royal fut probablement mis à l'abri dans la forteresse de Rhedae avant d'être confié, momentanément, aux soins du roi ostrogoth Théodoric le Grand dont un général, Ibbas, avait chassé les Francs de Septimanie.

   Après l'assassinat du roi Amalaric, qui régna à Narbonne jusqu'en 531, le siège de la monarchie wisigothique passa en Espagne. Mais la Septimanie, à peu de choses près l'actuel Languedoc-Roussillon, demeura une province espagnole excentrée jusqu'à l'invasion musulmane de 720.

   La conversion du roi wisigoth d'Espagne Récarède au dogme de la Trinité, en 589, fut suivie d'une réaction arienne qui provoqua des troubles importants en Septimanie. Troubles au cours duquel les évêques de Carcassonne furent exilés à Rhedae, par le roi Withéric, de 603 à 610. Cet épisode, rapporté par Guillaume Besse, est confirmé par la correspondance, adressée vers 610, à la cours de Tolède par un comte wisigoth septimanien nommé Bulgar de Bulgaran : écrits qui ne furent étudiés et publiés qu'en 1892 seulement.

   Par la suite, lors de l'expédition du roi d'Espagne Wamba contre l'usurpateur Paul, qui eut lieu en 673, cette place forte apparaît sous la forme Rodez. Le savant bénédictin dom Vaissette, qui avait relevé cette information dans « l'Histoire d'Espagne » du cardinal de Tolède Rodéric Ximénès de Rada (1240), était demeuré impuissant à localiser cette cité, qu'il savait ne pas être la véritable Rodez. Pourtant, avant lui, Besse avait remarqué que cette forme du toponyme était usitée, au treizième siècle, pour désigner Rhedae et citait, à l'appui, des passages de « L'Historia de los Antiguos Condes de Barcelona », du moine Francisco Diago. Par ailleurs, la forme Rodes figure dansun document manuscrit détenu par la bilbiothèque de Carcassonne et qui concerne la confirmation de l'assignat de Pierre de Voisins en 1248. Auparavant, on trouvait les formes approchantes Rhedez et Redez, dans deux actes notariés datés de 1067 cités par dom Vaissette.

   Guillaume Besse (1645) et, si l'on en croit Louis Fédié, l'évêque Pierre de Marca (1595-1662), rapportent que l'archevêque de Narbonne, fuyant l'offensive arabe qui eut lieu en 720, se serait réfugié à Rhedae. Et que lui et ses successeurs y seraient demeurés pendant toute la durée de l'occupation musulmane, c'est à dire trente neuf ans. Ce qui laisse supposer que cette place forte était demeurée aux mains des chrétiens. Enfin, de très vieux écrits espagnols, connus sous le nom de « Chronique Mozarabe de 754 », nous apprennent qu'un ultime monarque wisigoth, nommé Ardo, aurait régné en Septimanie de 719 à 726. L'archevêque de Narbonne, alors ultime Primat d'Espagne, ayant son siège à Rhedae, tout porte à croire, par déduction, que ce fut probablement là que se tint la dernière cour royale wisigothique.

   Après la reconquête carolingienne, cette cité devint le chef-lieu du comté du Razès, érigé par Charlemagne en 790, et qui échut au comte wisigoth Guillemund. Elle demeura, au plan spirituel, placée sous le magistère direct des archevêques de Narbonne.

 

Quelques traces du passé

 

   Rhedae ayant été une forteresse wisigothe, son agencement ressemble à celui de Carcassonne. La vue aérienne ci‑dessous montre les deux parties distinctes comprenant : une citadelle ceinte de fortifications, et en contrebas une ville basse où était installée la population. L'étendue du plateau montre l'importance que devait avoir Rhedae et qui rivalisait avec Carcassonne.

 


Rennes‑le‑Château vu d'avion, la citadelle et la cité

 

   La photo aérienne prise il y a quelques années révéla les traces d'une construction importante sur la plaine au pied du village de Rennes‑le‑Château. Cette construction a la forme d'une église de grande dimension ou même d'un mausolée et de forme composée de plusieurs ensembles de cercles. On peut également voir dans la partie du cercle principal et en son centre, trois empreintes particulières qui ne semblent pas pouvoir être la trace de piliers


Zoom sur le mausolée

 


Tracé selon la vue aérienne


Dessin du mausolée (Hypothèse)
exposé au musée de Rhedae

 

   En analysant ces traces, on peut effectivement imaginer l'emplacement d'une église ou d'un mausolée. Pourtant, que peut‑on dire des formes ogivales au centre ? Serait‑ce des tombeaux de grandes importances ? Car si l'on admet que Rhedae était aussi importante que Carcassonne, il n'est pas surprenant de trouver une église de cette dimension. Cette église abriterait alors peut-être quelques seigneurs du lieu de Rhedae...

 

   De la ville basse qui entourait l'église, il ne reste plus rien de visible aujourd'hui. Ce n'est pas le cas de la citadelle qui petit à petit donna naissance au village de Rennes‑Le‑Château.

 

   Seuls le château des Hautpoul et l'église Marie‑Madeleine attestent aujourd'hui de l'ancienneté du village et de son importance historique.

 

 

 

 

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